Des ambulances après l'attaque contre la mosquée dans le nord Sinaï egyptien, le 24 novembre 2017. (- / AFP)

Pourquoi les médias parlent-ils plus d’un attentat à New York qu’en Egypte ?

Pourquoi les attentats sont-ils traités de manières différentes ? Plusieurs auditeurs s’interrogent après l’attentat du 24 novembre dernier en Égypte qui a fait plus de 300 morts. Réponse avec Isabelle Labeyrie, chef du service Monde de franceinfo.   Y aurait-il donc deux traitements différents ? Des auditeurs ont eu l’impression qu’entre des attentats ou des tueries aux… Lire la suite

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Comptage des manifestants : fin des chiffres fantaisistes ?

Selon la police, 8 000 manifestants lors du dernier défilé contre les réformes « Macron ». 40 000, selon la CGT, cinq fois plus. Même écart lors du rassemblement Fillon au Trocadéro en mars dernier. 200 000 participants selon François Fillon ; pourtant, l’endroit ne peut accueillir que 40 000 personnes. Que faire pour approcher la vérité des chiffres que réclament les auditeurs ? Réponse avec Erik Kervellec, directeur de la rédaction de franceinfo.

 

Une nouvelle alternative ?

Les chiffres transmis par les organisateurs de manifestations sont de plus en plus fantaisistes et ne correspondent à aucune réalité. De nouvelles technologies tentent de répondre à ce problème :

« Oui ! Aujourd’hui, la presse frise le ridicule en affichant ces deux chiffres, ceux de la police et ceux des organisateurs des manifestations, ce qui entame notre crédibilité. Les représentants de la plupart des médias nationaux, dont Radio France, se sont réunis à l’initiative de Jean-Marc Four, directeur de rédaction de France Inter, avec une question simple :

Quelle alternative pour que les médias gardent leur crédibilité et proposent des chiffres justes aux auditeurs ?

« Nous avons décidé de faire appel à une société de comptage de foule. C’est un savoir faire déjà utilisé dans le monde de l’entreprise. Elle utilise un système de capteurs numériques dissimulés sur le passage d’une manifestation. Il s’agit pour nous d’avoir des chiffres justes afin de savoir si oui ou non il y a eu une mobilisation pour telle ou telle manifestation. »

Des auditeurs ont déjà réagi en mettant en doute l’honnêteté d’une société privée et le fait d’ « oublier » de compter les manifestants sur le trottoir.

Il faut évidemment s’assurer que ce nouveau « thermomètre » présente toutes les garanties de sérieux et d’indépendance.

« Il faut vérifier que la société ne soit pas instrumentalisée. C’est ce qui est en train d’être fait.
Concernant les manifestants sur les trottoirs, le problème est inverse, puisque le système compte toute les personnes, y compris les éventuels passants. Donc il y a une marge d’erreur que l’on tente de corriger par une sorte de pondération. »

On peut rapprocher cela de calculs ponctuels menés il y a déjà quelques temps par des médias, des universitaires et des spécialistes indépendants. Les chiffres des syndicats ou des politiques étaient apparus totalement faux. Cela va permettre aussi de crédibiliser un peu plus les médias sérieux et professionnels face aux fausses informations qui circulent de plus en plus. Quand allez-vous mettre en place ce nouveau mode de comptage ?

« Nous avons déjà testé ce système sur trois manifestations. 

Pour la dernière mobilisation : 8 000 personnes selon la police, 40 000 selon la CGT. Notre comptage par capteurs a relevé 8 250 manifestants.

La prise en compte systématique de ces chiffres devrait commencer dans quelques semaines. Nous devons être vraiment sûrs de notre système. »

Pour en savoir plus, à lire cet article : La fin des chiffres fantaisistes des manifestations

Va-t-on réussir à compter correctement les manifestants ? (France Inter)

Paradise Papers/ ICIJ

Les révélations des Paradise Papers sont-elles utiles ?

L’affaire des Paradise Papers, révélée notamment sur franceinfo grâce au service Enquêtes-Investigations de Radio France, suscite de nombreuses réactions d’auditeurs. Il y a les pour, il y a les contre. Jacques Monin, le directeur de ce service qui a longuement enquêté, répond aux auditeurs.

 

 

A quoi vont servir ces révélations ?

De nombreux auditeurs félicitent l’équipe pour ces révélations à propos des usagers – on va les appeler comme ça – des paradis fiscaux, de l’évasion et de l’optimisation fiscales. Comme le dit Alain : « Vous montrez bien que lorsqu’on est déjà très riche, on fait tout pour l’être encore plus ». Mais d’autres, fatalistes, estiment que tout cela ne sert à rien : « Tous les présidents de la République qui se succèdent, écrit Cédric, annoncent la fin des paradis fiscaux, une législation plus sérieuse, mais rien ne change vraiment ». Ou Elise : « Vous dénoncez des personnalités. Mais qu’est-ce qui va changer ? ».

« Ces révélations ont déjà servi à quelque chose. Quelques exemples : une enquête du fisc lituanien, la justice indonésienne a elle aussi lancé une enquête sur les enfants de l’ancien dictateur Suharto, 4 personnes ont été incarcérées en Argentine, la Commission Européenne va lancer une enquête sur l’île de Man, les Pays Bas aussi… Le parquet financier français a lancé une investigation qui a débouché sur 25 cibles et une personne a été jugée et condamnée.
On peut rappeler que beaucoup de ces pratiques sont légales. Il y a trois niveaux de pratiques légales et illégales : la fraude fiscale, l’abus de droit (exemple la TVA), et l’exemple de Total qui rapatrie de l’argent et c’est totalement légal. Le questionnement se situe aujourd’hui sur le niveau de légalité. »

Le rôle du consortium de journalistes ICIJ 

Plusieurs auditeurs estiment que vous avez beaucoup parlé des étrangers, mais peu des Français. Pour Jean-Noël, par exemple, « Pour éviter de parler des Français, on parle de la Reine d’Angleterre, d’un proche de Justin Trudeau, de sportifs étrangers, mais peu de noms d’exilés fiscaux français sont sortis ».

« C’est un faux procès d’intention; quand on enquête, on enquête sur tout.  Cette investigation a été coordonnée pas l’ICIJ, un consortium de journalistes International (Consortium of Investigative Journalists) et basé à Washington. Nous avons évoqué les situations du  réalisateur Jean-Jacques Annaud (il a régularisé sa situation à la suite de nos révélations),  Philippe Starck, Total, Engie. Toutes ces fuites viennent d’un cabinet Appleby , anglo-saxon basé aux Bermudes »

Pour d’autres auditeurs, vous avez dénoncé des personnalités. Mais comme le dit Gilles : « Pourquoi n’avoir pas braqué les projecteurs sur ces cabinets d’avocats spécialisés qui vendent ce genre d’arrangements ? Pensez-vous vraiment qu’un sportif comme Lewis Hamilton soit au courant de toutes les opérations qui touchent sa fortune ? ».

 » Ces fuites sont parties d’un cabinet d’avocat Appleby ; la commission européenne prépare par ailleurs une directive qui imposera à ces intermédiaires de déclarer leur montage. Les avocats d’Hamilton ont dû le conseiller, mais c’est tout de même quelqu’un qui cherche à échapper à l’impôt. »

Ces révélations sont le fruit d’une collaboration journalistique mondiale

Est-ce le seul moyen aujourd’hui de pouvoir révéler des scandales financiers ou fiscaux de cette importance ? Oui, car cette évasion fiscale se fait à l’échelle mondiale, donc nécessité d’une enquête mondiale. Ces multinationales ont des moyens énormes. Par conséquent, il est plus difficile d’attaquer 96 médias qu’un seul. C’est ce qui fait la force de cette enquête.

 

Retrouvez toutes les sujets autour des Paradise Papers sur franceinfo

 

 

éducation aux médias, fausses informations

Education aux médias et fausses informations

Combien d’informations vérifiées, sérieuses, données par franceinfo sont mises en doute par certains auditeurs ? Comment expliquer cela ? Pour y répondre, Virginie Sassoon, docteur en sciences de l’information et spécialiste de l’éducation aux médias, est au micro du Médiateur.

 

Comment expliquer cette défiance à l’égard d’informations vérifiées et cette attirance de certains pour les informations fausses ou manipulées ?

« Le registre émotionnel a pris le pas aujourd’hui sur les informations vérifiées, amplifié par la circulation d’informations sur les réseaux sociaux; il s’agit de l’ère de la post-vérité. Depuis son élection, Donald Trump a largement contribué à cette situation qui remet en cause les informations vérifiées et diffusées par les médias.

Exemple autour de la défiance vis à vis des vaccins, défiance qui a toujours existé  (à laquelle a été confronté le Médiateur). En réalité en France, il n’y a que 5 % de la population opposée à la vaccination, mais les  « anti » ont une survisibilité sur internet . Les informations qui remontent dans les moteurs de recherches ne sont pas forcément les informations les plus fiables; c’est pour cela qu’il faut une réelle éducation aux algorithmes, à leur complexité et à leurs résultats ».

 

Le démenti moins percutant que la calomnie
Des spécialistes disent que les émissions qui démontent les fausses informations avec des preuves irréfutables – comme le Vrai du Fake sur franceinfo – ne parviennent pas vraiment à convaincre. Ceux qui, par exemple, ont vu sur Twitter qu’Anne Hidalgo avait été arrêtée à 120 km/h sur le périphérique parisien resteront persuadés qu’on leur cache la vérité, même quand on leur dit que c’était un poisson d’avril  du journal Le Parisien il y a deux ans.

« La déconstruction du mensonge prend plus de temps que la propagation de la rumeur. Il faut éduquer aux médias: vérifier la source, former les citoyens à la crédibilité d’une information, créer du lien entre les médias et l’école.  La Semaine de la presse et des médias dans l’école en est un bon exemple ».

 

L’attirance pour les fausses informations

« Selon le sociologue, Gérald Bronner, « le biais de confirmation », on a une tendance naturelle à vouloir confirmer les idées dans lesquelles on croit, on va chercher une information qui confirme nos convictions. Les réseaux sociaux ont tendance à nous enfermer dans une bulle de confort intellectuel où, dans notre flux d’actualité, les informations confirment nos idées. Les médias traditionnels vont au contraire donner une information, large, plurielle, vérifiée ».

 

 

 

 

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Météo : le temps est-il si « beau » ?

La météo devient un sujet très sensible
« Demain, il fera encore très beau, avec des températures bien au-dessus des normales de saison ». Ce genre d’annonce sur un ton enjoué provoque de plus en plus de réactions d’auditeurs.  Sophie Bria, présentatrice météo, et Elodie Callac, ingénieur à Météo France et prévisionniste sur franceinfo, répondent aux auditeurs.


Les auditeurs supportent de moins en moins le « beau temps » ou, plus exactement, la façon de l’annoncer
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Comme Philippe : « Le temps magnifique annoncé sur vos antennes parisiennes est une catastrophe pour de nombreuses régions confrontées à la sécheresse ». Et Ghislaine ajoute : « Comment pouvez-vous annoncer avec bonne humeur « un beau soleil dans le sud », quand arbres et arbustes sèchent à une vitesse incroyable ? Pas de vraies pluies depuis 5 mois ». C’est vrai qu’il est plus agréable d’annoncer du soleil, mais ce soleil peut finir par devenir catastrophique…

« On manque d’eau effectivement, mais il faut rester positif dans l’utilisation des mots en météo, sans exagérer.  Le soleil, la lumière, amènent au sourire, au bien-être. Lorsque les conditions météos sont sources de grandes difficultés, elles sont traitées dans le sujet d’actualité (exemples récents: la sécheresse dans le sud, les ouragans aux Antilles en septembre)

Comment expliquer cette douceur automnale et cette pénurie de pluie ?

« Les anticyclones nous ont souvent protégé des perturbations atlantiques en les rejetant vers le Nord de l’Europe et ils ont favorisé des remontées d’air chaud en provenance d’Afrique, donc des températures élevées pour la saison ».

Plusieurs auditeurs, comme Mélanie, vous reprochent de « ne pas dire clairement qu’il s’agit des conséquences du dérèglement climatique »

« Le climat se réchauffe depuis des décennies. Il est difficile de relier directement un événement isolé au réchauffement climatique. Mais il est vrai que les cyclones ne seront pas plus nombreux mais plus intenses ».

Sur quoi se fondent ces « normales saisonnières » ?
D’autres auditeurs, comme Jean-Louis, estiment qu’à propos des températures, on ne devrait pas parler de « normales saisonnières », mais plutôt de « moyennes », car des automnes peuvent être très frais, et d’autres plus doux.

« Normales » est un abus de langage, il faut plutôt parler en effet de « moyennes ».

Comment construit-on un bulletin météo ?

« Il faut tenir compte des contraintes de temps d’antenne imparti à la météo : parfois parler de l’hexagone en quelques secondes ! Il faut alors choisir les priorités ».

La Bretagne et la pluie
Enfin, des auditeurs – un peu chauvins, dirons-nous – reprochent d’annoncer l’arrivée des perturbations par la Bretagne. Or, personne n’y peut rien ; c’est une réalité météorologique.

« Il s’agit de la région la plus à l’Ouest, mais c’est par là également que reviennent les éclaircies ».

 

 

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Sexisme sur les antennes

Les médias français sont-ils sexistes ? Quelle est la place des femmes sur les écrans et bien sûr à la radio  ?  Questions posées par les auditeurs de franceinfo après l’onde de choc de l’affaire Weinstein…
L’Affaire Weinstein du nom de ce producteur d’Hollywood accusé par des actrices de harcèlements sexuels et de viols, a libéré la parole de nombreuses femmes victimes, elles aussi, de harcèlements et de sexisme. Pour en parler Bérénice Ravache, présidente du Comité diversité de Radio France et directrice de FIP.

 

 

En quantifiant les messages envoyés par les auditeurs dans le domaine que l’on peut qualifier de « diversité », on releve que quatre messages sur 10 concernent le sexisme et la parité femmes/hommes. On atteint même les 6 sur 10, si on inclut les messages concernant le sport et la faible place laissée aux sports féminins.

Les auditrices, mais aussi des auditeurs, nous font régulièrement des remarques, comme celle de Régine. « En pleine affaire Weinstein, nous écrit-elle, comment votre animateur peut-il s’autoriser à faire un commentaire déplacé sur une présentatrice de TF1, suggérant qu’il voulait la rencontrer pour son physique plus que pour ses qualités professionnelles ? ». Peut-on parler de sexisme ou de machisme ?

 L’affaire Weinstein a permis d’évoquer un problème énorme et qui concerne la moité de l’humanité : les femmes se sentent mal à l’aise face à l’autre moitié de l’humanité, les hommes ; cette violence constitue un angle mort de notre civilisation. Nos antennes aussi véhiculent les stéréotypes qui sont le langage de cette violence 

Quand on dénonce ce genre de remarques en interne, il y a toujours quelqu’un pour rétorquer : « Alors on ne peut plus dire qu’une femme est jolie ! ». Où se situe la limite ? 

La loi est très précise à ce sujet : le code du travail définit l’agissement sexiste « tout agissement lié au sexe d’une personne ayant pour effet ou objet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile ou dégradant, humiliant ou offensant … » Il est évident que dans certaines circonstances un homme peut dire à une femme qu’elle est jolie, tout comme une femme peut dire à un homme qu’il est joli, mais c’est le contexte qui compte

Il y a aussi ce chroniqueur qui reçoit une designer célèbre et très occupée ; elle raconte que son mari fait les courses et la cuisine. Il lui demande alors : « Mais il fait tout à la maison ? ». Message d’Aurélie : « Jamais, je n’ai entendu poser ce genre de questions sur le partage des tâches à un invité masculin ». il y a encore du travail à faire ?

Il faut se souvenir qu’il y a 50 ans, quand un homme se vantait d’avoir une femme qui faisait parfaitement le ménage et la cuisine, c’était normal ; aujourd’hui « c’est ringard ». Beaucoup de choses ont évolué : depuis que les femmes maîtrisent leur fécondité, elles sont des adultes devant la loi

Comment  sensibiliser les équipes au sein de Radio France ?

En se saisissant de la réalité grâce à des chiffres, des témoignages, des études, en mettant des actions en place ; une politique volontariste est menée

Un autre point souvent relevé par les auditeurs, c’est le manque de parité pour les invités. « Dans votre émission de débats, nous écrit Sandrine, trois hommes, une seule femme. Peut-on imaginer l’inverse ? ». Et elle ajoute un brin sarcastique : « Ah oui, évidemment s’il s’agit d’un débat sur la petite enfance… ». Y a-t-il des moyens de faire évoluer les choses ?

Objectifs chiffrés pour améliorer la présence des femmes sur les antennes du groupe ; les résultats sont là : en 2012 seules 22 % des invitées étaient des femmes, pour passer à 32 % aujourd’hui ; objectif fixé par Mathieu Gallet : 5 % d’augmentation par an 
Mise en place également du site les expertes à disposition des journalistes et producteurs

Il reste un gros chantier qui concerne tous les médias: la place du sport féminin. La réaction d’un professeur d’éducation physique qui regrettait l’absence d’informations sur une rencontre féminine importante m’a beaucoup marqué. Il concluait son message ainsi : « Pas étonnant que des élèves de 6ème, dans le cadre d’une séance sur l’égalité filles-garçons, me disent : « Le sport, c’est pour les garçons ! ». Entendre ça au XXIème siècle ! Si les médias pouvaient faire évoluer les mentalités… ». 

Le rôle important que doit jouer Radio France en tant que média de service public qui doit être le miroir le plus sincère possible d’une société qui comprend autant de femmes que d’hommes ; les actions menées ne sont pas contre les hommes mais contre des comportements d’hommes ; les hommes ont tout à gagner à vivre dans un monde intelligent

En savoir plus sur le Comité diversité

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©Etienne Monin/Radio France

Raqqa : comment raconter la guerre ?

Dimanche dernier, les reporteurs de guerre étaient à l’honneur lors de la remise des prestigieux Prix Bayeux qui récompensent les meilleurs reportages en zone de conflit. Des reportages aux risques souvent élevés, mais qui permettent de raconter et d’expliquer les tragédies de la planète. Beaucoup d’auditeurs s’interrogent sur le travail des reporteurs de guerre. Franck Mathevon, chef-adjoint du service Monde de franceinfo, de retour de Raqqa, en Syrie, leur explique au micro du médiateur.


Franck Mathevon a passé une quinzaine de jours en Syrie et en Irak, dont plusieurs sur le front de Raqqa, grande ville martyre que Daesh est en train de perdre.
Comment peut-on effectuer ces reportages ? Comment entre-t-on en contact avec les combattants ?

Il y a un circuit « officiel » au Nord-est de la Syrie contrôlé par les Kurdes (par les FDS : les Forces démocratiques syriennes) qui valident les demandes des médias et les aident sur les zones de combats.

Le rôle indispensable des « fixeurs »

Il s’agit de la personne qui va guider les journalistes jusqu’au front. Elle est également interprète, traducteur. Elle apporte une aide précieuse pour comprendre la situation sur le terrain et trouve les autorisations d’accès à certaines zones. Le fixeur est également un gage de sécurité, du fait qu’il connait les risques et les dangers du secteur.

Comment se déplace-t-on au milieu des ruines d’une ville parsemée de pièges ?

Dans les zones de guerre, la prudence est de mise ; les mines et les snippers sont les principaux obstacles, il ne faut donc pas prendre de risques inutiles.

Franck Mathevon était accompagné d’un technicien de reportage aguerri, Gilles Gallinaro. Un travail d’équipe ?

Un vrai plaisir de travailler ensemble. Gilles Gallinaro est précieux : il fait de la vidéo, il s’occupe des liaisons satellites et a une âme de « journaliste ».

Quelles ont été les plus grandes difficultés à Raqqa ?

Les difficultés sont notamment d’ordre logistique. Les déplacements sont très compliqués ; chaque jour, nous faisions une dizaine d’heures de voiture pour aller sur le front et en revenir.

Dans quel « état » rentre-t-on de ce reportage ?

L’image la plus marquante : une ville détruite, dévastée, une ville fantôme vidée de ses habitants, une population martyre…

 

Gilles Gallinaro et Franck Mathevon suivent les forces démocratiques syriennes dans Raqqa. 

 

Pour en savoir plus sur les reporteurs de guerre, des journalistes racontent les reportages qui les ont marqués dans cet ouvrage : « qu’auriez-vous fait à ma place ? » à retrouver dans la bibliothèque du Médiateur

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FRANCEINFO/ JOSE JORDAN / AFP

Passions autour du référendum catalan

Le référendum de dimanche 1er octobre sur l’indépendance de la Catalogne a suscité de très nombreuses réactions d’auditeurs. Mais des réactions très opposées. Isabelle Labeyrie, cheffe du service Monde de franceinfo, de retour de Barcelone, est au micro du Médiateur.   Le travail des journalistes sur place et la difficulté d’entendre les anti-indépendantistes A en… Lire la suite

(VOISIN / PHANIE)

Vaccins : les lobbys et les peurs

Depuis la rentrée, un des sujets sur lesquels le médiateur est beaucoup interpellé concerne le domaine médical et, notamment, les vaccinations. Pour répondre aux auditeurs, Bruno Rougier, journaliste et spécialiste Santé-Sciences de franceinfo.

 

 

C’est incroyable comme ce sujet des vaccins peut susciter des réactions passionnées, souvent chargées de contrevérités et de peurs irrationnelles. Cela rappelle un peu – dans un autre domaine – l’épisode, l’année dernière, des compteurs Linky et le déferlement de peurs liées à de fausses informations propagées sur les réseaux sociaux.

« Les grands médias, dont franceinfo, soutiennent la politique vaccinale du gouvernement et appuient le lobby des grands groupes pharmaceutiques qui veulent simplement grossir leurs bénéfices ». selon cet auditeur, Vincent.  Que peut-on répondre à de telles critiques ?

« D’abord, je l’avoue simplement : je soutiens la politique vaccinale du gouvernement car les vaccins sauvent des vies. Si l’on regarde ce qui se passe en France : avant l’obligation vaccinale, la diphtérie tuait chaque année  3 000 personnes, la polio 200… La situation a totalement changé : on ne déplore aucun décès de la diphtérie dans notre pays depuis 1982, et pour la polio, le dernier décès qui remonte à 1995 était un cas importé de l’étranger… Alors oui, la vaccination sauve des vies. Il est anormal que l’on meurt encore de la  rougeole, et pourtant une jeune fille de 16 ans est décédée de cette maladie l’été dernier à Marseille, elle n’était pas vaccinée….
En revanche, je réfute totalement la seconde affirmation de Vincent selon laquelle France Info appuie le lobby des grands groupes pharmaceutiques. Je fais mon travail en conscience et les dossiers de presse des laboratoires, aussi beaux et illustrés soient-ils me laissent de marbre « 

Revient très souvent dans les messages cette incarnation du monstre moderne que sont, pour beaucoup d’auditeurs, les laboratoires pharmaceutiques. Avec cette question quelque peu provocante d’Odile : « Seriez-vous sponsorisés par les lobbies pharmaceutiques ? »

« La réponse est non : je ne suis pas invité par les laboratoires dans des iles paradisiaques, pas invité non plus dans des restaurants étoilés. Je reçois, comme tous mes confrères spécialistes santé des invitations à des conférences de presse. Et je décide en mon âme et conscience de m’y rendre ou non. Il m’arrive même d’assister à des conférences de presse et de décider ça ne mérite pas un sujet à l’antenne. Je suis donc totalement libre… »

Comment travaille un journaliste spécialiste médical ? A-t-il des rapports privilégiés avec les labos pharmaceutiques ?

« Non, quelques contacts épisodiques lors d’un rendez-vous presse. En cas de crise, c’est vrai que les laboratoires s’adressent à des agences de communication qui nous proposent des argumentaire… A nous d’être suffisamment malins pour trier… C’est d’ailleurs notre travail… En cas de doute, je m’adresse à des spécialistes travaillant dans les hôpitaux ou dans des organismes de recherche publics. Et si je flaire un possible conflit d’intérêt, je regarde dans la base de données publique « transparence santé » dans laquelle tout professionnel de santé est obligé de déclarer les relations qu’il a avec un industriel et les rémunérations qu’il touche d’un laboratoire »

Les récents scandales médicaux ont évidemment renforcé les peurs

« La peur ne date pas d’hier mais c’est vrai que la multiplication des scandales sanitaires n’est pas en faveur d’une confiance aveugle du public envers les industriels »

Comme tous médicaments, les vaccins peuvent présenter des dangers dans certains cas précis et rares

« C’est tout à fait exact, le nier serait stupide… Certaines personnes présentent de véritables contre-indications, d’où l’importance d’avoir une discussion avec un médecin avant toute vaccination. Et puis c’est vrai que peuvent apparaitre des troubles importants… des réactions allergiques graves, un syndrome de Guillain-Barré ou une sclérose en plaques… Des cas très rares mais qui existent. »

Et cette crainte de l’aluminium contenu dans les vaccins ?

« D’abord une précision : cet aluminium est mis dans les vaccins pour augmenter la réponse immunitaire. En clair les vaccins seraient moins efficaces sans adjuvant. L’aluminium est utilisé dans les vaccins depuis presque un siècle, des centaines de millions de doses ont été injectées sans révéler de problèmes majeurs. Mais c’est vrai que cette présence d’aluminium peut avoir des effets chez certaines personnes qui sont génétiquement prédisposées : de la fatigue, des douleurs, des troubles cognitifs. Des études sur des souris montrent des effets neurologiques, il faut donc poursuivre ces travaux…Et mener aussi des recherches pour trouver de nouveaux adjuvants…

La vaccination des bébés

« Je rassure Jérôme, on ne va pas vacciner les bébés d’un coup avec les onze vaccins. Ces 11 vaccins représentent 10 injections qui seront étalées sur 2 ans…
Alors, bien sûr on peut ne pas faire vacciner son enfant amis je rappellerai juste qu’aujourd’hui pour bloquer une maladie infectieuse, il faut une couverture vaccinale de 90 à 95 % de la population…. Si on est au-dessous, les épidémies continuent à circuler et à tuer…. Alors bien sur on peut compter sur les autres mais c’est prendre le risque de voir ressurgir certaines maladies comme c’est le cas en ce moment avec le retour de la rougeole faute d’une vaccination suffisante »

 

 

 

@Matthieu Mondoloni/Franceinfo

Coulisses des ouragans et polémique autour de la photo de Matthieu Mondoloni

Matthieu Mondoloni, reporteur à la rédaction de franceinfo, a passé plus de deux semaines au milieu des sinistrés des Antilles françaises. De retour à Paris, il répond aux questions des auditeurs.


Avec bienveillance et curiosité, beaucoup d’auditeurs se demandent quelles sont les conditions de travail des reporteurs au milieu d’un tel désastre. Comment ont-il pu se rendre sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy ?
« Deux jours après le passage d’Irma, les journalistes ont pu prendre un avion affrété pour les équipes de secouristes »

Comment recueillir des témoignages d’une population en plein traumatisme ?
Quelques auditeurs, peu nombreux, comme Adélaïde, se sont dit « étonnée et choquée de n’entendre quasiment que des interviews de compatriotes blancs. Toutes les paroles et les témoignages se valent », ajoute-t-elle.
« La parole a été donnée à toutes les catégories de la population, blancs comme noirs, métis ou asiatiques, aucune différence n’a été faite ; les reportages ont cependant montré la différence dans les conditions de vie entre classes moyennes et classes aisées. »
« Après les ravages du cyclone, les gens avaient besoin de parler et ont témoigné spontanément ; ce fut comme une sorte de thérapie pour les sinistrés ».

Comment se déplacer et aussi communiquer avec franceinfo ?
« Dans un premier temps, nous nous sommes déplacés en stop; la solidarité était vraiment présente. Pour communiquer, c’était difficile avec les liaisons téléphoniques, internet, mais nous disposions d’une liaison satellite. » 

Comment trouver de la nourriture et un hébergement ?
« Les autorités avaient prévenu que les journalistes sur place devaient fonctionner de manière « autonome »  : nous sommes donc partis avec des boites de conserve et des packs d’eau. »
« On dormait sur le sol », « Un seul petit repas par jour », « On partageait la même situation que les habitants ».

Les réseaux sociaux ont déclenché une polémique sur une photo que Matthieu Mondoloni a publiée sur Twitter et Facebook
Elle montre un moment émouvant de sérénité et de solidarité : un jeune soldat tient dans ses bras une petite fille épuisée avant d’être évacuée en avion avec ses parents. « Photo colonialiste », « Photo de com gouvernementale »… Ces commentaires, stupides, ont  affecté le journaliste… « Il ne s’agissait que d’un joli instant de vie, sans plus« .
Rappelons que les réseaux sociaux génèrent beaucoup d’adeptes de l’insulte, du complotisme et de la polémique maladive.