A 39 ans, je suis entrée dans ce long parcours que l’on appelle la PMA.

15/10/2018 9:00 Radio France

J’ai 44 ans, je suis enseignante, j’ai des amis, quelques passions, j’habite en ville, j’ai une voiture, un chat, un balcon sur lequel pousse des fleurs, j’aime y boire l’apéro ou y lire. Je suis une femme comme tant d’autres. Je vis seule. Je suis une femme comme tant d’autres.
Je n’ai pas d’enfant. Et cela fait de moi une femme qui, tout d’un coup, n’est plus une femme comme les autres. A 39 ans, je suis entrée dans ce long parcours que l’on appelle la PMA. Pas en France, bien sûr, je suis seule, et cela fait de moi, une femme qui n’a pas le droit de donner la vie. Vous allez me dire, 39 ans, c’est tard pour songer à avoir un enfant. Oui, c’est tard. Mais la vie ne m’avait alors pas encore « autorisée » à être maman. J’ai été mariée, heureuse, mais je n’ai pas su écouter ce qu’il y avait au fond de moi. En expliquer les raisons serait long et je m’écarterai du message que je voudrais faire passer. Ce qui est certain, c’est qu’à 38 ans, j’ai écouté ce qu’il y avait en moi. Toute ma vie a volé en éclats. La seule constance depuis, c’est le désir d’être maman. Une femme comme beaucoup d’autres. Et je suis « entrée en PMA ». Mais pas en France. Cela m’était interdit. Alors je me suis d’abord tournée vers la Belgique. J’ai été là-bas, une patiente, qu’aucun membre du milieu médical n’a jugée. J’ai été accompagnée, entendue par un psychiatre. J’ai reçu des paroles d’encouragement, une écoute bienveillante.
Inséminations, FIV ont cadencé les mois, les années. Des piqûres à faire soi-même, un corps qui change, un ventre qui fait mal, un esprit qui souffre, mais une détermination toujours présente. Des anesthésies générales, des ponctions, des aller-retour en Belgique. La reprise du travail le lendemain. Et puis, apprendre le temps d’une récréation que son test de grossesse est négatif. Retourner auprès de ses élèves. Refouler ses larmes comme on peut. Parce que je suis une femme seule et qu’en France, je dois me cacher. Les échecs s’accumulent : tests de grossesse négatifs, grossesses biochimiques, faussescouches. Finalement, les médecins belges m’ont aiguillée vers le don d’embryon. Et c’est en Espagne que mon parcours s’est poursuivi. De patiente, je deviens une cliente. Mais quand le désir d’enfant est toujours là, on l’accepte. J’ai emprunté de l’argent pour pouvoir continuer, j’ai travaillé davantage. Parce que ce désir d’enfant, il était chevillé à mon corps. Et puis, cet été, un test de grossesse positif. La joie, des larmes de bonheur. Et la peur aussi que tout bascule dans le mauvais sens. Les jours ont passé, les semaines. Une écho. Un petit coeur qui bat. Un bonheur immense. Une pensée pour ceux qui ont donné leurs gamètes pour me permettre de vivre cette joie. Un acte généreux de leur part.
Et puis, il y a quelques jours, cette dernière écho qui a mis un terme à tout cela, le petit coeur ne battait plus. La suite reste à vivre. Comment ? Je ne le sais encore pas. Au fil de ces années, j’ai été accompagnée, par mes amis et par certains professionnels de santé qui m’ont encouragée, qui ont été bienveillants et profondément humains. Ils n’ont cessé de me répéter d’écouter ce qu’il y avait tout au fond de moi. Mais je garde aussi à l’esprit les jugements que l’on a portés sur ce que je faisais : « un enfant ne règlera pas tes problèmes », « tu ferais mieux de rencontrer quelqu’un », « tu n’es qu’une égoïste, ton enfant partira avec de mauvaises bases dans la vie », « tu truandes la sécurité sociale »…
Je voudrais juste répondre par ces quelques mots : non, je n’ai pas volé la sécurité sociale, j’ai déboursé presque 30 000 euros au cours de ces dernières années, économisés sur mon salaire de prof pour payer mes examens médicaux. J’ai fait quelques rencontres aussi. Mais pas la rencontre avec un homme qui aurait permis de fonder un foyer. J’aurais pu passer la nuit avec un inconnu rencontré un soir et « lui faire un enfant dans le dos ». Cela, la France le permet. D’ailleurs, Messieurs les évêques de France, je serai curieuse de connaître votre avis sur cette solution. Aux parents qui jugent mon désir d’enfant, je leur dis qu’ils ont oublié qu’ils avaient des enfants. Et je rajouterai que je ne leur enlève rien. Alors qu’ils me laissent faire. Et surtout, je voudrais ajouter que lorsqu’on est seule ou lorsqu’on est un couple homo, on se pose mille questions avant de prendre la décision d’essayer d’avoir un enfant. Lorsque la décision est prise de se lancer dans l’aventure, c’est que l’on est sûr de soi. Je n’ai jamais pensé que ce serait facile. Je me suis toujours dit qu’il serait important que ma vie soit ouverte vers les autres pour que mon enfant trouve des repères, je n’ai jamais eu la prétention de pouvoir être une maman et un papa en même temps, je n’ai jamais mis de côté la figure masculine, j’avais conscience que mon enfant aurait besoin de repères masculins, j’avais conscience que je devrais répondre aux questions qu’il me poserait et je savais que je le ferai.
Aujourd’hui, mon parcours s’arrête, parce que j’ai 44 ans, que mes finances ne me le permettent plus et que je ne peux pas travailler plus sans y laisser ma santé. J’ai l’espoir qu’un jour, la France, pays de la diversité, autorise la PMA aux femmes seules pour qu’elles puissent être accompagnées dignement et qu’elles n’aient plus à se cacher. Je sais au plus profond de moi que j’aurais été heureuse de mettre au monde un enfant. Et
qu’ensuite, j’aurais essayé de faire au mieux pour l’élever, comme toute maman essaie de faire.
Et j’aurais su donner l’essentiel à mon enfant : de l’amour. Même si je suis une femme seule.