un peu plus de distance ?

CLAUDE CARRE 16/07/2018 13:37 France Inter

Bonjour,

Ce message pour revenir sur quelques formulations employées par certains présentateurs des flashs et journaux de l’antenne - Fr Inter et Info.

Au sujet de la coupe du monde de football et peu de temps avant la finale, on a fréquemment entendu l’emploi d’un « On » générique, pour parler de l’Equipe de France : « On est favoris », « On devrait l’emporter », « On va fêter la victoire », « Tout le pays est suspendu à ce suspense » et ainsi de suite…

Dans la bouche d’un commentateur spécialisé, d’un intervenant extérieur, d’un membre de l’équipe ou de son « staff », ça se conçoit ; mais là, du coup, le médiateur journalistique présentateur d'un journal d'information – en principe neutre - s’implique et implique son auditorat. Il abolit la distance qui devrait exister entre l’information et ce que chacun, auditeur, est libre d’en penser, qu’il soit supporter impliqué ou indifférent à cet événement. L’information concerne l’équipe de France de football, pas les relais journalistiques.

Mais encore plus fort : quelques instants plus tard, dans la suite de leurs formulations, certains de ces journalistes enfoncent le clou et éteignent définitivement toute velléité d’indépendance chez les auditeurs en décrétant : « Que l’on aime le foot ou pas, on ne peut pas être indifférent à ce mouvement, cette passion qui emporte tout le pays ».

Ah bon, eh bien puisqu’on ne peut pas, ok, il ne me reste plus qu’à rendre les armes, je suis assimilé, excusez-moi d’avoir pensé autrement, j’ai dû commettre quelque crime de lèse-football.

Or, si on ne peut pas être indifférent, c’est justement parce que le traitement médiatique de l’événement, toutes chaînes de radio et de télévisions confondues devient prescripteur de l’événement. Non seulement il le formule mais le modèle, le définit. Quelle que soit la beauté du jeu, le talent des uns ou des autres, la passion dont il est question, par quoi elle-elle fabriquée, sinon par sa médiatisation ?

Rien de neuf ici, mais qu’à tout le moins les rédacteurs des journaux soient plus distants par rapport à l’événement : qu’ils relayent l’information mais ne prennent pas l’auditeur en otage en définissant à sa place ce dans quoi il est impliqué ou pas.

Suis-je suspect, déviant, ai-je une maladie cachée pour ne pas avoir éprouvé de joie à cette victoire ? C’est apparemment ce qu’on a essayé de me faire penser.

Je vais aller consulter.

Merci de votre attention !