Les révélations des Paradise Papers sont-elles utiles ?

Paradise Papers/ ICIJ

Paradise Papers/ ICIJ

L’affaire des Paradise Papers, révélée notamment sur franceinfo grâce au service Enquêtes-Investigations de Radio France, suscite de nombreuses réactions d’auditeurs. Il y a les pour, il y a les contre. Jacques Monin, le directeur de ce service qui a longuement enquêté, répond aux auditeurs.

 

 

A quoi vont servir ces révélations ?

De nombreux auditeurs félicitent l’équipe pour ces révélations à propos des usagers – on va les appeler comme ça – des paradis fiscaux, de l’évasion et de l’optimisation fiscales. Comme le dit Alain : « Vous montrez bien que lorsqu’on est déjà très riche, on fait tout pour l’être encore plus ». Mais d’autres, fatalistes, estiment que tout cela ne sert à rien : « Tous les présidents de la République qui se succèdent, écrit Cédric, annoncent la fin des paradis fiscaux, une législation plus sérieuse, mais rien ne change vraiment ». Ou Elise : « Vous dénoncez des personnalités. Mais qu’est-ce qui va changer ? ».

« Ces révélations ont déjà servi à quelque chose. Quelques exemples : une enquête du fisc lituanien, la justice indonésienne a elle aussi lancé une enquête sur les enfants de l’ancien dictateur Suharto, 4 personnes ont été incarcérées en Argentine, la Commission Européenne va lancer une enquête sur l’île de Man, les Pays Bas aussi… Le parquet financier français a lancé une investigation qui a débouché sur 25 cibles et une personne a été jugée et condamnée.
On peut rappeler que beaucoup de ces pratiques sont légales. Il y a trois niveaux de pratiques légales et illégales : la fraude fiscale, l’abus de droit (exemple la TVA), et l’exemple de Total qui rapatrie de l’argent et c’est totalement légal. Le questionnement se situe aujourd’hui sur le niveau de légalité. »

Le rôle du consortium de journalistes ICIJ 

Plusieurs auditeurs estiment que vous avez beaucoup parlé des étrangers, mais peu des Français. Pour Jean-Noël, par exemple, « Pour éviter de parler des Français, on parle de la Reine d’Angleterre, d’un proche de Justin Trudeau, de sportifs étrangers, mais peu de noms d’exilés fiscaux français sont sortis ».

« C’est un faux procès d’intention; quand on enquête, on enquête sur tout.  Cette investigation a été coordonnée pas l’ICIJ, un consortium de journalistes International (Consortium of Investigative Journalists) et basé à Washington. Nous avons évoqué les situations du  réalisateur Jean-Jacques Annaud (il a régularisé sa situation à la suite de nos révélations),  Philippe Starck, Total, Engie. Toutes ces fuites viennent d’un cabinet Appleby , anglo-saxon basé aux Bermudes »

Pour d’autres auditeurs, vous avez dénoncé des personnalités. Mais comme le dit Gilles : « Pourquoi n’avoir pas braqué les projecteurs sur ces cabinets d’avocats spécialisés qui vendent ce genre d’arrangements ? Pensez-vous vraiment qu’un sportif comme Lewis Hamilton soit au courant de toutes les opérations qui touchent sa fortune ? ».

 » Ces fuites sont parties d’un cabinet d’avocat Appleby ; la commission européenne prépare par ailleurs une directive qui imposera à ces intermédiaires de déclarer leur montage. Les avocats d’Hamilton ont dû le conseiller, mais c’est tout de même quelqu’un qui cherche à échapper à l’impôt. »

Ces révélations sont le fruit d’une collaboration journalistique mondiale

Est-ce le seul moyen aujourd’hui de pouvoir révéler des scandales financiers ou fiscaux de cette importance ? Oui, car cette évasion fiscale se fait à l’échelle mondiale, donc nécessité d’une enquête mondiale. Ces multinationales ont des moyens énormes. Par conséquent, il est plus difficile d’attaquer 96 médias qu’un seul. C’est ce qui fait la force de cette enquête.

 

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