France Inter : « Radio Macron » ?

« Vous n’interrogez que le pouvoir en place au risque de passer de radio publique à radio d’État » : les messages sur la couverture de l’actualité politique sont nombreux. Pour répondre aux auditeurs, la médiatrice reçoit Thomas Legrand, journaliste et éditorialiste, et Yaël Goosz, chef du service politique. Lorsque vous m’écrivez il apparaît clairement… Lire la suite

Mélenchon : décryptage d’une enquête

Une émission intégralement consacrée au travail de la cellule d’investigation de Radio France et en particulier son enquête sur les comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon, suite à la diffusion de l’émission Secrets d’Info samedi 20 octobre, vous avez été très nombreux à écrire. Dans vos messages : des critiques sur ce travail journalistique, des… Lire la suite

Pro ou anti-Macron ? Des journalistes agressifs ou constructifs ?

Bilan de l’activité du Médiateur, Bruno Denaes présentait sa dernière Séquence du médiateur sur France Inter. Pourquoi écrire au Médiateur des antennes et à quoi ça sert ? A améliorer la qualité de nos antennes ; exemple sur les questions liées à la diversité.  L’édito politique de Thomas Legrand le matin à 7h45. Un rendez-vous… Lire la suite

La SNCF au Téléphone sonne et le mariage de Meghan et de Harry

Deux sujets au programme du rendez-vous mensuel du Médiateur : un conflit et un mariage.
Le conflit à la SNCF : pour certains auditeurs, l’émission « Le téléphone sonne » aurait fait preuve de parti pris.
Le mariage, c’est évidemment celui de Meghan et du prince Harry. Selon certains auditeurs, France Inter en aurait trop parlé.

 

 

Les coulisses du Téléphone sonne avec Fabienne Sintès 

Elle dirige tous les soirs du lundi au jeudi le 18/20 et le fameux Téléphone sonne. Selon les sujets abordés, l’émission me vaut plus ou moins de réactions. Celle consacrée à la réforme de la SNCF a suscité un nombre important de messages. Des auditeurs, comme Julien, estiment que « tout dans cette émission était à charge contre la réforme de la SNCF : les deux invités et les auditeurs intervenants, sauf le dernier ». Et pour Aurore : « Seules des positions anti-réforme ou syndicales ont été exprimées, sans aucune contradiction ».

Le principe du « Téléphone Sonne » : ce sont les auditeurs qui appellent, qui passent à l’antenne. Ce jour-là, les appels étaient plutôt anti-réforme. Il faut se remettre dans le contexte. L’émission a été diffusée le 7 mai veille du 8 mai, il y a beaucoup moins de gens qui appellent durant ce type de week-end. Il y a eu ce jour-là 176 appels. En moyenne sur d’autres émissions, il y a 2 fois plus d’appels. La matière avec laquelle on travaille, ce sont les gens qui appellent.

 

 

Le choix des invités : l’équipe avait sollicité le porte-parole de la SNCF qui n’a pas pu ou voulu venir face à un syndicaliste. Il a donc été remplacé par un analyste (journaliste spécialisé dans la mobilité des transports), mais les deux invités ont plutôt répondu aux nombreuses questions générales sur la politique du gouvernement.*

 

Certains invités refusent-ils de venir pour ne pas être face à des opposants ?

Non, pas vraiment, il y a parfois des conflits de calendrier. Certains ont un peu peur des questions des auditeurs, car tout cela est un peu sans filtre. Le Téléphone Sonne n’est pas forcément un débat, c’est aussi un échange d’idées.

Comment sont sélectionnés les auditeurs qui interviennent à l’antenne. Anthony nous écrit : « Certains soirs, on a l’impression que tous les auditeurs ont la même opinion ».

Il y a beaucoup de fantasme autour de cela, mais c’est une émission comme les autres, il y a aussi beaucoup d’artisanat, il y a de l’humain, on se trompe, on anticipe mal les questions qui vont arriver.

 

Le choix des sujets et des invités 
Sur un autre sujet récent et peu abordé, la transidentité et la transphobie, plusieurs auditeurs ont écrit pour vous remercier. « Merci pour le sujet sur les personnes transgenres, nous écrit Jennifer, sujet enfin abordé auquel il est urgent de donner une visibilité. Bravo pour cette émission ! ».

J’aime les sujets sociétaux, qui sont le reflet de l’époque. Si le Téléphone Sonne rate le reflet de l’époque, c’est une émission ratée.

 

Le traitement du mariage princier

Beaucoup de réactions sur un sujet d’un tout autre type : le mariage princier de samedi dernier. Tous ceux qui nous ont écrit, comme Samuel, nous demandent « pourquoi France Inter, comme tous les médias, en a-t-elle fait autant sur un mariage qui n’a aucune importance et dont tout le monde se moque ? ». Pour y répondre, Angélique Bouin, directrice-adjointe de la rédaction de France Inter :

Il y a un principe à France Inter, on ne se moque pas de l’actualité, tout ce qui est populaire n’est pas vulgaire. Ce mariage était un événement planétaire. 7,5 millions de personnes ont regardé leur télévision en France et 3 milliards de téléspectateurs dans le monde. C’est un fait. Ensuite c’est la mesure et le traitement qui en est fait. Pourquoi France Inter n’en aurait pas parlé ? Comment en parler ? la rédaction a décidé d’envoyer un seul envoyé spécial. Quelle couverture ? Pas de diffusion en intégral (diffusion dans les journaux et dans les flashs). Récit en direct avec des angles différentiés.

 

On connait tous des proches qui n’en avaient soi-disant rien à faire du mariage, mais qui ont quand même écouté la radio, regardé la télé ou les réseaux sociaux. Un moment de honte vite oublié ?

Ce n’est pas un moment de honte. On nous accuse souvent de ne parler que de ce qui va mal, les guerres, les grèves… Là, on a une jolie histoire d’amour.

Sur le plan informatif, le mariage de Meghan et de Harry est-il « proche de zéro », comme nous l’écrit Germain ?

C’est un fait que les Britanniques sont très attachés à leur monarchie. Cela se raconte. Sociologiquement, c’était très intéressant.

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Les portraits politiques de Carine Bécard / France Inter, média global ?

Le portrait politique de Carine Bécard

Carine Bécard est journaliste politique et auteure, tous les dimanches, du portrait de l’invité de France Inter et de franceinfo télé. Ce portrait de François Ruffin a suscité un nombre important de réactions.

Je crois que lorsque l’on est journaliste, nous avons un voile émotionnel. Je suis journaliste politique, mon métier consiste à observer quotidiennement la vie politique. Et je suis fascinée de voir comment les politiciens fonctionnent, l’évolution de leurs idées, avec qui ils travaillent, de percevoir leurs ambitions politiques, etc. Cela fait 8 ans que je suis au service politique, j’ai couvert Marine Le Pen, François Fillon, Nicolas Sarkozy, beaucoup la droite. Je ne me suis jamais posé la question si je les aimais ou pas. Je fais simplement mon travail de journaliste.

Tous les dimanches, vous rédigez donc le portrait de l’invité qui sert notamment à faire réagir l’invité. Comment vous y prenez-vous ?

Je mène une enquête. Donc je note des éléments qui m’ont marquée chez la personne. Ensuite, il y a un travail de documentation pour retrouver des interviews et des reportages. Enfin j’appelle les amis et les ennemis politiques de l’invité. D’ailleurs, il est difficile de travailler sur des portraits de politiciens En Marche, par exemple, car ils ne viennent pas de la sphère politique, donc il est dur de mettre de la chair dans leurs portraits.

« Journaliste de studio loin des réalités de terrain, qui juge sans savoir« , nous écrit Sylvie. C’est le cas ?

Au contraire, j’aime profondément mon travail de reporter. Je suis sur le terrain. J’aime observer les détails, j’aime aller dans les meetings, à l’Assemblée Nationale …

Enfin, il faut préciser que vous avez reçu des tweets particulièrement scandaleux, ignobles et sexistes à la suite de ce portrait. L’intolérance et la violence de certains militants ne font pas grandir la politique.

France Inter média global. C’est quoi et à quoi ça sert ?

Un sujet plus consensuel : l’avenir de la radio, avenir déjà bien présent à Radio France et France Inter.
Erwann Gaucher, journaliste et directeur du Numérique de France Inter, répond au questions des auditeurs. Des auditeurs semblent un peu perdus, à l’image de Jacqueline qui se demande : « Qu’est-ce que ce média global dont on ne cesse d’entendre parler ? Qu’est-ce que cela change pour France Inter et la radio ? »

Le média global, c’est la capacité à concevoir des émissions et des reportages qui peuvent être accessibles partout et pour tous. Par exemple, nous voulons que les jeunes qui s’informent sur Facebook trouvent sur la page de France Inter des informations de qualité, sûres et vérifiées. Nous le faisons par exemple avec Augustin Trapenard qui réalise des cartes blanches avec ses invités.

Un exemple concret de « France Inter – média global », c’est la nouveauté du mois prochain : un podcast natif autour de l’élection il y a un an d’Emmanuel Macron.

Les podcasts se développent beaucoup depuis quelques années. Jusqu’ici, c’était toujours de la réécoute d’émissions passées à l’antenne. Maintenant nous essayons de proposer des podcasts originaux qui ne sont pas passés à l’antenne. Le mois prochain, Thomas Legrand va revenir sur l’élection d’Emmanuel Macron un an après, mais dans un style nouveau, avec un podcast qui sera uniquement disponible sur le numérique et également avec une nouvelle écriture journalistique. De plus, tous les épisodes seront disponibles dès le premier jour.

D’autres innovations attendues ?

Il va y avoir des vidéos originales qui prolongent les émissions. Nous allons également continuer les débats qui passionnent les auditeurs sur le numérique avec des intervenants et des journalistes. Nous voulons prolonger le lien entre les auditeurs et les émissions au-delà du temps d’antenne de l’émission.

Plusieurs auditeurs, comme Philippe, nous demandent : « Pourquoi donc faire du média global, alors que vous faites très bien de la radio ? Les derniers chiffres d’audience montrent votre succès ». Pourquoi est-ce utile de s’ouvrir à d’autres horizons ?

Il faut préparer l’avenir. Le rapport des auditeurs à la radio change considérablement. Il y a chaque année un peu moins d’auditeurs qui écoutent la radio sur un poste radio classique. Il y a beaucoup de nouveautés : les ordinateurs, les smartphones et aujourd’hui les assistants vocaux. Nous cherchons à en comprendre l’usage pour adapter France Inter à ces changements.

Les auditeurs changent leurs habitudes d’écoute. France Inter est devenue la première radio la plus écoutée en numérique. Qu’est-ce que cela signifie ?

Aujourd’hui, nous avons 30 millions d’écoute par mois sur le numérique. Nous souhaitons rester la radio la plus écoutée et faire découvrir la richesse des émissions de France Inter .

Secrets d’info : l’affaire Sarkozy et l’affaire « Pôle Emploi »

Le Médiateur de Radio France reçoit les remarques des auditeurs de « Secrets d’Info »: une fois par mois, les journalistes de la cellule Investigations de Radio France répondent aux interrogations et aux critiques.

Affaire libyenne : coup de tonnerre sur la sarkozie

► par Élodie Guéguen et Benoît Collombat

Retour sur toute l’affaire libyenne et la mise en examen de Nicolas Sarkozy qui a suscité un grand nombre de réactions et de commentaires. Beaucoup d’auditeurs, comme François, ont été satisfaits que vous fassiez un point complet sur une affaire qu’il qualifie d’embrouillée. Il ajoute : « Nous avons entendu une remarquable synthèse où les points de vue de toutes les parties ont été objectivement présentées ».

D’autres auditeurs estiment que cette affaire manque de preuves. Pour Jean-Luc, « comment faire confiance à la parole de trafiquants et d’anciens proches de Kadhafi ? ».

Ce sont des témoignages qui sont évidemment à prendre avec précaution … On peut se dire que ces anciens proches de Kadhafi ont des comptes à régler avec le président qui a décidé de leur mener la guerre en 2011. Mais ce qui est notable, c’est l’accumulation des témoignages qui vont dans le même sens… qui racontent la même chose … le fait que Kadhafi ait donné son accord pour payer la campagne électorale de Nicolas Sarkozy …  Certains anciens dignitaires libyens l’ont raconté devant la Cour pénale internationale. D’autres ont témoigné sous X devant les juges français. Et puis il y a aussi un témoignage écrit et posthume du ministre du pétrole de Kadhafi… dont on a retrouvé des notes datées de 2007.  Ça, c’est un élément matériel qui embarrasse la défense de Nicolas Sarkozy …

Claude, un autre auditeur, ne comprend pas que l’on mêle ce qu’il appelle « les turpitudes de Claude Guéant » avec le financement de la campagne présidentielle : « Que signifie l’amalgame entre le financement de l’appartement de Guéant, écrit-il, et le financement de la campagne de Sarkozy ? ».

Il faut rentrer dans le détail de cette affaire… A première vu effectivement on peut se demander quel est le lien entre l’achat de l’appartement de Claude Guéant et cette affaire libyenne… Les enquêteurs ont remonté le fil de l’argent qui a permis à Claude Guéant, de s’acheter un appartement, en payant comptant, dans les beaux quartiers de Paris, début 2008 alors qu’il était depuis quelques mois le secrétaire général de l’Elysée … Claude Guéant avait reçu un virement de Malaisie, virement de 500 000 euros … et en bout de chaîne, derrière cet argent, les enquêteurs ont identifié un banquier installé à Genève qui gérait aussi le principal fonds d’investissement libyen … En clair, des milliards de pétrodollars du régime de Kadhafi… Est-ce une coïncidence ? Les juges en tout cas ont décidé de mettre Claude Guéant en examen dans le cadre de cette affaire franco-libyenne ….

Une question sur vos méthodes de travail. Marie s’étonne « d’entendre la retranscription de contenus d’écoutes téléphoniques. Comment pouvez-vous vous les procurer ?, demande-t-elle. S’agit-il de fuites et est-ce légal ? ».

D’abord le principe de base quand on est journaliste, c’est d’avoir des sources… C’est ensuite évidemment de recouper ses informations…L’autre grand principe : c’est le secret des sources, donc évidemment on ne va pas rentrer dans tous les détails. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que dans une procédure judiciaire, il y a de multiples intervenants… Certains sont tenus au secret de l’instruction… d’autres non… Mais les journalistes, eux, ne sont pas soumis à ce secret de l’instruction… Et s’ils n’ont pas le droit de détenir des pièces d’un dossier,  ils peuvent tout à fait en prendre connaissance. Et donc ensuite les rendre public.

 

Ce milliard d’euros que Pôle emploi réclame aux chômeurs

 Une enquête de Cécile Hautefeuille

Une enquête sur le quasi milliard d’euros versés à tort par Pôle emploi à des chômeurs. 

Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas que l’on puisse réclamer de fortes sommes à des personnes à faibles revenus, alors que les erreurs viennent de Pôle emploi. D’autres se demandent pourquoi les demandeurs d’emploi qui perçoivent par erreur une somme plus importante que d’habitude ne réagissent pas et attendent qu’on leur réclame un remboursement. « C’est tout de même troublant ».

Deux réponses :
D’abord, il faut bien comprendre que les sommes trop versées ne sont pas forcément colossales… ce qui n’attire pas forcément l’attention… ça peut être 40 euros… ces sommes s’accumulent pendant des mois… et ce n’est que quand la demande de remboursement du cumul de ces sommes trop versées tombe que la plupart des gens réalisent qu’il y a un problème…
L’autre point, c’est ce que Cécile Hautefeuille explique très bien dans son enquête : la plupart des « bugs » concernent les demandeurs d’emplois qui cumulent des allocations avec des petits revenus… La grande majorité d’entre eux ignorent comment est calculé leur complément de salaire. Et parfois, ils ne connaissent même pas l’existence de ce dispositif.
Alors, comment pourrait-il vérifier ce que personne ne leur a jamais expliqué ?
La plupart disent « faire confiance » à Pôle emploi et ne vérifient pas forcément si les montants versés sont corrects. Même si bien sûr, clairement, il est conseillé de le faire. Encore faut-il avoir les moyens de le faire…

Fabrice, un salarié de Pôle emploi, vous reproche de « n’avoir qu’effleuré le sujet », nous écrit-il : « 80% des trop-perçus ont pour cause l’absence de déclaration de reprise d’emploi des chômeurs. Et vous, vous faites 30 minutes sur 1% des cas ».

Encore une fois, la journaliste qui a fait l’enquête travaille depuis des années sur le sujet… Elle a même écrit un livre sur Pôle emploi… En revanche, le chiffre cité par Fabrice n’est confirmé par aucune de nos sources… Ce que dit l’Unédic, qui est donc le gestionnaire de l’assurance chômage, c’est que dans 80% des cas, ces trop perçus interviennent dans une situation de cumul allocation chômage / salaire… on le disait tout à l’heure… Ce n’est donc absolument pas 80 % de trop perçus pour cause d’absence de déclaration de reprise d’emploi. Nous n’avons pas fait 30 minutes sur un 1% des cas : on s’est au contraire concentré sur les dysfonctionnements les plus importants… notamment ceux qui concernent les assistantes maternelles… la profession la plus touchée par les trop perçus.

Enfin, une auditrice, Myriam, pose une question de vocabulaire pas idiote du tout : « Pourquoi parlez-vous toujours et encore de « trop perçu » ? Or, il s’agit de « trop versé ». « Trop perçu » stigmatise les demandeurs d’emploi, alors qu’ils ne sont pour rien dans les erreurs de Pôle emploi ». Ce n’est pas faux…

C’est vrai que les mots sont importants…
Dans notre enquête, je pense qu’on a vraiment eu le souci d’être au plus près des faits… en expliquant qu’il s’agissait de sommes versées… à tort aux demandeurs d’emploi, qui finalement sont les premières victimes de ces dysfonctionnements. Donc il n’y a aucune volonté de stigmatiser qui que ce soit… L’autre élément de réponse, c’est que si nous avons utilisé ce terme de « trop perçu », c’est qu’en fait, la grande majorité de nos interlocuteurs utilisent ce terme dans les interviews que nous avons menées.

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L’attentat de Trèbes et l’homéopathie : les auditeurs réagissent

L’attentat de Trèbes, mais aussi l’homéopathie, deux sujets totalement différents, mais qui ont suscité une avalanche de réactions, de questions… Pour en parler au micro du médiateur, Jean-Philippe Deniau, chef du service Police-Justice de France Inter, et Jean-Claude Ameisen, producteur de l’émission « Sur les épaules de Darwin ».

 

 

 

 

Anonymisation 

Les auditeurs ont beaucoup commenté et réagi à l’attentat commis il y a une semaine. Ce qui revient le plus souvent – comme à chaque attentat – est la question du nom du terroriste. Il y a ceux qui voudraient l’anonymisation complète et ceux, plus nombreux, comme Isabelle, qui nous disent : « Je comprends très bien votre traitement de l’attaque terroriste. En revanche, je n’admets pas que le nom du terroriste soit prononcé en permanence, et même parfois plusieurs fois dans une même phrase ». Et Hubert ajoute : « Lors de l’hommage national, le Chef de l’État demande que le nom du terroriste soit ignoré, et juste après, le présentateur du journal ne cesse de le prononcer ».
C’est utile, cette répétition du nom ?

La vraie question est : faut-il ignorer le nom de l’auteur d’un attentat ? Cela ne fait pas l’unanimité au sein de l’exécutif, car si les journalistes ont connu le nom du terroriste de Carcassonne dès vendredi après-midi,  c’est grâce à Gérard Colomb, le ministre de l’Intérieur, le premier à l’avoir révélé.

Après l’attentat de Nice et les centaines de messages reçus par le médiateur, les rédactions des différentes chaines de Radio France avaient adopté une charte, refusant, entre autres, l’anonymisation des terroristes.

La rédaction s’est beaucoup questionnée à l’époque, car révéler le nom d’un terroriste, c’est lui donner une gloire posthume. Mais la question essentielle est: pourquoi ne pas donner une information que l’on détient ? Cela peut-il  changer la perception que le grand public peut avoir de l’horreur des faits qui ont été commis ? Comment rendre compte du procès sans prononcer le nom de Mohamed Merah? A partir de là, ne faudrait-il pas, dans ce cas, anonymiser tous les auteurs de crimes ?
La position à Radio France, c’est de ne pas renoncer à publier le nom des terroristes, l’inverse serait une censure, dont on ne mesurerait pas les conséquences… Notamment, avec le risque de développement du complotisme…

Un autre point a choqué un certain nombre d’auditeurs : «Vous ayez fourni, disent-ils, des informations utiles pour les prochains terroristes ». Mathilde, par exemple, dit : « Je suis effarée de l’inconscience quasi criminelle des journalistes. Ils expliquent que le malheureux gendarme avait laissé son portable allumé pour guider ses collègues ». Précisons que France Inter n’est pas le seul média à avoir donné cette information. Mais peut-on se dire que, désormais, les terroristes savent qu’il faut détruire tous les téléphones portables d’otages?

C’est encore grâce au ministre de l’Intérieur Gérard Colomb que cette information a été donnée.

Les informations proviennent de nombreuses sources qui vont du témoin à l’enquêteur. Mais on retient une information tant qu’elle n’est pas vérifiée.

L’homéopathie: les pour et les contre ?

L’éditorial de Mathieu Vidard, puis le Téléphone sonne consacrés à l’homéopathie ont déclenché une vague considérable de réactions. Tout cela après la tribune publiée dans le Figaro par 124 professionnels de santé demandant l’exclusion des médecines alternatives du champ médical.

Peut-on encore parler de tels sujets sereinement et scientifiquement ? Pour y répondre, Jean-Claude Ameisen producteur de l’émission « Sur les épaules de Darwin » et médecin, chercheur et président d’honneur du Comité consultatif national d’éthique.

Mathieu Vidard a estimé dans son « Edito au carré » du 20 mars dernier, que l’homéopathie pouvait quand même apporter des bienfaits, tout en précisant qu’aucune étude scientifique n’a prouvé une quelconque efficacité.

Une analyse objective ?

Il faut parler de tels sujets sereinement et scientifiquement et humainement. Aucune étude scientifique n’a prouvé l’efficacité des produits homéopathiques en tant que tel, elles ont montré l’efficacité de l’effet placebo. Car lorsque le médecin a confiance, le corps trouve le moyen de soulager sans les effets secondaires des médicaments. (des études américaines l’ont prouvé). Cela aide le corps et la personne à se sentir mieux. Il est évident que cela marche pour des troubles psychosomatiques, des troubles fonctionnels, pour certaines douleurs, mais pas pour des maladies graves.  Il ne faut pas se soigner tout seul !

Il ne faut pas non plus parler de médecine douce alternative, mais de médecine complémentaire. C’est un soin qui est donné à la place de ou en plus…
La médecine ne consiste pas seulement à prescrire. Cela nous dit quelque chose de ce manque dans la médecine classique.
Le Comité Consultatif National d’éthique a travaillé sur le déficit d’accès aux soins palliatifs, la prise en compte de la personne.

 

 

 

De nombreux auditeurs et patients croient plus ce qu’ils ont lu sur des sites peu sérieux et sur les réseaux sociaux que ce que leur disent les professionnels de santé ou les journalistes spécialisés…C’est le cas pour les « anti-vaccins ». Leur principal reproche : « Vous soutenez les lobbys pharmaceutiques ». Il est vrai que des laboratoires pharmaceutiques sont à l’origine de scandales et ont entamé une forme de confiance.

C’est pourtant une question de santé publique. Apprendre au corps à lutter lui-même contre les microbes, c’est de la prévention. Dans notre pays, 95 % du budget de la santé publique est consacré à la réparation et 5 % à la prévention des maladies. On n’a pas de culture de prévention. On sait que les vaccins sont efficaces (exemples de la mortalité infantile dans les pays pauvres). Un vaccin protège différemment. Un vaccin antitétanique protège la personne et pas les autres, contrairement au vaccin contre la rougeole qui protège également les autres. En matière de vaccin, on est resté dans une médecine du 19ème siècle et non dans une médecine du dialogue et d’information.

 

Hulot, Darmanin, Maëlys, Lourdes ; les réponses à vos nombreuses remarques

Nicolas Hulot, Gérald Darmanin, la petite Maëlys, mais aussi, dans un autre registre, les miracles de Lourdes, autant d’informations ou de sujets qui ont suscité des questions, des réactions, voire de sérieuses protestations. Catherine Nayl, directrice de l’information de France Inter, et l’humoriste Daniel Morin y répondent.   En ce mois de février, deux noms de… Lire la suite

Fausses infos, éducation aux médias et « Affaires sensibles »

Les fausses informations, la crédibilité des journalistes, l’éducation aux médias…

Beaucoup de questions que les auditeurs posent au Médiateur. Pour y répondre Emmanuelle Daviet,  déléguée de France Inter à l’éducation aux médias, à l’égalité des chances et à la diversité.
A écoutez tous les dimanches matin à 6h23 dans la chronique Interclass’

Les questions des auditeurs concernant les fausses informations

Emmanuel Macron y tient beaucoup : il veut une loi contre les fameux « fake news ». Des auditeurs, plutôt « militants », s’en réjouissent, mais à contre-sens, argumentant justement sur de fausses informations. Pour Germain, « au moins, vous serez obligés d’arrêter tous vos mensonges sur Trump ». Ou Adeline, « enfin, vous ne pourrez plus mentir sur les bienfaits des vaccins ». En fait, tout cela ne concerne pas les journalistes professionnels… Un journaliste digne de ce nom ne publie ou ne diffuse aucune information qui ne soit pas vérifiée ; donc, une information juste. Une erreur peut évidemment se produire, mais elle est rapidement corrigée.

Un renforcement de l’éducation aux médias

Comment arrivez-vous à montrer, par exemple, que les journalistes, eux, sont exigeants avec l’information ?  À l’inverse, les réseaux sociaux ou internet diffusent des informations souvent attirantes, mais très souvent fausses, non vérifiées, voire malveillantes et qui ont une influence néfaste sur de nombreux collégiens ou lycéens ?

Cette influence néfaste est surtout constatée par les enseignants et sociologues qui ont tiré la sonnette d’alarme pendant 15 ans, sans être entendus. Il a fallu l’Hyper cacher et Charlie Hebdo… pour se rendre compte que des jeunes remettaient en cause des faits et relataient une toute autre lecture du monde grâce aux thèses conspirationnistes. Cette génération construit son rapport au monde sur des bases fondées sur la manipulation. La principale source d’informations, ce sont les réseaux sociaux, car ces jeunes n’ont pas souvent les clefs pour décrypter une information.

Ce qui plaide pour un renforcement de l’éducation aux médias, comme le souhaitent 7 Français sur 10, selon l’enquête de La CroixC’est d’ailleurs ce qu’Emmanuelle Daviet a lancé il y a trois ans avec l’opération Interclass’. De quoi s’agit-il ?

Opération lancée après les attentats de janvier 2015 par la volonté de la directrice de France Inter, Laurence Bloch, pour une action citoyenne en créant des classes médias. Ce dispositif engage une partie des journalistes et producteurs de France Inter, en suivant pendant une année une classe. 800 personnes ont déjà participé depuis le début à Interclass.
« Bien informés, les hommes deviennent des citoyens,  mal informés, ils deviennent des sujets », disait Alfred Sauvy.
Grâce à Interclass, on apprend aux jeunes à développer leur esprit critique. On leur fait faire du reportage, on les confronte au terrain.
Pour les enseignants qui souhaitent développer ces classes médias, il faut se rapprocher du CLEMI.

 

Fabrice Drouelle. produit chaque jour à 15h « Affaires sensibles », l’émission qui revient sur de grands événements des 50 dernières années

Les auditeurs en redemandent, à tel point que certains, comme Joris, s’étonnent des rediffusions : « Pourquoi rediffusez-vous des émissions anciennes ? Cela n’apporte rien ».
Autre remarque d’auditeurs, comme Bénédicte : « Vos sujets soulèvent souvent des questions, des polémiques ; or, vous ne recevez qu’un seul invité. Donc une seule opinion… Pourquoi ne pas organiser de débats ? ».

La règle : une rediffusion par semaine pour apporter un nouveau regard sur une affaire déjà traitée. L’idée est de générer du débat et non de la cacophonie.

Le choix des sujets :  qu’est-ce qui fait une bonne émission ?

Une bonne « histoire » qui a des résonances sur l’actualité. Exemple : le Larzac a des résonances avec Notre Dame des Landes.