Vaccinations : les journalistes ne peuvent cautionner les peurs irrationnelles

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Les journalistes sont une fois encore confrontés à ces peurs irrationnelles qu’adorent les réseaux sociaux, mais contre lesquelles il est difficile de lutter. Ainsi les reportages et les émissions concernant la vaccination valent au médiateur de nombreux messages nous accusant de « faire de la propagande ».

L’année dernière, nous devions faire face à la peur irrationnelle des compteurs Linky, ces compteurs électriques « intelligents », accusés de propager de bien dangereuses ondes électromagnétiques. Les journalistes étaient alors accusés d’être à la solde d’ERDF, du gouvernement et bien d’autres forces « occultes »… A celles et ceux qui s’étaient laissés manipuler par les réseaux sociaux et par internet, il était difficile de faire comprendre que tout appareil électrique émet des ondes, mais qu’un compteur en émet des milliers de fois moins qu’un téléphone portable et que l’on passe rarement sa journée collé à un compteur. Les journalistes, dont la base du travail est de vérifier les informations, ne pouvaient donc pas relayer des craintes injustifiées.

Faire peur à la Terre entière

Aujourd’hui, il en est de même avec les vaccinations. Une fois encore, internet et les réseaux sociaux ont réussi à mobiliser, à faire signer des pétitions contre une innovation et un progrès du siècle dernier qui ont protégé ou sauvé des centaines de millions de vies. Il est vrai que n’importe qui, sans connaissances, sans vérifications, peut « s’amuser » à faire peur à la Terre entière en lançant des informations tronquées ou, carrément, des contre-vérités.

Et là encore, les journalistes sont accusés, comme le fait Eric, d’ « être tous pro-vaccins, tous à la solde des labos pharmaceutiques, tous à relayer la propagande gouvernementale pour la vaccination obligatoire de 11 nouveaux vaccins, tous à baver sur la réputation du Pr Joyeux en continuant à dire qu’il a été radié de l’Ordre des Médecins, ce qui est faux ». A propos du très controversé Pr Joyeux, il est vrai que sa radiation a été provisoirement suspendue par deux appels. Mais sa pétition anti-vaccins est considérée comme irresponsable par la plupart des spécialistes de santé. Ce chirurgien cancérologue retraité, soutien de la Manif pour tous, membre de la très conservatrice association Familles de France, s’est fait une spécialité de contestations d’ordre moral ou politique (avortement, contraception, euthanasie, union homosexuelle, etc).

Le débat est légitime, mais sur des bases sérieuses

Evidemment, comme le soulignent certains auditeurs, il est normal que le débat existe, que des questions soient posées, que des réponses scientifiques soient apportées. Bien sûr, comme tout médicament, un vaccin peut avoir des effets secondaires. Mais, comme pour tout médicament, il faut systématiquement faire la part « avantages-risques ». Et tous les adeptes de la théorie du complot qui mettent en avant quelques accidents, dont certains, d’ailleurs, n’ont jamais été confirmés comme consécutifs à la vaccination, oublient délibérément les progrès considérables de l’espérance de vie dans nos sociétés occidentales.

Combien de maladies ont pu être éradiquées grâce aux vaccins… Certaines, d’ailleurs, reviennent en force du fait d’une couverture vaccinale en baisse. C’est le cas de la rougeole… Il est de bon ton dans nos pays riches et devenus égoïstes de contester tout ce qui a permis des progrès médicaux et des avancées scientifiques quand les habitants de l’Afrique ou d’autres contrées quelque peu « oubliées » aimeraient bénéficier de nos protections en matière de santé. Posons-nous vraiment cette question : pourquoi une telle différence d’espérance de vie entre nos différents continents?

Les médias doivent lutter contre l’obscurantisme

Evidemment, des erreurs ont pu être commises (les médias n’ont pas caché la mauvaise gestion de la grippe H1N1), mais elles ne remettent pas en cause les bienfaits de la vaccination. Pour l’instant, aucune alternative n’a été trouvée pour se préserver de certaines maladies handicapantes ou mortelles.

Notre rôle de média est bien sûr de favoriser le débat, mais pas de favoriser la propagation de fausses informations et de peurs irraisonnées, qui, de plus, conduisent des personnes peu ou mal informées à combattre les avancées de la recherche médicale, aux risques d’un retour en force d’une surmortalité. A cause des réseaux sociaux et d’internet, ces « militants » se croient souvent mieux « informés » que les spécialistes, les chercheurs ou les journalistes. N’ouvrons pas la porte de l’obscurantisme…

Bruno DENAES.

 

Pour en savoir plus, cet article des « Décodeurs » (Le Monde) : « L’efficacité des vaccins en onze maladies ».