Cessez la destruction de la langue française: non à l’anglomanie

Jacques Horeau 20/03/2017 13:16 Radio France

Monsieur, pour commencer, je découvre à l'instant, juste au dessus de ce pavé où je vous écris, le mot "select" dans la rubrique "thème". Autant dire que je sais désormais que n'ai guère à espérer en m'adressant à vous... Mais puisque je suis arrivé jusqu'ici, je poursuis. Hier, samedi 18 mars, vers 15h15, le journaliste de France Info annonce, au sujet de la fusillade du matin à Orly, "des news". Un exemple parmi tant d'autres cas d'anglomanie, que je subis chaque jour en écoutant France Inter et France Info. En particulier, au cours de la tranche matinale qui est celle que j'écoute régulièrement, dans la bouche de certaines journalistes ("winter is coming !" a même claironné un jour l'une d'elles, semble-t-il accroc à quelque série américaine) (je ne sais pas si c'est vraiment plus prégnant chez les femmes, mais il se trouve que c'est chez elles que j'entends le plus souvent ces horreurs matinales) Malheureusement ce poison linguistique s'immisce chez tous les professionnels de l'information, à l'oral comme à l'écrit, de même que dans toute la société française. Vous concernant, n'y a-t-il pas moyen d'interdire, ou au moins de limiter, chez les journalistes d'une radio publique, ces mots anglais qui sont pour moi autant de violences contre ma langue maternelle? Que dire quand une journaliste nomme "balconing" la pratique du saut de balcon dans les hôtels? Faut-il mettre du "ing" partout désormais? Une forme qui n'a pourtant rien à faire dans la langue française. C'est tout simplement une stupidité désespérante et suicidaire.
Il n'y a pas si longtemps, on écoutait des informations à la radio, on achetait un magazine au kiosque, et on prenait des nouvelles de ses amis. Mais désormais, certains français préfèrent prendre des news de leurs amis, acheter un news au kiosque, et écouter des news à la radio. Et encore recevoir une "newsletter" au lieu d'un bulletin. Et ils s'en trouvent pour croire qu'il s'agit là d'un enrichissement culturel!
Heureusement qu'il y a quelques résistants à l'agression permanente, et je remercie au passage Nicolas Demorand, qui utilise "mot-dièse" plutôt que son horrible équivalent, que tant d'autres nous assènent sans scrupules. Cependant, je suggère tout simplement "dièse", qui, par rapport à son hideux concurrent, est encore plus court et plus facile à dire; j'ose croire qu'il pourrait encore l'emporter si quelques uns dans les médias choisissaient de l'utiliser.
Cordialement,
Jacques Horeau

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La langue française : une des missions principales du Médiateur

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