Une enquête anti-nucléaire ?

Cuve de l'EPR de Flamanville © Maxppp / PQR Ouest France/Gilles Collas

Cuve de l'EPR de Flamanville © Maxppp / PQR Ouest France/Gilles Collas

L’enquête sur les défauts de la cuve de l’EPR de Flamanville dans Samedi-Investigation a fait réagir de nombreux auditeurs: y avait-il une prise de position contre le nucléaire ? Certains le pensent et l’ont écrit après la diffusion. Sylvain Tronchet, reporteur à la Direction Enquêtes-Investigation de Radio France, et auteur de cette enquête, est interrogé par Bruno Denaes, médiateur des antennes.

 

Qu’a révélé cette enquête ?

« Mon enquête révèle qu’Areva et EDF ont confié la fabrication de la cuve de l’EPR de Flamanville à une usine – les forges du Creusot – qui connaissait de gros problèmes de qualité. On sait aujourd’hui que cette cuve n’est pas conforme à la réglementation… »

« Une attaque en règle contre la filière nucléaire française », « Vous avez sombré dans le sensationnalisme ! » : voici quelques réactions d’auditeurs.

« Cette enquête n’avait pas pour objet de remettre en cause des choix technologiques… Cette enquête concernait un fournisseur majeur de la filière, dont j’ai démontré qu’il avait été défaillant à de nombreuses reprises, ce qui pose problème, y compris à de nombreuses personnes qu’on peut qualifier de pro-nucléaires… »

Les coulisses de l’enquête

« C’est une enquête de plusieurs semaines. J’ai rencontré de nombreux acteurs de la filière, et pas seulement des antinucléaires. Je suis allé sur place au Creusot : j’ai rencontré des salariés, des anciens dirigeants du site et j’ai obtenu ces deux lettres qui prouvent qu’Areva  et EDF savaient dès 2005 que l’usine du Creusot n’était pas un fournisseur fiable. »

La cuve de la future centrale nucléaire de Flamanville n’est donc pas aux normes. Mais pour Philippe, « Dire que la cuve est fragilisée est un mensonge ».

« Non, ça n’est pas un mensonge, c’est même un point sur lequel il y a consensus… La cuve de l’EPR contient trop de carbone, donc elle est potentiellement moins résistante en cas de choc thermique. Reste à savoir si malgré ces défauts, elle est quand même bonne pour le service… C’est une question à laquelle l’autorité de sûreté nucléaire répondra cet été. Mais ce qui est certain, c’est qu’on a entamé les marges de sécurité qu’on se donne dans cette industrie pour s’assurer qu’il n’y aura pas de problème. »

L’enquête montre également que des pièces non conformes ont été livrées à Fessenheim : vous publiez des documents extraordinaires qui montrent les négligences régulières des forges du Creusot.

« Ces documents, étaient déjà connus. Ils montrent que des problèmes de fabrication ont été volontairement dissimulés à EDF. Mais ce que l’enquête démontre, c’est que la défense d’Areva qui consiste à dire que cela est le fait d’anciennes pratiques, d’une culture de la négligence qui remonterait aux années 70 dans cette usine, c’est à dire avant qu’Areva en prenne le contrôle… cette défense ne tient pas. Les falsifications les plus graves sont intervenues récemment, entre 2008 et 2012, et sous la responsabilité d’Areva… »

Pour François : « Les documents cités, accessibles au public, démontrent le sérieux des contrôles effectués par AREVA et suivis de près par l’Autorité de Sureté Nucléaire ».

« Ca, c’est un point qui nous a été reproché : nous n’aurions pas fait de révélations, parce que les documents que nous publions sont disponibles sur le site de l’ASN. Sauf que l’ASN a décidé de les publier après la diffusion de mon enquête face à un afflux de demandes de nos confrères… Et tant mieux… Il faut que tout le monde ait accès à ces informations.

Sur le sérieux des contrôles, deux choses : malgré les avertissements, les problèmes ont perduré dans cette usine, c’est un fait désormais reconnu… Et surtout, l’ASN reconnaît aujourd’hui que ses moyens ne sont peut être pas suffisants. »