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L’audience radio : intérêt ? fiabilité ? prospective ?

Jeudi était un jour très attendu par toutes les radios. Le jour où sont révélées par Médiamétrie les audiences du premier trimestre. Franceinfo sait ainsi qu’elle reste la 4ème radio la plus écoutée avec plus de 4 millions 500 mille auditeurs chaque jour. Mais pourquoi cette excitation tous les trimestres ? A quoi sert ce baromètre ? nous demandent des auditeurs.

Pour leur répondre, Emmanuelle Henry, directrice des études de Radio France, avec le médiateur.

 

 

Pourquoi est-il si important de connaitre l’audience ?

Lors des précédents résultats d’audiences, en janvier, Guillaume, un auditeur se demandait : « Pourquoi nous donnez-vous régulièrement votre audimat, comme si c’était une victoire ? Quelle importance cela peut-il bien avoir ? ».

Juste une précision : l’audimat, c’est à la télévision; en radio, on parle de la « 126 000 » (126 000 interviews par an). C’est surtout utile pour les radios privées: tout leur modèle économique repose sur ces audiences dont dépendent les tarifs de la publicité. C’est très important tout de même pour le service public, puisqu’une des missions de Radio France est de proposer des programmes de qualité au plus grand nombre. Pour les journalistes et producteurs, il est très important de connaître ces audiences et la popularité des émissions.

 

Concernant franceinfo, qu’apprend-on de particulier ?

Franceinfo, c’est plus de 4 millions 500 mille auditeurs chaque jour. Chaque auditeur écoute la chaîne en moyenne 1 heure par jour. Franceinfo se positionne 4ème radio nationale.

 

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En sait-on plus sur l’auditeur-type de franceinfo ?

Ce sont beaucoup d’auditeurs « actifs », beaucoup de personnes en activité professionnelle qui se lèvent tôt le matin: pour franceinfo, le pic d’écoute est à 7 h du matin (8h pour la plupart des radios), ce qui explique le succès de la matinale. L’auditeur de la chaîne a en moyenne 54 ans (plus jeune que la moyenne des radios généralistes qui comptent plus de retraités) et il y a 60 % d’hommes et 40 % de femmes. Ce n’est pas une radio de niche. Elle est proche de la sociologie de la population française.


Comment sont réalisées les études d’audience. Et sont-elles fiables ?

C’est très différent de l’audimat qui concerne la télévision. En  radio, ce sont 126 000 personnes (représentatives de la population de plus de 13 ans) interrogées chaque année par Médiamétrie, soit environ  500 par jour. On leur demande « quelle radio avez-vous écoutée quart d’heure par quart d’heure sur les 24 dernières heures?

 

Au fil des résultats Médiamétrie, se dessine une évolution de l’écoute radio. L’auditeur de franceinfo change-t-il ses habitudes ?

Il y a une stabilité sur l’écoute du matin et l’écoute en voiture. Mais internet bouscule tout. Les audiences des sites et applications sont en très forte progression : 20 millions de personnes vont chaque mois sur le site ou l’application. Franceinfo est ainsi la deuxième marque d’actualité sur le numérique. Il y a également les nouveaux modes d’écoute, avec notamment les enceintes connectées (par exemple Google home).  10 % de l’écoute se fait sur d’autres supports (smartphone par exemple) que la traditionnelle radio.

 

Pour aller plus loin: Comment calcule-t-on l’audience de Radio France ?

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ZAD, NDDL, landes, reportage

Travail difficile et dangereux pour les journalistes à Notre-Dame des Landes

Les journalistes ont dû affronter cette semaine les violences à Notre-Dame des Landes entre gendarmes et zadistes. Une situation parfois dangereuse et difficile pour réaliser des reportages. Plusieurs auditeurs ont réagi. Grégoire Lecalot, un des envoyés spéciaux de franceinfo, répond au médiateur.

 

 

Des auditeurs vous reprochent de n’avoir interrogé que des zadistes. Pour Jean-Pierre, « vous n’avez donné la parole qu’à des zadistes, présentés comme de pauvres victimes de méchants militaires ». Que dites-vous ?

C’est peut-être le ressenti de certains auditeurs, mais, non, nous n’avons jamais présenté les zadistes comme des victimes; nous avons décrit exactement la situation, précisant que les zadistes étaient équipés de cocktails Molotov, de pierres, etc. Nous avons également diffusé des interviews de la préfète et de la porte-parole de la Gendarmerie. Enfin, nous avons fait un reportage sur le travail agricole des zadistes. Notre rôle n’était pas de prendre parti.

Avec Farida Nouar, autre envoyée spéciale, vous avez travaillé dans des conditions difficiles. Pour beaucoup d’auditeurs, vous avez fait d’excellents reportages dans des conditions dangereuses. Comment avez-vous pu vous rendre sur la ZAD ? On disait que les gendarmes bloquaient tout accès…

C’est vrai que les gendarmes filtraient, mais  nous avons toujours pu passer sans difficultés particulières; parfois en arrivant très tôt sur le terrain.

Côté zadistes, il semblerait que plusieurs d’entre eux s’en prenaient aux journalistes.

« S’en prenaient », non, pas vraiment. Il est vrai que nous avons pu avoir des discussions parfois vives avec eux, mais pas de blocage dans notre travail. Les zadistes, vivant sur place, avaient plutôt une volonté de transparence, en nous montrant notamment leurs réalisations.

Finalement, vous vous êtes souvent retrouvés pris entre les deux lignes de front, donc au milieu des gaz, des cocktails molotov et des jets de pierres. Vous avez même reçu un objet sur le nez… Comment travaille-t-on dans ces conditions ?

Il faut être très vigilant, notamment par rapport aux objets envoyés de part et d’autre. Normalement, nous sommes identifiables par notre matériel, mais, parfois, il vaut mieux se retirer pour ne pas s’exposer inutilement.

 

Conspiration, journalisme, trump, conspiracy watch

Les théories du complot reviennent en force en politique

Les théories du complot reviennent à nouveau dans le discours politique. Pour en parler, Rudy Reichstadt, directeur de l’observatoire Conspiracy Watch

 

 

 Cette manie d’accuser ses adversaires de complot est-elle récente ?

C’est quelque chose de très ancien. Depuis qu’il y a de la politique, il y a des complots et des mythes complotistes infondés et instrumentalisés politiquement. Cela permet de stigmatiser les opposants ou de jeter le doute sur des adversaires.

 

Trump, spécialiste des théories du complot ?

Les américains ont recensés plusieurs dizaines de théories du complot et de fausses nouvelles émises par Trump pendant la campagne présidentielle de 2016 aux Etats-Unis. Il nous a fait rentrer dans l’ère de l’indifférence entre le vrai et le faux. « Est vrai non pas ce qui est conforme au réel mais ce qui m’arrange. » Or, ce qui est assez étonnant, c’est que Trump est apprécié par son électorat pour tenir un langage de vérité.

La difficulté de dénoncer les contre-vérités

Ce sont le plus souvent des hommes politiques qui essaient de manipuler l’information. Ce qui est exaspérant, c’est que les journalistes enquêtent, vérifient, mais que certains auditeurs continuent de croire leurs fausses informations.

Malheureusement je ne pense pas qu’il y ai une frontière si étanche entre le journalisme professionnel, fiable et sourcé et les médias alternatifs. Il peut y avoir des erreurs même dans les journaux les plus classiques. Dans l’arène politique, on a tendance à instrumentaliser les idées complotistes et les journalistes sont effectivement mis à mal par les théories du complot. Mais certains journalistes outrepassent ce qui est leur fonction en se prenant pour des justiciers ou des propagandistes. Le journaliste a pour mission de rapporter les faits et non de donner son avis.

Les moins diplômés et les extrêmes, comme la France insoumise ou le Front national sont-ils les plus touchés par les fausses informations et les théories du complot ?

Il faut nuancer car les complotistes endurcis, c’est à dire les 25% des français qui croient en 5 ou plus des théories proposées, sont sur-représentés dans les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et Marine Lepen. Ca ne veut pas dire que tout leur électorat est concerné. Ce sondage ne fait que confirmer des informations que nous avions déjà grâce à d’autres études.

 

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Les théories du complot les plus populaires

En 2017 ce sont celles d’ordre géopolitique (exemple ce qui se passe au Venezuela est un complot de la CIA) ou en matière de santé (la vaccination par exemple).

L’exemple de la vaccination

55% des français sont prêts à croire qu’il y a une collusion politico-industrielle pour cacher aux citoyens la nocivité. Cette croyance a un impact direct sur la santé publiqeu puisque ça conduit des gens à ne pas se faire vacciner. De ce fait on assiste à la réapparition de maladies telles que la rougeole.

complotisme-endurci

attentat, trebes, franceinfo

Attentat de Trèbes et traitement de l’information

L’attentat du Super U de Trèbes a évidemment suscité des réactions et des questions de la part des auditeurs. Pour y répondre, Erik Kervellec, directeur de la rédaction de franceinfo, est au micro du Médiateur

 

Plusieurs auditeurs se sont étonnés que ce 24 mars, donc le lendemain de l’attentat, seule la mort du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame ait été évoquée. « Il s’est sacrifié, nous écrit Véronique, et c’est un véritable héros. Mais pourquoi aucun mot sur les trois autres personnes assassinées par le terroriste ? Elles ont aussi des parents, des amis qui les pleurent ».

La mort du gendarme a-t-elle supplanté les autres victimes ?

Oui clairement, la disparition d’Arnaud Beltrame a fait la Une, car le décès du Colonel a été officialisé dès 6h du matin et cette information a pris logiquement le pas sur toutes les autres informations. Plus tard dans le week-end, et les jours suivants, les auditeurs ont pu entendre les portraits des autres victimes.

D’autres auditeurs s’indignent que « vous ayez fourni, disent-ils, des informations utiles pour les prochains terroristes ». Mathilde, par exemple, nous dit : « Je suis effarée de l’inconscience quasi criminelle des journalistes qui expliquent que le malheureux gendarme avait laissé son portable allumé pour guider ses collègues ».  Précisons que franceinfo n’est pas le seul média à avoir donné cette information. Mais on peut se dire que, désormais, les terroristes savent qu’il faut détruire tous les téléphones portables d’otages.

On peut se dire que ces gens-là n’ont pas besoin de nous pour savoir qu’un téléphone portable est une source d’ennuis pour eux, car cela permet notamment une géolocalisation. Dire que le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a eu la présence d’esprit de laisser son portable allumé, c’est juste montrer le professionnalisme de cet homme. C’est le ministre de l’Intérieur,  lui-même, qui a révélé cette information.

 

L’anonymisation

Et puis, comme à chaque attentat, des auditeurs ne comprennent pas que l’on donne le nom du terroriste. Pour Marie : « Arrêtez de marteler le nom du terroriste à chaque bulletin. C’est une insulte à ses victimes et une publicité dont les islamistes doivent se réjouir ».

Pourquoi donnez-vous le nom du terroriste ?

Le choix des rédactions de Radio France est de continuer à donner toutes les informations possibles sur celles et ceux qui sont impliqués dans ces attentats. Le nom d’un assassin fait partie de ces informations importantes. Traiter différemment les terroristes en cachant leur identité alimenterait le complotisme ambiant.

Après l’attentat de Nice et les centaines de messages reçus par le médiateur, les rédactions des différentes chaines de Radio France avaient adopté une charte, refusant, entre autres, l’anonymisation des terroristes. A propos des images des terroristes, cette charte préconise de ne pas diffuser les images de propagande, et de se contenter le plus souvent de photos d’identité.

Enfin, pour terminer, des auditeurs ont remarqué que vous aviez mis un temps assez long avant d’être sur place à Trèbes.

Comment vous êtes-vous organisés lorsque vous avez appris cet attentat ?

Il a fallu un peu de temps pour se rendre sur place de Paris, à cause de la grève à Air France, mais France Bleu et notre bureau de Toulouse ont été réactifs.

 

 

BRUNO DENAES/LOIC DEPECKER/REMI INK /FRANCEINFO

Les journalistes et l’usage de la langue française ?

Si l’on en croit certains auditeurs qui écrivent au médiateur, les journalistes parlent mal le français et utilisent trop d’anglicismes. Profitons de cette Semaine de la langue française et de la francophonie pour faire le point en compagnie de Loïc Depecker, délégué général à la langue française et aux langues de France ()

 

Les messages concernant le mauvais usage du français sont nombreux. Estimez-vous que les journalistes s’expriment mal ?

Dans l’ensemble non, chacun fait son métier excellemment. Dans le flot du dialogue et du direct, on peut avoir la tentation d’aller un peu au-delà des règles du français.

Durant cette semaine de la langue française et de la francophonie, des auditeurs  ont fait quelques remarques :

Un journaliste a dit : « Cela s’est avéré faux ». Faute ?

Ce n’est pas une faute, car on a constaté que c’était faux. On l’a constaté par des faits, par des correspondances entre plusieurs informations. C’est un paradoxe de la pensée. « Cela s’est avéré faux », cela veut dire c’est vrai : c’est vrai que c’est faux !

Un autre a dit : « Les un an de cette société ». Faute ?

Non, ça ne se dit pas. Il vaudrait mieux dire le « premier anniversaire » de cette société.

Un autre a parlé des « scenarii ». Faute ?

C’est une faute, plus forte que les autres. On dit des scénarios, puisque la règle générale du français, c’est d’intégrer les mots étrangers, le plus possible, et également les mots latins (considérés encore comme des mots étrangers). Ce terme a été francisé.

Les anglicismes

Des auditeurs nous reprochent d’utiliser des mots comme « fake news », « bashing », « buzz », « master class », « burn out », « biopic ». Or, il est difficile de changer quand le mot a été adopté par la langue commune.

Ces termes ont été traités par la Délégation Générale à la Langue Française, au Ministère de la Culture. Par exemple pour « master class », la « classe de maître », employé sur France musique récemment. Il y a des radios qui respectent fortement le français. Le  « burn out » a également été traité : l’épuisement au travail qui est beaucoup plus compréhensible pour l’ensemble des auditeurs que « burn out »; « biopic » ne veut rien dire, traduit par « bio film », qui permet de montrer que c’est un film qui fait la biographie d’un personnage important.

Dans ce contexte, à retrouver les vidéos du médiateur « Le sens des mots ». Des mots de l’actualité ou des médias sont expliqués par des linguistes ou des spécialistes.

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La francisation de ces mots donne parfois des expressions étonnantes. Prenons smartphone. Les directives gouvernementales ont suggéré « ordiphone » ; cela n’a pas marché. Aujourd’hui, on nous propose « mobile multifonction ». Qui va utiliser cette expression ?

Les gens diront plutôt « mobile ».

Le « DJ » d’une boite de nuit devrait s’appeler un « platiniste ». Comment ces choix sont-ils effectués?

Le français est plus élégant, c’est pourquoi certains DJ aiment à s’appeler « platinistes »

On parlait de « boîte de nuit ». À une époque, on disait « nightclub ». Cet anglicisme a disparu ?

Cela fait ancien et vieillot. Beaucoup d’anglicismes ont disparu, comme speakerine, brushing. La langue est une question de mode.

Il y a quelques jours, les médiateurs francophones ne sont réunis. Ils sont tous confrontés au bon usage du français. Mais contrairement aux Québécois, par exemple, nous sommes plombés par la lenteur et le peu de réactivité de l’Académie française. Ce qui fait que le mot anglais s’impose rapidement.

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Il s’impose ou il disparaît. Les journalistes québécois sont plus organisés que les journalistes français ou européens, dans la mesure où ils ont des associations qui travaillent ensemble, afin que les nouveaux termes soient diffusés rapidement sur les radios et télévisions.

Loïc Depecker en appelle aux journalistes pour aider la à trouver les bons mots et les bonnes formules.

 

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La médiation et ses publics : au Canada, en Belgique, en Suisse et en France

Comment réagissent les auditeurs au Canada, en Belgique ou en Suisse ? Ont-ils les mêmes questions sur le traitement de  l’information ?


Tous les médiateurs des Médias Francophones Publics se sont réunis à Paris pour évoquer leurs préoccupations, leur écoute du public et ce que les auditeurs peuvent amener pour une meilleure qualité de nos antennes.

Nicolas Jacobs (FTV)/Jean-Pierre Constantin (France Médias Monde) /Gora Patel (FTV)/ Guy Gendron (Radio Canada)/ Louise Monaux (RTBF) /Raymonde Richter (RTS)/ Bruno denaes (Radio France)
Nicolas Jacobs (FTV)/Jean-Pierre Constantin (France Médias Monde) /Gora Patel (FTV)/ Guy Gendron (Radio Canada)/ Louise Monaux (RTBF) /Raymonde Richter (RTS)/ Bruno Denaes (Radio France)

La médiation fonctionne-t-elle partout de la même manière ?

C’est en France et en Belgique que nous sommes le plus en contact direct avec les auditeurs, les téléspectateurs et les internautes. En revanche, le médiateur de Radio Canada intervient en seconde instance, lorsque les réponses apportées par les journalistes ou les producteurs ne satisfont pas les auditeurs. Enfin, en Suisse, une particularité : la médiatrice de la RTS n’est pas journaliste, c’est une avocate extérieure à la Radio Télévision Suisse. Elle instruit des plaintes auprès de la rédaction et des programmes, puis organise des réunions de médiation.

Les sujets de protestation sont-ils différents d’un pays à l’autre ?

Pas vraiment. Des auditeurs de franceinfo reprochent régulièrement de trop en faire sur certains événements. Exemple récent : la mort de Johnny Hallyday. Même remarques en Belgique, comme l’explique Louise Monaux, médiatrice de la RTBF.

Le sujet qui exacerbe les réactions dans tous les pays reste la politique…

Tous les médiateurs sont confrontés à des réactions de « militants ». La vérité d’une information ne peut être que celle défendue par leur parti. Et dans ce raisonnement pernicieux, les journalistes « mentent » s’ils donnent une information exacte, vérifiée et sourcées. Raymonde Richter, médiatrice de la RTS, explique la situation en Suisse.

Comme le dit Guy Gendron, le médiateur de Radio Canada, il faut expliquer en permanence qu’un journaliste aux questions insistantes ne fait que son métier. Il veut simplement obtenir de son invité politique une réponse argumentée et non de la langue de bois.

Tous les médiateurs ont un rôle pédagogique important auprès des équipes pour améliorer la qualité des antennes.

Oui, nous considérons tous que l’écoute des auditeurs, des téléspectateurs et des internautes nous offrent une énorme capacité à nous améliorer quotidiennement.

 

parité, invité

La place des femmes sur franceinfo : des auditeurs vigilants

La place des femmes sur nos antennes, voilà un sujet qui, suscite un bon nombre de messages de nos auditeurs. Après la Journée internationale des droits des femmes – le jeudi 8 mars -, le Médiateur fait le point avec Bérénice Ravache, directrice de la radio FIP, et aussi présidente du Comité diversité de Radio France.

La parité 

« Pourquoi dans l’émission « Les Informés de franceinfo » entend-on si peu de femmes ? Cela ne semble choquer personne », nous écrit Géraldine. Quand j’interpelle les directeurs de rédaction des différentes chaines sur ce sujet, ils me répondent qu’il est difficile d’inviter une femme pour parler de sujets différents dans une même émission.

Il y a deux phénomènes : les journalistes et producteurs se tournent vers des personnalités qu’ils connaissent et ce sont souvent des hommes. En 2015 Radio France a noué un partenariat avec le site expertes.fr pour donner l’accès au personnel d’antennes à un carnet d’adresses de 3000 femmes expertes dans des domaines différents.
Dans l’émission « Les informés » il y a un autre phénomène, celui de l’auto-censure des femmes, qui considèrent qu’elles ne peuvent parler des sujets qu’elles maîtrisent complètement.

D’une manière générale, à propos de la parité des invités, Radio France s’était engagée activement à améliorer la situation. Qu’en est-il ?

Les efforts fait par Radio France commencent à payer. En 2017, la place des femmes sur l’ensemble des antennes du groupe est de 39 %, pour franceinfo on est à 35 %, ce qui représente tout de même une progression de 26 % par rapport à 2016.

Sexisme ordinaire

Il y a aussi toutes ces remarques qui s’apparentent à du « sexisme ordinaire » et que les auditeurs – vigilants – nous signalent. Ce présentateur qui évoque son homologue de la télé qu’il aimerait rencontrer pour son physique avenant. Cette phrase d’un autre temps : « Nathalie Baye lui a donné une fille ». Ou cette habitude d’appeler les personnalités femmes par leur prénom : Brigitte, Ségolène, Hillary, mais évidemment pas Emmanuel ou Donald.
Les remarques des auditeurs aident-elles dans l’action du comité diversité  ?

Le retour des auditeurs est précieux. C’est pour cela que le comité diversité a souhaité la présence de Bruno Denaes à ses côtés. C’est efficace pour faire évoluer les mentalités.

Le sport au féminin…

… et sa très faible présence sur nos antennes.
Dernier exemple en date. « Vous ne cessez de parler des rugbymen français, nous reproche Julien. Pourtant, ils accumulent les mauvais scores. L’équipe féminine, elle, enchaine les victoires ; vous n’en parlez pas et vous oubliez même de donner ses résultats ».

Le traitement du sport au féminin est le même dans tous les médias : il y a du travail… Si on avait traité les résultats du tournoi des 6 Nations le 3 février avec la victoires des françaises.

 

Radio France soutient « Sport féminin toujours »

Le comité diversité a d’ailleurs fait réaliser une étude sur la perception de la diversité  sur nos antennes. Comment se positionne France Info ?

France Info s’adresse à tous. Elle contribue au pluralisme des opinions et des idées. 63 % des auditeurs que la parité y est respectée. S’agissant de lutte contre le sexisme, ils considèrent à 64 % qu’elle est bien traitée. Quant au sport, il est insuffisamment sur cette chaîne.

 

Sophia Chikirou, directrice de la communication de campagne de Jean-Luc Mélenchon, tient un point presse portant sur le prochain "Meeting holographique" du candidat de La France insoumise à l'élection présidentielle.  (MAXPPP)

La cellule investigations de franceinfo et sa mise en cause par Jean-Luc Mélenchon : explications

L’enquête sur les comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon a suscité un certain nombre de réactions, à commencer par le principal intéressé. Il s’en est pris violemment aux journalistes en général, à franceinfo et à la cellule Investigations de Radio France, traitée d’ « équipe de bras cassés ». Sylvain Tronchet, qui fait partie de cette équipe, est au micro du Médiateur des antennes.

L’enquête

Des auditeurs, comme Jean-Marc, nous écrivent : « Pourquoi reprendre les mêmes insinuations que le journal Le Monde ? ».

Plusieurs médias ont travaillé sur ce dossier. Nous avons apporté des éléments supplémentaires d’enquête, cela fait plusieurs mois que nous travaillons sur cette enquête. Nous avions notre calendrier qui n’était pas nécessairement le même que celui du journal Le Monde.
L’enquête nous a menés à Médiascop, la société de la directrice de communication de Jean-Luc Mélenchon: quelles sont les relations entre Jean-Luc Mélenchon, son mouvement, sa campagne, et cette structure ?

Des journalistes manipulés ?

Pour André, un autre auditeur : « Vous n’avez qu’une seule source à charge : celle d’un ancien directeur de cabinet d’un ministre socialiste qui veut régler des comptes ».

Il y a de nombreuses informations qui ne proviennent pas de la Commission Nationale des Comptes de campagne. Pour plus d’information, l’enquête à retrouver sur le site de franceinfo

Albert, lui, estime suspect le fait que « vos « informations » mettant en cause la France Insoumise soient données le jour où le magazine Marianne nous apprend que certains versements excessifs sur le compte de campagne de Macron ont été signalés à la justice ».

C’est une enquête qui s’est déroulée sur un temps long. L’information, donnée par Marianne, n’était pas connue de la cellule Investigations de Radio France.

Dans son blog, Jean-Luc Mélenchon affirme que votre enquête est une commande politique. Sous-entendu : on vous aurait demandé d’enquêter sur lui et vous n’auriez pas pu refuser…

C’est faux. Un exemple : la dernière grande enquête effectuée par la cellule Investigations, l’affaire dite « des assistants parlementaires » du Modem. Elle a conduit à la démission du gouvernement Macron de 3 ministres : François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard. Comment imaginer que nous ne faisons pas notre travail d’une manière totalement indépendante?

 

JONATHAN NACKSTRAND / AFP

Comment franceinfo vous a fait vivre les JO de Corée ?

Les 23èmes Jeux Olympiques d’hiver s’achèvent ce 25 février. Les auditeurs ont pu vivre en direct les exploits de Martin Fourcade et des sportifs français grâce aux envoyés spéciaux de franceinfo, en particulier Fabrice Rigobert, directeur-adjoint des sports de Radio France. Il dévoile l’envers du décor au micro du Médiateur des antennes.

 

 

La couverture de l’événement a fait l’unanimité : les auditeurs n’ont fait aucune remarque négative.
Seul Pierre regrette une espèce de « chauvinisme » : « Vous ne parlez que des champions français, nous écrit-il. Vous semblez ignorer que les autres pays ont également des champions ».

Je m’inscris en faux. Les Français ont remporté de nombreuses médailles, sans oublier qu’à Radio France, nous avons une mission de Service Public. On s’est intéressé notamment au ski alpin et à la performance de l’Autrichien  Marcel Hirscher , ou à la skieuse américaine Mikaela Shiffrin, mais aussi aux deux jeunes Russes de 15 ans qui ont remporté une médaille olympique…

Des auditeurs ont envie d’en savoir plus sur les coulisses. Radio France a déployé de gros moyens pour couvrir ces Jeux Olympiques. « Combien êtes-vous sur place, demande Gilles, et comment fonctionnez-vous ? ».

8 personnes : 5 journalistes, 2 techniciens, 1 chargé de production qui est responsable de la technique, de la logistique, de l’organisation; les journalistes assurent la partie éditoriale. Les reportages sont choisis en fonction des demandes des rédactions et des propositions que nous pouvons faire; le travail est ensuite réparti. Mais ce qui est compliqué, c’est l’éloignement des sites (les distances).

Actuellement, il est 8 heures de plus en Corée. Le décalage horaire n’est-il pas trop pénalisant par rapport à l’antenne ?

C’est pénalisant pour certaines disciplines, pour le patinage artistique ou pour le ski alpin. Pour le patinage artistique, les chaînes américaines qui paient le plus cher les droits de retransmission, ont imposé des horaires afin que les téléspectateurs américains profitent des soirées de patinage. Pour la France, là, c’est la nuit ou dans la matinale. Pour le biathlon, en revanche, le décalage nous était favorable: les épreuves avaient lieu à la mi-journée pour la France avec, donc, une exposition maximale.

Aurore, quant à elle,  demande « si cela coûte cher et si le service public, le plus présent sur place avec Radio France et France Télévisions, est privilégié par les organisateurs »

Les droits de diffusion ont un coût, notamment pour accéder aux « zones mixtes » pour les interviews ou pour les positions « commentateurs ». Radio France a fait le choix de prendre moins de zones « commentateurs » par souci d’économies, mais plus de zones mixtes pour accéder aux champions, en s’assurant de pouvoir commenter les épreuves au pied des pistes. Les « passe-droits » sont réservés aux plus grands détenteurs de droits, comme France Télévisions.

Ce qui peut sembler étonnant est l’engouement des Français pour ces JO d’hiver, alors que la plupart des disciplines ont peu d’adeptes en France. Comment expliquer cela ?

Pour le ski alpin, c’est faux, mais effectivement pour le biathlon, c’est vrai. Grâce à la réussite et au charisme de Martin Fourcade, les gens sont attirés par la discipline.

 

Pour aller plus loin : les dispositifs mis en place sur toutes les antennes du groupe 

 

Yémen : les forces séparatistes ont pris le contrôle de la quasi-totalité d'Aden, deuxième ville du pays

Reportage au Yémen : les risques de couvrir cette guerre ignorée

Beaucoup d’auditeurs ont dû être particulièrement satisfaits cette semaine en écoutant les reportages d’Omar Ouahmane, l’envoyé spécial de Radio France au Yémen. Le médiateur avait en effet reçu de nombreux messages reprochant à franceinfo de ne pas envoyer de journalistes sur place pour évoquer cette guerre très meurtrière. Omar Ouahmane est en ligne de Beyrouth avec Bruno Denaes.

Omar Ouahmane a passé une semaine au Yémen : récit …

Le Yémen est un pays coupé en deux  : le Nord contrôlé par les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, qui détiennent la capitale Sanaa, et le Sud où on trouve un embryon d’Etat : une coalition menée par l’Arabie Saoudite. Cette partie du pays est gangrenée par le terrorisme avec des poches djihadistes (Daech et Al Qaida ont pris racine dans ce pays). D’où l’extrême danger pour les journalistes, notamment.

Des auditeurs accusent régulièrement les journalistes de ne pas se rendre sur place et de peu évoquer cette guerre, parce que la France, disent-ils, est alliée de l’Arabie saoudite et qu’elle vend des armes.

Ceci est évidemment faux, les journalistes sont totalement indépendants. Ce qui est vrai, c’est que pour obtenir des informations fiables, il faut se rendre sur le terrain. En se rendant à Aden, j’ai pu recueillir des informations selon lesquelles les bombardements de cette coalition menée par l’Arabie Saoudite, sont à l’origine de la mort de nombreux civils… J’étais le seul journaliste occidental. Ce pays est devenu le trou noir de l’information.

Ce conflit, sans images et sans reporteurs, mais avec plus de 10.000 morts, semble ignoré

10 000 depuis plus d’un an seulement. C’est un conflit ignoré des médias, car le Yémen est un pays difficile d’accès. Tous les jours des reporteurs cherchent à s’y rendre pour couvrir cette guerre qui est à l’origine de la pire crise humanitaire jamais enregistrée.

Comment s’y rendre ?

J’ai demandé un visa, il y a un an, dans un premier temps sans réponse. 6 mois plus tard une nouvelle tentative, et en janvier, le visa était prêt juste pour se rendre à Aden…

Ce n’était pas prévu, mais le journaliste s’est retrouvé au cœur de la guerre à Aden, la grande ville du sud envahie par les séparatistes…

Justement, durant 48 heures, Aden a été le théâtre de violents combats à l’arme lourde : le Yémen du Sud veut définitivement couper les ponts avec le Yémen du Nord. D’où les difficultés pour quitter le pays, car les combats ont provoqué la fermeture de l’aéroport et du port. J’ai dû faire appel à l’ONU qui m’a fait une petite place dans un de ses avions chargés de l’évacuation. Retour par Djibouti à une centaine de kilomètres d’Aden.

 

Portrait et interview d’Omar Ouahmane par Denis Baudier

 

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