Jean-Marie Charon : chacun son écoute de l’actualité

©Nathanael Charbonnier/Radio France

©Nathanael Charbonnier/Radio France

L’actualité sociale a suscité beaucoup de réactions de la part des auditeurs. Des réactions souvent très « militantes », voire intolérantes. Pour analyser et essayer de mieux comprendre ces réactions parfois violentes, Jean-Marie Charon, sociologue, spécialiste des médias, est interrogé par Bruno Denaes.

Les auditeurs manquant d’objectivité

Ils sont très nombreux. Ils ont une intolérance particulière aux sujets qui ne les confortent pas dans leurs opinions.

« Pourquoi France Culture s’obstine-t-elle à ne parler que des casseurs et de leurs vitrines brisées ? Pourquoi ne disent-ils pas que les vrais casseurs sont les forces de l’ordre ? ». Et, à l’inverse, François : « Vu la tribune accordée sur la radio publique à la CGT, on est en droit de se demander si les journalistes (cégétistes) n’ont pas quelque peu oublié la déontologie propre à la profession ». Deux auditeurs, deux impressions contradictoires d’une même radio.  C’est un phénomène de « réception » : comment les auditeurs accueillent l’information. Ce n’est pas une écoute mécanique, le public met en perspective ses propres expériences, valeurs… Cela amène une réelle discussion autour de la hiérarchie de l’information.

Un défi pour les médias

Certains auditeurs voudraient donc n’entendre que l’écho de leur propre opinion. Lors d’événements comme celui du Brexit, la population a tendance à se rétracter et à rejeter tout ce qui ne va pas dans son sens.  C’est un défi pour les médias : ils doivent travailler à renouer le lien social et faire entendre diverses opinions. Un « making-of » dans lequel les journalistes font part de leurs recherches, de leur travail avant d’aborder un sujet, peut être une manière de permettre à l’auditeur de comprendre les choix journalistiques. C’est d’ailleurs ce que propose régulièrement le médiateur.

Beaucoup n’acceptent pas que leur radio invite des personnalités qui ne pensent pas comme eux. Une radio doit être un lieu de débats, d' »entrechoquement des intelligences ». Il faut faire d’avantage de pédagogie et réintroduire ce sens de la diversité.