La lutte contre les stéréotypes sexistes grâce à nos auditeurs

franceinfo / (GARY WATERS / IKON IMAGES / GETTY IMAGES)

franceinfo / (GARY WATERS / IKON IMAGES / GETTY IMAGES)

Nos antennes ne sont certainement pas les pires en matière de stéréotypes sexistes ou de manque de parité. Mais on y trouve de temps à autre ce que l’on pourrait qualifier de « sexisme ordinaire ». Un « bon » mot, une formule « choc », un titre simpliste… Il y a aussi ces émissions monopolisées par des « spécialistes » masculins.

Autant d’anomalies que nos auditeurs, très vigilants, s’empressent de remarquer et de nous signaler. A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le médiateur a proposé à l’efficace Comité diversité de Radio France d’éditer un petit fascicule reprenant quelques-unes des remarques les plus pertinentes que nous avons reçues. Il est destiné à sensibiliser un peu plus encore les équipes d’antenne au « sexisme ordinaire » et à l’importance de la parité.

Lutte contre les stéréotypes sexistes sur nos antennes

Sur France Culture : qu’en est-il de la parité femme-homme et du sexisme ?

place-des-femmes-a-lantenne-france-culture

 

Bérénice Ravache a répondu au micro du médiateur ce 2 mars

 

 

Le médiateur de Radio France reçoit entre 2 500 et 3 000 messages par mois.

Parmi ceux-ci, des réactions, des questions à propos de la diversité au sens large : le plus souvent, cela concerne le sexisme, plus précisément le « sexisme ordinaire ». Ce sexisme que l’auteur (journaliste, animateur, producteur, invité) n’a pas vraiment le sentiment de pratiquer. Il prend la forme d’un « bon mot », d’une plaisanterie, d’une façon de rédiger qui peut sembler anodine, mais que des auditrices et des auditeurs ressentent bien différemment.

Le respect de la parité entre les femmes et les hommes est également particulièrement scruté par nos auditeurs, qu’il s’agisse des invités de nos émissions ou du traitement du sport féminin.

La majorité des remarques reçues à propos de la diversité concernent le traitement réservé aux femmes :

Propos sexistes / misogynie 25% } 65%
Parité femmes / hommes  20%
Sport féminin  20%
Les « origines », racisme, « province », banlieue  15%
Différences (âge, homophobie, transphobie)  10%
Accessibilité, handicap, maladie  10%

 

Pour mieux prendre conscience des stéréotypes que nous véhiculons, des « dérapages involontaires », des expressions malvenues, des phrases blessantes… nous avons sélectionné quelques messages d’auditrices et d’auditeurs.
Bruno DENAES
Médiateur des antennes


Les remarques des auditeurs

Propos sexistes

À première vue, on se dit « c’est drôle » ou « pourquoi en faire toute une histoire ? ». Mais si on continue à faire des exceptions, rien ne changera et les remarques stigmatisantes ou méprisantes auront encore un bel avenir.

 

Une pincée de sexe

« À 12h30, le journaliste présente les sujets du 13h en commençant par « une pincée de sexe » à propos des agressions sexuelles, viols, etc, commis par Weinstein. Parler de crimes de façon croustillante, c’est honteux ! ».

 

Pincer les fesses d’une hôtesse

« Votre chroniqueur sportif donne son Top 5 des excentricités de Peter Sagan, actuel maillot jaune du Tour. En première place, selon lui, « la fois où Sagan a pincé les fesses d’une hôtesse ». Sur une radio de service public, on nous présente donc une agression sexuelle comme un geste décalé, amusant, et surtout, qui est censé attirer la sympathie générale à son auteur ».

 

Drame sentimental ou féminicide

« Quand un homme tue sa compagne, vous parlez de « drame sentimental » ou de « crime passionnel ». Cela a presque un côté romanesque. Non, dites ce que c’est exactement : un féminicide. N’ayez pas peur de ce mot dont le sens est fort et n’induit aucune circonstance atténuante ».

 

Les mamans vont pouvoir écouter mon émission

« Votre animateur réalise-t-il qu’en annonçant avec légèreté que « la rentrée va permettre aux mamans d’écouter mon émission » est une remarque sexiste qui contribue à stigmatiser les femmes et renforcer une image négative et fausse des femmes? Les mamans, après avoir déposé les enfants à l’école, n’ont bien sûr rien d’autre à faire à part écouter la radio et faire un peu de ménage en attendant que leur mari rentre à la maison; surtout pas à se rendre au travail« .

 

Lui donner une fille

« Je ne comprends pas comment une journaliste, après les mois que nous venons de vivre, peut encore utiliser l’expression : « Nathalie Baye lui a donné une fille ». « Dans votre journal, vous présentez Jean d’Ormesson ainsi : « Il aimait les cravates et les femmes ». Les cravates étant des objets, j’en ai conclu que les femmes aussi !!! ».

 

La « bonne » différence d’âges

« Etait-il de bon goût d’intervenir sur la différence d’âge entre le nouveau président et son épouse ? L’auriez-vous fait dans le sens inverse ? A-t-on fait ce genre de commentaire sexiste lors de l’élection de Donald Trump, alors que la différence d’âge est exactement la même ? Mais là, c’est la femme qui est plus jeune. Il faut cesser ce genre de pratique ».

 

Ségolène

« Une fois de plus, je ne peux que déplorer la misogynie de certains journalistes : l’un d’entre eux a parlé de Ségolène Royal en employant 4 ou 5 fois uniquement son prénom. Je ne l’ai jamais entendu parler de François (Hollande) ou Nicolas (Sarkozy) ».


 

parite-sport

 

Les auditeurs nous aident…

L’amélioration de la place des femmes sur nos antennes est une priorité de la politique diversité de Radio France. Les actions mises en place par le Comité diversité depuis quelques années commencent d’ailleurs à porter leurs fruits : en 2017, les femmes représentaient 39% des personnes présentes à l’antenne (toutes catégories confondues : journalistes, chroniqueuses, productrices, invitées…) contre seulement 32% en 2016, ce qui représente une progression de 21%. L’objectif est bien sûr d’atteindre la parité afin que nos médias soient le miroir le plus sincère d’une société qui compte autant d’hommes que de femmes.

Nous veillons par ailleurs au quotidien à ce que nos chaînes ne véhiculent pas les stéréotypes sexistes qui sont le langage des violences faites aux femmes. Les « diminuer » en n’utilisant que leur prénom comme une sorte de diminutif, faire référence à elles comme « objet de consommation » qui – à partir d’un certain âge – ne pourrait plus être « sur le marché », les formules dégradantes, humiliantes ou offensantes… n’ont pas leur place sur nos chaînes qui se doivent d’être exemplaires.

Notre rôle de média de service public est de prouver à nos auditeurs qu’hommes et femmes ont tout à gagner à vivre dans un monde intelligent. C’est d’ailleurs ce qu’ils attendent et ce qu’ils nous font savoir !

Bérénice Ravache

Présidente du Comité Diversité

 

radio-france-sengage