Les sondages en 2017: les leçons du passé ont-elles été apprises?

arnaud jeannin 03/03/2017 14:52 France Info

Monsieur Denaes

Malgré les deux récents fiasco, en Angleterre et aux Etats-Unis, de la prédiction par les sondeurs des résultats des élections, il me semble que l'analyse des ces outils à Radio France n'a pas évolué.
Il est notoire que les résultats des analyses des sondages d'opinion, tels que rapportés par les médias généralistes, n'ont pas permis de prédire ni la décision des anglais de sortir de l'Union Européenne, ni l'élection de Donald T à la présidence des Etats-Unis. Dans ce dernier cas, même les organisations les plus réputées (par ex: http://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1111/1467-856X.12067) ont admis qu'elle ne comprennent pas bien ce qui c'est réellement passé.
En 2017, la France et vos antennes sont autant bombardées de résultats de sondages qu'auparavant. C'est mon sentiment. Que cette impression soit juste ou pas, elle est probablement partagée.
Ce qui est notoire, et que je vous laisse vérifier, c'est que la présentation de ces résultats n'a pas changé. Elle commence toujours à l'envers de l'honnêteté scientifique; à l'opposé de la pratique professionnelle de la présentation de résultats.
Dans la littérature professionnelle, quel que soit le champs de recherche, il est usuel de présenter ses travaux selon un plan pré-établis et invariable: objectifs/ méthodes/ résultats/ limitations/ conclusion.
Sur les antennes de Radio France, on commence, le plus souvent, par la conclusion (un récent sondage montre que), puis la discussion (qu'en pensez-vous Mr l'expert) et enfin, dans un soupir las, la méthode (sondage réalisé par internet sur 1000 participants représentatifs)
De quoi cela témoigne-t-il? 2 hypothèses s'imposent: soit les journalistes qui utilisent ces sondages comme base de discussion sont certains de leur véracité "absolue"; soit ces journalistes sont imperméables aux discussions actuelles sur l'interprétation de ces résultats.
Cette discussion est pourtant vive (par ex: http://journals.sagepub.com/action/doSearch?AllField=prediction+from+surveys&content=articlesChapters&target=default&AfterYear=2015&BeforeYear=&ConceptID=6355&startPage=0&pageSize=20) Elle semble se concentrer sur les méthodes d'échantillonnage, de traitement des données brutes, c'est à dire des modèles mathématiques qui transforment des données évidement non-représentatives (questionnaire sur internet, par téléphone, etc) en données crédibles.
Quoi qu'il en soit, sans préjuger de la capacité de vos auditeurs à comprendre ou prendre en compte les limitations des sondages présenté, il semble que la discussion n'a pas trop lieu actuellement dans les rédactions.
Présenter des résultats sans commencer par leur méthodologie et leurs limites, cela équivaut à présenter à un jury populaires des preuves non-établies et retirées par la suite du dossier: cela donne souvent un non-lieu par vice de procédure.
Ce n'est pas honnête et encore moins responsable.

Merci de votre écoute.

A JEANNIN

Je vous propose d’écouter demain samedi Brice Couturier, directeur général de l’institut IPSOS, qui est l’invité du Rendez-vous du médiateur sur franceinfo pour, précisément, répondre à certaines de vos questions. Vous pourrez également retrouver cette émission sur notre site.

Sachez quand même que nous n’avons jamais pris un sondage pour une prédiction; un sondage est utile pour connaitre l’état de l’opinion à un moment donné. Or, – d’autant plus en cette période compliquée -, les opinions évoluent beaucoup, ce qui explique que le résultat d’un sondage aujourd’hui ne sera pas identique à celui qui sera réalisé dans deux semaines;  des faits, des déclarations, des événements peuvent inciter des électeurs à changer leurs intentions de vote.

Enfin, l’ordre de présentation d’un sondage ne peut pas se faire comme vous le préconisez. Nous sommes journalistes et non chercheurs. Pour nous, ce qui vient nécessairement en tête est toujours l’information (ce qu’attend l’auditeur), et non la méthode de calcul, qui viendra tout logiquement à la fin.

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