Sanofi : Les coulisses d’une enquête complexe

Le logo Sanofi sur la façade d'un immeuble du groupe, à Paris, en 2014. (IMAGE POINT FR / BSIP / AFP)

Le logo Sanofi sur la façade d'un immeuble du groupe, à Paris, en 2014. (IMAGE POINT FR / BSIP / AFP)

Samedi 9 juin, franceinfo a diffusé une grande enquête d’investigations sur les pratiques sociales du puissant laboratoire pharmaceutique SANOFI. Cette enquête a provoqué de nombreuses réactions. Laetitia Saavedra journaliste enquêtrice à la direction des Enquêtes et de l’Investigation de Radio France et auteure de cette enquête, répond aux auditeurs.

De quoi s’agit-il ?

« Nous avons découvert après plusieurs mois de travail, qu’il existerait chez Sanofi un système de notation dévoyé. De nombreux managers ont affirmé avoir reçu des consignes de leur hiérarchie pour sous-noter des quotas de « mauvais salariés », en 2015 et en 2016.

Résultat : les managers ont dû parfois déclasser des bons éléments pour atteindre ces quotas. L’objectif serait de mieux les licencier. De faire un plan social qui ne dit pas son nom… »

Comment être sûr de ces informations ?

« Parmi les nombreux cadres supérieurs de Sanofi que j’ai interviewé, pas un, pas deux, ni trois, mais je dis bien de nombreux, parmi ces cadres, aucun n’est syndiqué. Ce sont des personnes qui ne s’expriment jamais sur leur entreprise, parce qu’elles y sont très attachées. Si elles ont accepté de témoigner, c’est parce qu’elles vivent très mal ce qu’on leur demande de faire. »

Comment cette enquête a-t-elle été menée ?

« La difficulté dans ce genre d’affaire, c’est de prouver, non pas que le classement des salariés dans des catégories de bons et de moins bons existe, parce que ça c’est légal… mais de prouver qu’il y a des quotas de « mauvais éléments » à respecter, parce ça c’est illicite depuis un arrêt de la cour de cassation en 2013.

Nous avons donc tenu à nous procurer deux types de preuves : d’abord, des témoignages de cadres supérieurs qui disent avoir sous-noté des salariés. Et puis 2ème type de preuves : des traces écrites. Elles sont rares car le plus souvent, les consignes sont données oralement ou alors par écrit mais à une liste très restreinte de la hiérarchie. »

Cette enquête a délié les langues à propos de cette pratique illégale ?

« Nous avons reçu énormément de tweets et de mails de salariés, de managers. Ils disent que ça ne se passe pas que chez SANOFI.
Et puis aussi beaucoup de mails de salariés de Sanofi comme par exemple  ce cadre qui nous écrit :

« Je suis salarié chez Sanofi et c’est exactement ce que vous décrivez. J’ai des collègues qui font partie des 10 à 15% de mauvais éléments demandés alors que ce sont d’excellents collaborateurs. »

Un autre manager, travaillant avec des agents de maîtrise, confirme qu’un système de sous-notation existerait bien chez Sanofi

« Je travaille depuis 33 ans chez sanofi et je peux vous assurer que tout ce que vous dîtes est vrai, y compris pour les agents de maîtrise. Le manager d’une équipe de 10 personnes n’a d’autre choix que d’en placer 2 voir plus en « en dessous du niveaux d’exigence attendu » et ce, quelque soit le niveau des collaborateurs. C’est un stress inadmissible qui conduit de nombreux salariés au « burn out »

Enfin, une cadre affirme que des collègues seraient victimes de la sous-notation forcée

« Merci pour votre émission ,je suis salariée chez Sanofi et j’ai des collègues qui ont été mal notés et c’est exactement ce que vous décrivez. Ils font partie des 10 à 15% demandés alors que ce sont d’excellents collaborateurs. Le DRH ment ».