Question sur les chansons, et sur notre culture en général

Guillaume 17/02/2016 13:41 Toutes les radios

Voici un message adressé à France Inter, qui m'a suggéré de m'adresser à vous également :

 

Bonjour,

merci pour vos émissions, que j'écoute quotidiennement.
Notamment celle de Charline Vanhoenacker/Alex Wizorek « si tu écoutes, j'annule tout»
Et les infos sur France Culture etc.

Mais sur les ondes de France Culture, France Inter ou les autres radios
de RadioFrance, je suis assez perplexe devant un phénomène déplorable :

nous sommes presque toujours rabaissés dans notre culture « française » par des œuvres musicales chantées... en anglais.
Pourquoi notre culture doit-elle être à ce point bafouée ?

Je rappelle que dans RadioFrance, il y a « France », et que la langue de la République est le français.

Alors que nos artistes les plus emblématiques disparaissent au fil du
temps (Jacques Brel, Georges Brassens, Boby Lapointe... et plus
récemment Daniel Balavoine, Claude Nougaro, Serge Gainsbourg, Richard
Anthony, Pierre Bachelet, Barbara, Jean Ferrat, Georges
Moustaki, Leny Escudero,  Michel Delpêche...), tous d'authentiques
défenseurs de la langue française, par qui sont-ils remplacés
aujourd'hui ? Par quelques « gagnants » des émissions « nouvelles stars »
ou «The voice » ?

Pourquoi vos émissions, pourtant de bon niveau intellectuel, avec des
intervenants de qualité, pourquoi sont-elles donc très majoritairement
entrecoupées par des artistes d'expression anglaise ?

De plus, non seulement les œuvres françaises ont de moins en moins voie
au chapitre à la faveur de l'anglais, mais dans un esprit d'ouverture
culturelle, pourquoi ne jamais rechercher dans d'autres cultures, ne
serait-ce qu'européennes ?
Êtes-vous sûrs que jamais l'Autriche, l'Espagne, l'Italie, la Pologne ou
la Suède ne peut avoir d'artiste de qualité, audible sur les ondes
françaises ? S'exprimant dans leur langue bien sûr, car chez eux aussi
le phénomène est analogue malheureusement.
Êtes-vous à ce point tributaires de l'audimat ? Et quand bien même,
celui-ci ne peut-il pas être éclairé, par petites touches, sur ce qui se
fait de bien dans nos autres pays, européens ou ailleurs ?

Nous avions aussi Nena, Nina Hagen ou encore Ricci E Poveri, Zucchero,
Ricky Martin, Gipsy Kings, Gianna Nannini, Umberto Tozzi, Eros
Ramazzoti, Andrea Bocelli... ne sommes-nous pas latin ? Qui sont leurs
remplaçants ? Où sont les autres racines, les autres
cultures ? Sont-elles condamnées à n'être audibles que sur Nostalgie ?

Et ne parlons pas des artistes africains, asiatiques, arabes,
sud-américains,... dont la représentativité est quasiment nulle ou
totalement nulle.

Nous glissons lentement mais sûrement dans un univers anglo-saxon, dont vous êtes semble-t-il un vecteur assumé.

Le pire, c'est que même les journalistes et autres animateurs sont de piètres locuteurs en anglais.
Qui, sur les ondes, radiophoniques ou télévisées, sait prononcer
correctement le Président des États-Unis F.D. Roosevelt ? Ou l'agence de
notation Standard & Poor's ?
Le premier vient du néerlandais signifiant « champ de roses » et se
prononce comme la rose en français. Demandez auprès des ressortissants
de ce pays !! Sauf si vous dites "bloud" pour parler du sang (blood) !
L'agence se prononce « Paurse » et non « Pourse ».

Voici quelques commentaires d'internautes, tout aussi affligés quant à
la pénétration de nos esprits par l'anglais, « grâce » aux médias
dominants dont vous faites partie :

(début des interventions)

- Mobbing ???

-Mobbing = harcèlement

- Merci. J'avais compris, mais pourquoi donc ne pas écrire "harcèlement" ?

C'est une mode un peu pénible.

Comme beaucoup de
journalistes la pratiquent. Macron aussi. Il a un peu corrigé ses
discours depuis qu'il est devenu ministre et avait essuyé quelques
reproches à ce sujet.

C'est aussi la mode dans quelques plus ou moins grandes écoles.

- Ce n'est pas une mode ... c'est
beaucoup plus grave que ça ! c'est une opération d'invasion douce :
le "SOFT POWER" ou invasion par la
séduction. 

Ils ont déjà pénétré nos esprits par les chansons, les séries télévisées, les films, l'art, la publicité etc... etc...  et
c'est programmé !

Depuis quelques temps, c'est la langue
française qui est attaquée : les "best of "(florilèges), "selfies"
(auto portraits), "targets" (cibles), "lobbys" (agent d'influence),
"Security report" (conditions d'exposition),
les "hot line" (service après-vente), "master" (maîtrises) etc ...
etc... 

Ils veulent nous faire avaler qu'ils ont inventé le fil à couper le beurre ... 

et les traîtres qui veulent que les
grandes écoles enseignent en ... globish !!! que nos scientifiques
s'expriment ... en globish !!!

Le français est une belle langue,
riche, subtile, nuancée ... qui veut la remplacer par ce baragouin
infâme qui n'est même pas de l'anglais ? 

Je ne sais plus qui disait, récemment,
qu'il y avait plus d'anglais sur les murs de Paris que d'allemand
pendant l'occupation ... L

Le français était la langue de la diplomatie - le globish est la langue de la guerre ! 

-
Et quand vous écoutez Europe1 par exemple les anglicismes sont foison
... Entre prime time, accès prime time, buzz etc .... ça
classe !!!!! ça fait moderne et branché d'employer des anglicismes en
veux tu en voilà Et ça ne choque personne .... Et l'usage du bon
français de France .... les formes interrogatives sont systématiquement
mal utilisées: "comment vous faites" au lieu de "comment
faites vous ?" sans oublier les "malgré .... que" ... et les "palier
.... à ..." tout aussi branché que moderne .... Pour avoir séjourné au
Québec, ça les fait bondir cet abus d'anglicismes mais que voulez vous
pour être audible, il faut faire branché et moderne
quitte à sacrifier le français académique.


(fin des interventions)

Même le talentueux Nicolas Demorand ne sait pas prononcer le nom de
Charline correctement, car il l'anglicise en « Vanhoenèker ».
Mais il semble déjà avoir retenu que « oe » en néerlandais ou en flamand se prononce « ou » !

En conclusion : saurez-vous relever le défi d'une culture française et internationale respectueuse ?
Ou céderez-vous toujours et encore à l'audimat, que vous contribuez à façonner, et aux donneurs d'ordres, publics ou privés ?
Est-ce l'avenir du service public ?

En espérant que ce message n'aura pas été vain (ce dont je doute, mais je garde espoir !)
Bien cordialement

Guillaume Courville
Traducteur