Les pieds sur terre

Claude Weisz 23/02/2017 13:50 Radio France

Madame et chère Sonia Kronlund.

J'aimerais comprendre pourquoi depuis quelques temps « les pieds sur terre » se terminent par une chanson anglophone. (Comme les génériques de fin dans l'immense majorité des films français)
Si cela est pour des raisons purement économiques, copyright du droit anglo-saxon ?
Ou bien ceci correspond-il à la volonté de « l'élite » politique et économique française de marginaliser la chanson francophone jusqu'à la rendre inaudible sur la radio publique à l'instar des chaînes privée et « jeunes ».
Est-ce l'application par France Culture de la « plaie liste » de France Inter ?
Est-ce la volonté de la direction de Radio France de substituer d’une façon générale au vocabulaire français précis un sabir anglo-saxon de mots valises.
Toutefois je vous rappelle que l'auditeur que je suis est aussi le citoyen qui finance Radio France !
Est-ce la volonté de réaliser la pensée unique néo libérale ainsi prophétisée par Margareth Thatcher : « au XXIe siècle, la puissance dominante c'est l'Amérique, la langue dominante c'est l'anglais, le modèle économique c'est le capitalisme anglo-saxon » !?

Je reviens sur le choix que vous faites de la variété anglo-américaine pour clore votre émission-(encore aujourd'hui 9 février) -
Hier, 8 février, magnifique émission sur ces jeunes filles réfugiées en France, élèves du lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen.
L’émission se termine par l'émouvante parole de cette élève de 17 ans qui nous dit qu'il y a 4 ans elle ne savait pas un mot de français.
Aujourd'hui c'est par les romans : Zola, Honoré de Balzac, Hugo… qu'elle accède à la culture, à la civilisation française.
Et vous enchaînez par un « hit » anglais… je m'attendais à entendre un auteur compositeur français, pourquoi pas Georges Brassens qui a mis en musique Victor Hugo !
(Ou même Tata Milouda, que vous m’avez fait connaître.)
Que peuvent penser ces jeunes filles, excellentes élèves, bien que vivant dans des conditions inhumaines, lorsque l'on signifie qu'aujourd'hui en France, on chante en anglais, que la culture populaire a uniquement cette sonorité et basta.

Pourtant la chanson francophone est unique et cela depuis des siècles ; chansons de révolte, d'insoumission, sociale, politique, satirique qui ont connu des succès mondiaux…
Qui se souvient encore que la chanson qui fut et demeure encore aujourd'hui la plus chantée, traduite dans presque toutes les langues du monde, est française, mais oui, « l'Internationale »… S'il vous plaît, que Radio France assume son rôle de service public non soumis aux pressions des puissances économiques et financières dont la langue unique est l’anglo-américain.

Que France Culture fasse découvrir, entendre l'immense variété de la chanson d’expression francophone. Que sa diffusion ne soit pas contingentée au ghetto de l'excellente mais confidentielle émission d'Hélène Hazera.

Claude Weisz

« Des Volkes Seele lebt in seiner Sprache » « C'est dans sa langue que vit l’âme du peuple » Goethe

Vincent Lemerre directeur des programmes de France Culture vous apporte quelques éléments de réponse :

La programmation musicale des Pieds sur terre n’est pas centralisée, elle est le fait des multiples Chargés de réalisation qui assure le montage et l’habillage des reportages. La grande liberté laissée aux équipes sur ce point fait que souvent des titres chantés en anglais sont programmés, aux Pieds sur terre comme dans nos autres émissions, je le constate comme vous.

Je vous rassure cependant sur un point : il n’y a pas, pour cette émission ou pour toute autre émission de France Culture, de volonté délibérée de favoriser telle ou telle production musicale. Et, pour faire suite à votre message, je vous assure que dans les prochains jours un message général sera envoyé à tous les collaborateurs de la chaîne pour les inviter à assurer une meilleure présence de la chanson francophone sur notre antenne.

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