En réaction á la derniere emission de L’ésprit Public

Prestat Cédric 20/04/2016 15:47 France Culture

Monsieur le médiateur,

Vivant en Argentine depuis 12 ans, j'y ai étudié son histoire et celle de l’Amérique Latine á l'Université de Buenos Aires.
Malheureusement, l’histoire de l’Argentine se prête á de nombreux raccourcis, en particulier, celui de réduire l’ensemble de ses maux au mouvement péroniste*.

La dernière émission de “L’Esprit Public” n’y a pas échappé, en lieu et place de mentionner par exemple les nombreuses dictatures et massacres qui ont émaillé l’histoire sociale et économique de l’Argentine du XXème siècle, ou d’expliquer le processus d’endettement lié á la dernière dictature, on a pu entendre une nouvelle fois les topos habituels.

Les ouvrages académiques de qualité en français ne manquent pas (Alain Rouquié, Marie-Monique Robin, etc..), mais les médias français décident généralement de les ignorer, même lorsqu’il s’agit de France Culture, même lorsque sont présent des journalistes de qualité, un ambassadeur et un prix Nobel de littérature dont la légitimité devrait leur conférer un sentiment de responsabilité supérieur.

Á l’écoute de l’émission, il n’en est rien, on a même la hardiesse de présenter Mario Vargas Llosa comme un parangon de vertu, pourfendeur de corrompus et de populistes, alors qu’il y a tout juste une semaine, “Le Monde” publiait un article précisant qu’il possédait des comptes offshores:

http://www.lemonde.fr/panama-papers/article/2016/04/08/panama-papers-l-ecrivain-mario-vargas-llosa-compte-offshore-un-jour-prix-nobel-le-lendemain_4898708_4890278.html

A aucun moment, les intervenants ne prennent le temps de contextualiser le contenu de son activité politique actuelle et passée aussi bien au Pérou qu’au Venezuela** ou en Argentine. Ces activités partisanes ne font pas preuve d’un désir libéral dans “le bon sens du terme” comme se plait á répéter l’un des intervenants, mais bien souvent le contraire, un seul exemple pour illustrer mon propos: il critique “la ley de medios” en Argentine puisqu’elle attaque le monopole de son employeur “La Nación” mais la défend au Pérou.

D'un autre coté, j'ai l impression que son enthousiasme á l'égard de l’élection du président Macri aurait pu être au moins questionnée par l’équipe de l'émission; les articles ne manquent pas sur le sujet, l’UCA (Universidad Catolica de Buenos Aires) mentionne une augmentation de 1.3M de pauvres en seulement en 3 mois, dans un tout autre registre, des universitaires s’inquiètent d’un grave retour en arrière en matière de Droits de l’Homme:

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/23/halte-a-la-decredibilisation-des-droits-de-l-homme-en-argentine_4870100_3232.html

Ce traitement des présents et des histoires des différents pays d’Amérique du sud sur un média de qualité comme l’est France Culture m’attriste profondément. Il permet l’enracinement de stéréotypes qui bloquent une compréhension sereine des processus politiques et sociaux passés, présents et á venir.

Cordialement.

Cedric Prestat

* Le mouvement péroniste se prête á une critique historique virulente mais d’une teneur très différente á celle évoquée dans l’émission.
** Il qualifie Chavez (président élu) de dictateur sans qu’aucun intervenant ne le contredise.