Schizophrénie et médias

Leblond Franck 03/07/2017 9:43 France Inter

Bonjour monsieur le Médiateur, permettez-moi de vous interpeller sur une question délicate. Depuis hier ou avant hier, un fait divers à retenu mon attention. Celui où un schizophrène est mis en cause, aujourd'hui hospitalisé d'office selon vos informations. C'est en qualité de sujet dit "schizophrène" que j'aimerai que France Inter puisse tenir compte du fait que la majeur partie des crimes et délits sont effectués par des personnes dite valides. Mettre en avant le profil pathologique de l'auteur de fait divers, et notamment lorsqu'il est schizophrène ne rend pas service à cette population. Pas qu'elle serait dans l'attente d'un service, mais qu'en évoquant systématiquement la qualité de schizophrène de l'auteur d'un délit ou d'un crime jette l'opprobre sur toute une population qui a déjà bien du mal à vivre, alimente un climat de suspicion envers cette population. D'une manière générale, et peut-être caricaturale, les médias apprécient associer Schizophrénie et crimes et délits sordides. Ceci dit il me semble que seuls 2% des crimes et délits sont commis par des schizophrènes. Pire, 80% des schizophrènes sont d'abord victimes d'agressions. Le ressenti médiatique en la matière est inverse. Je trouve dommage que France Inter qui fait tant de choses pour la science, le bien-être, l'explication dans toutes les émissions soit aussi léger avec ça. Vous êtes un grand média d'opinion, et il serait à mon sens judicieux de ne plus étaler les dossiers médicaux des personnes auteurs de crime et/ou délits. Il va de soit qu'il ne s'agit pas de minimiser ou nier les risques liés au phases de délires, mais pour tenter depuis fort longtemps d'alerter sur les mécanismes internes qui conditionnent un passage à l'acte, il y a bien plus de schizophrènes qui se suicident plutôt que de déporter cette violence sur autrui. La manière dont le fait divers associé à la schizophrénie se retrouve dans les médias ne facilite pas la compréhension de cette maladie et fragilise un peu plus ceux qui en souffrent. Le terme "schizophrène" est autant utilisé dans les médias ou entendu dans les interview comme un adjectif, plutôt péjoratif, ajouter le sordide du fait divers en parlant de la maladie est ressenti comme un élément contre productif pour une prise en charge plus sereine des malades par les corps accompagnants (médecins, familles, copains, infirmiers...). Alors que les films, la musique, l'écriture, l'art nous donnent tant de belles choses à voir et à comprendre sur les différences, il me semble que cette manière de traiter le fait divers associé à la schizophrénie (ou un ou une schizophrène) est quelque peu stigmatisante. Qu'un média public puisse relater autrement ces crimes et délits apporterait une forme de reconnaissance pour tout les gens qui œuvrent au quotidien pour aider les malades et les malades eux-mêmes. Et encore une fois, il n'est pas question d'occulter la dangerosité du mal dans certaines phases de délires mais si l'on pouvait parler de trouble du psychisme lors de faits divers ce serait moins stigmatisant. Vous avouant l'entendre parfois (schizophrène) comme on dirait bouboule, rom... Vous remerciant de l'attention que vous aurez porter à ces remarques, bien trop brèves en regard du sujet, je reste disponible pour échanger avec vous plus en détail sur ce sujet. Franck Leblond.

Nous vous remercions de votre message. Il a été lu par le médiateur et transmis au service concerné par vos questions ou vos réactions. Même sans réponse personnelle de notre part, de nombreuses contributions sont relayées sur les antennes de France Inter, franceinfo et France Culture dans les Rendez-vous du médiateur ou dans Les infos du médiateur, lettre hebdomadaire destinée à tous les responsables de Radio France. Elles inspirent également des articles explicatifs à retrouver sur notre site mediateur.radiofrance.fr

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