Me Dupond-Moretti sur France Inter : réponse de Laurence Bloch, sa directrice, aux auditeurs

Un échange houleux a opposé Nicolas Demorand (France Inter) à Eric Dupont-Moretti, l’avocat d’ Abdelkader Merah, condamné ce jeudi à 20 ans de réclusion criminelle. | Capture écran

Un échange houleux a opposé Nicolas Demorand (France Inter) à Eric Dupont-Moretti, l’avocat d’ Abdelkader Merah, condamné ce jeudi à 20 ans de réclusion criminelle. | Capture écran

L’interview de Me Dupond-Moretti par Nicolas Demorand a suscité de nombreuses réactions (plusieurs centaines reçues par le médiateur). L’avocat d’Abdelkader Merah était l’invité du 7-9 sur France Inter au lendemain du verdict du procès du frère du terroriste Mohammed Merah. Laurence Bloch, directrice de la chaine, a tenu à répondre à tous les auditeurs qui nous ont écrit.

«  Madame, Monsieur, 

Je voudrais d’abord vous assurer que je prends très au sérieux les critiques que vous avez formulées à l’égard de la tranche matinale dans laquelle l’avocat Eric Dupond-Moretti était invité au lendemain du verdict du procès d’Abdelkader Merah. 

J’ai moi-même été saisie par la tension immense entre les deux interlocuteurs tout au long de l’émission, mais je reste convaincue que cette émission a traduit toutes les tensions de la société française depuis les attentats terroristes qui ont endeuillé le pays, attentats dont le premier a été signé par Mohamed Merah. En cela ce moment de radio est et reste signifiant, symbolique et utile.

 Les réactions des auditeurs, et elles me sont parvenues par centaines, sont toutes très clivées, la moitié d’entre elles saluant Nicolas Demorand pour sa pugnacité face à Eric Dupont-Moretti, l’autre moitié dénonçant au contraire l’agressivité de Nicolas Demorand à son égard. 

Les auditeurs ont toujours raison et France Inter est la chaine qui, de toutes les grandes chaines généralistes, leur laisse la plus grande place à l’antenne. Toutefois, lorsque le trouble est à ce point profond dans les positions des uns et des autres, il dit quelque chose de la difficulté à trouver une position juste, à la fois respectueuse du droit, mais aussi soucieuse de ce que la mère d’une des victimes a qualifié de naïveté à l’égard du terrorisme.

 C’est en tout cas, me semble-t-il, ce que cette émission a dit dans son extrême tension et si la neutralité investigatrice est la règle pout tout journaliste, la recherche de la complexité l’est aussi. Elle se fait quelque fois au détriment de la neutralité.

Sachez que nous nous interrogeons tous les jours sur la pertinence des invités, le choix des sujets, leur hiérarchie et que toutes les critiques sont relayées, entendues, discutées au sein de la rédaction du 7/9 et avec Nicolas Demorand au quotidien. 

Notre souci à toutes et à tous est de vous informer en toute liberté, mais aussi en toute responsabilité. 

Soyez en sûrs.

Laurence Bloch. »


De son côté, le médiateur avait formulé cette réponse aux auditeurs :

« Vous avez été très nombreux à réagir à l’interview de Me Dupond-Moretti par Nicolas Demorand. Réactions toutes transmises à la direction de France Inter. En tant que médiateur, j’ai également informé l’ensemble des journalistes et des producteurs des « dangers » des réactions « populistes » à l’antenne, lorsque, notamment, le journaliste manque de recul, de distance face à un événement et joue sur l’émotion. Le rôle du journaliste est d’informer, d’interroger, voire d’être insistant en cas de refus de réponse, mais pas de jouer les procureurs ou les juges. »

Le médiateur a alerté les directeurs de chaine, de rédaction et de programmes dans sa lettre destinée aux responsables de Radio France, ainsi que les journalistes et producteurs dans sa lettre adressée à toutes les équipes d’antenne.