Crédits : Ashley Armitage / Refinery29 - Getty

LSD parle des menstruations…et alors ?

Peut-on parler des règles ? Des règles féminines ? C’est la question que s’est posée LSD, la Série documentaire de France Culture. Pour en parler, Perrine Kervran, la productrice de LSD est au micro du Médiateur

 

Il fallait oser traiter un tel sujet. LSD l’a fait et la majorité des auditeurs qui ont écrit trouvent cela formidable. « Hyper intéressant », dit Laura. Mounia, elle, « rêvait d’une telle série» Vous l’avez fait. Génial ! ». « Merci de contribuer à briser ce tabou », écrit Chloé.
D’où est venue cette idée de traiter d’un sujet dont on ne parle jamais ?
A partir du livre d’Elise Thiébaut « Ceci est mon sang » a germé l’idée du sujet autour des règles et suite aux discussions au sein de l’équipe de LSD notamment avec Juliette Boutillier et Nathalie Battus  ; c’est un sujet qui concerne la moitié de la population mondiale

Finalement, comme disent certaines auditrices dans leur message, on en parle plus à travers la pub pour les serviettes, les tampons et les déodorants. Si bien, d’ailleurs, qu’il semblerait, selon certaines, que de jeunes garçons pensent que le liquide menstruel est bleu… Comme dans les pubs.
Il y a beaucoup d’ignorance  sur ce sujet ; c’est un vécu intime qu’on partage peu et chacune a un avis bien arrêté sur la question ; il y a mille façons d’avoir ses règles

Il y a quand même quelques réactions comme celles d’Antony : « Sujet crade », ou Lucie : « Non, le sujet n’est pas tabou, mais on s’en fout », ou Jean-François et Paolo : « Sujet invraisemblable sur France Culture… Rien de social. Aucun intérêt ». Pourtant, une des invitées, la sociologue Aurélia Mardon, indique que la façon de parler des règles montre comment « le social construit le féminin et hiérarchise les hommes et les femmes dans notre société ».

Une forme de sexisme ?
Il y a beaucoup de sexisme autour de cette question à l’image de la société (exemple, le débat autour du harcèlement en ce moment …)
Une question très « sociale » : la composition des tampons et les conséquences sur la santé.

Un sujet facile à construire ? La productrice a-t-elle rencontré des blocages ? Des Tabous ? Des refus ? Il est difficile d’invoquer l’intime
Pas de difficulté particulière sauf avec les écrivaines qui ont refusé de témoigner de peur d’être cataloguées ; on aurait pu donner aussi la parole aux hommes. On glisse rapidement sur les questions féministes (la liberté de vivre les choses comme on veut)

D’une manière générale, des auditeurs se demandent comment se construisent les séries de LSD.
Une équipe de documentaristes proposent des sujets et il y a ensuite des débats au sein de l’équipe de production ; place ensuite au bureau de lecture des projets ; une fois le projet accepté, il est retravaillé, découpé, c’est une aventure intime qui se met en place, entre un producteur et une réalisatrice qui vont travailler ensemble durant 3 mois. (3 semaines d’enregistrement de recueil des témoignages et 3 mois de montage)

 

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Papiers #22. Automne 2017

Créée en 2012, la revue trimestrielle de France Culture a fait peau neuve le 22 juin dernier dans vos kiosques et vos librairies. Papiers inaugure un nouveau titre pour une nouvelle proposition éditoriale : un grand dossier central et trois thématiques (Idées, Savoirs et Créations), composés des émissions de France Culture mais aussi de points de vue et d’articles issus de la presse internationale…. Lire la suite

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Vaccins : pourquoi tant de méfiance ?

Depuis la rentrée, Le médiateur est assailli de messages à propos de deux sujets scientifiques : les vaccinations et les pseudo-sciences. Deux sujets abordés par Nicolas Martin dans son émission « La Méthode Scientifique »

 

 

Vaccins : pourquoi sont-ils si méfiants ?
L’émission de Nicolas Martin posait cette question dans son émission du 18 septembre dernier. En effet, ces deux sujets provoquent des quantités de réactions parfois liées à des peurs irrationnelles. Une émission qualifiée par des auditeurs, comme Jérôme, de « propagande ouverte aux pro-vaccins » et il ajoute : « On informe et on éclaire, ou on joue les porte-parole de la ministre de la Santé ? ».
« Lors de cette émission les deux journalistes invitées ont examiné les doutes et les remises en question de la politique vaccinale et les raisons pour lesquelles en France  plus qu’ailleurs on doute… Combien de vaccins obligatoires, la politique du gouvernement à ce sujet… »

Il y a aussi Vincent, par exemple, qui nous écrit : « Les grands médias, dont France Culture, soutiennent la politique vaccinale du gouvernement et appuient le lobby des grands groupes pharmaceutiques qui veulent simplement grossir leurs bénéfices ». Que peut-on répondre à de telles critiques ?
« France Culture n’est le porte-parole de personne…
Les vaccins ne sont pas ce qui permet de dégager le plus de bénéfices pour les laboratoires. Combien de vaccins obligatoires ou recommandés ? 3 ou 11 ; la plupart des vaccins sont déjà prescrits aux enfants« .

Pas de débat autour de la vaccination sur France Culture ? Pas d’opposants parmi les invités ?
Mais également des réactions inverses, comme celle assez forte de Sami : « J’ai peur de voir fleurir des émissions entre pro et anti-vaccins. Ce concept est pour moi aussi grave que d’opposer à égalité historiens et révisionnistes ».
« Il y a tout de même une forme d’opinion majoritaire qui ne remet pas en cause la vaccination. Les vaccins ont sauvé des millions de vies (notamment la disparition de pathologie grave comme la polio…)« .

Et cette crainte de l’aluminium contenu dans les vaccins ?
les vaccins seraient moins efficaces sans adjuvant. L’aluminium est utilisé dans les vaccins depuis presque un siècle… Il faut mener aussi des recherches pour trouver de nouveaux adjuvants

 

Capture d'écran: Youtube/France Culture

Les podcasts natifs : la nouveauté de France Culture

France Culture, déjà championne des podcasts, vient de lancer les podcasts « natifs ». Plusieurs auditeurs s’interrogent sur cette nouveauté et son intérêt. Pour répondre, Florent Latrive, directeur du Numérique à France Culture, est dans le rendez-vous du médiateur.

Un podcast natif, c’est quoi ?

France Culture, c’est 1 200 000 auditeurs par jour. Mais 14 fois plus de podcasts téléchargés : 17 millions de téléchargements en août. S’y ajoutent maintenant des podcasts « natifs ». En deux mots, c’est quoi ?

« Un podcast natif, c’est un podcast qui naît directement en numérique, sans passer par l’antenne. « 

Julien se questionne : « Quel est l’intérêt de ces podcasts ? Un podcast, c’est normalement un moyen d’écouter ou de réécouter une émission de radio diffusée auparavant ». Pourquoi créer des émissions qui ne sont pas diffusées sur les ondes ?

« Ça nous permet d’adapter le format de l’émission aux endroits où on les diffuse : différents modes d’écoute, d’écriture et aucune contrainte de durée. On essaie de s’adresser à des publics différents. On peut expérimenter des choses très ambitieuses comme le projet de séries de fiction en podcast natif. « 

 Le premier podcast natif : « Superfail »

Le premier podcast « natif » est  une série réalisée par Guillaume Erner, téléchargeable tous les vendredis et intitulée « Superfail ». Pourquoi ce test avec Guillaume Erner, qui n’est pas un débutant ?

« Le numérique n’est pas réservé qu’aux débutants. Guillaume Erner est très intéressé par le numérique et a envie de s’approprier ces nouveaux formats. Il a fallu trouver une écriture spécifique à « Superfail » consacré à l’échec. « 

Le titre de ce podcast natif, « Superfail », a suscité des protestations d’auditeurs, dont, d’ailleurs, plusieurs qui écoutent au Québec. « Pourquoi ne respectez-vous pas votre langue, notre langue, avec ce titre en anglais ? » écrit Édouard. Le mot français existe ?

« Fail » est une expression qui dépasse le mot « échec » lui-même, c’est un concept : ça vient des États-Unis où il y a toute une culture de l’échec comme moyen de rebondir. « 

Le succès des podcasts

Revenons aux podcasts et à leur impressionnant succès : 17 millions de téléchargements par mois. Qu’est-ce qui marche le mieux ? Et pour quels auditeurs ?

« Dans le top, il y a beaucoup d’émissions de savoir : »Les chemins de la philosophie », « la Fabrique de l’Histoire ». Ces formats ont notamment très bien fonctionné cet été. « 

Signalons d’ailleurs que cet été, France Culture – sur les ondes – a battu un nouveau record historique d’audience à 2,4%.

Trop de fautes sur les sites ?

Une remarque qui est adressée très régulièrement : pourquoi trouve-t-on souvent des fautes d’orthographe ou d’accord sur le site de France Culture ? « Tout de même, c’est France Culture ! », s’indigne par exemple Mireille.

« Certes, il y a des fautes. La radio a plus une culture de l’oral que la presse écrite.  On essaie de s’adapter, on met en place chaque mois des retours sur les fautes fréquemment commises et des processus de relecture. C’est intéressant que les internautes nous fassent remarquer les fautes quand il en reste ! « 

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France Culture : une rentrée avec des auditeurs toujours plus nombreux

Une nouvelle saison a débuté sur France Culture, avec quelques changements, quelques ajustements  ;  sa directrice Sandrine Treiner répond au médiateur des antennes.

 

 

L’Esprit Public…
Beaucoup d’auditeurs attendaient avec impatience la nouvelle version d’Esprit public, dimanche 3 septembre à 11h, animée par Emilie Aubry. Et grosse déception, pas d’Esprit public, mais une émission religieuse. Que s’est-il passé ? Comme chaque premier dimanche de septembre (c’est inscrit dans le cahier des charges du service public), France Culture diffuse « l’Assemblée du désert », office protestant, après la messe catholique de 10h. Le premier nouveau Esprit public est donc programmé dimanche prochain.
Comment relancer cette émission déjà « ancienne » ? Une nouvelle formule a été pensée avec Emilie Aubry et des nouveaux intervenants ; ce rendez-vous fait partie des rites d’écoute des auditeurs de la chaîne.

Les Papous dans la tête…
Diffusé désormais le samedi. Plusieurs auditeurs ou auditrices, comme Geneviève, disent regretter de « ne plus déjeuner le dimanche avec les Papous » et Jean-Jacques ajoute : « Malgré toute l’estime pour Jean-Christophe Rufin, son émission (qui remplace donc les fameux Papous) est un entretien de plus, avec un Borloo sur la table dominicale : sinistre ! ». Beaucoup d’auditeurs étaient attachés à ces « Papous dans la tête », « drôles, joueurs », écrit Jules.
La grande émission de « divertissement » de la chaîne garde son identité et permettra une soirée du samedi détendue.

Economie et politique…
Des auditeurs trouvent que France Culture fait de plus en plus de place à la politique et à l’économie :
« Entendez-vous l’éco ? » (tous les jours à 14h du lundi au jeudi)  : une émission de savoir et de connaissance autour des sciences économiques avec de grands penseurs.
« Politique ! » (le samedi à midi). Camille nous écrit : « On est envahi d’économie et de politique, sans aucune vision critique, intellectuelle et culturelle. Revenez à vos valeurs « .

Mais pour Mireille: « Merci pour cette excellente émission sur l’économie « Entendez-vous l’éco » qui invite des économistes de niveau universitaire et qui sait , selon le thème, établir des liens avec la philosophie, l’histoire, etc. Je m’étais adressée à vous il y a plus d’un an à cause du passage d’une émission sur l’économie le week-end qui avait été amputée de 30 minutes. Je tiens à vous faire connaître ma satisfaction. L’économie est nouveau bien traitée sur notre cher France Culture ! Je recommanderai à mes élèves et étudiants l’écoute de cette émission en leur fournissant les liens nécessaires« .

Par ailleurs,…
De nombreux messages de félicitations reçus à propos des programmes de cet été, notamment « Les Grandes Traversées » avec Bruce Springsteen, littéralement plébiscité, ou encore « Perdus sur Tromelin ».
Le médiateur a reçu des messages « personnels » d’auditeurs pour souhaiter une excellente rentrée et adresser des félicitations à Sonia Kronlund, Philippe Garbit, Perrine Kervran, Hervé Gardette, Emmanuel Laurentin, Olivia Gesbert, Marie Richeux, et « j’en oublie beaucoup », précise par exemple Julien, qui conclut : « Avant tout, merci à France Culture d’exister ».

 

Découvrez toute la grille des programmes de France Culture 

france-culture-semaine

 

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Voici une partie de la gamme actuelle du groupe• Crédits : Eric Piermont - AFP

Les difficultés de l’investigation

Vendredi 9 juin, France Culture a diffusé une grande enquête d’investigations sur les pratiques sociales du puissant laboratoire pharmaceutique SANOFI. Une enquête qui a provoqué de nombreuses réactions. Pour y répondre, Jacques Monin, directeur des Enquêtes et de l’Investigation de Radio France, au micro du médiateur des antennes. Les enseignements de cette enquête difficile menée par… Lire la suite

Alain Finkielkraut ©Christophe Abramowitz

Renaud Camus : invité sulfureux

 

 

Samedi 24 juin, dans son émission « Répliques », Alain Finkielkraut avait invité l’écrivain et militant d’extrême-droite, Renaud Camus. Autant dire que ce sont par centaines que les messages de protestation sont parvenus au médiateur. Pour y répondre, Alain Finkielkraut, au micro de Bruno Denaes.


« Ne tournons pas autour du pot. Certains auditeurs doivent être choqués, voire stupéfaits et même indignés, que, pour parler de la question migratoire, j’invite Renaud Camus ». C’est par ces mots que le producteur a introduit son émission. Il était évident qu’il allait provoquer un tonnerre de protestations en offrant une tribune à un personnage sulfureux, « condamné pour des propos racistes », comme le souligne Fabienne, une auditrice, et « adepte d’une France blanche, chrétienne et refermée sur elle-même », comme le rappelle Germain.

Pourquoi une telle  « provocation » ?

« Ce n’est pas pour choquer. C’était pour mettre fin à une anomalie. Renaud Camus qu’on ne voit nulle part a fondé une expression qu’on entend partout : « le grand remplacement ». Il s’agissait de le mettre face à un contradicteur. »

Beaucoup d’auditeurs reprochent à Alain Finkielkraut de faire le lit du racisme et de l’islamophobie.
Pour Thomas : « Alain Finkielkraut est devenu le porte-parole de la folie paranoïaque islamophobe ». Et pour Marvin : « En 1930, les Juifs étaient tristement pointés du doigt ; en 2017, sous couvert de la liberté d’expression, vous pointez du doigt les Musulmans ».

« C’est une analogie fantaisiste qui fait l’impasse …sur le nouvel antisémitisme »

En fait, nombre d’auditeurs disent avoir ressenti une véritable connivence entre Renaud Camus et le producteur.
Ils estiment que vous avez soutenu les positions d’un invité, plutôt que de lui demander des arguments crédibles, vérifiables, de chercher des contradictions, comme avec l’autre invité, le démographe Hervé le Bras ? »

« Je n’ai fait aucune concession à Renaud Camus ; je ne suis coupable d’aucune connivence… Réécoutez; j’ai plusieurs émis des remarques sur ses propos. »

« Ce qui a beaucoup choqué, c’est que vous n’avez pas réagi à un Renaud Camus qui conteste les Sciences, la rigueur des études scientifiques, démographiques, alors qu’il ne fait part, lui, que de ressentis, comme le fait qu’il n’y a pas de blancs, affirme-t-il, dans le métro Châtelet à 18h à Paris »

« C’était l’objet des interventions d’Hervé le Bras pour défendre la science et les chiffres ; un certain scientisme peut être « problématisé » parce qu’il peut conduire à répudier l’expérience et à la remplacer par l’expertise ; ce remplacement est dangereux »


Pourquoi n’avoir pas censuré cette émission ?

La réponse du Médiateur :
« Réclamer la censure m’étonne toujours dans une démocratie. D’accord ou pas d’accord avec certaines opinions, toutes doivent pouvoir s’exprimer dès l’instant qu’elles ne contreviennent pas à la loi et à la dignité humaine. Il faut d’ailleurs les connaitre si on veut les combattre. »

La liberté d’expression reste certainement la plus belle des libertés sur France Culture. 

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L’esprit de « l’Esprit public » restera

Le Médiateur a reçu de nombreux messages d’auditeurs inquiets d’une rumeur annonçant la fin de toute émission de débats et d’analyses sur France Culture. Pour leur répondre, Sandrine Treiner, directrice de France Culture au micro de Bruno Denaes.


Beaucoup de messages d’auditeurs après les déclarations du producteur de « l’Esprit public » annonçant dimanche dernier la fin de l’émission. Pour Jean-Pierre, par exemple, « pourquoi supprimer une telle émission où la contradiction a un sens ? ».

« Il n’y a pas eu d’annonce de la fin de l’émission, mais la divulgation d’un courrier privé concernant des discussions entamées il y a deux ans entre un producteur et Radio France »

Pourquoi renouveler « l’Esprit public » ?
Pour Annette, « supprimer une émission qui a 19 ans est incompréhensible, puisqu’elle marche bien ».

« On renouvelle pour continuer; cela s’appelle la transmission »… « L’esprit d’un débat d’idée va continuer en septembre, ouvert, argumenté, pluraliste le dimanche à 11h »

Est-ce une décision politique ?
Certains auditeurs repartent dans la théorie du complot en affirmant que « cette émission déplaisait », que « ce n’est pas par hasard qu’elle est supprimée », qu’il « s’agit d’une volonté politique »

« Il n’y a bien sûr aucune sorte de complot politique et c’est étonnant que des auditeurs de France Culture puissent se laisser aller au complotisme« 

C’est un renouvellement prévu depuis deux ans déjà …
D’autres auditeurs, après avoir entendu les propos de Philippe Meyer dimanche dernier, s’en prennent à une « décision brutale ou arbitraire »… Pour Philippe : « Le ton cassant de la lettre adressée à Philippe Meyer est à mon sens inadmissible ». En fait, il s’agit d’une lettre purement administrative de la DRH, comme dans toute entreprise…

A propos de cette lettre lue à l’antenne, le médiateur tient à répondre aux interrogations de quelques auditeurs étonnés de cette pratique. Il s’agit bien d’une pratique non professionnelle qui consiste à profiter de son micro pour évoquer une question personnelle et, de plus, inquiéter les auditeurs, voire les induire en erreur. Philippe Meyer avait déjà utilisé ce procédé en février lors du retrait de Jean-Louis Bourlanges de son émission. Or ce retrait que contestait Philippe Meyer était impératif du fait du soutien de son chroniqueur à un candidat à l’élection présidentielle. Les règles du CSA s’imposent à tous.

A noter qu’après l’annonce de la candidature de Jean-Louis Bourlanges aux législatives, plusieurs auditeurs ont écrit pour dire qu’il n’avait pas compris tout de suite les raisons de son retrait obligatoire pendant la campagne électorale, mais qu’aujourd’hui, ils comprenaient tout-à-fait la décision de la direction de France Culture.

En définitive, les auditeurs ont plus réagi à l’éventuelle disparition de l’émission qu’au cas personnel de son producteur

« Marianne, par exemple : « Grand merci pour votre réponse, Monsieur le Médiateur. Je reconnais que vos arguments sont pertinents ; la balance entre évolution et  tradition est délicate en ce domaine, comme en bien d’autres ». Pour Henri : « Je suis d’accord qu’il faut évoluer. J’espère que le nouveau format permettra d’atteindre le même niveau ». Et Régine ajoute : « Merci de vos précisions. Cela n’apparaissait pas clairement dans la lettre lue par M. Meyer ».

 

A lire également l’article du Médiateur sur le sujet 

France Culture

L’esprit de « l’Esprit public » sera gardé sur France Culture

« Comment peut-on supprimer « L’Esprit Public » ? », « Pourquoi déprogrammer brutalement une telle émission intelligente ? », « Pourquoi arrêter une émission qui a beaucoup de fidèles depuis 19 ans ? ». Vous êtes nombreux à nous interroger ou à réagir à la rumeur selon laquelle France Culture cesserait, à la rentrée prochaine, toute émission de débats et d’analyses. Très triste d’apprendre que… Lire la suite

Panneaux d'affichage de la campagne présidentielle 2017 à Pontoise (Ile-de-France). (MAXPPP)

Le bilan d’une « folle » campagne électorale

La campagne électorale prend fin vendredi 5 mai à minuit : une campagne passionnée, voire passionnelle, comme le montrent les milliers de messages que les auditeurs ont adressé au médiateur. Aujourd’hui, Bruno Denaes dresse le bilan…


Cette campagne a vraiment été marquée :

  • D’abord, par une grande intolérance,
  • Ensuite, par une incompréhension – volontaire ou involontaire – du traitement de l’information,
  • Egalement par des réactions parfois irrationnelles avec l’éternelle théorie du complot,
  • Enfin, – et c’est étonnant et grave à la fois – par un déni de la démocratie.

Il ne faut pas généraliser : tous les citoyens et tous les auditeurs ne réagissent pas ainsi. Mais les observateurs sont quasiment unanimes : cette campagne a été atypique et passionnelle. Et cela s’est traduit dans les plus de 15 000 messages reçus depuis octobre dernier.

Quel a été le reproche le plus fréquent ?

Le plus fréquent, c’est de ne pas supporter d’entendre dans le journal de 8 heures, par exemple, un candidat – ou un reportage sur un candidat – qui n’est pas celui que JE soutiens. C’est alors l’intolérance et la mauvaise foi qui font réagir : « Vous censurez MON candidat. Vous ne le diffusez jamais ». Et là, le médiateur répond par un rappel à un principe fondamental de la démocratie : chacun doit pouvoir s’exprimer que l’on  soit ou non d’accord avec ses opinions. Et il ajoute une explication basique sur le fonctionnement de la radio : on ne peut diffuser 11 candidats dans un seul journal. Si celui que vous soutenez n’était pas dans le journal de 8 heures, il était peut-être bien dans celui de 12h30 ou celui de 18h. Enfin, il y avait un contrôle très strict du CSA, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, à propos des temps de parole et des temps d’antenne. Et le CSA n’a rien trouvé à redire dans le traitement de la campagne sur France Culture.

Trop de Front National ?

C’est vrai, mais ce n’est que du ressenti. Le parti de Marine Le Pen, comme tous les extrêmes, est clivant. Si je ne supporte pas le FN, je ne supporte pas de l’entendre à la radio et j’ai l’impression de n’entendre que lui. J’écris alors au médiateur pour lui demander d’interdire de diffuser ce parti. Un, le médiateur rappelle alors qu’il n’a pas de tels pouvoirs, ni personne d’autres d’ailleurs, hormis le législateur ; deux, le médiateur rappelle une fois encore les principes démocratiques de liberté d’expression. D’ailleurs, cette liberté d’expression est valable également pour ceux qui appellent à l’abstention : par exemple, plusieurs auditeurs ont reproché à La Grande Table d’avoir invité le philosophe Jacques Rancière le 3 avril. Leïla écrit : « Pour qui se prennent-ils donc tous ces intellos ? Pourquoi les laisser faire le jeu du FN ? ».

Hiérarchie et choix de l’information

C’est le principe de base du journalisme : faire des choix, tout simplement parce que les informations sont trop nombreuses. Il faut donc sélectionner ce qui semble être le plus important dans l’actualité, ce qui peut intéresser le plus grand nombre d’auditeurs, ce qui est le plus enrichissant, le plus original… Tout cela n’étant bien évidemment pas une science exacte. Les rédacteurs en chef, les journalistes peuvent faire des erreurs de jugement ou d’interprétation. Mais NON, un grand NON, les journalistes ne se mettent pas tous d’accord lundi matin par exemple pour se dire : « On va beaucoup parler des Le Pen pour faire peur aux Français ». Encore et toujours cette bonne vieille théorie du complot.

La réalité est simple et professionnelle : le 1er mai, dans l’actualité, il y a le matin le rassemblement FN devant la statue de Jeanne d’Arc et, l’après-midi, les défilés syndicaux. Il y avait également les meetings de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron. Pas d’arrière-pensées tordues ; les journalistes ont fait leur travail de journalistes et ont couvert l’actualité.

La théorie du complot : l’affaire Fillon

« Vous avez voulu « tuer » Fillon», « Vous vous êtes tous mis d’accord pour détruire la droite » ou « Bien sûr, vous avez attendu qu’il soit choisi pour le descendre ». Eh bien non ; là encore, les journalistes ont fait leur travail de journaliste. Ils ne se sont pas dit : faisons barrage au candidat Fillon. Alors, pourquoi la presse s’y est-elle intéressé ? Tout simplement parce que c’était l’actualité. François Fillon était candidat ; c’était logique de s’intéresser à sa situation. C’est aussi un honneur pour la démocratie que la presse puisse révéler des pratiques immorales avec de l’argent public, voire illégales – la justice le dira. Quant au reproche de viser la droite, les militants oublient bien vite les affaires Cahuzac, Thévenoud et, dernièrement, Bruno Le Roux, trois ministres socialistes obligés de démissionner après des révélations de la presse.

Les interviews

« Vous êtes trop agressifs avec vos invités politiques », « Vous ne les laissez pas répondre », « Vos questions vous semblent souvent plus importantes que les réponses ». Ce n’est pas faux, et cela a été signalé à toutes les rédactions. Le journaliste n’est pas là pour se mettre en avant, il est là pour obtenir de bonnes réponses. Il est vrai que les hommes politiques savent éluder, retourner la question, noyer la réponse ; mais, comme le signalent des auditeurs, l’agressivité est contre-productive. Il existe d’autres techniques, comme celle de dire calmement : « Donc cette question vous embarrasse et vous ne voulez pas y répondre ».

En revanche, je ne partage pas ce reproche : « Vous êtes beaucoup plus insistants et accrocheurs avec les candidats que vous qualifiez d’extrémistes ». Pour moi, ce n’est qu’un réflexe professionnel. Les candidats populistes de droite, comme de gauche, pour justement plaire à leurs électeurs, lancent des séries de promesses qui peuvent sembler irréalistes ou démagogiques ; c’est le travail du journaliste d’aller plus loin que les simples promesses pour savoir comment le candidat compte les financer ou assumer leurs conséquences. D’ailleurs, deux candidats ont refusé beaucoup d’interviews et d’invitations de médias ; ils préféraient s’exprimer sans questions embarrassantes devant leurs militants ou sur les réseaux sociaux. Mais ce n’est plus de l’information, c’est de la propagande.