Elisa Budin/Radio France

Secrets d’info répond aux auditeurs : Lafarge, SNCF, batteries

Désormais, chaque dernier vendredi du mois, l’équipe de Secrets d’Info répond directement aux questions et remarques des auditeurs, envoyées au médiateur à propos des enquêtes diffusées dans le mois. En compagnie de Jacques Monin, Directeur des Enquêtes et de l’Investigations de Radio France, l’équipe pratique le droit de suite de ses reportages hebdomadaires.
Pour le mois d’octobre, les auditeurs ont réagi aux enquêtes suivantes :

 

 

 

Le 30 septembre diffusion de l’enquête sur Proximania, cette société spécialisée dans la téléphonie mobile qui a laissé sur le carreau près de 500 actionnaires…proxima-400x250_ktullu_-_benjamin_gabouryok4


Comme Xavier. Il nous l’a écrit : « J’ai moi-même été victime de cette arnaque pour un investissement de 20 000 € ». Il ajoute : « Notre association de défense des actionnaires a mis en cause, devant les tribunaux, l’expert-comptable et les commissaires chargés de valider les comptes de cette société, comme le prévoient les règles comptables. Or, le TGI et la cour d’appel de Paris ont jugé notre démarche irrecevable et nous ont condamnés à payer les frais de justice… Un comble que vous n’avez pas évoqué. Comme chaque membre de l’association, j’ai dû débourser 150€ à ce titre ». C’est vrai que cela semble bien injuste…

« C’était un des éléments de l’enquête, une enquête à tiroir, l’affaire dans l’affaire ; mais un élément important, car les actionnaires ont investi des dizaines de millions d’euros dans cette affaire ; les comptes auraient été falsifiés par les commissaires aux comptes, et pourtant certifiés. Les actionnaires ont voulu se retourner contre ces commissaires aux comptes. Mais ce recours a été jugé irrecevable. C’est hélas un point de droit, car ce n’est pas là-dessus qu’il fallait agir  Les investisseurs attendent un procès… »

 

 

L’enquête du 7 octobre sur les batteries et les voitures non polluantes batterie-electrique400x250_033_3159410
Cette enquête de Philippe Reltien a visiblement passionné les auditeurs. L’une des remarques qui revient le plus souvent concerne l’extraction du lithium et le recyclage de batteries très polluantes. Catherine, par exemple, vous pose deux questions : « Savez-vous si les réserves mondiales de lithium permettront de remplacer le parc mondial de véhicule thermique ? » et « D’où viendra l’électricité qui alimentera ces centaines de millions de véhicules électriques ? ».

Il s’agit d’une enquête de journalistes et non d’experts. Philippe Reltien a posé la question à un éminent spécialiste au Collège de France, Jean-Michel de Tarascon : Les reserves de lithium sont estimées entre 30 et 50 ans et il n’y aura en 2025 que moins de 10 % du parc mondial en voitures électriques ; il y aura donc assez de lithium pour tous. Autre précision : dans cette enquête, on entend Michel Armand, l’inventeur de la batterie au lithium métal polymère mais il faut rendre hommage aussi au franco-marocain Rachid Yazami auteur de la batterie lithium-ion

 

 

L’enquête du 14 octobre sur le cimentier français Lafarge a suscité énormément de réactions et de questions.
lafarge-400x250_034_3474205Dossier très documenté et aux nombreuses révélations d’Elodie Gueguen et de Benoit Collombat. Principales réactions : l’attitude de Lafarge qui a choqué nombre d’auditeurs. Pour Dominique : « Du pognon à tout prix, oui ! Y compris celui d’un minimum de moralité ». Et Dalila résume bien ce que ressentent beaucoup d’auditeurs : « Donc Lafarge est complice pour les attentats. Seront-ils jugés à la hauteur de leurs actes ? », mais elle reste dubitative : «  Encore une énième affaire qui va durer 20 ans et tous seront blanchis… ». Dalila a-t-elle raison ?

« On peut comprendre l’indignation des auditeurs, mais attention personne n’a été condamné dans cette affaire ; ce qui est reproché à Lafarge, c’est d’avoir financé des groupes armés parmi lesquels des membres de Daech ; mais pour être complice, il faut à la fois collaborer à la mise en place d’un acte et l’intention de s’y associer ; à ce stade personne ne peut affirmer que Lafarge avait l’intention d’aider Daech à commettre des attentats. »
Rappel : des magistrats enquêtent sur cette affaire depuis 4 mois ; 3 juges ont été saisis ; il y a plusieurs temps dans une enquête judiciaire : le temps des investigations (là où se situe le dossier de « Secrets d’info ») , établir les responsabilités des uns et des autres et éventuellement le temps du procès ; certaines affaires n’aboutissent jamais, mais contre-exemple avec l’affaire Cahuzac »

Des auditeurs, comme Elisabeth, demandent si on peut vraiment dire que Lafarge finançait Daech ou si, plutôt, la société était rackettée pour éviter que les employés locaux ne soient menacés…

« Lafarge a certes été rackettée, mais l’entreprise a accepté ce racket et est même restée en Syrie où elle a mandaté un intermédiaire pour négocier avec ces différents groupes ; Lafarge savait que l’argent allait « dans les poches » de certains groupes djihadistes. Reste à savoir pénalement,  s’il s’agit bien de financement du terrorisme … »

Certains auditeurs ne voient pas pourquoi accuser le Quai d’Orsay. Pour Martine, « quel intérêt pourrait avoir le Ministère des Affaires étrangères à maintenir une société privée dans une zone sous emprise terroriste ? Le seul à y gagner, c’est Lafarge ». Le Quai d’Orsay avait-il un intérêt à pousser Lafarge à rester ?

« Dans l’enquête de « Secret d’info », le Quai d’Orsay n’a pas été accusé ; les journalistes ont posé des questions. L’enquête a révélé que Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères de l’époque, pourrait être entendu par la justice. La question est posée dans l’enquête, sans réponse… Il y avait une enquête factuelle et une autre partie qui soulevait des  hypothèses ».

 

 

L’enquête du 21 octobre sur la SNCF
(Laetitia Cherel) suscite beaucoup de réactions, à commencer  par les clients excédés par « les trains très souvent en retard », « les incidents qui se multiplient sur les voies » (chutes de caténaires, pannes de trains, lignes vieillissantes) et « les tarifs qui ne cessent d’augmenter ». Est-ce que, comme le sous-entendent de nombreux auditeurs qui nous ont écrit, ces dépenses pharaoniques de la SNCF en communication et lobbying sont une des raisons des « tarifs de plus en plus élevés et des services de moins en moins bien rendus » ?sncf400x250_000_q4984

« On peut être tenté de le penser ; mais selon les spécialistes consultés, les dépenses de communication n’auraient pas d’effet sur le prix des billets. La location des voies, et l’amortissement des TGV par contre coûtent très cher et la productivité ne serait pas assez élevée. « 

Plusieurs auditeurs s’insurgent contre le président Guillaume Pépy qui refuse de répondre aux questions des journalistes, mais qui ne cesse de prôner la transparence.
Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées durant votre enquête ?

La principale difficulté est celle-ci : Malgré de multiples demandes d’interview, le président de la SNCF n’a pas répondu et si Laetitia Cherel est parvenue à suivre Guillaume Pépy lors d’un colloque, il a toutefois refusé de s’exprimer en renvoyant vers son service de communication.

 

 

Elisa Budin/Radio France

Secrets d’info : les réactions des auditeurs

L’équipe du magazine de la cellule Investigation de Radio France viendra une fois par mois répondre aux questions des auditeurs suite aux enquêtes diffusées sur France Inter

Sur le mois de septembre les auditeurs ont pu réagir sur les enquêtes suivantes :

Le 2 septembre avec un sujet qui a fait réagir de nombreux auditeurs, Benoit Colombat a rouvert le dossier de Rifaat Al-Assad, le sulfureux oncle du président syrien, réfugié en France. La justice française enquête sur son patrimoine et ses origines, disons, pas très claires. Qu’en ont dit les auditeurs ?
Djamel, par exemple, nous a écrit : « Il y a de quoi rire. La France sait exactement qui possède quoi parmi ses « amis étrangers ». Les escrocs d’Algérie ont des hôtels particuliers, des appartements, au même titre que le roi du Maroc, les dignitaires d’Arabie Saoudite, etc. De l’argent volé aux peuples concernés. Et la France ferme les yeux ».

« Pourquoi la France a-t-elle pu cautionner un tel blanchiment d’argent ? »

Benoit Colombat leur répond : deux raisons principales : la raison d’Etat,  et des raisons diplomatiques et commerciales
Plusieurs auditeurs, avec un petit côté complotiste, s’interrogent, comme Kristina : « Pourquoi cette enquête maintenant ? ». Et Thierry d’ajouter « Vous êtes à la solde de l’Etat. Demandons-nous pourquoi cette info sort maintenant ? Sans doute des opérations militaires à venir seront justifiées par cette info ».

Les journalistes de l’équipe ne sont certainement pas à la solde de l’Etat : petit rappel de l’affaire des assistants de François Bayrou 
Toutes les enquêtes sont le résultat d’un mois de travail et d’investigation parfois plus. Certaines informations résonnent parfois avec l’actualité mais il est difficile de le prévoir. 

Le 9 septembre une enquête menée par Anne Brunel après la décision de Nicolas Hulot et du gouvernement de ne plus délivrer de permis de prospection.
Beaucoup de réactions d’auditeurs, la plupart estimant, comme Françoise que nous devrions revoir notre modèle énergétique ou comme Jules qu’il faudrait développer enfin – vous le disiez au terme de votre enquête – un véritable recyclage de tous nos déchets. D’autres auditeurs vous reprochent de vous être attaquée à des sociétés dont on a besoin. Pour Jean-Marc : « Arrêtez de toujours condamner les entreprises. Proposez donc de supprimer l’essence pour se déplacer ou le gaz pour se chauffer et vous déclencherez une révolution ».

« Il y a des sujets difficiles et clivants sur des choix de société ; l’idée était d’exposer des faits en sortant des débats idéologiques ; réfléchir à d’autre modèles, d’autres ressources énergétiques… » « souvent on ne retient que ce qui alimente un désagrément connu »

Le 16 septembre Sylvain Tronchet a enquêté sur les dérives du CESE En effet, il y a les auditeurs qui s’insurgent contre ces « pantouflards », comme Gilles appelle les membres de cette institution : « Je commence à saturer, ajoute-t-il, de ce genre de petits arrangements à tous les étages qui risquent bien un jour d’amener au pouvoir des illuminés qui surferont sur la vague des « tous pourris ». Et Etienne écrit : « Ce n’est pas le réformer qu’il faut, c’est le supprimer. Cela ferait économiser beaucoup d’argent et serait un avertissement pour les autres chambres : moins d’absentéisme, moins de triche, moins de salaires mirobolants ». Par ailleurs, d’autres auditeurs trouvent, que vous avez visé les syndicats. Vincent nous écrit : « Pourquoi cette info sort-elle maintenant et dans quel but ? Il y a longtemps que le système dure. Comme par hasard une manière de discréditer les syndicats et de leur faire perdre toute crédibilité »

« Qui sait comment fonctionne cette chambre qui doit être réformée par l’Etat ? personne ne le sait à part les intéressés, il était donc légitime d’enquêter … »  » on peut comprendre ces réactions et ces critiques à l’encontre des syndicats… cette influence des syndicats au sein du CESE et le cas Laurence Parisot a également été abordé  côté patronat… »

A noter la réaction d’un syndicaliste, membre du Conseil économique, social et environnemental, Gérard Aschiéri, représentant de la FSU. Il reconnait que « votre enquête contient des choses exactes et soulève de vrais sujets, comme l’absentéisme – encore qu’il y ait matière à discussions -, nous écrit-il et il ajoute : « Pourquoi ne pas avoir parlé de l’avis du Conseil sur les travailleurs détachés qui inspire largement Emmanuel Macron ? Ou celui sur le climat, le numérique, etc ? ».

« La plupart des rapports produits par le CESE restent lettre morte… » exemple le rapport sur les travailleurs détachés qui est d’ailleurs évoqué dans l’enquête… »