Comment traiter d’un féminicide ?

Béatrice Ouvrard 20/11/2017 13:08 Radio France

Bonjour Monsieur Denaes

j'adresse ce message en passant par la case médiateur, car je n'ai pas trouvé comment l'envoyer directement aux journalistes de France Inter. Je ne suis abonnée ni à Twitter, ni à Facebook, et je ne veux pas m'y abonner.

Merci de le relayer aux journalistes animant l'émission Questions Politiques de dimanche 18 novembre. Je n'ai pas trouvé de liste de noms, à part celui de Monsieur Baddou, producteur (est-ce le bon terme? ).

Ma réaction, commencée au départ pendant Questions politiques, concerne aussi la façon générale dont cette affaire est reprise pendant les flash infos et les journaux de cette journée. Donc, finalement, passer par le médiateur n'est pas une si mauvaise solution.

Cordialement,
Béatrice Ouvrard

Mesdames, Monsieur,

en début de votre émission, vous avez évoqué le nouveau cas de féminicide, médiatisé cette fois puisque commis par un policier avec son arme de service et ayant fait six victimes. Je m'attache dans ce message au cas de la première victime de ces meurtres. Aucun ne peut se justifier, aucun n'est justifiable.

Après citation de ce fait, aussi bien vous que Monsieur Collomb, êtes partie sur une analyse de l'impact du port d' arme par les policiers en dehors de leur service et sur le surmenage des forces de l'ordre. Sujets importants, j'en suis convaincue, mais qui ne me semble pas être les principales causes de cet événement.

Aucun de vous n'a évoqué cela comme un nouveau fait lié à la domination des hommes sur les femmes. Cet homme aurait été boucher, il aurait tué sa femme avec un couteau, maçon, avec une masse ou un marteau, journaliste avec ses pieds et ses poings comme nombre d'autres hommes de toute profession qui n'ont pas d'arme à leur disposition.

Cette femme n'a pas été tué par un «policier», mais par un homme qui ne supportait pas qu'elle puisse vivre en dehors de lui.

D'ailleurs, pourquoi est-ce seulement un «drame sentimental», un «acte désespéré»? Pourquoi dit-on que cette femme voulait quitter cet homme? Pour lui donner des circonstances atténuantes? Pourquoi parler du surmenage de la police? Là aussi, circonstance atténuante? Ce qu'on entend en sous-texte, n'est-ce pas «elle l'a bien cherché» ?
Elle, elle ne pourra plus témoigner, ni sur «balance ton porc», ni sur «moi aussi». Ni les dix femmes (en moyenne) qui seront tuées en ce mois de novembre. Cela est tellement habituel qu'il faut que le meurtrier ou la victime soit quelqu'un sortant de l'ordinaire (artiste connu, profession emblématique, ...) pour avoir droit à un entrefilet ou quelques minutes d'antenne.

Lors de prises d'otage, les journalistes ont égrené les noms au fil des jours, pour qu'on n'oublie pas, pour qu'on ne les oublie pas. C'est donc possible de maintenir une information présente pendant très longtemps.
La reconnaissance de la nécessité d'inclure la lutte pour la liberté et l'égalité, la lutte contre les stéréotypes de tout genre qui entretiennent les discriminations, tout ce dont Madame Héritier parlait si clairement et si bien, dans le quotidien et dans la façon de présenter les faits et informations n'est pas gagnée.

Cordialement
Béatrice Ouvrard.