Faut-il « cacher » l’identité des terroristes ?

©quka - Radio France

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« Je suis scandalisé que vous donniez le nom de ces assassins ». « Vous faites le jeu de Daesh en offrant au moindre taré la possibilité de devenir célèbre ». Vous avez été nombreux à écrire pour réclamer l’anonymat des auteurs d’attentat. La réponse du médiateur des antennes…

 

Publier les photos des terroristes ?

France Info et France Inter ont pris la décision de ne pas publier les photos. Il est vrai que cela n’apporte aucune information. Pour beaucoup d’internautes, cela donne aussi l’impression de « stariser » des monstres et d’oublier les victimes. En revanche, une photo d’identité ou une image constituant un élément de preuve de leurs agissements pourront être diffusées.

Citer le nom des terroristes ?

Certains de nos confrères ont pris cette décision. Et j’ai reçu de nombreuses demandes identiques des auditeurs ou des internautes de nos antennes. Mais j’estime que rendre anonyme des terroristes peut être « dangereux ». D’abord, cela revient à censurer une information, ce qui est toujours difficilement acceptable dans une démocratie. Le nom des assassins, des tueurs, des terroristes est toujours donné dans un souci d’information et de transparence. Cela n’en fait pas pour autant des héros. Le violeur et tueur en série, Michel Fourniret, est connu de tous, mais certainement pas adulé. Les citoyens que nous sommes ont besoin de comprendre les raisons d’un attentat, les motivations des tueurs et leur « histoire ».

Plusieurs spécialistes du djihadisme ou sociologues des médias estiment que la propagande de Daesh est bien plus puissante que la presse; les jeunes radicalisés n’ont guère été influencés par les médias. Quand ils commettent un attentat, ils le font par fanatisme pour une « cause », mais pas nécessairement pour devenir célèbres.

Cacher le nom des terroristes va surtout alimenter les fantasmes insupportables des adeptes de la théorie du complot : « On nous cache tout, on nous dit rien ». Et les médias seront des « complices » des « dirigeants » qui « manipulent » le peuple… « S’ils ne donnent pas de noms, c’est qu’on nous ment sur l’attentat », comme certains continuent de le penser – mais pour d’autres raisons – du 11 septembre 2001.

De plus, ne pas donner le nom, ne pas donner une existence aux auteurs des carnages risque de finir par faire oublier qu’il y a bien des « monstres » responsables de ces horreurs.

Enfin, certains confrères ont décidé de ne citer que le prénom ; l’idée est pire, car cela peut donner une impression de familiarité à l’égard des terroristes.

Une attitude responsable

Evidemment, ces questions posées par les auditeurs nous interpellent et nous comprenons très bien que le traumatisme engendré par ces horreurs successives fasse réagir. Des débats ont eu lieu dans nos rédactions. Le médiateur des antennes a été saisi.

Pour conclure, il ne faut pas se censurer, mais garder une attitude responsable. Donner le nom des terroristes, oui, c’est une information, mais de manière mesurée. Lorsque ce n’est pas justifié, parlons des « tueurs », « des terroristes », des « auteurs du carnage » ; en revanche, lorsqu’on évoque l’enquête, leur parcours, leur entourage, il est logique de donner un nom aux « monstres »…

Bruno DENAES

Médiateur des antennes

 

A lire :

http://www.franceculture.fr/medias/faut-il-anonymiser-les-terroristes-dans-les-medias

https://www.franceinter.fr/emissions/la-revue-de-presse/la-revue-de-presse-28-juillet-2016

http://www.scoop.it/t/odi-journalisme-et-deontologie

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/07/27/des-medias-decident-de-ne-plus-publier-les-portraits-des-auteurs-d-attentats_4975341_3236.html

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1544487-faut-il-publier-la-photo-des-terroristes-les-condamner-a-une-mort-mediatique-est-inutile.html