Tics et tocs actuels de la bouche, de la plume et du clavier

Alain Flageul 13/03/2017 13:19 Radio France

Pouvez-vous diffuser largement auprès de tous les intervenants professionnels de Radio-France à l'antenne le message suivant, qui se veut à la fois humoristique et sérieux :

Tics et tocs actuels de la bouche, de la plume et du clavier…
(Petit florilège de clichés infiniment ressassés, de prononciations fautives ou pédantes, d’expressions et formules impropres, cuistres, creuses, mensongères, inutiles, snobs, niaises ou simplement ridicules de ce début de XXIe siècle en France)
"Il faut raison garder, ne pas souffler le chaud et le froid et rester droit dans ses bottes pour instituer un bon climat et poser la question : y a-t-il en France un jargongate ? La réponse est : tout à fait, c’est clair. Nul besoin d’être chargé de l’événementiel dans un think tank de la galaxie digitale pour affirmer : ce n’est pas tomber dans la dictature de la transparence patriote (à dire en levant le menton) que jouer les lanceurs d’alerte vigilants pour dénoncer le tsunami de mots-valises glauques, d’amuse-bouches récurrents du langage. Le challenge (prononcé « tchallenndje ») est celui-ci : sans céder – voilà – à aucun diktat ultralibéral (à dire avec un infini mépris) ni illibéral, il faut – allez ! – dédiaboliser et décomplexer le vocabulaire citoyen pour rendre le dictionnaire éligible aux deals gagnant-gagnant échappant à l’establishment politiquement correct. Pas de souci ! A ce stade, on n’exclut aucune hypothèse. Mais pour faire le buzz, inutile d’organiser une masterclass pouvant générer d’incontournables burnouts, d’imposer un moratoire ou de convoquer l’ADN de la langue française – voilà –, encore moins d’uberiser ou de genrer, avec ou sans tuilage, nos parlers devant le zinc (prononcé « zink ») des bistrots. Aucune barre symbolique ne nous empêche de rebondir pour incarner cette vision antisystème, lequel (invariable), bien qu’étant excessivement hors-sol, permet des partenariats magiques pour faciliter le vivre-ensemble entre les papas et les mamans et éviter d’aller dans le mur. Le roman national n’est pas un selfie historique, un album (prononcé albheum) de post-vérités surréalistes mises à jour lors de fouilles archéologiques. Sans nécessiter – allez ! – de crowdfunding, ce storytelling low cost, pour recueillir de nombreux like, devra suivre une feuille de route établie, après un bon lâcher-prise, durant les happy hours où l’on déroulera le red carpet de la fashion week de notre si belle langue.
Bel été, et – allez ! – belle journée ! Courage ! Voilà. À tout bientôt ! Voilà…"

Le journaliste, reporter, commentateur ou chroniqueur qui saura se priver de tout barbarisme, solécisme, anglicisme, néologisme ou simple gargarisme verbal de cette sorte lors d’un reportage, d’une présentation ou d’un article, prendra un avantage décisif pour remporter le prochain prix Albert Londres.
Alain Flageul, mars 2017

Je transmets avec beaucoup de plaisir votre message aux journalistes et producteurs. Voici un excellent et amusant résumé des poncifs, jargons et autres anglicismes que j’essaie de combattre par des rappels réguliers auprès de nos équipes.

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