La langue française à France Culture

Alain Barcat 24/03/2016 21:49 France Culture

Cher Médiateur

A chaque fois que France Culture confesse ses fautes de français, c'est toujours le même concours de péchés véniels, à croire que les auditeurs les plus intransigeants sont sourds à toutes ces lourdes fautes ordinaires qui se répandent comme une épidémie sur l'antenne et révèlent plus souvent une incompréhension réelle qu'un mauvais usage.

En voici quelques exemples que personne ne relève jamais :

Réduire au maximum.
Oxymore involontaire dû à l'oubli que cette action se mesure par son résultat
et non par son intensité. Ici "au maximum", qui serait un résultat
contraire à une réduction, devient une locution adverbiale servant plus à
illustrer le visage contracté et les poings serrés de celui qui tend de toutes
ses forces vers l'anéantissement de la chose.

 

Plus petit
dénominateur commun
. L'ignorance en mathématiques n'excuse pas l'illogisme
de cette expression employée généralement pour parler de diplomatie quand les
chances de consensus sont faibles. Chercher la plus petite chose sur laquelle
on puisse s'entendre ne vaudrait pas la peine de se réunir. On cherche
évidemment la plus grande possible, même si elle doit être petite. Comme en
mathématiques, il faut dire le plus grand dénominateur commun, bien sûr.

 

C'est de cela dont
il sera question
. Il n'y a pas si longtemps, la forme la plus courante
était "c'est de cela qu'il sera question". Seuls quelques pédants
tenaient à montrer qu'ils avaient des lettres en disant : "c'est cela
dont il sera question". Ça faisait tellement chic que tout le monde a
voulu le reprendre, mais comme il est difficile de cacher des habitudes
ordinaires, le vulgaire "c'est de cela" résiste et le
"dont" arrive comme un cheveu sur la soupe à la place du
"que", produisant cette affreux bégaiement grammatical qui ne sert
qu'à faire remarquer qu'on n'a pas de lettres.

 

Sur comment.
Peut-être que "sur la manière dont" est un peu long. Mais dire
"sur qu'est-ce que c'est que" au lieu de dire simplement "sur ce
qu'est", là, c'est vraiment chercher la complication. Prendre une proposition interrogative
directe pour en faire un substantif sans article, c'est encore pire que
"le vivre ensemble". Et le comble c'est que même des personnes
érudites se laissent aller à le dire.

 

 

Mature sans
accent circonflexe. Le mot existe, mais uniquement pour le poisson prêt à
frayer. L'adjectif mûr, plus court et bien plus agréable à entendre a
pratiquement disparu. Dommage.

 

Sécure. Le commentaire serait le même si le mot existait.

 

Communiquer.
Communiquer quoi ? — Vous voulez dire communiquer sur quoi ? Un
nouveau verbe intransitif, donc et un nouvel usage de la préposition sur, comme capitaliser sur.

 

Loin s'en faut.
Il s'en faut de loin, il en manque loin, ce qui n'a pas de sens. Confusion
entre "tant s'en faut" et "loin de là". Un bon exemple de
porosité entre les termes.

 

En termes de
comment fait-on
. Si, si, je l'ai entendu à France Culture.

 

Opportunité.
Qualité de ce qui est opportun, qui vient au bon moment. Presque toujours
employé à tort dans le sens anglais du faux ami opportunity, qui signifie occasion.
Occasion ne se dit plus qu'au sens dévalué de seconde main.

 

Diesel. Type de
moteur thermique. En ce qui concerne son carburant, les Français disaient
"gasoualle" et rien qu'à l'entendre, on en sentait déjà l'odeur.
L'Académie a mis des dizaines d'années à créer le mot français gazole, que tout
le monde s'est alors empressé de remplacer par diesel. Pourquoi pas ?
C'était plus simple et c'est plus beau finalement. Ça aide à oublier qu'on en crève, du diesel.

 

Réalité virtuelle.
Ou virtualité réelle, l'absurdité est la même, ce qui est réel étant par
définition non virtuel. Cette expression stupide est toujours employée pour
parler des objets virtuels que l'ordinateur et les programmes informatiques
soumettent à nos sens. C'est ici une verrue ajoutée au mot largement galvaudé
de réalité qu'on substitue bien souvent à tort aux objets mêmes, alors qu'il ne
signifie que leur qualité d'être réels. La réalité tout court n'a de sens qu'en
philosophie dans la dialectique avec le "monde des idées". Quant à la virtualité, c'est la qualité d'une chose non
actualisée.

 

Au final. La
dernière partie d'une œuvre musicale. Trop souvent employé à tort comme
expression quand on pourrait dire "en définitive", "au bout du
compte" ou plus simplement "à la fin" ou encore plus simplement
"enfin".

 

Peut-être penserez vous que je tente de prendre la suite de Danielle Sallenave. Pourquoi pas après tout ?

Bien à vous

Alain Barcat