Secrets d’info : les auditeurs réagissent aux comptes de campagne d’Emmanuel Macron

Le Médiateur de Radio France reçoit les remarques des auditeurs de « Secrets d’Info »: une fois par mois, les journalistes de la cellule Investigation de Radio France répondent aux interrogations et aux critiques.

Ce mois-ci, les auditeurs ont beaucoup réagi à propos de l’enquête très fouillée d’Elodie Gueguen et Sylvain Tronchet sur les comptes de campagne d’Emmanuel Macron.

Pourquoi parler d’illégalité ?

Plusieurs auditeurs n’ont pas compris ce qui était illégal dans les importantes réductions accordées au candidat Macron. Pour Thérèse : « Je ne comprends pas en quoi des ristournes sont un signe de malhonnêteté ». Et pour Alain : « Le candidat Macron fait faire des économies au budget de l’État et voilà que vous lui tombez dessus, comme s’il avait triché ». Ou Christina : « Savoir bien négocier ses coûts de campagne et obtenir des réductions prouvent que l’on est un bon gestionnaire. On devrait plutôt le féliciter ».  

Sylvain Tronchet : Il faut rappeler quelques règles simples qui régissent les campagnes électorales. Une entreprise n’a pas le droit d’aider un candidat ou un parti. Si elle fait des réductions, cela peut être considéré comme des dons déguisés. C’est une loi de 1995 qui met en place le financement public des campagnes pour éviter ce genre de pratiques, via le remboursement des frais par l’État.

Un parti pris ?

Après un petit retour au mois de février, nous avons retrouvé les remarques souvent virulentes d’auditeurs pro-Mélenchon ; ils vous accusaient de parti pris dans votre enquête sur les comptes de campagne du candidat de la France insoumise. Jules, par exemple, écrivait : « Vous vous en prenez une fois de plus à Mélenchon. Les ordres viennent d’en-haut. Bien sûr, vous m’enquêterez jamais sur les comptes de campagne de Macron ». Et pourquoi donc?
Quatre mois plus tard, c’est Jean-Pierre, comme d’autres auditeurs, qui nous disent : « Vous avez plaisir à vous en prendre aux comptes d’Emmanuel Macron, mais, évidemment, vous ne le ferez pas pour Mélenchon ou Marine Le Pen ».

Jacques Monin : Nous n’avons aucun parti pris. Nous sommes dans une démarche journalistique et non politique. Notre seule boussole, c’est d’examiner les actes de ceux qui prétendent nous gouverner. C’est notre travail que de contribuer à cette transparence, et ce, quelque soit le camp politique. Le service public, c’est l’indépendance de l’information, et l’indépendance ne s’use que lorsqu’on ne s’en sert pas.

Pourquoi rouvrir un dossier déjà classé ?

Une question qui revient dans plusieurs messages, comme dans celui de Marianne : « Les comptes de campagne d’Emmanuel Macron ont été validés par la commission. Pourquoi vous obstiner à rouvrir un dossier sur lequel les spécialistes n’ont rien trouvé à redire ?»

Élodie Guéguen : Ça fait partie de notre métier de journaliste : s’intéresser au financement de la vie publique et des campagnes électorales. Sans remettre en cause le travail des rapporteurs de la commission des comptes de campagne qui ont validé les comptes d’Emmanuel Macron, il faut rappeler que c’était cette même commission qui était passée à côté de l’affaire Bygmalion. Un certain nombre d’éléments ont attiré notre attention et la commission l’a reconnu : elle est passée à côté de certaines remises. Nous ne rouvrons pas le dossier, nous faisons simplement notre travail.

 

« En marche » s’est fendu d’un communiqué cette semaine dans lequel le mouvement donne ses arguments de réponse, et il vous reproche de ne pas avoir intégré ces éléments de réponse dans votre enquête… Affirmation vraie ou fausse ?

Élodie Guéguen : C’est faux. Nous avons envoyé à La République en Marche une quarantaine de question, ils nous ont répondu par un mail qui ne répondait absolument pas à nos questions.

Selon « En Marche » le théâtre Bobino avait déjà facturé des locations à des prix bas à des associations à but non lucratif… Or c’est aussi une association qui a loué le théâtre pour Emmanuel Macron… Donc selon En marche, il n’y a rien d’inhabituel dans le prix qu’on leur a consenti.

Sylvain Tronchet : Ils ont pris l’exemple d’un concert de charité pour les victimes du 13 novembre. Ce n’est pas comparable à un meeting de campagne. Ce qui doit servir de référence, c’est le prix de marché. Nous l’avons demandé, on nous a expliqué de c’était entre 13 000 et 14 000 euros. Emmanuel Macron a payé 3 000 euros.

En marche soutient enfin que si Benoit Hamon a payé plus cher qu’Emmanuel Macron pour la location de la salle de la Bellevilloise, c’est parce qu’il l’a demandée pour une période beaucoup plus longue, et donc qu’on ne peut pas comparer des choux et des navets…

Sylvain Tronchet : Dans nos calculs de comparaison, nous avons bien entendu tenu compte des différences de prestations. Pour louer cette salle pendant 6 heures, Benoît Hamon paie 2 580 euros. Un parti politique, pour 4h30, paie 2 000 euros. Et pour 2h30, Emmanuel Macron paie 200 euros. Pourquoi cette ristourne ?

 

Secrets d’info : crise des hôpitaux, pompes funèbres, Macron et les catholiques

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Secrets d’info : Projet Daphne / la salmonelle / Carlos Ghosn

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Elisa Budin/Radio France

Secrets d’info : les comptes de campagne de Mélenchon, Macron et les chasseurs

Le Médiateur de Radio France reçoit les remarques des auditeurs de « Secrets d’Info »: une fois par mois, les journalistes de la cellule Investigations de Radio France répondent aux interrogations et aux critiques.

Les étranges factures de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon, alors candidat du parti d’extrême gauche " La France insoumise " pour les élections présidentielles 2017, tient un meeting à Périgueux, le 26 janvier 2017. (MAXPPP)
Jean-Luc Mélenchon, alors candidat du parti d’extrême gauche  » La France insoumise  » pour les élections présidentielles 2017, tient un meeting à Périgueux, le 26 janvier 2017. (MAXPPP)

Enquête de Sylvain Tronchet et d’Elodie Guéguen
Albert qui semble proche de Jean-Luc Mélenchon s’étonne que « vos « informations » mettant en cause la France Insoumise soient données le jour où on apprend par le magazine Marianne que certains versements excessifs sur le compte de campagne de Macron ont été signalés à la justice ». Alors, auriez-vous des choix orientés, comme voudrait le penser cet auditeur ?

L’équipe d’investigation n’avait pas cette information. En revanche, si le soupçon, c’est de dire « vous enquêtez sur Mélenchon pour protéger Macron », les faits parlent d’eux-mêmes. L’équipe a déjà enquêté sur Emmanuel Macron (à l’occasion des « macronleaks »). Il ne faut pas nous demander de raisonner en « politique », nous ne sommes pas des militants politiques qui enquêtons sur un camp et pas sur l’autre. On enquête sur tous les sujets, tous les domaines et tous les camps dans lesquels on estime qu’il y a des questions qui se posent et des possibles mauvaises utilisation de l’argent public, ce qui  est aussi le cas des comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon.

L’équipe travaille sans distinction. Et pourtant, dans son blog, Jean-Luc Mélenchon affirme que cette enquête est une commande de la hiérarchie. Il ajoute : «  Les agents traitants du service vivent une certaine ambiance qui leur interdit de dire non ». Sous-entendu : on vous aurait demandé d’enquêter sur Mélenchon et vous n’auriez pas pu refuser…

Jacques Monin : Je ne suis pas un homme politique, mais je peux lui répondre en tant que journaliste : ma hiérarchie a été informée trois jours avant la diffusion des informations. Cela ne répond donc pas à une commande.

Sylvain Tronchet : la Présidence de Radio France n’a évidemment pas commandé cette enquête. Mais cette enquête sur Jean-Luc Mélenchon n’arrive pas là par hasard, elle est dans la continuité du travail de la cellule Investigations. Depuis deux ans, avec Elodie Guéguen, nous travaillons sur la problématique du financement politique. Des enquêtes menées sur François Bayrou, Nicolas Sarkozy, etc.

Enfin, une autre accusation qui, là aussi, étonne quand on connait le sérieux de vos enquêtes et le temps que vous y passez… C’est Jean-Marc qui nous écrit : « Pourquoi reprendre les mêmes insinuations que le journal Le Monde ? ». Vous auriez donc pompé les informations d’autres journalistes. Et André, lui, ajoute : « Vous n’avez qu’une seule source à charge : celle d’un ancien directeur de cabinet d’un ministre socialiste qui veut régler des comptes ».

Faux, puisqu’on a entendu également François Logerot, le président de la Commission de contrôle des comptes de campagne… Mais des sources, il y en a bien d’autres. Contrairement à ce qu’affirme Jean Luc Mélenchon, on travaille, et depuis longtemps, sur le sujet. C’est le prolongement, notamment, de l’enquête d’Elodie Guéguen sur les ministres du gouvernement Macron et sur l’affaire des assistants parlementaires du Modem.
Précisons que nous avons posé des questions à Mélenchon et à son équipe, et personne n’a répondu.

 

 

Pourquoi Emmanuel Macron courtise-t-il les chasseurs ?

Une enquête d’Anne Brunel

Emmanuel Macron part à la conquête des chasseurs © AFP / GUILLAUME SOUVANT / Etienne LAURENT POOL
Emmanuel Macron part à la conquête des chasseurs © AFP / GUILLAUME SOUVANT / Etienne LAURENT POOL

La chasse est un sujet très clivant. Il y a d’un côté les auditeurs qui ont eu l’impression que vous défendiez la chasse et les « tueurs d’animaux ». Et de l’autre, ceux qui vous reprochent de ne pas avoir compris l’intérêt de la chasse et de la régulation des espèces.

Il se trouve que la chasse n’était pas l’objet de cette enquête. Ce n’était pas un débat autour de la chasse. Cette enquête avait pour objet de décortiquer une stratégie politique, celle d’Emmanuel Macron pour mieux asseoir la pénétration de son parti dans les zones rurales et pour tenter de retourner le vote eurosceptique fort dans les campagnes. L’objectif est donc de séduire les chasseurs sur des thèmes européens en leur obtenant des mesures dérogatoires, afin d’utiliser leurs réseaux et leur force d’entrainement électoral. Nous avons exposé des faits, sans prendre parti.

 

Secrets d’info : charges sociales PME, guerre économique, le fiasco du logiciel Louvois

Le Médiateur de Radio France reçoit les remarques des auditeurs de « Secrets d’Info »: une fois par mois, les journalistes de l’émission d’investigations répondent  aux interrogations et aux critiques.

Charges sociales : quand les petits patrons filent à l’anglaise

 L’enquête de Sylvain Tronchet a suscité des réactions étonnantes. Lorsqu’une enquête porte sur les pratiques douteuses ou illégales d’une grosse société, la majorité des messages reçus montrent une indignation, voire une colère. Là, il s’agissait de pratiques pour le moins illégales de PME, souvent des artisans domicilient leur entreprise en Angleterre pour ne pas payer les cotisations sociales.
Et là, surprise, les fraudeurs suscitent une certaine sympathie. Caroline est très vindicative : « Et si vous parliez des gros poissons ! Foutez la paix aux artisans ! ». Et pour Nicky : « Il n’y a pas de raison que les grands groupes le fassent et pas les petites entreprises ! ». C’est évidemment un drôle de raisonnement, que Roland explique d’une certaine façon : « Vous parlez d’un scoop ! Ce cabinet breton qui offre ce genre de pratique est connu des entreprises et des autorités depuis 20 ans ».

On peut toujours avoir un débat sur le niveau des cotisations sociales qu’on peut trouver trop élevées ou pas chez les artisans, mais on ne peut pas s’exonérer du respect de la loi, parce qu’on la trouve trop compliquée pour la respecter. Ces méthodes restent hautement douteuses au regard de la loi. Ce genre de montage existe aussi en Espagne par exemple.

 

Financement des partis, conflits d’intérêts : les dérives de la formation des élus

L’enquête d’Elodie Gueguen sur le financement de partis politiques par de l’argent issu de la formation des élus.

Les réactions sont en demi-teinte. Certains auditeurs ne s’attaquent pas aux pratiques douteuses des partis et des élus, mais à celui ou celle qui les révèle, en l’occurrence un ou une journaliste. Pour Marc, « arrêtez avec ce raisonnement « les élus tous pourris ». Il y a des milliers d’élus dans les villages, comme moi, qui donnent énormément de leur temps et qui ne se remplissent pas les poches. Nous avons aussi besoin de formations ».

On n’a pas dit le contraire : la formation est indispensable. Les crédits alloués aux élus municipaux sont insuffisants. Mais par ailleurs, et c’était l’objet de l’enquête, certains crédits sont dévoyés par certains partis ou par des instituts de formations… Regarder les abus qui existent ou qui ont existé, c’est aussi une manière d’être plus vigilants à l’heure où les partis parlent de renouvellements des pratiques.

 

Guerre économique : comment les Etats-Unis font la loi?

L’enquête menée par Benoit Collombat à propos de la guerre économique souterraine que livrent les Etats-Unis aux entreprises françaises et européennes a suscité également beaucoup de réactions d’auditeurs. La plus fréquente, c’est celle-ci : « Pourquoi la France se laisse-t-elle piétiner ? Faisons pareil ! ». Mais est-ce possible face au géant américain ?

Un des responsables juridiques de l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques, dont le siège est à Paris, nous a écrit. Il regrette que l’on n’ait pas indiqué que « la France a souscrit des obligations internationales au niveau de l’OCDE et de l’ONU concernant la corruption internationale. Or, à ce jour, nous dit-il, aucune entreprise française n’a été condamnée par la justice française pour ce qu’elle qualifie pourtant de crime ».

Il ne s’agit pas de blanchir les pratiques des entreprises françaises. Si elles sont ciblées par la justice américaine, c’est qu’elles offrent un boulevard en matière de pots-de-vin. Les Américains aussi utilisent l’arme de la corruption dans les marchés internationaux, mais en imposant leurs normes et par leurs lois extra-territoriales, ils se donnent le bon rôle. Les Etats-Unis détiennent le « soft power » grâce auquel leurs mauvaises pratiques se voient moins.

 

 

 

Louvois, le logiciel qui a mis l’armée à terre

Les révélations de Philippe Reltien ont choqué un grand nombre d’auditeurs ; ils trouvent inadmissibles, comme Christian, que « ceux qui risquent leur vie pour nous soient traités de cette façon ». Beaucoup de témoignages, également, de proches de militaires, comme Christine, mère d’un jeune officier qui raconte « la précarité subie par son fils face au retard de versement de sa solde » et l’aide financière qu’elle doit lui apporter. D’autres s’inquiètent de ces militaires écœurés, dépressifs, qui quittent nombreux l’armée, alors que, comme le dit Anne, « on a besoin d’eux en ce moment ». « Des responsables incompétents, un logiciel fou et des militaires devenus surendettés, alors qu’on devrait les aider, nous écrit Mathieu qui pose cette question : Pourquoi l’État n’a-t-il aucune bienveillance à leur égard ? ».

Tout commerce qui laisserait partir  545 millions d’euros dans la nature se verrait condamné à la faillite. L’armée est condamnée à retrouver cet argent car elle utilise les fonds du contribuable. La machine à recouvrer les créances fonctionne avec le fisc. A peine 3000 soldats sur plus de 70 000 contestent devant les tribunaux administratifs, les sommes qu’on leur réclame. De ce fait, il y a des familles en détresse grave. L’armée prétend qu’elle le sait, et qu’elle les aide parfois au point d’abandonner ses créances. 83 millions d’euros ne seront jamais récupérés.

Elisa Budin/Radio France

Secrets d’info répond aux auditeurs : Lafarge, SNCF, batteries

Désormais, chaque dernier vendredi du mois, l’équipe de Secrets d’Info répond directement aux questions et remarques des auditeurs, envoyées au médiateur à propos des enquêtes diffusées dans le mois. En compagnie de Jacques Monin, Directeur des Enquêtes et de l’Investigations de Radio France, l’équipe pratique le droit de suite de ses reportages hebdomadaires.
Pour le mois d’octobre, les auditeurs ont réagi aux enquêtes suivantes :

 

 

 

Le 30 septembre diffusion de l’enquête sur Proximania, cette société spécialisée dans la téléphonie mobile qui a laissé sur le carreau près de 500 actionnaires…proxima-400x250_ktullu_-_benjamin_gabouryok4


Comme Xavier. Il nous l’a écrit : « J’ai moi-même été victime de cette arnaque pour un investissement de 20 000 € ». Il ajoute : « Notre association de défense des actionnaires a mis en cause, devant les tribunaux, l’expert-comptable et les commissaires chargés de valider les comptes de cette société, comme le prévoient les règles comptables. Or, le TGI et la cour d’appel de Paris ont jugé notre démarche irrecevable et nous ont condamnés à payer les frais de justice… Un comble que vous n’avez pas évoqué. Comme chaque membre de l’association, j’ai dû débourser 150€ à ce titre ». C’est vrai que cela semble bien injuste…

« C’était un des éléments de l’enquête, une enquête à tiroir, l’affaire dans l’affaire ; mais un élément important, car les actionnaires ont investi des dizaines de millions d’euros dans cette affaire ; les comptes auraient été falsifiés par les commissaires aux comptes, et pourtant certifiés. Les actionnaires ont voulu se retourner contre ces commissaires aux comptes. Mais ce recours a été jugé irrecevable. C’est hélas un point de droit, car ce n’est pas là-dessus qu’il fallait agir  Les investisseurs attendent un procès… »

 

 

L’enquête du 7 octobre sur les batteries et les voitures non polluantes batterie-electrique400x250_033_3159410
Cette enquête de Philippe Reltien a visiblement passionné les auditeurs. L’une des remarques qui revient le plus souvent concerne l’extraction du lithium et le recyclage de batteries très polluantes. Catherine, par exemple, vous pose deux questions : « Savez-vous si les réserves mondiales de lithium permettront de remplacer le parc mondial de véhicule thermique ? » et « D’où viendra l’électricité qui alimentera ces centaines de millions de véhicules électriques ? ».

Il s’agit d’une enquête de journalistes et non d’experts. Philippe Reltien a posé la question à un éminent spécialiste au Collège de France, Jean-Michel de Tarascon : Les reserves de lithium sont estimées entre 30 et 50 ans et il n’y aura en 2025 que moins de 10 % du parc mondial en voitures électriques ; il y aura donc assez de lithium pour tous. Autre précision : dans cette enquête, on entend Michel Armand, l’inventeur de la batterie au lithium métal polymère mais il faut rendre hommage aussi au franco-marocain Rachid Yazami auteur de la batterie lithium-ion

 

 

L’enquête du 14 octobre sur le cimentier français Lafarge a suscité énormément de réactions et de questions.
lafarge-400x250_034_3474205Dossier très documenté et aux nombreuses révélations d’Elodie Gueguen et de Benoit Collombat. Principales réactions : l’attitude de Lafarge qui a choqué nombre d’auditeurs. Pour Dominique : « Du pognon à tout prix, oui ! Y compris celui d’un minimum de moralité ». Et Dalila résume bien ce que ressentent beaucoup d’auditeurs : « Donc Lafarge est complice pour les attentats. Seront-ils jugés à la hauteur de leurs actes ? », mais elle reste dubitative : «  Encore une énième affaire qui va durer 20 ans et tous seront blanchis… ». Dalila a-t-elle raison ?

« On peut comprendre l’indignation des auditeurs, mais attention personne n’a été condamné dans cette affaire ; ce qui est reproché à Lafarge, c’est d’avoir financé des groupes armés parmi lesquels des membres de Daech ; mais pour être complice, il faut à la fois collaborer à la mise en place d’un acte et l’intention de s’y associer ; à ce stade personne ne peut affirmer que Lafarge avait l’intention d’aider Daech à commettre des attentats. »
Rappel : des magistrats enquêtent sur cette affaire depuis 4 mois ; 3 juges ont été saisis ; il y a plusieurs temps dans une enquête judiciaire : le temps des investigations (là où se situe le dossier de « Secrets d’info ») , établir les responsabilités des uns et des autres et éventuellement le temps du procès ; certaines affaires n’aboutissent jamais, mais contre-exemple avec l’affaire Cahuzac »

Des auditeurs, comme Elisabeth, demandent si on peut vraiment dire que Lafarge finançait Daech ou si, plutôt, la société était rackettée pour éviter que les employés locaux ne soient menacés…

« Lafarge a certes été rackettée, mais l’entreprise a accepté ce racket et est même restée en Syrie où elle a mandaté un intermédiaire pour négocier avec ces différents groupes ; Lafarge savait que l’argent allait « dans les poches » de certains groupes djihadistes. Reste à savoir pénalement,  s’il s’agit bien de financement du terrorisme … »

Certains auditeurs ne voient pas pourquoi accuser le Quai d’Orsay. Pour Martine, « quel intérêt pourrait avoir le Ministère des Affaires étrangères à maintenir une société privée dans une zone sous emprise terroriste ? Le seul à y gagner, c’est Lafarge ». Le Quai d’Orsay avait-il un intérêt à pousser Lafarge à rester ?

« Dans l’enquête de « Secret d’info », le Quai d’Orsay n’a pas été accusé ; les journalistes ont posé des questions. L’enquête a révélé que Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères de l’époque, pourrait être entendu par la justice. La question est posée dans l’enquête, sans réponse… Il y avait une enquête factuelle et une autre partie qui soulevait des  hypothèses ».

 

 

L’enquête du 21 octobre sur la SNCF
(Laetitia Cherel) suscite beaucoup de réactions, à commencer  par les clients excédés par « les trains très souvent en retard », « les incidents qui se multiplient sur les voies » (chutes de caténaires, pannes de trains, lignes vieillissantes) et « les tarifs qui ne cessent d’augmenter ». Est-ce que, comme le sous-entendent de nombreux auditeurs qui nous ont écrit, ces dépenses pharaoniques de la SNCF en communication et lobbying sont une des raisons des « tarifs de plus en plus élevés et des services de moins en moins bien rendus » ?sncf400x250_000_q4984

« On peut être tenté de le penser ; mais selon les spécialistes consultés, les dépenses de communication n’auraient pas d’effet sur le prix des billets. La location des voies, et l’amortissement des TGV par contre coûtent très cher et la productivité ne serait pas assez élevée. « 

Plusieurs auditeurs s’insurgent contre le président Guillaume Pépy qui refuse de répondre aux questions des journalistes, mais qui ne cesse de prôner la transparence.
Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées durant votre enquête ?

La principale difficulté est celle-ci : Malgré de multiples demandes d’interview, le président de la SNCF n’a pas répondu et si Laetitia Cherel est parvenue à suivre Guillaume Pépy lors d’un colloque, il a toutefois refusé de s’exprimer en renvoyant vers son service de communication.

 

 

Elisa Budin/Radio France

Secrets d’info : les réactions des auditeurs

L’équipe du magazine de la cellule Investigation de Radio France viendra une fois par mois répondre aux questions des auditeurs suite aux enquêtes diffusées sur France Inter

Sur le mois de septembre les auditeurs ont pu réagir sur les enquêtes suivantes :

Le 2 septembre avec un sujet qui a fait réagir de nombreux auditeurs, Benoit Colombat a rouvert le dossier de Rifaat Al-Assad, le sulfureux oncle du président syrien, réfugié en France. La justice française enquête sur son patrimoine et ses origines, disons, pas très claires. Qu’en ont dit les auditeurs ?
Djamel, par exemple, nous a écrit : « Il y a de quoi rire. La France sait exactement qui possède quoi parmi ses « amis étrangers ». Les escrocs d’Algérie ont des hôtels particuliers, des appartements, au même titre que le roi du Maroc, les dignitaires d’Arabie Saoudite, etc. De l’argent volé aux peuples concernés. Et la France ferme les yeux ».

« Pourquoi la France a-t-elle pu cautionner un tel blanchiment d’argent ? »

Benoit Colombat leur répond : deux raisons principales : la raison d’Etat,  et des raisons diplomatiques et commerciales
Plusieurs auditeurs, avec un petit côté complotiste, s’interrogent, comme Kristina : « Pourquoi cette enquête maintenant ? ». Et Thierry d’ajouter « Vous êtes à la solde de l’Etat. Demandons-nous pourquoi cette info sort maintenant ? Sans doute des opérations militaires à venir seront justifiées par cette info ».

Les journalistes de l’équipe ne sont certainement pas à la solde de l’Etat : petit rappel de l’affaire des assistants de François Bayrou 
Toutes les enquêtes sont le résultat d’un mois de travail et d’investigation parfois plus. Certaines informations résonnent parfois avec l’actualité mais il est difficile de le prévoir. 

Le 9 septembre une enquête menée par Anne Brunel après la décision de Nicolas Hulot et du gouvernement de ne plus délivrer de permis de prospection.
Beaucoup de réactions d’auditeurs, la plupart estimant, comme Françoise que nous devrions revoir notre modèle énergétique ou comme Jules qu’il faudrait développer enfin – vous le disiez au terme de votre enquête – un véritable recyclage de tous nos déchets. D’autres auditeurs vous reprochent de vous être attaquée à des sociétés dont on a besoin. Pour Jean-Marc : « Arrêtez de toujours condamner les entreprises. Proposez donc de supprimer l’essence pour se déplacer ou le gaz pour se chauffer et vous déclencherez une révolution ».

« Il y a des sujets difficiles et clivants sur des choix de société ; l’idée était d’exposer des faits en sortant des débats idéologiques ; réfléchir à d’autre modèles, d’autres ressources énergétiques… » « souvent on ne retient que ce qui alimente un désagrément connu »

Le 16 septembre Sylvain Tronchet a enquêté sur les dérives du CESE En effet, il y a les auditeurs qui s’insurgent contre ces « pantouflards », comme Gilles appelle les membres de cette institution : « Je commence à saturer, ajoute-t-il, de ce genre de petits arrangements à tous les étages qui risquent bien un jour d’amener au pouvoir des illuminés qui surferont sur la vague des « tous pourris ». Et Etienne écrit : « Ce n’est pas le réformer qu’il faut, c’est le supprimer. Cela ferait économiser beaucoup d’argent et serait un avertissement pour les autres chambres : moins d’absentéisme, moins de triche, moins de salaires mirobolants ». Par ailleurs, d’autres auditeurs trouvent, que vous avez visé les syndicats. Vincent nous écrit : « Pourquoi cette info sort-elle maintenant et dans quel but ? Il y a longtemps que le système dure. Comme par hasard une manière de discréditer les syndicats et de leur faire perdre toute crédibilité »

« Qui sait comment fonctionne cette chambre qui doit être réformée par l’Etat ? personne ne le sait à part les intéressés, il était donc légitime d’enquêter … »  » on peut comprendre ces réactions et ces critiques à l’encontre des syndicats… cette influence des syndicats au sein du CESE et le cas Laurence Parisot a également été abordé  côté patronat… »

A noter la réaction d’un syndicaliste, membre du Conseil économique, social et environnemental, Gérard Aschiéri, représentant de la FSU. Il reconnait que « votre enquête contient des choses exactes et soulève de vrais sujets, comme l’absentéisme – encore qu’il y ait matière à discussions -, nous écrit-il et il ajoute : « Pourquoi ne pas avoir parlé de l’avis du Conseil sur les travailleurs détachés qui inspire largement Emmanuel Macron ? Ou celui sur le climat, le numérique, etc ? ».

« La plupart des rapports produits par le CESE restent lettre morte… » exemple le rapport sur les travailleurs détachés qui est d’ailleurs évoqué dans l’enquête… »