L’informatique n’est pas réduite aux usages numériques

Juliette Chabassier 13/11/2017 14:46 France Culture

Bonjour,
J'ai entendu une partie de l'émission Répliques par Alain Finkielkraut samedi 11/11 de 9h00 à 10h00 "Que peut l'école ?" et j'ai été interloquée par les propos tenus. L'intervenant ainsi que l'animateur semblaient confondre la discipline informatique, qui est une discipline scientifique, avec les usages numériques démocratisés (utilisation de tablettes, de robots, d'applications). Quand le ministre explique que le gouvernement souhaite qu'à la fin de l'école primaire les élèves connaissent le français, les mathématiques, ... et l'informatique, cela ne signifie absolument pas qu'ils vont passer des heures devant un écran ou qu'ils vont apprendre le français devant un ordinateur ! Cela signifie qu'ils vont apprendre des langages informatiques, apprendre à programmer, apprendre ce qu'est un automate, ce qu'il peut faire et ne pas faire, apprendre dans quel contexte les données peuvent être transmises, apprendre des concepts abstraits liés au fonctionnement même des ordinateurs, des intelligences artificielles. Tout cela peut et doit se faire avec "un papier et un crayon" avant de mettre en pratique devant des écrans, si besoin. Tout cela conduira à une éducation indispensable de nos enfants pour qu'ils et elles puissent utiliser les outils numériques quotidiens tout en en comprenant les enjeux et les dangers. Je suis scandalisée qu'on puisse entendre sur la radio publique un tel amalgame qui entretient la confusion répandue et dangereuse, selon laquelle l'informatique se réduit aux usages numériques. Elle contribue à mon avis à l'analphabétisme informatique dont nous, les chercheurs et chercheuses en sciences du numérique, sommes témoins impuissants et qui rend les citoyens et les citoyennes esclaves de leurs technologies. Je termine en soumettant à France Culture, radio que j'affectionne et écoute beaucoup, une nouvelle mission : mettre la culture scientifique beaucoup plus au coeur de sa programmation, pour lutter contre ces amalgames et enfin peut-être gommer enfin la dichotomie entre "littéraires" et "scientifiques". Mais pour cela il faut que des scientifiques compétents ou compétentes puissent s'exprimer lorsque l'on parle, par exemple, d'informatique à l'école.
Juliette Chabassier