Politique et vêtements : peut-on tout dire à la radio ?

Roxana Maracineanu/FRANCEINFO/CECILIA ARBONA

Le vêtement est tout sauf anecdotique dans cet univers et pourtant il semblerait que certains auditeurs n’apprécient pas du tout que l’on détaille, même en quelques mots, la tenue d’une ministre. Pour répondre aux auditeurs Erik Kervellec le directeur de la rédaction de franceinfo et Cécilia Arbona, journaliste au service des sports de Radio France sont au micro de la Médiatrice des antennes, Emmanuelle Daviet

 

Lundi 10 septembre la nouvelle ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a été reçu à Matignon par Edouard Philippe le Premier ministre, pour s’expliquer sur son budget, et notamment  la suppression de 1600 postes dans son ministère. A l’issue de cet entretien la ministre était attendue par les journalistes. Cécilia Arbona y était.

Cette description a fait réagir des auditeurs et auditrices. Quel est le but recherché à travers cette description ?

« Pourquoi la journaliste éprouve-t-elle le besoin de nous indiquer la tenue vestimentaire de la ministre ? », « Nous dit-on si la coupe d’un ministre est sage ou fofolle ? », « la description est choquante et déplacée »

Le but est de décrire ce que je vois ; je suis les yeux des auditeurs. C’est ce qu’on apprend dans les écoles de journalisme : quand on arrive sur le terrain, c’est de décrire ce qu’on voit. C’est un message : je n’oublie pas le fond : la Ministre annonce qu’elle va sauver les 1600 postes qui étaient supprimés la veille. Sa tenue « sage de bonne élève » renvoie aussi à « je rentre dans le rang ». Elle est passée dans le bureau du Premier ministre et elle dit : « je suis ce gouvernement ».

Très touchée par ces remarques, mais je n’ai pas voulu choqué les auditeurs. Je me dis qu’une époque a changé. On n’écrit plus comme il y a dix ans. Il faut aujourd’hui être attentif au vocabulaire utilisé. Quand mes confrères décrivent des prévenus dans un tribunal, ils les décrivent par leur tenue vestimentaires. Cela a du sens la façon dont on s’habille, selon l’endroit où on est.

Est-ce sexiste de décrire la tenue d’une femme politique ?  Cela devient-il un jeu d’équilibriste ?


Selon Erik Kervellec, il faut continuer à faire cet effort de description au physique comme l’a fait Cécilia Arbona. La tenue de quelqu’un est un élément d’information qui vient pour l’auditeur aider à la compréhension d’un fait d’actualité.

Lorsqu’une auditrice écrit «  veuillez faire des efforts de neutralité et d’équité » pensez-vous que l’on bascule vers un propos aseptisé, dans un politiquement correct qui va peu à peu asséché la vision que l’on donne du monde ?

Si on doit gommer ces éléments de précision, comme une description physique dans un papier de radio, (tous les détails comptent car on n’a pas le support de l’image) on donnera une photo de  plus en plus floue des faits d’actualité que nous devons relater. Si cette description aide à comprendre les choses, si la réponse est oui, alors il faut se garder du politiquement correct qui nous empêche de remplir correctement notre mission : « informer le plus précisément possible »

 

Dans les sphères du pouvoir, le vêtement n’est –il pas au contraire éminemment politique ?

«  c’est la 2ème fois en moins d’une semaine que vos journalistes commence son sujet sur une personnalité politique en détaillant sa tenue vestimentaire. Comme si décrire ses vêtements tenait lieu d’analyse politique.»

Il est peut –être utile de rappeler que les hommes politiques ne sont pas dispenser des descriptions, je pense aux chemises à col Mao de Jack Lang, ou encore la lavallière et l’araignée accrochée  à la veste du mathématicien et homme politique Cédric Villani…
«  ce genre de propos seraient parfaitement inconcevables s’il s’agissait d’un homme »