Y a-t-il une bonne hiérarchie de l’information ?

y a til une bonne hierarchie

Pourquoi parlez-vous plus de telles victimes que de telles autres ? Pourquoi n’avez-vous pas ou peu parlé de cet attentat ? Vous nous interpellez sur la hiérarchie de l’information.

Les questions posées sont intéressantes, car elles font vraiment partie du travail de choix, de sélections et de hiérarchie auquel sont confrontés en permanence les journalistes. Savez-vous qu’entre les dépêches d’agence, les événements qui surviennent, les conférences de presse, les communiqués de presse, les twitts, etc, etc, les journalistes font face chaque jour à des centaines, voire des milliers d’informations qu’il faut trier ? Le monde est devenu un village et les informations du bout du monde nous arrivent en un éclair. Un journal ne peut évidemment pas absorber toute l’actualité dont les journalistes ont connaissance.

Il faut donc faire des choix et, comme tout choix, il peut plaire aux uns et déplaire aux autres. Pour des chaînes au public large et varié, comme France Inter, France Info ou France Bleu, c’est la « proximité » qui sera le plus souvent favorisée : proximité géographique, proximité culturelle, proximité sociétale…
Une auditrice, par exemple, reproche à France Info d’avoir plus évoqué l’étouffement d’une petite fille après avoir, vraisemblablement, avalé le cadeau contenu dans un œuf en chocolat, que les 21 morts de l’attentat dans une université pakistanaise. Typiquement, nous nous trouvons dans le principe de ce que nous appelons dans notre jargon journalistique « le mort kilométrique » ; cela peut choquer les non-initiés, mais c’est un peu comme les médecins urgentistes également confrontés, lors de catastrophes, à des choix entre les blessés « sauvables » et les blessés « condamnés ». Toujours ces choix professionnels critiquables, mais incontournables… Dans le cas de la petite fille étouffée, les journalistes se disent qu’en parler, c’est aussi mettre en garde les parents contre un danger potentiel. Ce qui se passe au Pakistan est évidemment tragique, mais, lorsqu’il faut sélectionner, c’est l’actualité au Pakistan, pays éloigné, aux attentats fréquents, qui sera moins développée. Cela offusque ceux qui se passionnent pour la géopolitique, ceux qui connaissent bien le Pakistan ; mais comme toujours, il est impossible de satisfaire tous les auditeurs aux intérêts et aux passions divers ; un choix sera forcément critiquable et interprété par ceux qui ne le partagent pas.

Même reproche sur le fait d’avoir peu évoqué les attentats des 13 et 18 janvier au Cameroun, d’avoir plus parlé de l’attentat de Ouagadougou lorsque l’on a su qu’il y avait des victimes françaises… Toujours cette question de « proximité » que l’on retrouve dans le fait d’avoir, en revanche, plus suivi l’attentat d’Istanbul… En tout cas, cela ne signifie nullement un mépris pour une population particulière, comme certains le pensent.

Et des informations plus légères, plus souriantes, moins graves (que des auditeurs critiquent également) donnent une respiration dans des journaux qui ne peuvent quotidiennement apporter que tragédies, conflits, polémiques ou psychoses…

Alors, y a-t-il une bonne hiérarchie de l’information ? Les rédacteurs en chef et les journalistes font de leur mieux ; il leur arrive de se tromper face à ce flot ininterrompu d’actualité. Mais impossible de ne pas sélectionner, et, donc, de ne pas être… critiqué.

Bruno DENAES

Médiateur des antennes