Traitement par franceinfo, des événements du 1er mai à l’Hôpital Pitié Salpêtrière

Beaucoup de messages d’auditeurs sur la séquence de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière le 1er mai dernier. Retour sur ces événements Pour en parler au micro de la médiatrice, Richard Place, directeur adjoint de la rédaction de franceinfo


« Fidèle auditeur de France Info je suis aujourd’hui profondément choqué et scandalisé par le traitement  des événements du 1er mai à l’Hôpital Pitié Salpêtrière, présentés comme une « attaque ». Il est clair maintenant, qu’il ne s’agissait pas d’une « attaque », mais d’un mouvement de repli de manifestant face aux forces de l’ordre. Doit-on en conclure que vous diffusez des informations sans aucune vérification  ou, pire, que vous êtes un simple relais d’une communication du gouvernement. Ce dernier postulat vous réduirait alors à un simple organe de propagande. Quelque soit la réponse (incompétence ou organe de presse gouvernemental) c’est réellement inquiétant. Fin du message. »

Que répondre à cet auditeur  ? Que s’est-il passé ce 1er mai ?

A l’instant où cela s’est produit nous n’avions pas de journaliste sur place. Il faut donc remonter le fil, comprendre ce qu’il s’est passé. A 20h Christophe Castaner prend la parole, nous diffusons sa déclaration en précisant bien qu’il s’agit du ministre de l’Intérieur. Ce n’est pas franceinfo qui le dit mais bien le ministre. Le lendemain Martin Hirsch, le patron des Hôpitaux de Paris,  invité de franceinfo, qui parle d’une situation dramatique qui a été évitée de justesse. Mais nous diffusons aussi des interviews qui donnent le début d’une autre version. Nous continuons à enquêter sur la journée du 2 mai en étayant nos informations qui vont nous permettre de raconter une autre histoire. Un journaliste de franceinfo refait donc le film de ce qui s’est réellement passé minute par minute des événements de la Pitié Salpêtrière. Ce qui montre bien que les propos de Christophe Castaner et de Martin Hirsch ne sont pas exacts.

Des internautes pensent qu’il  y a là une volonté d’orienter l’information. Qu’en est-il exactement ? Comment justifier le choix d’une telle photo sans lien  ?

Les auditeurs et internautes ont été également très nombreux à interpeller la médiatrice en dénonçant une manipulation de l’information notamment sur le site de Franceinfo avec la publication d’une photo sans lien avec les faits de la Pitié Salpêtrière. Sur la photo une épaisse fumée blanche, une grille noire, trois individus, l’un avec un gilet jaune, deux autres cagoulés habillés en noir, l’un d’entre eux tenant  une barre de fer en direction  de la grille.

Le choix d’une telle photo est une erreur, mais pas de volonté de désinformation. Il y a un mea culpa. La photo a été changée très rapidement. Les faits montrés sur cette photo se produisent un peu plus tôt à peu près au même endroit.

Comment avez-vous débriefé cette séquence au sein de la rédaction ?

On refait le film, on essaie d’enquêter pour savoir quel processus a mené à cette erreur. L’encadrement n’a pas joué son rôle.

Est-ce que c’est susceptible d’entrainer des changements particuliers de vos méthodes de travail ?

Sincèrement nous nous remettons en question quotidiennement, grâce aux conférences de rédaction, où l’on parle des sujets et de la manière de les traiter. On n’est jamais totalement content de se que l’on produit.

Le Grand Débat sur franceinfo

Les messages des auditeurs sont très nombreux autour du Grand débat : Jean-Jérôme Bertolus chef du service politique leur répond au micro d’Emmanuelle Daviet

 

La rédaction a-t-elle été à la hauteur de l’enjeu dans le traitement  journalistique du Grand Débat ?

« Dans ce débat tout est verrouillé ; les questions sont fermées et encadrées Autour de moi je ne connais que deux personnes qui y ont participé à cette farce alors qui ce débat représente –t il ? » écrit Thierry  « On ne s’attend à rien, on devrait être servi »

On a l’impression en lisant les messages que les auditeurs ne sont pas dupes et que les journalistes déroulent le factuel du grand débat sans interroger la méthode…
C’est un exercice inédit en France, dans la forme et dans son ampleur rien que par le nombre de réunions organisées localement. Les journalistes de la rédaction ont été mobilisés localement en faisant remonter chaque jour des thématiques (les services publics, la fiscalité…). Le choix de suivre telle ou telle réunion était un choix de franceinfo, personne ne nous a dicté ce choix.

Est-ce que franceinfo n’a eu qu’un traitement factuel sans s’interroger sur la méthode du Grand Débat : c’est exactement l’inverse. Après l’appel d’offre lancé par le gouvernement, dès que les entreprises ont été sélectionnées, nous nous sommes attachés à sélectionner la méthode de remontée des informations….

 

On poursuit avec ce message  de Marie-Jo : « Je m’étonne d’entendre que les participants au grand débat ne sont pas représentatifs de la société française ! Les gilets jaunes, bien moins nombreux l’étaient plus à vos yeux …c’étonnant. »

Nous n’avons jamais opposé la représentativité des Français s’exprimant dans le Grand Débat à une éventuelle représentativité  des Gilets jaunes. Grâce à notre partenaire Odoxa, le soutien massif du mouvement au départ du mouvement puis son effritement régulier pour devenir largement minoritaire. Nous sommes attachés à rendre compte de cette mobilisation hebdomadaire tout en restant très prudent sur l’expression à l’antenne de tel leader autoproclamé.

 

« Pourquoi ne parlez-vous pas du Vrai débat sur votre antenne ?
Une plateforme équivalente à celle du grand débat a été mise en place pour les Gilets jaunes par la société qui a mis en place celle du grand débat pour le gouvernement. La différence entre ces 2 plateformes ? Celle du gouvernement ne laisse pas de place à certaines propositions car elle se présente sous forme que questions alors que la plateforme du vrai débat, elle, était « ouvert » et toutes les propositions y étaient possibles. BREF, c’est un vrai bon outil pour une vraie consultation
. »

Oui on en a parlé au service politique dès son lancement et en interrogeant l’entreprise qui a mis en ligne cette plateforme.

« Le gouvernement et les médias aux ordres manipule l’opinion. Le peuple pourra dire exactement ce qu’il pense lors des élections européennes. »

Franceinfo n’est aux ordres de personnes, ni du gouvernement, ni d’aucun groupe de pression

Comment couvrir les manifestations des Gilets jaunes ?

Matthieu Mondoloni a couvert 8 manifestations de Gilets jaunes, lors des mobilisations qui ont lieu chaque samedi depuis le 17 novembre. Quelle est la spécificité des manifestations des Gilets jaunes ? Et comment est traitée cette actualité sur le terrain, semaine après semaine     Ce sont des manifestations assez imprévisibles,pour la plupart il n’y… Lire la suite

Gilets jaunes et marche pour le climat : le traitement journalistique sur franceinfo

Le traitement des Gilets jaunes sur franceinfo a encore interpellé les auditeurs cette semaine. Pour leur répondre aux côtés de la médiatrice, Franck Weil-Rabaud, rédacteur en chef et Matthieu Mondoloni, grand reporter.   Quel est l’intérêt journalistique de diffuser un témoignage d’individu qui justifie les violences commises par les Gilets jaunes ? « Vous avez diffusé… Lire la suite

Le traitement de la question de l’antisémitisme sur franceinfo

La question de l’antisémitisme est une question sensible qui a suscité de nombreuses questions de nos auditeurs, pour y répondre Jean-Philippe Baille directeur de la rédaction de franceinfo et Aurélien Accart journaliste à la rédaction de franceinfo. Le traitement de la question de l’antisémitisme sur l’antenne de franceinfo On commence avec cette remarque de Guy :… Lire la suite

Le traitement de l’actualité sur franceinfo : profanations, Gilets jaunes, rugby

Emmanuelle Daviet reçoit Jean-Philippe Baille, directeur de la rédaction de Franceinfo

Profanation des lieux de culte :

L’an dernier, le ministère de l’Intérieur a dénombré plus de 900 atteintes aux édifices religieux et aux sépultures, dont plus de 800 contre des lieux chrétiens. La semaine dernière, des dégradations ont visé cinq églises catholiques. L’actualité a largement relayé les actes antisémites commis le week-end dernier et en début de semaine et un auditeur nous écrit à ce sujet. Il y a beaucoup de réactions face aux vandalismes anti juifs en France c’est vrai et c’est à proscrire, mais pourquoi ne parlez-vous pas de la forte augmentation des attaques contre les catholiques ?

Avez-vous évoqué les profanations des lieux catholiques ?

Pour être précis, franceinfo y a fait référence lundi matin 11 février, dans les journaux de la matinale. Mardi matin dans la matinale, Laurent Nunez, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur a condamné ses profanations. Il n’y a pas volonté de privilégier telle ou telle religion, ou telle ou telle communauté religieuse.

Les Gilets jaunes

« 1% des Français occupe encore toute l’actualité. Jusqu’à quand les médias vont-ils continuer à leur faire cette publicité ? Jusqu’au 26 mai date des élections ? »

Il est normal de continuer à suivre les manifestations des Gilets Jaunes, notre couverture du mouvement n’est plus la même. Mais notre rôle est tout de même de couvrir l’événement lorsque des Gilets Jaunes veulent s’introduire par la force dans l’Assemblée Nationale.

« Le service public donne une information orientée à gauche : c’est scandaleux. Dernier exemple, sur France Info on nous dit « qu’un gilet jaune a eu 4 doigts arrachés par une grenade lancée par les forces de l’ordre  » et ceci est répété des dizaines de fois. Dit comme cela la responsabilité des forces de l’ordre est totale … Mais si on réfléchit on comprend que ce monsieur a ramassé la grenade …et voulait la relancer sur les forces de l’ordre. TF1 le dit, pas le service public ! C’est honteux et à l’image de toute l’info qui est déformée pour être une opposition claire au gouvernement en place »
Jean Philipe Baille, la critique est forte «  information orientée à gauche », « toute l’info est déformée », « opposition claire au gouvernement ».

Quelle éclairage pouvez-vous apporter sur la ligne éditoriale de votre antenne ?

Notre reporter était présent sur place lorsque la personne a eu les doigts arrachés : il a donné la version policière et celle des manifestants. On a confronté les points de vue à l’antenne avec son avocat d’une part et le ministère de l’Intérieur d’autre part. Quant on tente de s’introduire de force dans l’Assemblée Nationale comme s’attaquer à un ministère, une mairie, Il est de notre devoir  de couvrir ces événements, sans parti-pris, sans banalisation en étant factuel.

Rugby : traitement paritaire ?

« Pourquoi aucune info sur le résultat de l’équipe féminine de Rugby qui était également en compétition hier en Angleterre ? »

La parité fait partie des préoccupations de franceinfo dans le traitement de l’actualité sportive. Ainsi, le week-end du 10 février, nous avons diffusé des reportages sur le match Angleterre-France féminin un de nos reporters était présent sur place, tout comme le week-end précédent ou nous avons couvert le match France Pays de Galles féminin. Pour la première fois, nous proposons des retransmissions en direct des rencontres du tournoi des 6 nations des matchs du XV de France féminin tout comme du XV de France masculin. Nous essayons de répartir les sujets dans nos journaux.  Ces deux rencontres ont été retransmises sur nos antennes en direct sur Franceinfo. Franceinfo sera au côté de l’équipe de France de football l’été prochain pour la coupe du monde. Notre traitement sur l’antenne sera à la hauteur de l’événement.

Franceinfo plus proche de ses auditeurs

Radio France s’inscrit dans le cadre du Grand Débat National en allant à la rencontre de ses publics. Franceinfo Le 14 février  prochain franceinfo est à Toulouse. Rencontres organisées dans le cadre du projet porté par Radio France « Radio France Proche de Vous » Pour en parler, Vincent Giret est au micro de la médiatrice des antennes, Emmanuelle Daviet.

On commence avec la vaste consultation lancée par Radio France et France Télévision en octobre dernier.
Les résultats ont été présentées ce 6 février au studio 104, en présence notamment d’auditeurs de France culture qui vous ont exprimés Sandrine Treiner tout l’attachement qu’ils éprouvaient à l’égard de cette station. 

Via une plateforme web Chaque citoyen  a pu exprimer sa vision, ses attentes et ses idées pour les médias radios et télévision de demain.
Les résultats ont été présentées cette semaine et ce qui apparaît nettement c’est que les Français souhaitent que l’on donne la priorité à l’investigation, et à la lutte contre les fausses informations. Les attentes en matière de vérification de l’information représentent pour 85% d’entre eux une priorité.

Comment comptez-vous accroître ce travail de vérification de l’information ?

C’est une satisfaction et une inquiétude. Chacun sent bien qu’il y a une crise de défiance. Nous avons un rôle pionnier notamment grâce à la création de l’agence sur la certification des informations.  Nous avons des formats adaptés : l’émission le vrai du faux, les Idées Claires. Nous allons encore plus développer car il y a une attente de nos auditeurs. Travailler sur des sujets encore plus nombreux. Installer des rendez-vous précis à l’antenne. De nombreux projets éditoriaux à venir.

La diversité

Autre attente forte du public c’est de mettre plus de diversité à l’antenne : qu’il s’agisse de la diversité de culture, d’opinions, d’origine, sociale et géographique. Comment allez-vous répondre à cette demande ?

La question de la diversité est multiple dans les voix d’antenne, dans le recrutement de nos journalistes. Il faut que nos rédactions ressemblent à la France, aux Français. Les de journalistes aussi ont beaucoup changé. La composition de nos équipes a aussi changé, de nombreux journalistes viennent des locales de France Bleu. Des regards sur l’actualité qui changent. Nous sommes nourris de cette diversité-là.  La diversité se retrouve aussi à l’antenne, dans le choix des sujets. Nous avons beaucoup de sujets internationaux grâce à la nouvelle direction internationale de Radio France, beaucoup plus de sujets que dans certains médias privés. Franceinfo a toujours cultivé le reportage, il faut encore plus mettre l’accent sur cette dimension-là.

Les rencontres avec le public

Il y a également chez les auditeurs des envies de rencontres, de débats avec les professionnels des antennes.Le 14 février  prochain franceinfo est à Toulouse et vous organisez précisément lors de cette délocalisation, un rendez-vous, un débat avec le public.Vincent Giret pourquoi est-il nécessaire de créer cet espace de dialogue, de confrontation d’opinions avec le public ?


Nous devons dialoguer, ouvrir nos rédactions aux publics. Nous devons expliquer nos méthodes, avoir des échanges constructifs. Si on ne veut pas voir la défiance triompher, il faut nouer ce lien Comment ne pas donner au public le sentiment que l’on vient prêcher la bonne parole journalistique ?

il faut répondre aux questions, écouter les publics. Faire de la pédagogie en expliquant nos méthodes de travail. Nous bénéficions d’une indépendance extraordinaire à Radio France, valeur essentielle du service public.

En tant que journaliste qu’attendez-vous de ces rencontres ?

Ces rencontres doivent être inspirantes, prouver que le dialogue est possible, trouver plus d’armes ensemble contre ce flot de désinformation et contre cette défiance généralisée.

Venezuela : Travail difficile et dangereux pour les journalistes de franceinfo

Cinq journalistes, deux français, deux colombiens et un espagnol, arrêtés ces derniers jours au Venezuela ont été remis en liberté alors que se poursuit la contestation populaire contre le président Nicolas Maduro.  Pour parler de cette crise, Franck Mathevon chef du pôle Monde de la rédaction internationale de Radio France au micro d’Emmanuelle Daviet, médiatrice des antennes…. Lire la suite

La rédaction de franceinfo : traitement de l’information partiale ?

Emmanuelle Daviet reçoit Lucas Menget, directeur adjoint de la rédaction de franceinfo.   A propos des rencontres entre Emmanuel macron et les maires et la critique virulente d’un auditeur « Je suis scandalisé par le traitement de l’information -à l’évidence très partial- des journalistes de FranceInfo. On évoque le « face à face » , sous-entendant une confrontation… Lire la suite

Gilets jaunes : les débordements et les violences

Cette semaine, les auditeurs ont été encore très nombreux à nous écrire à propos du mouvement des Gilets jaunes. Pour leur répondre, Emmanuelle Daviet reçoit Éric Valmir, Secrétaire Général de l’information, et Lucas Menget, directeur adjoint de la rédaction de franceinfo.

Les conditions de travail des journalistes qui couvrent les manifestations

Des journalistes sont victimes de violence lors de rassemblements en lien avec le mouvement de Gilets jaunes. Des auditeurs souhaitent savoir dans quelles conditions les journalistes de franceinfo et plus généralement de Radio France travaillent sur le terrain.

Éric Valmir : Ils travaillent comme ils peuvent. Il y a une situation inédite à Radio France : nous avons fait appel à une protection rapprochée ces dernières semaines parce qu’il y avait eu de nombreux incidents auparavant. Nous étions contre puisque les journalistes préfèrent avoir une certaine latitude et marge de manœuvre pour travailler. Ce sont des journalistes aguerris qui ont travaillé en zone de guerre. On aurait pu penser que pour une manifestation en France, ils n’auraient pas eu besoin de cette protection. Mais des incidents à répétition, surtout en régions auprès de nos journalistes de France Bleu, nous ont incité à mettre un protection rapprochée : un ancien militaire, ancien RG, des gens spécialisés qui vont être au plus près pour protéger et éviter les débordements et agressions.

Nous déplorons cette situation mais nos jeunes journalistes se sont fait interpellés, agressés verbalement voire physiquement, poussés, menacés… Il n’y avait pas d’autres solutions pour sécuriser les directs et rassurer ces journalistes qui évoluaient sur le terrain.

On est habitué à penser contre nous-mêmes : on accepte le débat, les critiques du traitement de l’info mais les violences ne sont pas acceptables.

Quelles sont les mesures pour samedi 19 janvier ?

Éric Valmir : Il y aura des protections de certaines locales de France Bleu puisqu’il y a eu des menaces que nous prenons au sérieux.

Pourquoi continuer à les envoyer ?

Certains auditeurs nous demandent pourquoi vous continuez à envoyer des journalistes sur le terrain pour couvrir les manifestations de Gilets jaunes alors qu’ils sont obligés d’exercer leur mission dans les conditions que l’on vient de décrire ? Un auditeur pose la question: Franceinfo ne devrait-elle pas cesser toutes ces émissions spéciales pour couvrir des événements rassemblant finalement assez peu de manifestants ?

Lucas Menget : Parce que c’est de l’information. On couvre toute l’information. Il se passe quelque chose en France qui est important. Les manifestations en sont un des aspects, on les couvre comme on couvre les autres aspects de cette crise des Gilets jaunes. Ce n’est pas parce que c’est dangereux que la rédaction de franceinfo ou de Radio France va s’arrêter. Franceinfo couvre des événements à l’étranger, en zones de guerre, c’est dangereux mais on continue à les couvrir.

La violence est inacceptable mais elle fait partie d’un certain nombre de conditions du métier de journaliste. On était plus habitué à cette violence dans des zones dangereuses loin de chez nous.

Le nombre de manifestants ne fait pas partie du choix éditorial, sinon il y a beaucoup de choses que l’on ne couvrirait pas, qui concernant peu de gens mais qui ont des conséquences politiques nationales importantes.

L’affaire Benalla : un « non-événement » ?

« Premier titre du journal de franceinfo ce 16 Janvier : l’utilisation abusive par M. Benalla d’un type de passeport dont l’usage est normalement restreint. Je suis surpris de constater qu’aux yeux de la rédaction en chef cette information semble plus importante que celle du Brexit ou que la progression du grand débat dans le contexte national que nous connaissons. »

Alors ce message n’est pas isolé, pour des auditeurs cette affaire relève du sensationnel, certains la qualifie même de « non-évènement ».

Lucas Menget : Ce n’est pas un « non-événement », c’est un événement important dans la vie politique de notre pays et qui peut avoir des conséquences. Sur la hiérarchie de l’information, cet auditeur a peut-être écouter qu’un journal. Sur franceinfo il y a des journaux et des titres toute la journée, l’affaire Benalla n’a pas fait l’ouverture de tous les journaux. La journée était riche en informations, et l’avantage d’une chaîne comme franceinfo c’est la hiérarchie et la variété de l’information.

Reportage dans une école de Joigny

« J’ai été choquée, qu’à l’occasion d’un reportage dans une école de Joigny, on puisse entendre des élèves de primaire crier « Macron démission ». Où va-t-on si des adultes responsables/ professeurs /journalistes/ laissent faire sans aucun commentaires ? Je suis atterrée  par un tel laisser aller. »

Une auditrice ajoute : « Comment peut-on ensuite demander aux enfants de respecter les adultes, les enseignants ? »

Lucas Menget :  Ce reportage de Benjamin Illy est absolument passionnant parce que justement on y voit ces enfants qui interviennent en criant « Macron démission ». Un reportage, c’est des faits et un contexte. Benjamin Illy est à ce moment en train d’interroger un retraité de l’éducation nationale qui lui aussi est un peu éberlué par cette scène, il lui demande ce qu’il en pense et il dit que ça le choque, que si on en est arrivé là, c’est qu’il y a eu des cassures. Ils se demandent alors pourquoi ils ont dit ça ? En voyant le reporteur de franceinfo par provocation ou amusement, il faut toujours remettre les choses dans leur contexte, or cet homme montre bien à quel point c’est une situation nouvelle. Est-ce qu’ils entendent ça à la maison ou dans des débats ? Il faut toujours aller jusqu’au bout du reportage, au bout des récits.

Est-ce que cela ne soulève pas un autre problématique, qui est que la population n’a pas forcément envie de voir la réalité des faits ?

Le rôle des journalistes n’est pas de cacher des choses. Le reporteur aurait pu se dire qu’il n’allait pas mettre cette scène qui pourrait choquer. Mais le but ce n’est pas de cacher, c’est de le montrer et de l’expliquer. L’éthique du journaliste c’est de montrer ce qu’il voit autour de lui.