Une campagne très surveillée par les auditeurs

Un plateau à La Plaine-Saint-Denis avant un débat présidentiel, le 4 avril 2017 ( POOL/AFP / Lionel BONAVENTURE )

Un plateau à La Plaine-Saint-Denis avant un débat présidentiel, le 4 avril 2017 ( POOL/AFP / Lionel BONAVENTURE )

Dimanche 7 mai au soir, nous connaîtrons le nom du nouveau locataire de l’Elysée. L’épilogue d’une longue campagne électorale, loin d’être « un long fleuve tranquille », comme Bruno Denaes, le médiateur des antennes, a pu le constater au travers des milliers de messages qu’il a reçus… Il répond à Olivia Ferrandi.

 

 

Cette campagne a vraiment été marquée :

  • D’abord, par une grande intolérance,
  • Ensuite, par une incompréhension – volontaire ou involontaire – du traitement de l’information,
  • Egalement par des réactions parfois irrationnelles avec l’éternelle théorie du complot,
  • Enfin, – et c’est étonnant et grave à la fois – par un déni de la démocratie.

Alors, évidemment,  il ne faut pas généraliser : tous les citoyens et tous les auditeurs ne réagissent pas ainsi. Mais les observateurs sont quasiment unanimes : cette campagne a été atypique et passionnelle. Et cela s’est traduit dans les plus de 15 000 messages reçus depuis octobre dernier.

Quel a été le reproche le plus fréquent ?

Le plus fréquent, c’est de ne pas supporter d’entendre dans le journal de 7 heures, par exemple, un candidat – ou un reportage sur un candidat – qui n’est pas celui que JE soutiens. C’est alors l’intolérance et la mauvaise foi qui font réagir : « Vous censurez MON candidat. Vous ne le diffusez jamais ». Et là, le médiateur répond par un rappel à un principe fondamental de la démocratie : chacun doit pouvoir s’exprimer que l’on  soit ou non d’accord avec ses opinions. Et il ajoute une explication basique sur le fonctionnement de la radio : on ne peut diffuser 11 candidats dans un seul journal. Si celui que vous soutenez n’était pas dans le journal de 7 heures, il était peut-être bien dans celui de 7h30 ou celui de 8h. Enfin, on en a beaucoup parlé, nous étions soumis à un contrôle très strict du CSA, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, à propos des temps de parole et des temps d’antenne. Et le CSA n’a rien trouvé à redire dans le traitement de la campagne sur franceinfo.

Il y a aussi le choix des sujets, la construction des journaux…

En effet, et là, nous sommes dans le principe de base du journalisme : faire des choix. Nous en faisons en permanence, tout simplement parce que les informations sont trop nombreuses. Il faut donc sélectionner ce qui semble être le plus important dans l’actualité, ce qui peut intéresser le plus grand nombre d’auditeurs, ce qui est le plus enrichissant, le plus original… Tout cela n’étant bien évidemment pas une science exacte. Les rédacteurs en chef, les journalistes peuvent faire des erreurs de jugement ou d’interprétation. Mais NON, un grand NON, les journalistes ne se mettent pas tous d’accord un matin par exemple pour se dire : « on va beaucoup parler de tel candidat pour faire peur aux Français » ou « ne donnons pas cette information, car cela va desservir tel autre candidat ». J’ai reçu ce type de message qui m’a fait bondir. Encore et toujours cette bonne vieille théorie du complot.

La réalité est simple et professionnelle. Pas d’arrière-pensées tordues ; les journalistes font leur travail de journalistes et couvrent l’actualité.

Cette théorie du complot, on l’a beaucoup invoqué également avec certaines affaires.

En effet. Que d’accusations n’ai-je reçues affirmant que nous avions délibérément mis en cause des candidats ! Eh bien non ; là encore, les journalistes ont fait leur travail de journaliste. Ils ne se sont pas dit : faisons barrage au candidat X ou Y.

Mais, évidemment, depuis la nuit des temps, certains préfèrent s’en prendre au messager qui transmet une information vérifiée, plutôt qu’aux personnes mises en cause par leur attitude ou leur comportement.

Des reproches également sur les interviews ?

« Vous êtes trop agressifs avec vos invités politiques », « Vous ne les laissez pas répondre », « Vos questions vous semblent souvent plus importantes que les réponses ». Ce n’est pas faux, les auditeurs ont raison et je l’ai signalé à toutes les rédactions. Le journaliste n’est pas là pour se mettre en avant, il est là pour obtenir de bonnes réponses informatives. Il est vrai que les hommes politiques savent éluder, retourner la question, noyer la réponse ; mais, comme le signalent des auditeurs, l’agressivité est contre-productive.

Des analyses, des explications ont également été critiquées, parfois violemment, par des auditeurs…

On en revient à cette forme de militantisme qui refuse d’entendre des informations critiques. Si un candidat développe de faux arguments, transmet des chiffres ou des explications erronés, indique des faits inexacts, c’est aussi le rôle des journalistes de le dire sans parti pris. Cela dérange certains militants qui nous vantent les mérites des réseaux sociaux ou de certains sites. Seule différence : ces sites font de la propagande et non de l’information.