Mélenchon, YouTube et France Inter : quand la communication prend le pas sur la vérité

France Inter

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Alors, comme cela, France Inter aurait tout fait pour « faire taire Mélenchon » et « tuer sa chaîne YouTube ». Les réactions outrées auprès du médiateur sont nombreuses… Mais également, plusieurs d’entre vous s’interrogent sur la réalité des faits. Voici ce qu’il en est exactement…

« Vous avez manœuvré pour provoquer la fermeture de la chaîne de JL Mélenchon », « Vous tentez de museler la liberté d’expression sur Internet »… Comme si France Inter avait un intérêt particulier à s’en prendre à un canal d’expression choisi par un candidat à la Présidentielle… Non, l’affaire est simple : d’un côté, il y a des règles de droits d’auteur à respecter ; de l’autre, il y a un homme politique qui, comme beaucoup d’hommes (ou de femmes) politiques, s’arrangent avec la vérité.

Utilisation de deux émissions sans autorisation

Le 11 décembre, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de l’émission « Questions politiques » de France Inter et de franceinfo (télé). Le 4 janvier, il était cette fois l’invité de Léa Salamé (7-9). Ces deux émissions, filmées pour être diffusées sur le site de France Inter, mais aussi sur les comptes Dailymotion, YouTube, Facebook et Twitter de la radio, sont reprises sans autorisation par l’équipe du candidat. Or, après la première émission, France Inter avait prévenu d’une manière claire : « Nous ne cédons pas les droits sur les vidéos que nous produisons ».

question-pol/ France Inter
question-pol/ France Inter

« Vous agissez de la sorte avec tous les candidats ou juste parce que c’est Mélenchon ? », demandent plusieurs auditeurs. Radio France – et tous les médias – agissent ainsi sans exception.


Alors, pourquoi voit-on ici ou là des extraits d’émissions ou d’interviews ?

Tout simplement parce que des demandes d’autorisation d’utilisation d’images ou de sons ont été formulées et qu’une réponse favorable a été donnée. Régulièrement, nous recevons des demandes de médias concurrents, de l’Education nationale, d’entreprises, etc, pour une reprise de nos productions dans un but d’information, de pédagogie ou de communication. Autorisation accordée ou non selon les cas et l’utilisation envisagée des productions… Si autorisation accordée, la mention du média et de l’émission (voire du producteur ou du journaliste) est obligatoire.


Un accord est trouvé

Ces règles n’ayant pas été respectées, il était tout-à-fait logique que France Inter alerte YouTube sur le non-respect, par deux fois, des droits d’auteur. La crainte pour Jean-Luc Mélenchon est alors qu’au troisième avertissement, sa chaîne soit supprimée.

Son équipe contacte France Inter pour trouver une solution et, surtout, éviter l’écran noir. Le candidat de « La France Insoumise » veut le retrait des signalements auprès de YouTube. Un accord est trouvé : France Inter accepte de retirer ses deux réclamations, en échange de la mention de la source des vidéos et d’un renvoi par des liens sur le site.

Après des mails et des textos très courtois, l’affaire semble donc terminée à la satisfaction de l’équipe de l’homme politique qui adresse ses remerciements à France Inter. Les règles en matière de droits d’auteur, bafouées par deux fois, sont désormais respectées et Jean-Luc Mélenchon peut réutiliser sans problème les deux émissions.

Une accusation sans fondement

France Inter a donc permis à Jean-Luc Mélenchon d’éviter le pire pour sa chaîne, alors qu’il avait commis une faute dont toute personne à son niveau est forcément consciente (un homme politique n’est pas au-dessus des lois). Et voilà que quelques jours plus tard, il s’en prend à Radio France en l’accusant d’avoir « essayé de tuer ma chaîne YouTube».

Evidemment, pour un homme politique, les arrangements avec la vérité sont souvent profitables, jusqu’à ce que la réalité des faits éclate au grand jour. Accuser un grand média de censure est également une belle opération de communication, comme, là encore, bon nombre d’hommes politiques savent le faire. Le pire, que je constate malheureusement quotidiennement, est l’aveuglement de certains militants, prompts à suivre un « chef » et à nous inonder de messages injurieux, même au mépris de mensonges ou de vérités tronquées. On se retrouve à nouveau dans la différence entre propagande et information…

Bruno DENAES

Médiateur des antennes.