Attentats : les recommandations du CSA

attentat de Nice du 14 juillet 2016

attentat de Nice du 14 juillet 2016

Par la loi du 21 juillet dernier – une semaine après l’attentat de Nice -, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel avait été chargé d’élaborer un « code de bonne conduite » destiné aux chaines de radio et de télévision. Après de nombreuses rencontres avec les professionnels concernés, il vient de rendre public un ensemble de précautions relatives à la couverture des actes terroristes.

Pas de règles contraignantes, mais des recommandations… Malgré l’état d’urgence, le CSA ne tient pas – contrairement à ce que semblaient souhaiter certains parlementaires – à restreindre la liberté de l’information. Il reconnait que les « questions soulevées par la couverture d’actes terroristes ne peuvent être traitées par des règles impératives et générales au regard de la diversité des situations rencontrées ». Il propose plutôt un ensemble de précautions, déjà adoptées par un certain nombre de grands médias, comme Radio France.
Le CSA note d’ailleurs avoir constaté que « dans toutes les rédactions, un travail d’analyse et de réflexion sur leurs pratiques a été mené, ce qui souligne leur esprit de responsabilité ».

Concilier liberté d’informer et intérêt général

Le grand principe soutenu par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel : « Permettre aux médias de concilier au mieux, dans le traitement des actes terroristes, l’impératif essentiel de libre information avec d’autres impératifs d’intérêt général : le bon déroulement des investigations judiciaires et la préservation de l’action des forces de sécurité, la protection des victimes et de leurs proches et, de manière générale, le respect du principe de dignité de la personne humaine ».

©Franceinfo
©Franceinfo

« Des procédures internes fiables sont nécessaires à la sécurisation des informations délivrées », préconise le CSA. C’est en effet impératif. franceinfo, par exemple, a mis en place une agence interne qui vérifie et valide toutes les informations diffusées. Et quand un événement dramatique se produit, c’est le service « Police Justice » de la rédaction, en relation avec de nombreux informateurs, qui donne la validation de diffusion d’une information, après s’être pleinement assuré de son exactitude et du non-danger (pour les victimes et les forces de l’ordre) de sa révélation.

 

La présentation des terroristes

Avec une certaine forme de populisme, des voix politiques s’étaient élevées pour réclamer l’anonymisation des terroristes. Nous l’avons toujours refusé à Radio France. Anonymiser revient à censurer une information, ce qui est difficilement acceptable dans une démocratie. Sans compter que cela peut alimenter les insupportables fantasmes des adeptes de la théorie du complot (les médias sont les « complices » des « dirigeants » qui « manipulent » le peuple !). Enfin, ne pas donner une existence aux auteurs de carnages risque de finir par faire oublier qu’il y a bien des « monstres » responsables de ces horreurs.

©quka - Radio France
©quka – Radio France

Le CSA l’a bien compris en déclarant : « L’opportunité d’anonymiser les auteurs d’actes terroristes relève de la liberté éditoriale des diffuseurs ». Concernant les images, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel recommande « de faire preuve d’une vigilance particulière (…), en veillant à ne pas présenter les terroristes sous un aspect qui pourrait être perçu comme positif ». C’est ce que nous avions décidé, en faisant le choix de n’utiliser sur nos sites que des photos d’identité ou des photos neutres, non « valorisantes ».

 

Radio France avait anticipé

Nous avons une grande responsabilité dans le fait de ne pas contribuer à alimenter des mouvements de panique ou à accentuer le caractère anxiogène d’une situation. Le CSA recommande notamment une vigilance particulière dans la diffusion de témoignages recueillis sur le vif : « Les témoins peuvent, même involontairement, amplifier les faits ou relayer des rumeurs ».

Sans compter qu’un simple conditionnel peut ne pas être compris comme tel : « Les précautions telles que l’emploi du conditionnel ne suffisent pas toujours pour que le public ait conscience du caractère incertain d’une information ».

Les recommandations du CSA vont tout-à-fait dans le sens des décisions prises unanimement en septembre à Radio France par les directeurs de chaînes et leur directeur de rédaction, le secrétaire général de l’information et le médiateur.

Bruno DENAES