La politique a changé, et les journalistes ?

François Hollande interviewé par Yaël Goosz / Arthur Gerbault/Radio France

François Hollande interviewé par Yaël Goosz / Arthur Gerbault/Radio France

Avec l’élection d’Emmanuel Macron, la chute des partis traditionnels, la fin de la classique dichotomie gauche-droite, les auditeurs sont nombreux à réagir ; Yaël Goosz, chef du service politique de franceinfo, leur répond au micro du médiateur.

 

 

Les journalistes politiques préféreraient-ils toujours la polémique, les petites phrases plutôt que le concret l’explicatif, le constructif réclamés de plus en plus, par les auditeurs ?
Depuis le changement du paysage politique français, le médiateur reçoit de nombreux messages qui s’étonnent que les journalistes, eux, n’aient pas « changé de logiciel », dixit Jérôme. Pour Jean-Marc, « il semble que les journalistes ne soient plus capables de faire du journalisme que par opposition et mise en conflit ». Et Amélie ajoute : « Je suis stupéfaite que ce qui intéresse les journalistes politiques soient de savoir si le Premier ministre est fidèle à son ancien parti, s’il combat la gauche, bref tout ce discours politicien obsolète sur les querelles partisanes qui nous plombent depuis 35 ans »

« Il s’agit de proposer une couverture de la matière politique aux auditeurs, puis de donner du sens , expliquer toujours et encore, car l’échiquier politique ne s’arrête jamais ; il faut décrypter ces problématiques : idées, stratégie, nouveau monde, ancien monde… »

 

Pourquoi avoir lancé l’interview J-1 tous les soirs à 19h10 ? J-1, donc la veille d’une actualité…

« L’objectif est d’anticiper ce qui fera sens demain, afin de donner des clefs de compréhension à l’auditeur. Ce nouveau rendez-vous offre une exhaustivité des points de vue ».

 

Pourquoi continuer à inviter tous les « vieux » politiques ?
Les invités de Yaël Goosz ont été, entre autres, François Hollande, Nicolas Dupont-Aignan… Une question qui revient souvent dans les messages que nous recevons, comme celui de Julien : « Pourquoi continuez-vous à inviter tous les « vieux » politiques que les électeurs ont rejetés ? On a fait tout ce qu’on a pu pour se débarrasser de ces vieux ringards. Raté ! On les met à la porte ; ils reviennent par la fenêtre ». Sans vouloir plagier l’Internationale, ne peut-on pas du passé faire table rase ?

« Il faut avoir une vue d’ensemble sur tous les rendez-vous politiques de franceinfo ; l’objectif est de trouver un équilibre ; on veille à la diversité, la mixité homme/femme, société civile/politique, anciens/nouveaux. En invitant F. Hollande, je voulais donner du sens sur le quinquennat nouveau » … »C’est un équilibre à trouver et faire table rase du passé, cela mène à l’amnésie et c’est dangereux ».

 

Les journalistes et le consensus ?
Les auditeurs, parmi les plus jeunes, comme Julie, disent : « Je comprends pourquoi Emmanuel Macron est réticent à s’adresser aux journalistes, quand on constate que les questions sont toujours polémiques, agressives et ne nous concernent pas ».

« Les journalistes posent des questions à un instant T, en fonction de l’actualité…. »

 

Des politiques préfèrent la communication à l’information :
on peut dire tout ce qu’on veut, plus ou moins vrai, sans questions embarrassantes. Jean-Luc Mélenchon le fait par exemple avec sa chaine YouTube… Plus besoin de journalistes gênants ?

« Un présupposé pour certains : les médias sont aux ordres… Quand une question gêne, c’est qu’elle serait orientée politiquement. Or, il ne faut pas confondre éditorialistes et journalistes politiques ; les politiques jouent là-dessus… Les journalistes questionnent sur l’actualité, enquêtent, expliquent; les éditorialistes commentent ».