Camps de tziganes, chiffres et monstruosité historique

Paul BERTRAND 02/11/2016 14:03 France Info

Bonjour,

Hier sur France info samedi 29 octobre 2016, plusieurs reportages et sujets ont été consacrés à la visite du Chef de l'état au camp de tziganes de Montreuil-Bellay. C'est très bien; le racisme et l'ostracisme gangrénant nos sociétés, il est déterminant d'en rappeler les conséquences tragiques... et donner la parole à des vies brisées est indispensable. Mais c'est un sujet à traiter avec d'autant plus de professionnalisme que les messages que porte ce sujet sont lourds de conséquences.

CHIFFRES ERRATIQUES
Tout au long de la journée (et si j'ai bien entendu), vos intervenants ont mélangé les chiffres en citant alternativement les valeurs de 2000, 4000 et 6000 internés dans ce camp. Il a fallu attendre vers 20h10 hier soir pour qu'une de vos journalistes explique qu'il y a eu "environ 6000 internés en France, dont 2000 au camp de de Montreuil-Bellay". Là au moins, on y comprend quelque chose, et cette phrase est vraiment "de l'info". Que les chiffres en la matière soient flous, c'est admissible; que des chiffres soient cités alternativement, cela ne l'est pas. Je croyais que vous aviez mis en place une "agence d'information interne" pour éviter des imprécisions de ce genre.

MONSTRUOSITÉ HISTORIQUE
Vers 19h30, une jeune reporter interviewe une dame ayant été captive de ce camp, Madame Violette Gruchet, dont le témoignage est évidemment bouleversant. Outre le fait que cette journaliste pose des questions FERMÉES qui INDUISENT les réponses, elle termine l'entretien par la question suivante : "Est-ce que c'était comme les Camps de concentration en Pologne ?", ce à quoi Madame Violette Gruchet répond à peu près "Oh Madame c'était bien pire. Eux au moins ils avaient des vêtements alors que nous, nous étions nus..." puis passage au sujet suivant, SANS aucun commentaire sur cette dernière phrase.

Je suis historien et l'on sait que les témoignages des vétérans sont à prendre avec précaution et distance. Surtout ceux des "grands anciens". On ne peut pas les livrer "sec" sans un minimum de tri ou de commentaires additionnels. La méthode employée par votre journaliste est inadmissible car elle "embarque" votre témoin dans un propos qui est une monstruosité historique. Comment peut-on en effet faire comparer à une dame de 90 ans des camps d'extermination et cette tragédie personnelle qu'elle a elle-même vécu ? Comment se fait-il que cette question (induisant par ailleurs la réponse) suivie de la phrase spontanée de Madame Gruchet, soient diffusées telles que, sans aucune réserve ni info additionnelle. Comment peut-on mettre en balance un INTERNEMENT (que l'on doit qualifier évidemment de dramatique, abusif, tragique, raciste, etc.) et des camps d'EXTERMINATION (quand on dit "Camp en Pologne", cela veut dire Auschwitz, Belzec, Chelmno, Sobibor, Treblinka...) où des centaines de milliers de personnes (y compris les tziganes allemands bien sûr) ont été réduites en esclavage, en vue d'un anéantissement.

Cela relève d'un manque absolu de professionnalisme, ou d'une absence coupable de culture historique. De mon point de vue d'historien, il est inouï d'entendre sur une chaîne d'info nationale, du Service public, de telles monstruosités. Apparemment sans contrôle, ni régulation éditoriale.

Merci en tout état de cause de l'intérêt que vous porterez à mon interrogation...

Très cordialement

Paul

Merci pour votre vigilance et pour vos remarques que je partage et que je transmets à la rédaction de France Info, mais également aux autres rédactions pour rappel de quelques « règles » de base à ne pas oublier.

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