Linky : le compteur du complotisme

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L’ « affaire » Linky est une bonne illustration des rumeurs et autres peurs irrationnelles qui se développent sur la base des réseaux sociaux. Et les journalistes qui osent s’étonner d’une telle campagne (et enquêter) sont souvent dénigrés, quand ils ne sont pas accusés d’être « corrompus »…

Cela a été le cas après le reportage d’Anne Brunel diffusé dans « Les légendes du web » (France Inter) : « La fronde anti-Linky, nouveau filon des complotistes ». Le médiateur a reçu plusieurs messages accusant, pêle-mêle, France Inter d’ « être à la solde d’EDF », d’ « avoir orchestré une opération de propagande », d’ « ignorer volontairement les risques » ou encore d’ « être corrompue »… Tout cela pour un simple compteur « intelligent » qui doit remplacer nos vieux compteurs électriques…

Nous sommes en effet dans la situation totalement irrationnelle où l’on préfère croire les rumeurs les plus folles de « catastrophe sanitaire », souvent propagées par des militants spécialistes de la désinformation et du « complot », et repris par des sites ou des « youtubers » en quête de « clics » rémunérateurs.

Les journalistes qui font correctement leur travail, enquêtent, interrogent des spécialistes indépendants sont accusés de défendre les institutions, de se laisser manipuler, etc. C’est en effet plus excitant de croire que l’on est au centre d’un vaste complot et que des non-spécialistes sont mieux informés, alors qu’ils se contentent de relayer des peurs souvent liées à toute nouveauté. Evidemment, le doute, le questionnement et la remise en question sont louables ; il ne s’agit pas de tout accepter. C’est d’ailleurs ce que font quotidiennement les journalistes qui enquêtent, confrontent et mettent en cause. Mais quand toutes les preuves sont apportées, il faut accepter la réalité des faits et des chiffres.

Jérôme Colombain, le spécialiste des nouvelles technologies sur France Info, le rappelle ce lundi dans sa chronique Nouveau Monde : Linky est connecté, soit, mais pas en wifi. Donc pas d’émissions d’ondes, contrairement à ce que ne cessent de proclamer certains sites. La connexion s’effectue par CPL (les câbles électriques de nos habitations), des câbles « normaux » au rayonnement mille fois moins élevé qu’un réfrigérateur ou un fer à repasser. Quant à la crainte d’être « espionné » par ce compteur, quel « danger » cela représente-t-il qu’EDF connaisse nos heures de pointe de consommation électrique ?

Tout cela semble bien irrationnel et surréaliste. Mais cette « affaire » illustre une fois de plus le pouvoir d’influence que peuvent avoir des sites ou des personnages dont le paradoxe est de manipuler des citoyens crédules et peu informés, en prétextant justement de lutter contre la manipulation.

Bruno DENAES

Médiateur des antennes

À écouter ou à lire également :

Sur France Info : « Le compteur Linky est-il dangereux pour la santé ? »

Sur Médiapart : « Linky : les apprentis sorciers continuent de crier au loup »