Information mal-traitée

Josiane Nahon 11/01/2017 9:45 Radio France

J'ai été scandalisée par le silence et/ou la façon dont vos journaux d'actualité [France Info et France Inter] ont traité l'information révélée par Médecins sans frontière : la police a confisqué des couvertures à des migrants à Paris. Par grand froid.
Rien sur France Inter, et une Information succincte, pour ne pas dire déformée ou inexistante sur France Info où la gravité des faits n'a jamais été relaté dans sa totalité. On ne sait pas ce qui est reproché précisément à la police et la réponse du Ministre Leroux est restituée tronquée :"faut arrêter ce sport national de mise en cause des policiers". Autrement dit, je ne suis pas du tout informé. La seule chose que je retiens c'est que la police serait à plaindre.
C'est ça le métier de journaliste : ne rien dire sur les faits ; ne pas donner la parole aux acteurs [MDS et le Ministre] de cette polémique qui concerne des personnes qui risquent leur vie? Enquêter sur ces faits pour que l'auditeur puisse se faire une idée. Faire votre boulot.
Pour un peu plus de déontologie dans vos pratiques qui deviennent de plus en plus sujet à caution, je vous renvoie au décryptage faite par D. Schneidermann sur le site d'arretsurimages.fr. de cette information. Décryptage qui concerne un autre média que le vôtre mais qui peut s'appliquer aux pratiques des journalistes de France Radio.

http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=9442
09h15 le neuf-quinze
Chut ! La police confisque des couvertures aux migrants

La police a confisqué des couvertures à des migrants à Paris. Par grand froid. C'est Médecins sans Frontières qui l'affirme. (1) L'ONG a été avertie par des collectifs d'aide aux migrants. L'affaire se serait produite aux abords du centre de premier accueil, qui a ouvert le 10 Novembre dernier, Porte de la Chapelle, dans le Nord de Paris, et qui est déjà saturé. Ce centre accueillant les résidents selon le critère "premier arrivé, premier servi", les migrants attendent dehors, parfois plusieurs jours de suite. Et selon MSF, "la police a très clairement des instructions pour qu’on ne voit pas trop les migrants. Dans la queue, ils obligent les gens à rester debout, ils ne veulent pas les voir allongés et veulent éviter qu’ils s’installent."

Le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux était interrogé dimanche sur le sujet (2) par les journalistes de RTL et de LCI. Sur le cas particulier, Le Roux ne répond pas. Après le "circulez" réglementaire ("faut arrêter ce sport national de mise en cause des policiers") il ne fournit q'une réponse générale : "ce que font les forces de police, c'est de faire de la mise à l'abri de personnes vulnérables, et ce n'est pas aux policiers de faire la différence sur leurs statuts". "C'est vrai, ajoute Le Roux, quelquefois il peut y avoir une forme de contrainte à mettre à l'abri quelqu'un". Il ne dit pas : "je ne suis pas au courant, je vais me renseigner". Il ne dit pas : "j'ai demandé une enquête, je vous tiendrai au courant". Non.

Donc, jusqu'à preuve du contraire, dans le cas particulier, c'est vrai. Des policiers parisiens, par grand froid, ont confisqué leurs couvertures à des migrants. Ils avaient peut-être de bonnes raisons de le faire. C'est peut-être une manière de les "mettre à l'abri". Peut-être ces policiers étaient-ils accompagnés d'une camionnette qui a aussitôt recueilli les migrants, pour les convoyer vers un foyer agréable et chauffé, avec un thé à la cannelle. Peut-être leur ont-ils rendu les couvertures. Peut-être leur ont-il donné d'autres couvertures. Peut-être n'y a-t-il pas eu beaucoup de cas. On ne le sait pas, puisque le ministre de l'Intérieur, manifestement, n'a pas demandé d'éclaircissements à ses services sur cette affaire précise. Donc, en l'état actuel de l'information, on en reste là : des policiers français, par grand froid, ont confisqué leurs couvertures à des migrants.

Rentrant de week-end après avoir suivi l'affaire sur Twitter (3), je regarde évidemment le 20 Heures de France 2, dimanche soir. Bien entendu, Delahousse va nous éclairer sur cette affaire. Rien. Pas un mot. Il y a de nombreuses raisons, pour lesquelles ne pas parler de cette histoire de couvertures au 20 Heures de France 2. D'abord, parce qu'il y a d'autres faits d'actualité. La grippe a fait 13 morts dans une maison de retraite de Lyon (3 sujets). Un accident de car a fait quatre morts en Saône et Loire (3 sujets). Un biopic sur Dalida va sortir la semaine prochaine (1 sujet). C'est peut-être pour ces raisons, que Delahousse ne parle pas de cette affaire de couvertures. Pourtant, c'est un twittos frénétique, Delahousse (4). Toute la soirée de dimanche, il va re-tweeter les tweets de compliments sur son beau prime time sur DSK et les turpitudes du PS (et je vous en informe, même si Delahousse a bloqué Arrêt sur images, qui n'a pas le droit de voir ses tweets). Reste le fait : à Paris, par grand froid, la police a confisqué des couvertures à des migrants, et le journal de la principale chaîne d'Etat n'en a pas dit un mot.

Nous avions un sujet dans la matinale de lundi matin. Le reportage a été diffusé dans le 8H00.

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