Fins d’interview « sèches »

Eric SAPIN 18/10/2016 13:38 France Info

Bonjour,
Depuis fort longtemps, j'ai remarqué que certains entretiens/interviews se terminent par ce que l'on pourrait qualifier de "coupure sèche": la personne qui s'est exprimée est remerciée et disparaît instantanément dans un néant acoustique.
Dans la vie courante, il n'est pas respectueux (y compris entre "voyous") de se séparer sans se saluer, sans un mot ou un geste qui symbolise la continuité de l'existence dans l'absence. Car toute "néantisation" de l'Autre peut générer de violents conflits...
En radio d'information continue, on comprend le soucis de gagner du temps d'antenne dans un rythme trépidant de séquences thématiques... mais réduire au silence sans salutations réciproques entre la personne sollicitée et le/la journaliste menant l'entretien pose problème d'un point de vue éthique. Je suppose que cette question élémentaire est abordée dans le monde journalistique?
Si l'essentiel du propos recherché est respecté, le fait de tronquer la clôture d'un entretien par une coupure instantanée (où la personne passe de son discours au silence total) revient à anéantir symboliquement la présence de cette personne en tant que telle.
Vous me répondrez que c'est effectivement dans l'air du temps que de n'envisager les relations humaines que dans un extrême utilitarisme et au besoin d'envisager tranquillement de "liquider" les gens indésirables... Ainsi, une fois le propos obtenu de l'interviewé, à quoi bon s'embarrasser d'un "au revoir" ou autre salutation réciproque?...
Mais en agissant ainsi, un média national montre un exemple d'incivilité: le signal est donné pour que dans toute relation sociale (scolaire, familiale, professionnelle, citoyenne), on peut échanger, se parler et se quitter abruptement sans un mot ("je me sers de toi et je te zape instantanément quand je passe à autre chose")...
J'ai bien compris la logique de gain de temps d'antenne qui préside à cet escamotage existentielle... mais je voudrais souligner la portée symbolique de cette pratique journalistique (ou technique...) et le résultat que cela peut avoir dans notre culture comme dans notre inconscient collectif national lorsqu'on est un média aussi omniprésent...
Bien cordialement,
Eric SAPIN - Animateur socio-culturel

Je peux comprendre votre réaction concernant les civilités. Toutefois, les règles de l’antenne ne sont pas forcément les règles traditionnelles. Sans compter les évolutions sociétales… Auparavant, par exemple, le présentateur d’un journal lançait son très pompeux « Madame, Mademoiselle, Monsieur bonjour ». Aujourd’hui, on se contente d’un « Bonjour » ou « Bonjour à tous ». Lors d’une interview en direct, on dira « Bonjour Bruno Dupont » et à la fin « Bruno Dupont, je vous remercie », sans forcément – comme vous le soulignez – dire au revoir. Ce n’est pas un manque de politesse, car, en régie, le réalisateur ou le rédacteur-en-chef reprend en ligne l’interlocuteur et – hors micro – le remercie à nouveau, voire commente son intervention, et le salue. A l’antenne, les civilités ne présentent pas beaucoup d’intérêt et ne sont guère informatives. Enfin, quand l’interview en direct est remontée, on les fait alors complètement disparaître. Je reconnais que nous sommes, comme vous dites, dans « l’utilitarisme », mais ce sont les règles de la radio ou de la télévision; nous ne sommes guère dans un salon. Il en est de même pour la presse écrite. Souvenez-vous des interviews publiées il y a quelques années: elles commençaient souvent par un « Bonjour Monsieur Bruno Dupont… » et s’achevaient par un « Merci Monsieur Bruno Dupont ». Tout cela a été abandonné.

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