Les enseignants du premier degré sont depuis 25 ans officiellement des « vrais professeurs » : les « instituteurs » constituent une espèce en voie de disparition

Jean Heutte 14/12/2015 9:52 France Info

Bonjour,

Fidèle auditeur de la première heure de France Info (que
j'écoute tous les jours, même dans mes déplacements à
l'étranger...), et dont j'apprécie la qualité des chroniqueurs
et journalistes, je dois hélas reconnaitre que dès que les
propos concerne l'enseignement primaire (maternelle et
élémentaire), je sont les vieilles images d'Epinal qui
ressortent (avec parfois une bonne dose de condescendance et de
naphtaline) : trop souvent, de nombreux journalistes résument
les enseignants du premier degré aux "instituteurs" (ou même
encore plus trivialement aux "instits").

Je me permets de souligner qu'en tant que tels, depuis 1990 et
la création du corps des "professeurs des écoles" (cadre A de
la fonction publique, comme leurs collègues du second degré)
, les
"instituteurs" (cadre B de la fonction publique) constituent une
espèce en voie de disparition.

En effet,
parmi les enseignants du premier degré, d'après l'INSEE
(http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=nattef07115),

il ne reste en 2015, qu'un peu moins de 6.000 (1,7%)
instituteurs en France, contre plus de 320.000 professeurs des
écoles (PE).

Je me permets aussi de rappeler que la création de ce corps
professionnel avait pour première finalité de reconnaître
l'égale dignité (avec depuis ce temps un niveau de formation
initiale équivalent) de l'ensemble des enseignants (écoles,
collèges et lycées).

De ce fait, l'appellation "instituteurs" est très réductrice, et
pour tout le dire continue à colporter une bonne part du mépris
des "vrais professeurs", ceux du second degré, soutenus en cela
par leurs soit disantes sociétés savantes ou leurs syndicats,
qui n'ont de cesse que de s'assurer que les "primaires, ces
incapables prétentieux", ne puissent vivre au même étage qu'eux
:

==> "Mon bon monsieur, si ces gens-là étaient si
intelligents, ils auraient réussi le CAPES ou l'Agrégation",
laissant entendre que ce sont des sous-enseignants et d'ailleurs
s'ils ont besoin de pédagogie, c'est justement car ils n'ont pas
de savoirs.

Je vous invite d'ailleurs le cas échéant à relire les violentes
diatribes envers les enseignants du premier degré produites par
les corps d'inspection et les syndicats d’enseignants du second
degré, depuis la création de l'école publique (évoqué, dès 1885,
par Ernest Lavisse, fidèle , fidèle lieutenant et conseiller du ministre Jules Ferry).

Éventuellement relire :
- Isambert-Jamati, V. (1985) Les primaires, ces "incapables
prétentieux". In : Revue française de pédagogie. Volume 73 N°1,
1985. pp. 57-65.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfp_0556-7807_1985_num_73_1_1526

- Lelièvre C. (2009) L’axe central du contexte historique de la
formation des enseignants en question, Carrefours de l’éducation
2/2009 (n° 28), p. 189-198
http://jean.heutte.free.fr/spip.php?article141

Je souhaite donc insister sur le fait que pour un journaliste,
entretenir en cette distinction en continuant à utiliser le
terme "instituteur", revient à entretenir l'idée que les
enseignants des écoles ne sont pas de "vrais" professeurs.

Ou encore que les enseignants du premier degré seraient par
rapport à leurs collègues du secondaire ce que le Banania est au
cacao...
... ou encore pour faire une dernière comparaison c'est un peu
comme si l'on voulait insister pour faire comprendre aux
auditeurs de France Info que parmi tous ceux qui s'expriment à
l'antenne, certains (naturellement pas très bons) ne sont pas de
vrais journalistes, mais simplement des pigistes...

Bonne journée.
Jean Heutte

La dernière lutte des classes : les primaires sont moins payés
car ils le valent bien ???
http://jean.heutte.free.fr/spip.php?article152