La langue des sigles

Elisabeth DONNET-DESCARTES 15/05/2018 9:38 France Culture

A l'écoute de "soft power" je suis plongée dans un brouillard de sigles qui émaille le discours des invités et des journalistes.
J'ai 68 ans et suis troublés de ne plus comprendre une langue qui me devient étrangère lorsqu'il s'agit des nouvelles technologies.
L'accès démocratique à la culture devient un enjeu pour les plus anciens qui ne sont pas familiers de tous ces acronymes et expressions imagées ( GAFA, TAFTA, 4G, zones blanches etc.... )

En espérant que la prochaine fois.....
Cordialement
Elisabeth DONNET-DESCARTES

Chère Madame,

Nous vous sommes reconnaissants pour le message que vous avez bien voulu nous adresser, par l’intermédiaire du médiateur de Radio France.

Votre message a retenu toute notre attention.

L’émission « Soft Power », qui existe depuis près de douze ans sur France Culture, tente chaque semaine d’expliquer les mutations des industries créatives et du numérique. C’est un choix à la fois didactique et spécialisé.

Nous nous efforçons autant que possible d’expliquer ce secteur et en même temps de parler à ceux qui le connaissent déjà et qui attendent donc de notre part une expertise et un approfondissement. L’animateur de l’émission doit donc, constamment, à la fois « vulgariser » et amener chacun à s’intéresser au numérique – qui constitue la plus importante mutation économique depuis la révolution industrielle.

Il s’efforce d’expliquer les mots, les acronymes, les pratiques. Ainsi, nous expliquons toujours un sigle comme GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), bien qu’il soit d’usage de plus en plus courant. D’ailleurs le mot GAFA est entré dans Le Petit Larousse et Le Petit Robert l’an dernier, en 2018 – il s’agit donc d’un sigle validé par l’usage en français et qui, bientôt, ne nécessitera plus d’être expliquer. C’est ainsi.

Mais il nous faut, c’est exact, toujours tenter d’éviter les anglicismes inutiles. On ne dit jamais « computer » par exemple mais « ordinateur » et, ce dimanche encore, on a repris un invité qui disait « B2B » pour expliquer ce dont il s’agissait – bien que, ici encore, l’expression devienne de plus en plus courante.

Le problème, c’est qu’on ne peut pas redire cinquante fois les choses. Pour le mot TAFTA, par exemple, que vous citez : c’était le sujet de l’émission ! On a défini plusieurs fois ce mot au début de celle-ci et ensuite on a utilisé le sigle (qui est un sigle français et non américain d’ailleurs) ; on ne peut pas reprendre la définition 20 fois dans la même émission.

Et on ne peut pas tout traduire et tout expliquer. Open Source, Cybersécurité, darknet, par exemple, sont désormais dans le dictionnaire français, comme hacker ou replay – on peut le regretter, mais c’est que l’usage s’impose peu à peu (Le Petit Robert, 2019). Si un équivalent français existe, nous l’utilisons systématiquement, mais on ne peut pas inventer des mots : « encre de poudre » n’est jamais passé dans l’usage à la place de « tonner » ; c’est ainsi.

Les « zones blanches » sont une expression que l’on souvent décryptée, et qui se trouve être parfaitement française ; la 4G est une expression connue par la très grande majorité des Français.

N’oublions pas enfin que près de 50 millions de Français vont chaque mois sur Google (32 millions chaque jour) ; de même 46 millions de Français vont chaque mois sur Facebook (26 millions chaque jour). Une application comme Instagram est visitée chaque mois par 22 millions de Français et Twitter par 19 millions (selon Médiamétire, données 2017). Les usages changent : nous devons aussi nous intéresser à ces usages, surtout dans une émission numérique.

Notre difficulté est à la fois de toujours tout expliquer, mais on ne peut pas non plus ne faire que de la pédagogie. L’émission « Soft Power » est passée de 50.000 à 120.000 podcasts ces derniers mois parce qu’elle apporte des informations fiables à des auditeurs qui attendent de nous également une expertise de haut niveau et un approfondissement, pas une simple explication scolaire.

Encore une fois, l’approfondissement doit passer par la pédagogie et, vous avez raison, par un usage des mots en français, si possible, et le maximum d’explications pédagogiques. Nous nous y efforçons et nous redoublerons de vigilance à ce sujet dans les émissions à venir.

D’ailleurs, nous pouvons vous annoncer que notre prochaine émission du 27 mai sera consacrée justement aux mots du web. On reviendra sur tout cela.

Merci encore de votre message,

Bien à vous,

L’équipe de Soft Power

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