France Culture au théâtre de l’Odéon


Les coulisses de l’émission « L’Esprit public  » avec Sandrine Treiner directrice de France Culture

A propos de « L’Esprit public en direct et en public du théâtre de l’Odéon »,Sylvette écrit : « Je suis une fidèle auditrice de l’Esprit public. Même si je ne suis pas souvent en accord avec les participants, j’apprécie beaucoup la tenue de cette émission ainsi que le respect qui s’exprime entre les différents intervenants : écoute, argumentation, respect des opinions des uns et des autres. … Aussi, à chaque fois que l’ancien député européen, Daniel Cohn Bendit, est invité, tout part à vau-l’eau et l’émission se transforme en un classique de ce qui se voit de pire sur les chaînes d’infos continues : vocifération, remise en cause des personnes en tant que telles, absence d’arguments clairs, non respect de la parole des autres, et j’en passe. Est-il bien utile de continuer à inviter quelqu’un qui se montre incapable de discuter avec d’autres et , qui plus est, est toujours convaincu être en meeting à la recherche d’applaudissements alors même que de l’autre côté du poste de radio, on a qu’une envie : celle de lui rappeler les bonnes manières et la correction ?
Le service de la médiation a reçu plusieurs messages allant dans ce sens.

Sandrine Treiner : effectivement Daniel Cohn Bendit était de méchante humeur ce jour-là, donc nous n’avons pas l’habitude de ce genre de débat, donc je peux comprendre que cela choque certaines oreilles habituées à un autre ton sur France Culture.
Nous avons commencé à diffuser quelques séances en public en direct du théâtre de l’Odéon cette année. Cela nous semblait très pertinent à Emilie Aubry et aux équipes, car il s’appelle en réalité Odéon théâtre de l’Europe et en cette année européenne, cela nous semblait intéressant d’aller dans un lieu qui symbolise la culture en Europe. En accord avec son directeur, l’équipe a décidé de créer un fil rouge. Donc on a cherché un grand européen, et on s’est dit que  Daniel Cohn Bendit n’était pas le moins bien placé. Lieu idéal pour une scène politique et théâtrale.

Les délocalisations de certaines émissions de France Culture

Seconde question à propos de « L’Esprit public » posé par Loic, lui aussi très fidèle auditeur de France Culture : « Pourquoi faire cette émission au théâtre de l’Odéon alors que Radio France dispose de nombreux studios très adaptés. Ma fille a assisté à une de vos émissions à l’Odéon, vous êtes assez « précaires » autour de votre petite table et EN PLUS il faut payer l’entrée ! Utilisez donc vos moyens en faisant du service public , c’est à dire de la qualité et de l’accès pour tous, donc gratuit. »

Sandrine Treiner : Nous ne disposons pas de studios à la mesure des émissions en public car la Maison de la Radio est encore en travaux. L’auditorium est réservé aux concerts. Nous avons besoin de lieu extérieur pour accueillir notre public. L’entrée était payante pour amortir les frais de gardiennage. L’an prochain les séances seront gratuites.

 

Quelle est la part de musiques anglo-saxonnes pour génériques de fin des émissions de France Culture ?

On termine avec cette remarque de Damien : « Toutes les langues véhiculent une (ou plusieurs) idéologie, l’anglaise se caractérise par l’individualisme, le libéralisme et surtout c’est la langue du commerce, donc de la croissance. La croissance que l’on peut résumer par cette maxime « la croissance n’est qu’une prise de part de marché sur la nature « . « Il me semble parfaitement contraire de vouloir défendre l’écologie  dans le « Week-end Imagine » de France Culture et de nous passer de la musique anglo-saxonne. »

Sandrine Treiner : L’anglais est aussi la langue de Shakespeare, de James Joyce… L’habillage est conçu avec l’identité des émissions en laissant une grande marge de manœuvre aux chargés de réalisation dont c’est le travail. L’anglais n’est pas simplement la langue du commerce.

Traitement par franceinfo, des événements du 1er mai à l’Hôpital Pitié Salpêtrière

Beaucoup de messages d’auditeurs sur la séquence de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière le 1er mai dernier. Retour sur ces événements Pour en parler au micro de la médiatrice, Richard Place, directeur adjoint de la rédaction de franceinfo


« Fidèle auditeur de France Info je suis aujourd’hui profondément choqué et scandalisé par le traitement  des événements du 1er mai à l’Hôpital Pitié Salpêtrière, présentés comme une « attaque ». Il est clair maintenant, qu’il ne s’agissait pas d’une « attaque », mais d’un mouvement de repli de manifestant face aux forces de l’ordre. Doit-on en conclure que vous diffusez des informations sans aucune vérification  ou, pire, que vous êtes un simple relais d’une communication du gouvernement. Ce dernier postulat vous réduirait alors à un simple organe de propagande. Quelque soit la réponse (incompétence ou organe de presse gouvernemental) c’est réellement inquiétant. Fin du message. »

Que répondre à cet auditeur  ? Que s’est-il passé ce 1er mai ?

A l’instant où cela s’est produit nous n’avions pas de journaliste sur place. Il faut donc remonter le fil, comprendre ce qu’il s’est passé. A 20h Christophe Castaner prend la parole, nous diffusons sa déclaration en précisant bien qu’il s’agit du ministre de l’Intérieur. Ce n’est pas franceinfo qui le dit mais bien le ministre. Le lendemain Martin Hirsch, le patron des Hôpitaux de Paris,  invité de franceinfo, qui parle d’une situation dramatique qui a été évitée de justesse. Mais nous diffusons aussi des interviews qui donnent le début d’une autre version. Nous continuons à enquêter sur la journée du 2 mai en étayant nos informations qui vont nous permettre de raconter une autre histoire. Un journaliste de franceinfo refait donc le film de ce qui s’est réellement passé minute par minute des événements de la Pitié Salpêtrière. Ce qui montre bien que les propos de Christophe Castaner et de Martin Hirsch ne sont pas exacts.

Des internautes pensent qu’il  y a là une volonté d’orienter l’information. Qu’en est-il exactement ? Comment justifier le choix d’une telle photo sans lien  ?

Les auditeurs et internautes ont été également très nombreux à interpeller la médiatrice en dénonçant une manipulation de l’information notamment sur le site de Franceinfo avec la publication d’une photo sans lien avec les faits de la Pitié Salpêtrière. Sur la photo une épaisse fumée blanche, une grille noire, trois individus, l’un avec un gilet jaune, deux autres cagoulés habillés en noir, l’un d’entre eux tenant  une barre de fer en direction  de la grille.

Le choix d’une telle photo est une erreur, mais pas de volonté de désinformation. Il y a un mea culpa. La photo a été changée très rapidement. Les faits montrés sur cette photo se produisent un peu plus tôt à peu près au même endroit.

Comment avez-vous débriefé cette séquence au sein de la rédaction ?

On refait le film, on essaie d’enquêter pour savoir quel processus a mené à cette erreur. L’encadrement n’a pas joué son rôle.

Est-ce que c’est susceptible d’entrainer des changements particuliers de vos méthodes de travail ?

Sincèrement nous nous remettons en question quotidiennement, grâce aux conférences de rédaction, où l’on parle des sujets et de la manière de les traiter. On n’est jamais totalement content de se que l’on produit.

Le Grand Débat sur franceinfo

Les messages des auditeurs sont très nombreux autour du Grand débat : Jean-Jérôme Bertolus chef du service politique leur répond au micro d’Emmanuelle Daviet

 

La rédaction a-t-elle été à la hauteur de l’enjeu dans le traitement  journalistique du Grand Débat ?

« Dans ce débat tout est verrouillé ; les questions sont fermées et encadrées Autour de moi je ne connais que deux personnes qui y ont participé à cette farce alors qui ce débat représente –t il ? » écrit Thierry  « On ne s’attend à rien, on devrait être servi »

On a l’impression en lisant les messages que les auditeurs ne sont pas dupes et que les journalistes déroulent le factuel du grand débat sans interroger la méthode…
C’est un exercice inédit en France, dans la forme et dans son ampleur rien que par le nombre de réunions organisées localement. Les journalistes de la rédaction ont été mobilisés localement en faisant remonter chaque jour des thématiques (les services publics, la fiscalité…). Le choix de suivre telle ou telle réunion était un choix de franceinfo, personne ne nous a dicté ce choix.

Est-ce que franceinfo n’a eu qu’un traitement factuel sans s’interroger sur la méthode du Grand Débat : c’est exactement l’inverse. Après l’appel d’offre lancé par le gouvernement, dès que les entreprises ont été sélectionnées, nous nous sommes attachés à sélectionner la méthode de remontée des informations….

 

On poursuit avec ce message  de Marie-Jo : « Je m’étonne d’entendre que les participants au grand débat ne sont pas représentatifs de la société française ! Les gilets jaunes, bien moins nombreux l’étaient plus à vos yeux …c’étonnant. »

Nous n’avons jamais opposé la représentativité des Français s’exprimant dans le Grand Débat à une éventuelle représentativité  des Gilets jaunes. Grâce à notre partenaire Odoxa, le soutien massif du mouvement au départ du mouvement puis son effritement régulier pour devenir largement minoritaire. Nous sommes attachés à rendre compte de cette mobilisation hebdomadaire tout en restant très prudent sur l’expression à l’antenne de tel leader autoproclamé.

 

« Pourquoi ne parlez-vous pas du Vrai débat sur votre antenne ?
Une plateforme équivalente à celle du grand débat a été mise en place pour les Gilets jaunes par la société qui a mis en place celle du grand débat pour le gouvernement. La différence entre ces 2 plateformes ? Celle du gouvernement ne laisse pas de place à certaines propositions car elle se présente sous forme que questions alors que la plateforme du vrai débat, elle, était « ouvert » et toutes les propositions y étaient possibles. BREF, c’est un vrai bon outil pour une vraie consultation
. »

Oui on en a parlé au service politique dès son lancement et en interrogeant l’entreprise qui a mis en ligne cette plateforme.

« Le gouvernement et les médias aux ordres manipule l’opinion. Le peuple pourra dire exactement ce qu’il pense lors des élections européennes. »

Franceinfo n’est aux ordres de personnes, ni du gouvernement, ni d’aucun groupe de pression

Secrets d’info : La menace d’une ingérence russe plane-t-elle sur les élections européennes ?

Campagne des européennes : les craintes d’une nouvelle cyberattaque russe

Jacques Monin répond aux questions des auditeurs, au micro de la médiatrice des antennes, Emmanuelle Daviet.

 

Une enquête de Philippe Reltien, cellule investigation de Radio France

La menace d’une ingérence russe plane-t-elle sur les élections européennes ?

Vous êtes suspecté de relayer ce que des auditeurs apparentent à de la propagande gouvernementale

«  Je trouve les émissions de France Inter majoritairement très intéressantes et bien réalisées mais elles ont tendance parfois comme les chaines de télévision nationale à propager des informations orientées en faveur du gouvernement » écrit Maximilien

C’est exactement l’inverse. Nous avons relayé le discours dominant qui consiste à dire que la désinformation vient majoritairement de la Russie et qu’à l’approche des élections européennes on s’attend à des intrusions massives, un développement de fausses nouvelles via les réseaux sociaux. En enquêtant, on a appris que la désinformation en provenance de la Russie, cela existe. « La fameuse ferme à trolls » de Saint Petersbourg très active pendant la campagne des présidentielles aux Etats Unis, existe bien. C’est documenté par des universitaires, par exemple FrançoisBernard Huyghe directeur de recherche à l’IRIS, spécialisé sur la communication, la cyberstratégie et l’intelligence économique…
Si vous avez écouté la suite de l’enquête, rien de permet de dire que cette ferme a été active en France, ce qu’on a identifié c’est plutôt une « russosphère », une nébuleuse dans laquelle il est extrêmement difficile de qualifier les choses. Rien ne permet de dire que les russes sont à l’action. 200 comptes alimentés par cette russosphère ont été actifs pendant la crise des Gilets jaunes. Mais jusque-là, cela n’a eu aucun effet sur les résultats d’une élection ou d’un référendum (exemple pour l’élection de Donald Trump).
On ne relaie pas la propagande gouvernementale et on relative l’influence russe en documentant tout cela.

L’influence russe

« Je suis désespéré que la Russie soit accusée de tout et de n’importe quoi. La Russie n’a aucun intérêt à influencer les élections européennes. Et de toute façon Vladimir Poutine cherche le dialogue avec l’union européenne et à avoir de bons rapports malgré les sanctions. Beaucoup de personnes sont naïves et croient vraiment n’importe quoi. » écrit Lucien

Il ne faut pas nier la réalité de l’existence des blocs : l’Europe d’un côté, la Russie de l’autre. Plus l’Europe sera faible, plus la Russie sera forte. Les Etats-Unis font le même constat : le Brexit intéresse Donald Trump parce qu’il affaiblit l’Union Européenne. C’est le jeu des équilibres.
Non, on n’est pas tous sur le dos de la Russie ! Les reproches qu’on peut faire à la Russie, il faut aussi les reporter sur les pratiques des Etats-Unis (exemple avec Snowden).
La fake new on la retrouve partout, notamment dans l’affaire Wavai. Pourquoi les Etats-Unis ont intérêt à véhiculer l’idée que nous serions espionnés par Wavai, parce que cette société a beaucoup d’avance sur eux. Et on en revient à la géopolitique. La désinformation fait partie aussi d’une forme de stratégie à laquelle tout le monde se livre.

Les Gilets Jaunes

Dans cet ordre d’idée un auditeur, Enki, écrit : « Comme si les gilets jaunes existaient et continuaient par ordre de Moscou »

On s’est aperçu que durant la création des Gilets jaunes, il y a eu la création de ces 200 faux comptes sur lesquels on s’est interrogé. A aucun moment, il n’a été dit que ces 200 faux comptes avaient générés les Gilets jaunes, c’est plutôt l’inverse. C’est un contresens d’attribuer le mouvement des Gilets jaunes à la « russosphère ». On a fait le même contresens avec l’affaire Benalla. Des personnalités particulièrement réceptives au message russe à travers les médias russes ont trouvé un intérêt à commenter cette affaire.

Grand débat national : échange avec des intellectuels sur France Culture

Retour sur les  les coulisses de la préparation de cette émission spéciale avec Guillaume Erner

 

On nous a proposé de retransmettre et d’animer ce grand débat entre l’Elysée et 65 intellectuels : Un certain nombre de règles ont été fixées avec Sandrine Treiner la directrice de France Culture notamment celle de prendre le dispositif tel qu’il était (sans négociation) et d’animer ce débat avec sobriété en surveillant la régulation de la parole. Résultat intéressant car Emmanuel Macron s’est exprimé sur de nombreux sujets (ISF, droits de succession, …). Ce n’était pas une opération de communication car on n’est pas obligé d’adhérer à ce qu’il dit sur l’Algérie par exemple.

Ecoutez l’intégralité de ce débat, en 4 parties

 

« Bien qu’il soit légitime de la part de France Culture de faire écho du grand débat avec des intellectuels, pourquoi y avoir consacré 3h30 d’émission spéciale ? »

Question de ce même auditeur : « Quelle légitimité Guillaume Erner avait-il à présenter ce débat? Pourquoi a-t-il accepté ? Notre Président lui a-t-il demandé ? Avait-il des consignes particulières ? » Un autre auditeur, Gérard se dit « consterné » je cite : « d’apprendre qu’un  « journaliste » de France Culture soit réduit à « servir la soupe » à un président de la République aux abois qui cherche à faire le buzz en convoquant quelques dizaines d’intellectuels à sa botte »
Et son message se poursuit de manière très critique : «   Quand la profession même de journaliste est  remise en cause par une part de plus en plus importante des citoyens, cela me semble déplorable et, au-delà de la personne même de Guillaume Erner, c’est la chaîne qui semble ainsi renouer avec la tradition de servilité par rapport au pouvoir politique. »
J’indique que la teneur de ce mail résume assez bien l’ensemble de ce que nous avons reçu .

Je n’ai pas « servi la soupe », mais nous avons fait entendre la parole du président, tout en respectant la parole des autres courants politiques (obligation du CSA).
Les auditeurs ont tous un libre arbitre, le fait de retransmettre cette parole ne conduit pas forcément à la victoire de la République en Marche.

 

La ligne éditoriale de France Culture

Pro Macron pour les uns, trop à gauche pour les autres. « La matinale de France Culture animée par Guillaume Erner ne pourrait elle pas adopter une ligne éditoriale plus neutre et moins marquée à gauche ? Une radio comme France Culture se doit d’être neutre et ne doit ressembler ni à Valeurs actuelles ni à Libération ou à l’Humanité. Les points de vue partisans devraient s’exprimer au travers de la diversité des invités , les commentaires de la rédaction étant assujettis à une stricte neutralité . » écrit Dominique

Le fait de me suspecter d’être trop à gauche, trop à droite, cela contribue à un effondrement du débat public car il y a de moins en moins de journaux partisans. Les auditeurs, aujourd’hui voudraient que leur radio soit conforme à leur opinion. Ils perdent de vue parfois ce qu’est le rôle d’un journaliste. Il est là pour être l’avocat du diable : face à un invité de gauche lui servir des arguments de droite et inversement. donc ce ne sont pas mes opinions qui sont professées mais les phrases que je juge nécessaires pour faire vivre le débat d’idées et de faire accoucher les idées de l’invité en intégrant les critiques. France Culture n’aime pas le clash et s’est donc le journaliste (animateur) qui joue ce rôle.

 

L’expression « une radio neutre » qu’est-ce que cela vous inspire ?

La neutralité je ne sais pas ce que c’est, en revanche l’honnêteté, je vois. C’est faire entendre les opinions, les plus larges possibles. Il y a sur France Culture un grand nombre de personnalités qui s’expriment, d’Alain Finkielkraut à Thomas Porcher, c’est le signe que nous ne sommes pas si partisans que cela.

Donner la parole aux combattants de l’Etat Islamique ?

Les reportages sur la Syrie ont fait réagir les auditeurs, plus précisément celui du journaliste Aurélien Colly qui a rencontré, dans le désert syrien,  les derniers combattants du groupe Etat islamique, sortis du siège de Baghouz et arrêtés par les forces kurdes.

C’est la premier fois que l’envoyé spécial de Radio France a pu parler aux hommes de  cette armée. Et cela a fait réagir des auditeurs qui, tout simplement,  ne comprennent pas que l’on fasse un tel reportage.

 

« Quel intérêt d’envoyer des reporters sur le terrain auprès de ces gens qui ont terrorisé le monde entier ? » questionne Paul
Jean-Marc Four, directeur de l’information internationale de Radio France, répond aux questions de la médiatrice des antennes de Radio France, Emmanuelle Daviet.

Comment expliquez-vous ce choix éditorial ?

C’est normal que les auditeurs puissent être choqués, on sait le mal qu’ils ont fait et l’ampleur du terrorisme. Mais le travail journalistique est de donner à voir le réel, vous le décrire à vous, les auditeurs. On est en présence d’un document exceptionnel, pour des raisons de hasard, Aurélien Colly est tombé sur ce convoi spécial Kurde qui ramenait des détenus hommes du groupe Etat Islamique vers un lieu de détention après l’évacuation de Baghouz. En réalité les journalistes n’ont pas accès à ces combattants. (juste aux femmes, aux enfants). Il faut donc le contextualiser.

Autre remarque d’auditeur, je cite son message : « Le journaliste rapportant son contact avec les derniers « combattants » s’apitoie sur deux blessés. Il oublie simplement que ces deux individus sont partie prenante d’une organisation, co-responsables ou directement responsables de décapitations, de prise en otages de populations civiles. Ils ont revendiqué les morts du Bataclan, de l’ hyper cacher de Vincennes. Si un reportage devait avoir lieu avec ces assassins il ne devait pas sombrer dans le syndrome de Stockholm. »

Aurélien Colly fait-il preuve de compassion à l’égard de ces hommes ?

Sans aucune manière, il leurs donne la parole pour essayer de comprendre ce qu’ils ont dans la tête. C’est purement factuel. Notre reporter est un professionnel confirmé.

En quoi le fait d’entendre ces hommes permet de combattre le terrorisme selon vous ?
Au sujet de ce reportage, dans une réponse à l’un des auditeurs, vous avez écrit:  « il semble nécessaire d’entendre ces témoignages pour mieux combattre le terrorisme ».

Si ce sont nos ennemis, pour les combattre il faut les comprendre. Il faut se forcer à écouter comment ils raisonnent à condition de contextualiser tout cela. Il faut savoir aussi comment les forces de la coalition traite ces terroristes pour ne pas basculer dans l’effet inverse, l’opacité.

Réécoutez le reportage d’Aurélien Colly : 

Secrets d’info : Gilets Jaunes et RN, et Implant Files : les réactions des auditeurs

Les critiques des auditeurs ce mois-ci portent principalement sur l’enquête : « Derrière les « gilets jaunes », l’extrême droite en embuscade » et sur l’enquête « Implant Files »

 

On commence avec les remarques de Quentin : « En écoutant ce reportage, écrit Quentin, je me demande dans quelle mesure les opinions politiques du journaliste influencent l’angle du reportage. En effet, je ne vois pas en quoi aller sur le terrain à la rencontre des Français et de leurs revendications est taxé de récupération. N’est-ce justement pas le rôle des élus que de prendre en compte les avis des citoyens et de s’appuyer dessus pour mener une politique en adéquation avec l’intérêt général ? »

Le rôle des politiques s’est effectivement d’aller sur le terrain et d’écouter ce que dit la population, mais le rôle du journaliste d’investigation, c’est de voir ce qu’il y a derrière les apparences. Il y a un discours qui consiste à dire que ce mouvement est apolitique. A la base, il l’est. C’est un mouvement qui rejette toute forme de représentation. Mais derrière ça il y a des politiques qui essaient de se positionner pour tirer profit ou pas de ce mouvement, certains le font mieux que d’autres. On l’a constaté, le Rassemblement National était présent sur le terrain, il avait même théorisé la manière dont il devait être présent sur le terrain pour accompagner ce mouvement sans se faire rejeter. (Etre présent, sans afficher ses opinions politiques). Il y a aussi un certain nombre de thématiques que les élus sur le terrain, mettent volontairement de côté. Par exemple, on ne parle pas d’immigration, thématique qui fait partie de la rhétorique du Front National), mais on le fait via d’autres canaux par exemple sur les réseaux sociaux. C’est notre rôle de décrypter la manière dont cela se passe.

Un autre auditeur se montre également critique et ironique : « Voilà une belle pub pour le Rassemblement Nationale !! Je ne comprends pas que vous n’ayez pas encore compris que plus vous matraquez le RN, plus il en sort renforcé, surtout venant de journalistes de France Inter qui soupirent en appuyant sur des reportages à charge… Bref, vous faites l’inverse de ce pourquoi vous pensiez faire ce reportage… »

Dans cette émission, on ne matraque pas, on expose les faits et la pluralité des points de vue.  Notre travail est d’informer pas de nous taire.

Sur le sujet on termine avec la réaction de cet auditeur qui s’interroge : « Est ce bien honnête d’avoir cité dans votre introduction l’extrême gauche et l’extrême droite » et de ne développer que l’extrême droite ou est ce simplement votre obsession de dézinguer encore Jean-Luc Mélenchon et les gens de son parti ? » « Sans arrêt on entend « les extrêmes » , comme si Marine LePen et Jean-Luc Mélenchon c’était même combat »

On n’a pas cité l’extrême droite et l’extrême gauche en les mettant sur un pied d’égalité. On a entendu un élu de terrain d’extrême droite qui a senti la montée des Gilets Jaunes. Alors qu’au départ les autres sont passés à côté. Le mouvement des Gilets Jaunes est un mouvement pluriel (cela a été dit dans le reportage). On enquête sur tout le monde, on n’a pas d’obsession particulière.

 

Nous avons reçu le témoignage d’une auditrice porteuse d’une prothèse texturée plusieurs fois changée depuis une reconstruction mammaire après une mammectomie pour soigner un cancer découvert à l’age de 35 ans. Voici ce qu’elle nous écrit : « Je suis en colère d’entendre sur France inter un témoignage certainement poignant mais tout particulier. Le problème des prothèses texturée dont on parle en ce moment n’a pas  à voir avec le risque d’une prothèse qui se rompt et qui diffuse du silicone dans le corps. Ce sont des problèmes différents. Avez vous conscience de la bombe que vous lancée pour les 500 000 porteuses d’implants mammaires ? Allez vous leur proposer après vous avoir entendu de se rendre immédiatement chez leur chirurgien pour se faire retirer leur prothèse ? L’information que vous avez diffusée à l’antenne est partielle et inutilement anxiogène »

La question de la rupture de la prothèse, est-elle la cause du lymphome, non.  Le lymphome de cette auditrice est dû à un choc qui a provoqué la rupture de sa prothèse, le silicone s’est répandu dans son corps ce qui a provoqué le cancer qui touche 59 personnes en France. Mais il y a une forte suspicion que ce soit dû à la texture de la prothèse mammaire. Fallait-il en parler ? cela fait 10 ans que l’on parle de ce lymphome anaplasique. Les autorités sanitaires n’ont pas pris la décision d’interdire ces implants pendant 10 ans, donc il fallait en parler. Il faut absolument se faire surveiller tous les ans.  Qui a tort ? Celui qui révèle ou celui qui n’a pas informé ?

Le traitement de l’actualité sur franceinfo : profanations, Gilets jaunes, rugby

Emmanuelle Daviet reçoit Jean-Philippe Baille, directeur de la rédaction de Franceinfo

Profanation des lieux de culte :

L’an dernier, le ministère de l’Intérieur a dénombré plus de 900 atteintes aux édifices religieux et aux sépultures, dont plus de 800 contre des lieux chrétiens. La semaine dernière, des dégradations ont visé cinq églises catholiques. L’actualité a largement relayé les actes antisémites commis le week-end dernier et en début de semaine et un auditeur nous écrit à ce sujet. Il y a beaucoup de réactions face aux vandalismes anti juifs en France c’est vrai et c’est à proscrire, mais pourquoi ne parlez-vous pas de la forte augmentation des attaques contre les catholiques ?

Avez-vous évoqué les profanations des lieux catholiques ?

Pour être précis, franceinfo y a fait référence lundi matin 11 février, dans les journaux de la matinale. Mardi matin dans la matinale, Laurent Nunez, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur a condamné ses profanations. Il n’y a pas volonté de privilégier telle ou telle religion, ou telle ou telle communauté religieuse.

Les Gilets jaunes

« 1% des Français occupe encore toute l’actualité. Jusqu’à quand les médias vont-ils continuer à leur faire cette publicité ? Jusqu’au 26 mai date des élections ? »

Il est normal de continuer à suivre les manifestations des Gilets Jaunes, notre couverture du mouvement n’est plus la même. Mais notre rôle est tout de même de couvrir l’événement lorsque des Gilets Jaunes veulent s’introduire par la force dans l’Assemblée Nationale.

« Le service public donne une information orientée à gauche : c’est scandaleux. Dernier exemple, sur France Info on nous dit « qu’un gilet jaune a eu 4 doigts arrachés par une grenade lancée par les forces de l’ordre  » et ceci est répété des dizaines de fois. Dit comme cela la responsabilité des forces de l’ordre est totale … Mais si on réfléchit on comprend que ce monsieur a ramassé la grenade …et voulait la relancer sur les forces de l’ordre. TF1 le dit, pas le service public ! C’est honteux et à l’image de toute l’info qui est déformée pour être une opposition claire au gouvernement en place »
Jean Philipe Baille, la critique est forte «  information orientée à gauche », « toute l’info est déformée », « opposition claire au gouvernement ».

Quelle éclairage pouvez-vous apporter sur la ligne éditoriale de votre antenne ?

Notre reporter était présent sur place lorsque la personne a eu les doigts arrachés : il a donné la version policière et celle des manifestants. On a confronté les points de vue à l’antenne avec son avocat d’une part et le ministère de l’Intérieur d’autre part. Quant on tente de s’introduire de force dans l’Assemblée Nationale comme s’attaquer à un ministère, une mairie, Il est de notre devoir  de couvrir ces événements, sans parti-pris, sans banalisation en étant factuel.

Rugby : traitement paritaire ?

« Pourquoi aucune info sur le résultat de l’équipe féminine de Rugby qui était également en compétition hier en Angleterre ? »

La parité fait partie des préoccupations de franceinfo dans le traitement de l’actualité sportive. Ainsi, le week-end du 10 février, nous avons diffusé des reportages sur le match Angleterre-France féminin un de nos reporters était présent sur place, tout comme le week-end précédent ou nous avons couvert le match France Pays de Galles féminin. Pour la première fois, nous proposons des retransmissions en direct des rencontres du tournoi des 6 nations des matchs du XV de France féminin tout comme du XV de France masculin. Nous essayons de répartir les sujets dans nos journaux.  Ces deux rencontres ont été retransmises sur nos antennes en direct sur Franceinfo. Franceinfo sera au côté de l’équipe de France de football l’été prochain pour la coupe du monde. Notre traitement sur l’antenne sera à la hauteur de l’événement.

Franceinfo plus proche de ses auditeurs

Radio France s’inscrit dans le cadre du Grand Débat National en allant à la rencontre de ses publics. Franceinfo Le 14 février  prochain franceinfo est à Toulouse. Rencontres organisées dans le cadre du projet porté par Radio France « Radio France Proche de Vous » Pour en parler, Vincent Giret est au micro de la médiatrice des antennes, Emmanuelle Daviet.

On commence avec la vaste consultation lancée par Radio France et France Télévision en octobre dernier.
Les résultats ont été présentées ce 6 février au studio 104, en présence notamment d’auditeurs de France culture qui vous ont exprimés Sandrine Treiner tout l’attachement qu’ils éprouvaient à l’égard de cette station. 

Via une plateforme web Chaque citoyen  a pu exprimer sa vision, ses attentes et ses idées pour les médias radios et télévision de demain.
Les résultats ont été présentées cette semaine et ce qui apparaît nettement c’est que les Français souhaitent que l’on donne la priorité à l’investigation, et à la lutte contre les fausses informations. Les attentes en matière de vérification de l’information représentent pour 85% d’entre eux une priorité.

Comment comptez-vous accroître ce travail de vérification de l’information ?

C’est une satisfaction et une inquiétude. Chacun sent bien qu’il y a une crise de défiance. Nous avons un rôle pionnier notamment grâce à la création de l’agence sur la certification des informations.  Nous avons des formats adaptés : l’émission le vrai du faux, les Idées Claires. Nous allons encore plus développer car il y a une attente de nos auditeurs. Travailler sur des sujets encore plus nombreux. Installer des rendez-vous précis à l’antenne. De nombreux projets éditoriaux à venir.

La diversité

Autre attente forte du public c’est de mettre plus de diversité à l’antenne : qu’il s’agisse de la diversité de culture, d’opinions, d’origine, sociale et géographique. Comment allez-vous répondre à cette demande ?

La question de la diversité est multiple dans les voix d’antenne, dans le recrutement de nos journalistes. Il faut que nos rédactions ressemblent à la France, aux Français. Les de journalistes aussi ont beaucoup changé. La composition de nos équipes a aussi changé, de nombreux journalistes viennent des locales de France Bleu. Des regards sur l’actualité qui changent. Nous sommes nourris de cette diversité-là.  La diversité se retrouve aussi à l’antenne, dans le choix des sujets. Nous avons beaucoup de sujets internationaux grâce à la nouvelle direction internationale de Radio France, beaucoup plus de sujets que dans certains médias privés. Franceinfo a toujours cultivé le reportage, il faut encore plus mettre l’accent sur cette dimension-là.

Les rencontres avec le public

Il y a également chez les auditeurs des envies de rencontres, de débats avec les professionnels des antennes.Le 14 février  prochain franceinfo est à Toulouse et vous organisez précisément lors de cette délocalisation, un rendez-vous, un débat avec le public.Vincent Giret pourquoi est-il nécessaire de créer cet espace de dialogue, de confrontation d’opinions avec le public ?


Nous devons dialoguer, ouvrir nos rédactions aux publics. Nous devons expliquer nos méthodes, avoir des échanges constructifs. Si on ne veut pas voir la défiance triompher, il faut nouer ce lien Comment ne pas donner au public le sentiment que l’on vient prêcher la bonne parole journalistique ?

il faut répondre aux questions, écouter les publics. Faire de la pédagogie en expliquant nos méthodes de travail. Nous bénéficions d’une indépendance extraordinaire à Radio France, valeur essentielle du service public.

En tant que journaliste qu’attendez-vous de ces rencontres ?

Ces rencontres doivent être inspirantes, prouver que le dialogue est possible, trouver plus d’armes ensemble contre ce flot de désinformation et contre cette défiance généralisée.

Gilets jaunes : les débordements et les violences

Cette semaine, les auditeurs ont été encore très nombreux à nous écrire à propos du mouvement des Gilets jaunes. Pour leur répondre, Emmanuelle Daviet reçoit Éric Valmir, Secrétaire Général de l’information, et Lucas Menget, directeur adjoint de la rédaction de franceinfo.

Les conditions de travail des journalistes qui couvrent les manifestations

Des journalistes sont victimes de violence lors de rassemblements en lien avec le mouvement de Gilets jaunes. Des auditeurs souhaitent savoir dans quelles conditions les journalistes de franceinfo et plus généralement de Radio France travaillent sur le terrain.

Éric Valmir : Ils travaillent comme ils peuvent. Il y a une situation inédite à Radio France : nous avons fait appel à une protection rapprochée ces dernières semaines parce qu’il y avait eu de nombreux incidents auparavant. Nous étions contre puisque les journalistes préfèrent avoir une certaine latitude et marge de manœuvre pour travailler. Ce sont des journalistes aguerris qui ont travaillé en zone de guerre. On aurait pu penser que pour une manifestation en France, ils n’auraient pas eu besoin de cette protection. Mais des incidents à répétition, surtout en régions auprès de nos journalistes de France Bleu, nous ont incité à mettre un protection rapprochée : un ancien militaire, ancien RG, des gens spécialisés qui vont être au plus près pour protéger et éviter les débordements et agressions.

Nous déplorons cette situation mais nos jeunes journalistes se sont fait interpellés, agressés verbalement voire physiquement, poussés, menacés… Il n’y avait pas d’autres solutions pour sécuriser les directs et rassurer ces journalistes qui évoluaient sur le terrain.

On est habitué à penser contre nous-mêmes : on accepte le débat, les critiques du traitement de l’info mais les violences ne sont pas acceptables.

Quelles sont les mesures pour samedi 19 janvier ?

Éric Valmir : Il y aura des protections de certaines locales de France Bleu puisqu’il y a eu des menaces que nous prenons au sérieux.

Pourquoi continuer à les envoyer ?

Certains auditeurs nous demandent pourquoi vous continuez à envoyer des journalistes sur le terrain pour couvrir les manifestations de Gilets jaunes alors qu’ils sont obligés d’exercer leur mission dans les conditions que l’on vient de décrire ? Un auditeur pose la question: Franceinfo ne devrait-elle pas cesser toutes ces émissions spéciales pour couvrir des événements rassemblant finalement assez peu de manifestants ?

Lucas Menget : Parce que c’est de l’information. On couvre toute l’information. Il se passe quelque chose en France qui est important. Les manifestations en sont un des aspects, on les couvre comme on couvre les autres aspects de cette crise des Gilets jaunes. Ce n’est pas parce que c’est dangereux que la rédaction de franceinfo ou de Radio France va s’arrêter. Franceinfo couvre des événements à l’étranger, en zones de guerre, c’est dangereux mais on continue à les couvrir.

La violence est inacceptable mais elle fait partie d’un certain nombre de conditions du métier de journaliste. On était plus habitué à cette violence dans des zones dangereuses loin de chez nous.

Le nombre de manifestants ne fait pas partie du choix éditorial, sinon il y a beaucoup de choses que l’on ne couvrirait pas, qui concernant peu de gens mais qui ont des conséquences politiques nationales importantes.

L’affaire Benalla : un « non-événement » ?

« Premier titre du journal de franceinfo ce 16 Janvier : l’utilisation abusive par M. Benalla d’un type de passeport dont l’usage est normalement restreint. Je suis surpris de constater qu’aux yeux de la rédaction en chef cette information semble plus importante que celle du Brexit ou que la progression du grand débat dans le contexte national que nous connaissons. »

Alors ce message n’est pas isolé, pour des auditeurs cette affaire relève du sensationnel, certains la qualifie même de « non-évènement ».

Lucas Menget : Ce n’est pas un « non-événement », c’est un événement important dans la vie politique de notre pays et qui peut avoir des conséquences. Sur la hiérarchie de l’information, cet auditeur a peut-être écouter qu’un journal. Sur franceinfo il y a des journaux et des titres toute la journée, l’affaire Benalla n’a pas fait l’ouverture de tous les journaux. La journée était riche en informations, et l’avantage d’une chaîne comme franceinfo c’est la hiérarchie et la variété de l’information.

Reportage dans une école de Joigny

« J’ai été choquée, qu’à l’occasion d’un reportage dans une école de Joigny, on puisse entendre des élèves de primaire crier « Macron démission ». Où va-t-on si des adultes responsables/ professeurs /journalistes/ laissent faire sans aucun commentaires ? Je suis atterrée  par un tel laisser aller. »

Une auditrice ajoute : « Comment peut-on ensuite demander aux enfants de respecter les adultes, les enseignants ? »

Lucas Menget :  Ce reportage de Benjamin Illy est absolument passionnant parce que justement on y voit ces enfants qui interviennent en criant « Macron démission ». Un reportage, c’est des faits et un contexte. Benjamin Illy est à ce moment en train d’interroger un retraité de l’éducation nationale qui lui aussi est un peu éberlué par cette scène, il lui demande ce qu’il en pense et il dit que ça le choque, que si on en est arrivé là, c’est qu’il y a eu des cassures. Ils se demandent alors pourquoi ils ont dit ça ? En voyant le reporteur de franceinfo par provocation ou amusement, il faut toujours remettre les choses dans leur contexte, or cet homme montre bien à quel point c’est une situation nouvelle. Est-ce qu’ils entendent ça à la maison ou dans des débats ? Il faut toujours aller jusqu’au bout du reportage, au bout des récits.

Est-ce que cela ne soulève pas un autre problématique, qui est que la population n’a pas forcément envie de voir la réalité des faits ?

Le rôle des journalistes n’est pas de cacher des choses. Le reporteur aurait pu se dire qu’il n’allait pas mettre cette scène qui pourrait choquer. Mais le but ce n’est pas de cacher, c’est de le montrer et de l’expliquer. L’éthique du journaliste c’est de montrer ce qu’il voit autour de lui.