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L’audience radio : intérêt ? fiabilité ? prospective ?

Jeudi était un jour très attendu par toutes les radios. Le jour où sont révélées par Médiamétrie les audiences du premier trimestre. Franceinfo sait ainsi qu’elle reste la 4ème radio la plus écoutée avec plus de 4 millions 500 mille auditeurs chaque jour. Mais pourquoi cette excitation tous les trimestres ? A quoi sert ce baromètre ? nous demandent des auditeurs.

Pour leur répondre, Emmanuelle Henry, directrice des études de Radio France, avec le médiateur.

 

 

Pourquoi est-il si important de connaitre l’audience ?

Lors des précédents résultats d’audiences, en janvier, Guillaume, un auditeur se demandait : « Pourquoi nous donnez-vous régulièrement votre audimat, comme si c’était une victoire ? Quelle importance cela peut-il bien avoir ? ».

Juste une précision : l’audimat, c’est à la télévision; en radio, on parle de la « 126 000 » (126 000 interviews par an). C’est surtout utile pour les radios privées: tout leur modèle économique repose sur ces audiences dont dépendent les tarifs de la publicité. C’est très important tout de même pour le service public, puisqu’une des missions de Radio France est de proposer des programmes de qualité au plus grand nombre. Pour les journalistes et producteurs, il est très important de connaître ces audiences et la popularité des émissions.

 

Concernant franceinfo, qu’apprend-on de particulier ?

Franceinfo, c’est plus de 4 millions 500 mille auditeurs chaque jour. Chaque auditeur écoute la chaîne en moyenne 1 heure par jour. Franceinfo se positionne 4ème radio nationale.

 

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En sait-on plus sur l’auditeur-type de franceinfo ?

Ce sont beaucoup d’auditeurs « actifs », beaucoup de personnes en activité professionnelle qui se lèvent tôt le matin: pour franceinfo, le pic d’écoute est à 7 h du matin (8h pour la plupart des radios), ce qui explique le succès de la matinale. L’auditeur de la chaîne a en moyenne 54 ans (plus jeune que la moyenne des radios généralistes qui comptent plus de retraités) et il y a 60 % d’hommes et 40 % de femmes. Ce n’est pas une radio de niche. Elle est proche de la sociologie de la population française.


Comment sont réalisées les études d’audience. Et sont-elles fiables ?

C’est très différent de l’audimat qui concerne la télévision. En  radio, ce sont 126 000 personnes (représentatives de la population de plus de 13 ans) interrogées chaque année par Médiamétrie, soit environ  500 par jour. On leur demande « quelle radio avez-vous écoutée quart d’heure par quart d’heure sur les 24 dernières heures?

 

Au fil des résultats Médiamétrie, se dessine une évolution de l’écoute radio. L’auditeur de franceinfo change-t-il ses habitudes ?

Il y a une stabilité sur l’écoute du matin et l’écoute en voiture. Mais internet bouscule tout. Les audiences des sites et applications sont en très forte progression : 20 millions de personnes vont chaque mois sur le site ou l’application. Franceinfo est ainsi la deuxième marque d’actualité sur le numérique. Il y a également les nouveaux modes d’écoute, avec notamment les enceintes connectées (par exemple Google home).  10 % de l’écoute se fait sur d’autres supports (smartphone par exemple) que la traditionnelle radio.

 

Pour aller plus loin: Comment calcule-t-on l’audience de Radio France ?

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ZAD, NDDL, landes, reportage

Travail difficile et dangereux pour les journalistes à Notre-Dame des Landes

Les journalistes ont dû affronter cette semaine les violences à Notre-Dame des Landes entre gendarmes et zadistes. Une situation parfois dangereuse et difficile pour réaliser des reportages. Plusieurs auditeurs ont réagi. Grégoire Lecalot, un des envoyés spéciaux de franceinfo, répond au médiateur.

 

 

Des auditeurs vous reprochent de n’avoir interrogé que des zadistes. Pour Jean-Pierre, « vous n’avez donné la parole qu’à des zadistes, présentés comme de pauvres victimes de méchants militaires ». Que dites-vous ?

C’est peut-être le ressenti de certains auditeurs, mais, non, nous n’avons jamais présenté les zadistes comme des victimes; nous avons décrit exactement la situation, précisant que les zadistes étaient équipés de cocktails Molotov, de pierres, etc. Nous avons également diffusé des interviews de la préfète et de la porte-parole de la Gendarmerie. Enfin, nous avons fait un reportage sur le travail agricole des zadistes. Notre rôle n’était pas de prendre parti.

Avec Farida Nouar, autre envoyée spéciale, vous avez travaillé dans des conditions difficiles. Pour beaucoup d’auditeurs, vous avez fait d’excellents reportages dans des conditions dangereuses. Comment avez-vous pu vous rendre sur la ZAD ? On disait que les gendarmes bloquaient tout accès…

C’est vrai que les gendarmes filtraient, mais  nous avons toujours pu passer sans difficultés particulières; parfois en arrivant très tôt sur le terrain.

Côté zadistes, il semblerait que plusieurs d’entre eux s’en prenaient aux journalistes.

« S’en prenaient », non, pas vraiment. Il est vrai que nous avons pu avoir des discussions parfois vives avec eux, mais pas de blocage dans notre travail. Les zadistes, vivant sur place, avaient plutôt une volonté de transparence, en nous montrant notamment leurs réalisations.

Finalement, vous vous êtes souvent retrouvés pris entre les deux lignes de front, donc au milieu des gaz, des cocktails molotov et des jets de pierres. Vous avez même reçu un objet sur le nez… Comment travaille-t-on dans ces conditions ?

Il faut être très vigilant, notamment par rapport aux objets envoyés de part et d’autre. Normalement, nous sommes identifiables par notre matériel, mais, parfois, il vaut mieux se retirer pour ne pas s’exposer inutilement.

 

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Le succès de la philosophie sur les ondes de France Culture

La philosophie, ce n’est pas forcément le thème le plus excitant, le plus glamour, ni le plus populaire. Mais à France Culture, Adèle Van Reeth et ses Chemins de la philosophie, chaque jour à 10h, recueillent tous les suffrages. Ses podcasts battent tous les records. Le médiateur reçoit majoritairement des messages positifs et cela fait plaisir. Comment… Lire la suite

Conspiration, journalisme, trump, conspiracy watch

Les théories du complot reviennent en force en politique

Les théories du complot reviennent à nouveau dans le discours politique. Pour en parler, Rudy Reichstadt, directeur de l’observatoire Conspiracy Watch

 

 

 Cette manie d’accuser ses adversaires de complot est-elle récente ?

C’est quelque chose de très ancien. Depuis qu’il y a de la politique, il y a des complots et des mythes complotistes infondés et instrumentalisés politiquement. Cela permet de stigmatiser les opposants ou de jeter le doute sur des adversaires.

 

Trump, spécialiste des théories du complot ?

Les américains ont recensés plusieurs dizaines de théories du complot et de fausses nouvelles émises par Trump pendant la campagne présidentielle de 2016 aux Etats-Unis. Il nous a fait rentrer dans l’ère de l’indifférence entre le vrai et le faux. « Est vrai non pas ce qui est conforme au réel mais ce qui m’arrange. » Or, ce qui est assez étonnant, c’est que Trump est apprécié par son électorat pour tenir un langage de vérité.

La difficulté de dénoncer les contre-vérités

Ce sont le plus souvent des hommes politiques qui essaient de manipuler l’information. Ce qui est exaspérant, c’est que les journalistes enquêtent, vérifient, mais que certains auditeurs continuent de croire leurs fausses informations.

Malheureusement je ne pense pas qu’il y ai une frontière si étanche entre le journalisme professionnel, fiable et sourcé et les médias alternatifs. Il peut y avoir des erreurs même dans les journaux les plus classiques. Dans l’arène politique, on a tendance à instrumentaliser les idées complotistes et les journalistes sont effectivement mis à mal par les théories du complot. Mais certains journalistes outrepassent ce qui est leur fonction en se prenant pour des justiciers ou des propagandistes. Le journaliste a pour mission de rapporter les faits et non de donner son avis.

Les moins diplômés et les extrêmes, comme la France insoumise ou le Front national sont-ils les plus touchés par les fausses informations et les théories du complot ?

Il faut nuancer car les complotistes endurcis, c’est à dire les 25% des français qui croient en 5 ou plus des théories proposées, sont sur-représentés dans les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et Marine Lepen. Ca ne veut pas dire que tout leur électorat est concerné. Ce sondage ne fait que confirmer des informations que nous avions déjà grâce à d’autres études.

 

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Les théories du complot les plus populaires

En 2017 ce sont celles d’ordre géopolitique (exemple ce qui se passe au Venezuela est un complot de la CIA) ou en matière de santé (la vaccination par exemple).

L’exemple de la vaccination

55% des français sont prêts à croire qu’il y a une collusion politico-industrielle pour cacher aux citoyens la nocivité. Cette croyance a un impact direct sur la santé publiqeu puisque ça conduit des gens à ne pas se faire vacciner. De ce fait on assiste à la réapparition de maladies telles que la rougeole.

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Une lettre destinée aux auditeurs : le médiateur à l’écoute de vos remarques

Remettez les auditeurs au centre de Radio France ». Telle est en quelque sorte ma lettre de mission, lorsqu’il y a deux ans, notre PDG Mathieu Gallet me nomme médiateur des antennes. Il s’agit d’être à nouveau à l’écoute des remarques, des attentes, des questionnements de celles et de ceux qui sont notre trésor, autrement dit… Lire la suite

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Secrets d’info : l’affaire Sarkozy et l’affaire « Pôle Emploi »

Le Médiateur de Radio France reçoit les remarques des auditeurs de « Secrets d’Info »: une fois par mois, les journalistes de la cellule Investigations de Radio France répondent aux interrogations et aux critiques.

Affaire libyenne : coup de tonnerre sur la sarkozie

► par Élodie Guéguen et Benoît Collombat

Retour sur toute l’affaire libyenne et la mise en examen de Nicolas Sarkozy qui a suscité un grand nombre de réactions et de commentaires. Beaucoup d’auditeurs, comme François, ont été satisfaits que vous fassiez un point complet sur une affaire qu’il qualifie d’embrouillée. Il ajoute : « Nous avons entendu une remarquable synthèse où les points de vue de toutes les parties ont été objectivement présentées ».

D’autres auditeurs estiment que cette affaire manque de preuves. Pour Jean-Luc, « comment faire confiance à la parole de trafiquants et d’anciens proches de Kadhafi ? ».

Ce sont des témoignages qui sont évidemment à prendre avec précaution … On peut se dire que ces anciens proches de Kadhafi ont des comptes à régler avec le président qui a décidé de leur mener la guerre en 2011. Mais ce qui est notable, c’est l’accumulation des témoignages qui vont dans le même sens… qui racontent la même chose … le fait que Kadhafi ait donné son accord pour payer la campagne électorale de Nicolas Sarkozy …  Certains anciens dignitaires libyens l’ont raconté devant la Cour pénale internationale. D’autres ont témoigné sous X devant les juges français. Et puis il y a aussi un témoignage écrit et posthume du ministre du pétrole de Kadhafi… dont on a retrouvé des notes datées de 2007.  Ça, c’est un élément matériel qui embarrasse la défense de Nicolas Sarkozy …

Claude, un autre auditeur, ne comprend pas que l’on mêle ce qu’il appelle « les turpitudes de Claude Guéant » avec le financement de la campagne présidentielle : « Que signifie l’amalgame entre le financement de l’appartement de Guéant, écrit-il, et le financement de la campagne de Sarkozy ? ».

Il faut rentrer dans le détail de cette affaire… A première vu effectivement on peut se demander quel est le lien entre l’achat de l’appartement de Claude Guéant et cette affaire libyenne… Les enquêteurs ont remonté le fil de l’argent qui a permis à Claude Guéant, de s’acheter un appartement, en payant comptant, dans les beaux quartiers de Paris, début 2008 alors qu’il était depuis quelques mois le secrétaire général de l’Elysée … Claude Guéant avait reçu un virement de Malaisie, virement de 500 000 euros … et en bout de chaîne, derrière cet argent, les enquêteurs ont identifié un banquier installé à Genève qui gérait aussi le principal fonds d’investissement libyen … En clair, des milliards de pétrodollars du régime de Kadhafi… Est-ce une coïncidence ? Les juges en tout cas ont décidé de mettre Claude Guéant en examen dans le cadre de cette affaire franco-libyenne ….

Une question sur vos méthodes de travail. Marie s’étonne « d’entendre la retranscription de contenus d’écoutes téléphoniques. Comment pouvez-vous vous les procurer ?, demande-t-elle. S’agit-il de fuites et est-ce légal ? ».

D’abord le principe de base quand on est journaliste, c’est d’avoir des sources… C’est ensuite évidemment de recouper ses informations…L’autre grand principe : c’est le secret des sources, donc évidemment on ne va pas rentrer dans tous les détails. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que dans une procédure judiciaire, il y a de multiples intervenants… Certains sont tenus au secret de l’instruction… d’autres non… Mais les journalistes, eux, ne sont pas soumis à ce secret de l’instruction… Et s’ils n’ont pas le droit de détenir des pièces d’un dossier,  ils peuvent tout à fait en prendre connaissance. Et donc ensuite les rendre public.

 

Ce milliard d’euros que Pôle emploi réclame aux chômeurs

 Une enquête de Cécile Hautefeuille

Une enquête sur le quasi milliard d’euros versés à tort par Pôle emploi à des chômeurs. 

Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas que l’on puisse réclamer de fortes sommes à des personnes à faibles revenus, alors que les erreurs viennent de Pôle emploi. D’autres se demandent pourquoi les demandeurs d’emploi qui perçoivent par erreur une somme plus importante que d’habitude ne réagissent pas et attendent qu’on leur réclame un remboursement. « C’est tout de même troublant ».

Deux réponses :
D’abord, il faut bien comprendre que les sommes trop versées ne sont pas forcément colossales… ce qui n’attire pas forcément l’attention… ça peut être 40 euros… ces sommes s’accumulent pendant des mois… et ce n’est que quand la demande de remboursement du cumul de ces sommes trop versées tombe que la plupart des gens réalisent qu’il y a un problème…
L’autre point, c’est ce que Cécile Hautefeuille explique très bien dans son enquête : la plupart des « bugs » concernent les demandeurs d’emplois qui cumulent des allocations avec des petits revenus… La grande majorité d’entre eux ignorent comment est calculé leur complément de salaire. Et parfois, ils ne connaissent même pas l’existence de ce dispositif.
Alors, comment pourrait-il vérifier ce que personne ne leur a jamais expliqué ?
La plupart disent « faire confiance » à Pôle emploi et ne vérifient pas forcément si les montants versés sont corrects. Même si bien sûr, clairement, il est conseillé de le faire. Encore faut-il avoir les moyens de le faire…

Fabrice, un salarié de Pôle emploi, vous reproche de « n’avoir qu’effleuré le sujet », nous écrit-il : « 80% des trop-perçus ont pour cause l’absence de déclaration de reprise d’emploi des chômeurs. Et vous, vous faites 30 minutes sur 1% des cas ».

Encore une fois, la journaliste qui a fait l’enquête travaille depuis des années sur le sujet… Elle a même écrit un livre sur Pôle emploi… En revanche, le chiffre cité par Fabrice n’est confirmé par aucune de nos sources… Ce que dit l’Unédic, qui est donc le gestionnaire de l’assurance chômage, c’est que dans 80% des cas, ces trop perçus interviennent dans une situation de cumul allocation chômage / salaire… on le disait tout à l’heure… Ce n’est donc absolument pas 80 % de trop perçus pour cause d’absence de déclaration de reprise d’emploi. Nous n’avons pas fait 30 minutes sur un 1% des cas : on s’est au contraire concentré sur les dysfonctionnements les plus importants… notamment ceux qui concernent les assistantes maternelles… la profession la plus touchée par les trop perçus.

Enfin, une auditrice, Myriam, pose une question de vocabulaire pas idiote du tout : « Pourquoi parlez-vous toujours et encore de « trop perçu » ? Or, il s’agit de « trop versé ». « Trop perçu » stigmatise les demandeurs d’emploi, alors qu’ils ne sont pour rien dans les erreurs de Pôle emploi ». Ce n’est pas faux…

C’est vrai que les mots sont importants…
Dans notre enquête, je pense qu’on a vraiment eu le souci d’être au plus près des faits… en expliquant qu’il s’agissait de sommes versées… à tort aux demandeurs d’emploi, qui finalement sont les premières victimes de ces dysfonctionnements. Donc il n’y a aucune volonté de stigmatiser qui que ce soit… L’autre élément de réponse, c’est que si nous avons utilisé ce terme de « trop perçu », c’est qu’en fait, la grande majorité de nos interlocuteurs utilisent ce terme dans les interviews que nous avons menées.

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Attentat de Trèbes et traitement de l’information

L’attentat du Super U de Trèbes a évidemment suscité des réactions et des questions de la part des auditeurs. Pour y répondre, Erik Kervellec, directeur de la rédaction de franceinfo, est au micro du Médiateur

 

Plusieurs auditeurs se sont étonnés que ce 24 mars, donc le lendemain de l’attentat, seule la mort du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame ait été évoquée. « Il s’est sacrifié, nous écrit Véronique, et c’est un véritable héros. Mais pourquoi aucun mot sur les trois autres personnes assassinées par le terroriste ? Elles ont aussi des parents, des amis qui les pleurent ».

La mort du gendarme a-t-elle supplanté les autres victimes ?

Oui clairement, la disparition d’Arnaud Beltrame a fait la Une, car le décès du Colonel a été officialisé dès 6h du matin et cette information a pris logiquement le pas sur toutes les autres informations. Plus tard dans le week-end, et les jours suivants, les auditeurs ont pu entendre les portraits des autres victimes.

D’autres auditeurs s’indignent que « vous ayez fourni, disent-ils, des informations utiles pour les prochains terroristes ». Mathilde, par exemple, nous dit : « Je suis effarée de l’inconscience quasi criminelle des journalistes qui expliquent que le malheureux gendarme avait laissé son portable allumé pour guider ses collègues ».  Précisons que franceinfo n’est pas le seul média à avoir donné cette information. Mais on peut se dire que, désormais, les terroristes savent qu’il faut détruire tous les téléphones portables d’otages.

On peut se dire que ces gens-là n’ont pas besoin de nous pour savoir qu’un téléphone portable est une source d’ennuis pour eux, car cela permet notamment une géolocalisation. Dire que le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a eu la présence d’esprit de laisser son portable allumé, c’est juste montrer le professionnalisme de cet homme. C’est le ministre de l’Intérieur,  lui-même, qui a révélé cette information.

 

L’anonymisation

Et puis, comme à chaque attentat, des auditeurs ne comprennent pas que l’on donne le nom du terroriste. Pour Marie : « Arrêtez de marteler le nom du terroriste à chaque bulletin. C’est une insulte à ses victimes et une publicité dont les islamistes doivent se réjouir ».

Pourquoi donnez-vous le nom du terroriste ?

Le choix des rédactions de Radio France est de continuer à donner toutes les informations possibles sur celles et ceux qui sont impliqués dans ces attentats. Le nom d’un assassin fait partie de ces informations importantes. Traiter différemment les terroristes en cachant leur identité alimenterait le complotisme ambiant.

Après l’attentat de Nice et les centaines de messages reçus par le médiateur, les rédactions des différentes chaines de Radio France avaient adopté une charte, refusant, entre autres, l’anonymisation des terroristes. A propos des images des terroristes, cette charte préconise de ne pas diffuser les images de propagande, et de se contenter le plus souvent de photos d’identité.

Enfin, pour terminer, des auditeurs ont remarqué que vous aviez mis un temps assez long avant d’être sur place à Trèbes.

Comment vous êtes-vous organisés lorsque vous avez appris cet attentat ?

Il a fallu un peu de temps pour se rendre sur place de Paris, à cause de la grève à Air France, mais France Bleu et notre bureau de Toulouse ont été réactifs.

 

 

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L’attentat de Trèbes et l’homéopathie : les auditeurs réagissent

L’attentat de Trèbes, mais aussi l’homéopathie, deux sujets totalement différents, mais qui ont suscité une avalanche de réactions, de questions… Pour en parler au micro du médiateur, Jean-Philippe Deniau, chef du service Police-Justice de France Inter, et Jean-Claude Ameisen, producteur de l’émission « Sur les épaules de Darwin ».

 

 

 

 

Anonymisation 

Les auditeurs ont beaucoup commenté et réagi à l’attentat commis il y a une semaine. Ce qui revient le plus souvent – comme à chaque attentat – est la question du nom du terroriste. Il y a ceux qui voudraient l’anonymisation complète et ceux, plus nombreux, comme Isabelle, qui nous disent : « Je comprends très bien votre traitement de l’attaque terroriste. En revanche, je n’admets pas que le nom du terroriste soit prononcé en permanence, et même parfois plusieurs fois dans une même phrase ». Et Hubert ajoute : « Lors de l’hommage national, le Chef de l’État demande que le nom du terroriste soit ignoré, et juste après, le présentateur du journal ne cesse de le prononcer ».
C’est utile, cette répétition du nom ?

La vraie question est : faut-il ignorer le nom de l’auteur d’un attentat ? Cela ne fait pas l’unanimité au sein de l’exécutif, car si les journalistes ont connu le nom du terroriste de Carcassonne dès vendredi après-midi,  c’est grâce à Gérard Colomb, le ministre de l’Intérieur, le premier à l’avoir révélé.

Après l’attentat de Nice et les centaines de messages reçus par le médiateur, les rédactions des différentes chaines de Radio France avaient adopté une charte, refusant, entre autres, l’anonymisation des terroristes.

La rédaction s’est beaucoup questionnée à l’époque, car révéler le nom d’un terroriste, c’est lui donner une gloire posthume. Mais la question essentielle est: pourquoi ne pas donner une information que l’on détient ? Cela peut-il  changer la perception que le grand public peut avoir de l’horreur des faits qui ont été commis ? Comment rendre compte du procès sans prononcer le nom de Mohamed Merah? A partir de là, ne faudrait-il pas, dans ce cas, anonymiser tous les auteurs de crimes ?
La position à Radio France, c’est de ne pas renoncer à publier le nom des terroristes, l’inverse serait une censure, dont on ne mesurerait pas les conséquences… Notamment, avec le risque de développement du complotisme…

Un autre point a choqué un certain nombre d’auditeurs : «Vous ayez fourni, disent-ils, des informations utiles pour les prochains terroristes ». Mathilde, par exemple, dit : « Je suis effarée de l’inconscience quasi criminelle des journalistes. Ils expliquent que le malheureux gendarme avait laissé son portable allumé pour guider ses collègues ». Précisons que France Inter n’est pas le seul média à avoir donné cette information. Mais peut-on se dire que, désormais, les terroristes savent qu’il faut détruire tous les téléphones portables d’otages?

C’est encore grâce au ministre de l’Intérieur Gérard Colomb que cette information a été donnée.

Les informations proviennent de nombreuses sources qui vont du témoin à l’enquêteur. Mais on retient une information tant qu’elle n’est pas vérifiée.

L’homéopathie: les pour et les contre ?

L’éditorial de Mathieu Vidard, puis le Téléphone sonne consacrés à l’homéopathie ont déclenché une vague considérable de réactions. Tout cela après la tribune publiée dans le Figaro par 124 professionnels de santé demandant l’exclusion des médecines alternatives du champ médical.

Peut-on encore parler de tels sujets sereinement et scientifiquement ? Pour y répondre, Jean-Claude Ameisen producteur de l’émission « Sur les épaules de Darwin » et médecin, chercheur et président d’honneur du Comité consultatif national d’éthique.

Mathieu Vidard a estimé dans son « Edito au carré » du 20 mars dernier, que l’homéopathie pouvait quand même apporter des bienfaits, tout en précisant qu’aucune étude scientifique n’a prouvé une quelconque efficacité.

Une analyse objective ?

Il faut parler de tels sujets sereinement et scientifiquement et humainement. Aucune étude scientifique n’a prouvé l’efficacité des produits homéopathiques en tant que tel, elles ont montré l’efficacité de l’effet placebo. Car lorsque le médecin a confiance, le corps trouve le moyen de soulager sans les effets secondaires des médicaments. (des études américaines l’ont prouvé). Cela aide le corps et la personne à se sentir mieux. Il est évident que cela marche pour des troubles psychosomatiques, des troubles fonctionnels, pour certaines douleurs, mais pas pour des maladies graves.  Il ne faut pas se soigner tout seul !

Il ne faut pas non plus parler de médecine douce alternative, mais de médecine complémentaire. C’est un soin qui est donné à la place de ou en plus…
La médecine ne consiste pas seulement à prescrire. Cela nous dit quelque chose de ce manque dans la médecine classique.
Le Comité Consultatif National d’éthique a travaillé sur le déficit d’accès aux soins palliatifs, la prise en compte de la personne.

 

 

 

De nombreux auditeurs et patients croient plus ce qu’ils ont lu sur des sites peu sérieux et sur les réseaux sociaux que ce que leur disent les professionnels de santé ou les journalistes spécialisés…C’est le cas pour les « anti-vaccins ». Leur principal reproche : « Vous soutenez les lobbys pharmaceutiques ». Il est vrai que des laboratoires pharmaceutiques sont à l’origine de scandales et ont entamé une forme de confiance.

C’est pourtant une question de santé publique. Apprendre au corps à lutter lui-même contre les microbes, c’est de la prévention. Dans notre pays, 95 % du budget de la santé publique est consacré à la réparation et 5 % à la prévention des maladies. On n’a pas de culture de prévention. On sait que les vaccins sont efficaces (exemples de la mortalité infantile dans les pays pauvres). Un vaccin protège différemment. Un vaccin antitétanique protège la personne et pas les autres, contrairement au vaccin contre la rougeole qui protège également les autres. En matière de vaccin, on est resté dans une médecine du 19ème siècle et non dans une médecine du dialogue et d’information.

 

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La certification des savoirs et des connaissances

Quand on évoque les théories du complot, les fausses informations, on pense immédiatement à la politique. Or, la politique n’est pas le seul domaine d’information à être gangrené par ces fameuses « fake news » : la science également. France Culture et franceinfo se sont associées pour lancer un programme de certification des savoirs et des connaissances. Nicolas Martin, le producteur de « La méthode scientifique », en est le maître d’œuvre.

Nombre d’auditeurs, après diffusion d’un sujet scientifique, écrivent pour contester ce qui a été dit en s’appuyant sur des arguments puisés sur internet ou les réseaux sociaux…

 

Comment allez-vous vous y prendre pour certifier les informations ?

Sur la forme : grâce à différents formats de diffusion, radiophoniques (10 minutes environ), « podcastables », diffusés ensuite sur la grille d’été de France Culture et sur la grille de franceinfo et via les réseaux sociaux. C’est sur ces réseaux sociaux que circulent le plus les fausses informations. (+ 70% de diffusion des fausses informations sur ces canaux). Une vidéo de 3 ou 4 mn sera diffusée via ces réseaux.

Sur le fond : la question de la vérité en sciences est une vaste question. « La vérité est une erreur rectifiée », disait Bachelard. Il n’y a pas une vérité scientifique. La science permet d’attester un certain nombre de questions. Il faut distinguer les « fake news » des idées reçues, des théories du complot.

NOUVEAUTE ! « Les idées claires » : une démarche engagée

Des exemples …

Le créationnisme, c’est dire qu’il n’y a pas eu de préhistoire, de théorie de l’évolution… Pourquoi parle-t-on de « théorie de l’évolution », car c’est ainsi que Darwin l’a formulée?  En fait, c’est une des théories les plus sûres que la science ait pu produire.

Comment trancher à propos des neurosciences ?

Ce 26 mars, dans la Grande Table, à propos des neurosciences, un psychologue, a été très agacé qu’elles soient « présentées, écrit-il, uniquement comme le fruit d’une idéologie capitaliste, alors qu’il s’agit d’une science poppérienne ». La vision poppérienne préconise le doute scientifique et la recherche des erreurs (la science est réfutable).

La science est vraie jusqu’à la preuve du contraire. On distingue la science de la méthaphysique qui est, elle, indiscutable.
On va se demander par exemple : quel est le consensus scientifique autour des pseudosciences ? Que dit la science à propos des méthodes d’apprentissage ?

 

Sur les sujets clivants, comment certifier les connaissances ?

Quand on voit la virulence des messages reçus d’auditeurs anti-vaccins, persuadés des dangers de la vaccination parce qu’ils ont lu de fausses informations sur internet, il semble difficile de leur conseiller de plutôt lire des informations validées et vérifiées.

La plupart du temps, les producteurs ou journalistes vont donner la parole à des chercheurs qui n’ont pas de conflits d’intérêt avec le privé. Il n’y a pas une vérité, mais des vérités. Il y a toujours un panel de réponses qu’apporte la science pour expliquer le réel.

Comment est mesuré le temps de parole des politiques par le CSA ? © Getty / Tetra Images

Trop de ministres à la radio, conséquence des nouvelles règles imposées par le CSA

« Seriez-vous devenus une radio macronienne ? ». « En une semaine, trois ministres invités, sans compter le Macroniste Cohn-Bendit ». Vous êtes nombreux à nous écrire avec cette impression d’entendre beaucoup de ministres invités sur nos antennes. C’est en fait le résultat « pervers » du nouveau système de comptabilité du temps de parole imposé depuis le 1er janvier par le… Lire la suite