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La SNCF au Téléphone sonne et le mariage de Meghan et de Harry

Deux sujets au programme du rendez-vous mensuel du Médiateur : un conflit et un mariage.
Le conflit à la SNCF : pour certains auditeurs, l’émission « Le téléphone sonne » aurait fait preuve de parti pris.
Le mariage, c’est évidemment celui de Meghan et du prince Harry. Selon certains auditeurs, France Inter en aurait trop parlé.

 

 

Les coulisses du Téléphone sonne avec Fabienne Sintès 

Elle dirige tous les soirs du lundi au jeudi le 18/20 et le fameux Téléphone sonne. Selon les sujets abordés, l’émission me vaut plus ou moins de réactions. Celle consacrée à la réforme de la SNCF a suscité un nombre important de messages. Des auditeurs, comme Julien, estiment que « tout dans cette émission était à charge contre la réforme de la SNCF : les deux invités et les auditeurs intervenants, sauf le dernier ». Et pour Aurore : « Seules des positions anti-réforme ou syndicales ont été exprimées, sans aucune contradiction ».

Le principe du « Téléphone Sonne » : ce sont les auditeurs qui appellent, qui passent à l’antenne. Ce jour-là, les appels étaient plutôt anti-réforme. Il faut se remettre dans le contexte. L’émission a été diffusée le 7 mai veille du 8 mai, il y a beaucoup moins de gens qui appellent durant ce type de week-end. Il y a eu ce jour-là 176 appels. En moyenne sur d’autres émissions, il y a 2 fois plus d’appels. La matière avec laquelle on travaille, ce sont les gens qui appellent.

 

 

Le choix des invités : l’équipe avait sollicité le porte-parole de la SNCF qui n’a pas pu ou voulu venir face à un syndicaliste. Il a donc été remplacé par un analyste (journaliste spécialisé dans la mobilité des transports), mais les deux invités ont plutôt répondu aux nombreuses questions générales sur la politique du gouvernement.*

 

Certains invités refusent-ils de venir pour ne pas être face à des opposants ?

Non, pas vraiment, il y a parfois des conflits de calendrier. Certains ont un peu peur des questions des auditeurs, car tout cela est un peu sans filtre. Le Téléphone Sonne n’est pas forcément un débat, c’est aussi un échange d’idées.

Comment sont sélectionnés les auditeurs qui interviennent à l’antenne. Anthony nous écrit : « Certains soirs, on a l’impression que tous les auditeurs ont la même opinion ».

Il y a beaucoup de fantasme autour de cela, mais c’est une émission comme les autres, il y a aussi beaucoup d’artisanat, il y a de l’humain, on se trompe, on anticipe mal les questions qui vont arriver.

 

Le choix des sujets et des invités 
Sur un autre sujet récent et peu abordé, la transidentité et la transphobie, plusieurs auditeurs ont écrit pour vous remercier. « Merci pour le sujet sur les personnes transgenres, nous écrit Jennifer, sujet enfin abordé auquel il est urgent de donner une visibilité. Bravo pour cette émission ! ».

J’aime les sujets sociétaux, qui sont le reflet de l’époque. Si le Téléphone Sonne rate le reflet de l’époque, c’est une émission ratée.

 

Le traitement du mariage princier

Beaucoup de réactions sur un sujet d’un tout autre type : le mariage princier de samedi dernier. Tous ceux qui nous ont écrit, comme Samuel, nous demandent « pourquoi France Inter, comme tous les médias, en a-t-elle fait autant sur un mariage qui n’a aucune importance et dont tout le monde se moque ? ». Pour y répondre, Angélique Bouin, directrice-adjointe de la rédaction de France Inter :

Il y a un principe à France Inter, on ne se moque pas de l’actualité, tout ce qui est populaire n’est pas vulgaire. Ce mariage était un événement planétaire. 7,5 millions de personnes ont regardé leur télévision en France et 3 milliards de téléspectateurs dans le monde. C’est un fait. Ensuite c’est la mesure et le traitement qui en est fait. Pourquoi France Inter n’en aurait pas parlé ? Comment en parler ? la rédaction a décidé d’envoyer un seul envoyé spécial. Quelle couverture ? Pas de diffusion en intégral (diffusion dans les journaux et dans les flashs). Récit en direct avec des angles différentiés.

 

On connait tous des proches qui n’en avaient soi-disant rien à faire du mariage, mais qui ont quand même écouté la radio, regardé la télé ou les réseaux sociaux. Un moment de honte vite oublié ?

Ce n’est pas un moment de honte. On nous accuse souvent de ne parler que de ce qui va mal, les guerres, les grèves… Là, on a une jolie histoire d’amour.

Sur le plan informatif, le mariage de Meghan et de Harry est-il « proche de zéro », comme nous l’écrit Germain ?

C’est un fait que les Britanniques sont très attachés à leur monarchie. Cela se raconte. Sociologiquement, c’était très intéressant.

France Culture

L’économie est-elle Culture ?

Quel rapport entre l’économie et la culture ? Pour certains auditeurs, l’économie n’aurait pas sa place sur une chaîne culturelle. D’autres, en revanche, plébiscitent l’émission lancée en septembre dernier sur France Culture « Entendez-vous l’éco ? » par Maylis Besserie.

Pourquoi l’économie n’aurait-elle pas sa place sur France Culture ?

Pour certains auditeurs, l’économie serait presque un gros mot qui n’aurait pas sa place dans un contexte culturel. Pour Paul, par exemple, « nous ne venons pas pour entendre parler de fric, de crise, de sujets sociétaux ; nous venons entendre de la poésie, de la littérature inconnue, de la philo, de l’Histoire ». Pourquoi l’économie n’aurait-elle pas sa place sur France Culture …

L’économie est aussi une science sociale. En tant que science du savoir elle a sa place sur France Culture. Elle permet aussi de donner des clés pour comprendre l’actualité et le monde : tout dépend de la manière dont on le fait. La particularité d’une émission d’économie sur France Culture, c’est de croiser cette science avec d’autres supports : l’Histoire, la philosophie. C’est regarder l’économie du cinéma, de la littérature : c’est la particularité de la chaîne.

L’économie est-elle culturelle ?

L’économie entre dans une culture générale. C’est aussi se cultiver et en apprendre plus sur le monde.

Cette émission propose une approche pédagogique, explicative pour toucher le plus grand nombre. Comment faites-vous pour rendre des sujets, parfois complexes, abordables par tous ?

Le langage de la science économique est complexe. Il y a donc un travail de décryptage, c’est la mission du service public de rendre accessible la compréhension. Ça n’empêche pas un certain niveau d’exigence. Les invités sont des universitaires, des pointures dans leurs domaines.

Des auditeurs l’ont bien compris, comme Mireille « Merci, écrit-elle, pour cette excellente émission sur l’économie qui invite des spécialistes de niveau universitaire et qui sait établir des liens avec la philosophie, l’Histoire, etc. Je recommande votre émission à mes étudiants». Que pouvez-vous leur apporter ?

Les théories économiques sont des manières de voir le système économique en le reliant à tout. C’est un système global qui permet de convoquer toutes les autres disciplines de la pensée.

Retrouvez Maylis Besserie du lundi au jeudi de 14h à 15h.

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Il y a 50 ans… Mai 68

Une plongée au coeur de ce mouvement fondateur qui reste une référence, 50 ans plus tard,
par Eric Alary

Il y a 50 ans, la France s’enflammait. Il y a 50 ans, le Quartier latin à Paris se couvrait de barricades, et des ouvriers bloquaient les usines. Mai 68 est un moment clé, fort, fondateur de notre histoire politique, culturelle et sociale. À tel point qu’il est devenu une référence souvent convoquée dans les discours et les débats d’aujourd’hui. S’est-on autant soulevé à Grenoble, à Nantes qu’à Paris  ? Comment Mai a-t-il été vécu et ressenti par les paysans, les femmes, les immigrés, les artistes ou les intellectuels ? Comment cette révolution a-t-elle été perçue chez nos voisins allemands ou britanniques ? Et quelles étaient les aspirations réelles de ces millions de Français qui voulaient en finir avec une société considérée comme autoritaire ? Revivez l’histoire de ce printemps fabuleux au cours duquel le mot liberté reprit tout son sens.

Un monde a basculé depuis. Pour en prendre la mesure, on peut parcourir cet ouvrage très illustré de photos et de documents d’époque, notamment des tracts et des journaux ronéotypés, publié  chez Larousse sous le titre Il y a 50 ans… Mai 68. Un chapitre attire l’attention, qui porte sur les réactions aux événements depuis l’étranger. La presse britannique en rend compte dès le début des tensions et le Times s’en prend à la police française tout en redoutant la contagion possible du mouvement étudiant en Angleterre. Le plus étonnant est le soutien de la Chine. On estime à Pékin que la crise étudiante en France « est un prolongement de la révolution culturelle chinoise » ! Enfin, les manifestations de solidarité avec les étudiants français devant les ambassades à Francfort, Rome ou Washington témoignent de l’impact international de l’événement.

A écouter >>> LE JOURNAL DES IDÉES par Jacques Munier

 

Eric Alary est agrégé d’histoire, docteur en histoire de l’Institut d’études politiques de Paris, enseignant en Khâgne et en Hypokhâgne. Il est l’auteur de livres très remarqués, dont « les Français au quotidien » , « la ligne de démarcation »…

A découvrir également dans la Bibliothèque du Médiateur sur le même thème : Mai 68 – Le Hors-Série de L’Obs / Et des coffrets DVD

Le véhicule-régie de Radio France, samedi 5 mai aux environs de la place de la Bastille à Paris. (RADIO FRANCE / NATHANAEL CHARBONNIER)

La « Fête à Macron », les Black Blocks, les cheminots ; les auditeurs nous interpellent

La « Fête à Macron » des Insoumis, les casseurs du 1er mai, les grévistes de la SNCF, une actualité très sociale qui suscite beaucoup de réactions et de questions des auditeurs. Pour leur répondre, Erik Kervellec, directeur de la Rédaction de franceinfo, est au micro du Médiateur.

 

La « Fête à Macron »

Il y a une semaine, c’était « la Fête à Macron », organisée par le député Insoumis François Ruffin. Plusieurs auditeurs, comme Mario, disent ne pas comprendre que « franceinfo, dans les jours qui ont précédé, fasse une telle publicité pour ce rassemblement politique ». Quant à Justine, elle s’étonne que « vous ayez autant parlé de cette manifestation qui n’a rassemblé que 40 000 personnes ».

38 900 personnes, ce n’est pas rien ! La dernière grève des cheminots n’avait rassemblé que 15 000 personnes. Quant à faire la publicité pour Jean-Luc Mélenchon et ses alliés politiques, cela pourrait être comique si ce n’était pas si tendu entre la presse et lui. En tout cas, généralement, on nous fait plutôt la critique inverse de « rouler » pour le gouvernement… quel que soit le gouvernement en place. Ce qui, évidemment, est faux…

Et Yves vous trouve « bien peu rancunier alors qu’une voiture de reportage de franceinfo, écrit-il, a été détruite par les manifestants et que Jean-Luc Mélenchon ne cesse de prôner la haine des médias »…

« Bien peu rancunier « , ça veut dire quoi ? qu’il aurait fallu boycotter le traitement de cette actualité parce que des excités s’en prennent à nos reporters et techniciens sur place ? Nous sommes au-dessus de ça. Nous assurons notre mission d’informer, quelles que soient les circonstances, les intimidations. Pour autant, je ne minimise pas ce qu’il s’est passé place de la Bastille. C’est un signe important lorsqu’on s’en prend à la presse dans une démocratie. Notre technicienne a eu la présence d’esprit de s’éloigner de la voiture, mais nous sommes convaincus qu’ils auraient mis le feu avec notre collaboratrice à l’intérieur du véhicule.

 

Les violences du 1er mai : les choix de la rédaction

Autre manifestation,  celle du 1er mai avec ses centaines de casseurs. Plusieurs auditeurs contestent l’interview d’un « Black Block » que vous avez diffusée. Pour Rémi : « C’est scandaleux, une vraie apologie de la violence sans aucun recul. C’est de la propagande ! ». Et Pierre ajoute : « Vous ne condamnez pas les destructions ; pire, vous donnez la parole à ceux qui en ont été les acteurs ».

On est là pour donner à comprendre pourquoi des gens arrivent à faire de la violence leur moyen principal pour s’exprimer dans la société: qui sont-ils ? d’où viennent-ils ? Nous sommes allés à leur rencontre pour comprendre cela. Ces 2 témoignages ont été diffusés en contextualisant les interviews.

La grève des cheminots : Pourquoi laissez-vous se propager de fausses informations ? ». 

Toujours dans le domaine social, la grève des cheminots suscite beaucoup de réactions d’auditeurs et des reproches de parti pris. « Vous ne donnez la parole quasiment qu’aux grévistes ou à ceux qui les soutiennent », nous écrit Dominique. Et pour Brigitte : « Seuls les arguments anti-réforme sont répétés, des arguments souvent faux, comme la fermeture des petites lignes.

Nous mettons un point d’honneur à laisser s’exprimer tous les points de vue. Les cheminots qui sont pour la réforme ont du mal à faire entendre leur voix, ils se font discrets, mais on a pu tout de même les entendre sur l’antenne de franceinfo.
Quant à la fermeture des petites lignes : nos journalistes ont répété que ce n’est pas le sujet de la réforme. Si à l’antenne, on entend ce genre de propos, cela vient de militants qui mélangent tout.

Le comptage des manifestants : Pourquoi continuer à transmettre des chiffres faux ?

Enfin, des auditeurs, comme Sylvie, s’étonnent : « Vous continuez de donner les chiffres exagérément gonflés des organisateurs de manifestations, en même temps que les chiffres – a priori, fiables – comptabilisés par les médias ».

Nous donnons le chiffre de la police ou des organisateurs, jusqu’au moment où nous sommes en mesure de donner notre propre chiffre. Paris n’est pas la France ; lorsque des manifestations se déroulent ailleurs en France, nous n’avons pas les moyens de mettre des capteurs partout dans la foule. Nous ne savons pas pour l’instant produire un chiffre global sur tout le territoire.

Pour aller plus loin >>> A lire

La fin des chiffres fantaisistes des manifestations

La machine imaginée par la société Occurrence pour compter les manifestants © Radio France / Laurent Kramer
La machine imaginée par la société Occurrence pour compter les manifestants © Radio France / Laurent Kramer
Comment est mesuré le temps de parole des politiques par le CSA ? © Getty / Tetra Images

Pourquoi tant d’invités pro macron sur France Culture ?

Trop d’invités pro Macron, mais aussi trop de partis pris en faveur des grévistes…
Les auditeurs réagissent beaucoup au traitement de l’information politique et sociale, riche en cette période. Pour les éclairer, Frédéric Barreyre, directeur de la Rédaction de France Culture, est au micro du médiateur.

Rappel des règles du CSA

Il y a évidemment les militants qui voudraient n’entendre que ceux qui pensent comme eux. Mais il y a aussi tous ces auditeurs, attentifs, qui constatent que sur les antennes, les pro Macron s’expriment beaucoup. Martine, par exemple,  écrit cette semaine: « Arrêtez le défilé des invités pro Macron ! ». Ou Jean-Paul : « C’est l’Élysée qui vous impose tous ces macronistes ? »

C’est la loi et en l’occurrence le CSA qui impose l’accès des partis politiques aux médias. Depuis le 1er janvier 2018, nous sommes en période de « pluralisme ». Il n’y a pas d’égalité du temps de parole comme c’est le cas durant une campagne électorale (le temps de parole est comptée à la seconde prêt). Le pluralisme signifie que sur 1 heure de temps de parole accordée aux partis politiques, 1 tiers de ce temps donc 20 mn est donné à l’Exécutif , les 2 tiers restant soient 40 mn sont donnés à l’ensemble des autres formations politiques.
Ce qui peut donner l’impression qu’il y a trop de « pro-macron » mais ce n’est pas le cas, les députés de la République en Marche sont inclus dans le temps de parole réservé aux formations politiques. Cela vient en plus du temps de parole accordé à l’Exécutif.

 

Pour le tiers du temps de parole attribué au gouvernement, les interlocuteurs possibles sont peu nombreux ? 

Cela représente 33 personnes : 31 ministres et secrétaires d’Etat plus le Premier Ministre, plus le Président de la République. Et en face des milliers de personnes susceptibles d’intervenir.

 

Trop de ministres à la radio, conséquence des nouvelles règles imposées par le CSA

Le pluralisme s’applique hors période électorale

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Pourquoi les règles du temps de parole imposées par le CSA aux médias audiovisuels publics, comme privés, ont-elles changé en janvier ?

L’ancien monde du temps de parole politique a volé en éclat en janvier. Abordé à ce même micro et à réécouter >>>Les temps de parole politique : décryptage avec Frédéric Barreyre, directeur de la rédaction
Les partis politiques se sont scindés avec des courants internes et de nouvelles formations sont apparues au PS, au Front National, chez les Républicains…
L’exposition sur les antennes tient compte de plusieurs facteurs : les résultats des dernières élections, le nombre d’élus, l’importance des groupes parlementaires et des sondages.

 

Le parti pris de France Culture ?

Concernant la grève à la SNCF
À côté de ces contraintes auxquelles toutes les radios et toutes les télévisions sont confrontées, il y a aussi ce reproche de parti pris que vous font des auditeurs. Pour Germain, « on a l’impression que vous soutenez les cheminots grévistes. On les entend à longueur de journaux, alors que la majorité des Français sont en faveur de la réforme de la SNCF ». Et Jeanne ajoute : « On entend très peu d’explications sur les avantages de la réforme ».

Les journalistes font très attention à présenter cette réforme de la SNCF. Nous sommes là pour informer en donnant la parole à tout le monde mais pas forcément en même temps. Il faut écouter tous les jours…

D’autres auditeurs, comme Théophile, s’étonnent : « Les syndicalistes répètent sur vos ondes que la réforme va entrainer la fermeture des petites lignes. Or, c’est faux. Pourquoi laissez-vous dire de fausses informations ? ».

On fait part d’une crainte autour de la fermeture de ces petites lignes ferroviaires. Sans doute que les déclarations du Premier Ministre ne sont pas assez claires sur ce point précis.

 

 

 

 

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Les assistants vocaux, avenir de la radio ?

Les assistants vocaux sont-ils une forme d’avenir de la radio ? Ces petites enceintes intelligentes qui obéissent à la voix connaissent un énorme succès aux États-Unis. Radio France s’est emparée de cette innovation, et franceinfo est déjà présente sur les premiers appareils. Mais beaucoup d’auditeurs s’interrogent sur leur intérêt. Pour leur répondre et leur expliquer : Ari De Sousa, directeur adjoint de la Direction du Numérique de Radio France.

 

Plusieurs auditeurs, comme Sébastien, nous écrivent : « J’ai lu dans la presse, comme une innovation révolutionnaire, que franceinfo était présente sur l’assistant vocal Google Home. Je ne vois pas la différence avec le fait d’écouter franceinfo sur son smartphone ». Y a-t-il une véritable différence ?

Par rapport à la radio, oui c’est différent. Un exemple : lorsqu’on dit « OK google : quelles sont les dernières actualités », on peut écouter alors le dernier flash de franceinfo à tout moment. En revanche, l’auditeur a raison, le smartphone est très proche de l’assistant vocal, car la technologie d’assistant vocal y est  intégrée. Ce qui diffère, ce sont les usages : mobilité versus domicile avec enceintes.

Quels sont les services que franceinfo peut par exemple offrir en plus de sa simple écoute ?

Premièrement : la réécoute. Ensuite il répond à des questions qui relèvent de l’actualité. On peut encore imaginer de nouvelles formes narratives et d’interactions spécifiques à des interfaces vocales. Nous n’en sommes qu’au début et beaucoup de choses sont encore à écrire : dans le domaine des médias, de l’info trafic, les sorties près de chez soi, des domaines dans e-commerce ou dans l’éducation. L’important dans l’Intelligence artificielle, c’est qu’on puisse nous répondre. On parle d’IA lorsque l’on ne se rend plus compte que c’est une machine. On attend déjà de l’assistant vocal qu’il nous réponde correctement.

La Direction du Numérique est très en pointe dans ce domaine. Vous faites des tests avec franceinfo sur une voiture hyperconnectée. Qu’est-ce que cela va offrir de plus qu’un autoradio ?

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La voiture va et est devenue un « auditorium roulant » avec une grande qualité de son.  Grâce au développement des réseaux 4G et bientôt 5G et aux voitures connectées avec des puces intégrées (16 % en 2021), nos auditeurs pourront écouter franceinfo partout, cela viendra compléter le réseau FM. Avec la voiture semi-autonome puis autonome, la voiture va devenir un lieu de divertissement où la place des écrans sera plus grande. Si vous avez un modèle de voiture récent, vous pourrez bientôt, avec l’application Radio France, et les système Androïd auto ou car play, écouter à la demande tous les programmes de Radio France dans votre voiture.

La radio doit donc repenser ses activités ?

La radio doit surtout les ajuster aux nouveaux usages. Dans le domaine du vocal, la radio part avec une longueur d’avance, ce qui n’a pas toujours été le cas dans le domaine du numérique. On va interagir avec la voix.

Ces assistants vocaux vont permettre une plus grande personnalisation dans l’interaction avec les auditeurs.

 

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Les portraits politiques de Carine Bécard / France Inter, média global ?

Le portrait politique de Carine Bécard

Carine Bécard est journaliste politique et auteure, tous les dimanches, du portrait de l’invité de France Inter et de franceinfo télé. Ce portrait de François Ruffin a suscité un nombre important de réactions.

Je crois que lorsque l’on est journaliste, nous avons un voile émotionnel. Je suis journaliste politique, mon métier consiste à observer quotidiennement la vie politique. Et je suis fascinée de voir comment les politiciens fonctionnent, l’évolution de leurs idées, avec qui ils travaillent, de percevoir leurs ambitions politiques, etc. Cela fait 8 ans que je suis au service politique, j’ai couvert Marine Le Pen, François Fillon, Nicolas Sarkozy, beaucoup la droite. Je ne me suis jamais posé la question si je les aimais ou pas. Je fais simplement mon travail de journaliste.

Tous les dimanches, vous rédigez donc le portrait de l’invité qui sert notamment à faire réagir l’invité. Comment vous y prenez-vous ?

Je mène une enquête. Donc je note des éléments qui m’ont marquée chez la personne. Ensuite, il y a un travail de documentation pour retrouver des interviews et des reportages. Enfin j’appelle les amis et les ennemis politiques de l’invité. D’ailleurs, il est difficile de travailler sur des portraits de politiciens En Marche, par exemple, car ils ne viennent pas de la sphère politique, donc il est dur de mettre de la chair dans leurs portraits.

« Journaliste de studio loin des réalités de terrain, qui juge sans savoir« , nous écrit Sylvie. C’est le cas ?

Au contraire, j’aime profondément mon travail de reporter. Je suis sur le terrain. J’aime observer les détails, j’aime aller dans les meetings, à l’Assemblée Nationale …

Enfin, il faut préciser que vous avez reçu des tweets particulièrement scandaleux, ignobles et sexistes à la suite de ce portrait. L’intolérance et la violence de certains militants ne font pas grandir la politique.

France Inter média global. C’est quoi et à quoi ça sert ?

Un sujet plus consensuel : l’avenir de la radio, avenir déjà bien présent à Radio France et France Inter.
Erwann Gaucher, journaliste et directeur du Numérique de France Inter, répond au questions des auditeurs. Des auditeurs semblent un peu perdus, à l’image de Jacqueline qui se demande : « Qu’est-ce que ce média global dont on ne cesse d’entendre parler ? Qu’est-ce que cela change pour France Inter et la radio ? »

Le média global, c’est la capacité à concevoir des émissions et des reportages qui peuvent être accessibles partout et pour tous. Par exemple, nous voulons que les jeunes qui s’informent sur Facebook trouvent sur la page de France Inter des informations de qualité, sûres et vérifiées. Nous le faisons par exemple avec Augustin Trapenard qui réalise des cartes blanches avec ses invités.

Un exemple concret de « France Inter – média global », c’est la nouveauté du mois prochain : un podcast natif autour de l’élection il y a un an d’Emmanuel Macron.

Les podcasts se développent beaucoup depuis quelques années. Jusqu’ici, c’était toujours de la réécoute d’émissions passées à l’antenne. Maintenant nous essayons de proposer des podcasts originaux qui ne sont pas passés à l’antenne. Le mois prochain, Thomas Legrand va revenir sur l’élection d’Emmanuel Macron un an après, mais dans un style nouveau, avec un podcast qui sera uniquement disponible sur le numérique et également avec une nouvelle écriture journalistique. De plus, tous les épisodes seront disponibles dès le premier jour.

D’autres innovations attendues ?

Il va y avoir des vidéos originales qui prolongent les émissions. Nous allons également continuer les débats qui passionnent les auditeurs sur le numérique avec des intervenants et des journalistes. Nous voulons prolonger le lien entre les auditeurs et les émissions au-delà du temps d’antenne de l’émission.

Plusieurs auditeurs, comme Philippe, nous demandent : « Pourquoi donc faire du média global, alors que vous faites très bien de la radio ? Les derniers chiffres d’audience montrent votre succès ». Pourquoi est-ce utile de s’ouvrir à d’autres horizons ?

Il faut préparer l’avenir. Le rapport des auditeurs à la radio change considérablement. Il y a chaque année un peu moins d’auditeurs qui écoutent la radio sur un poste radio classique. Il y a beaucoup de nouveautés : les ordinateurs, les smartphones et aujourd’hui les assistants vocaux. Nous cherchons à en comprendre l’usage pour adapter France Inter à ces changements.

Les auditeurs changent leurs habitudes d’écoute. France Inter est devenue la première radio la plus écoutée en numérique. Qu’est-ce que cela signifie ?

Aujourd’hui, nous avons 30 millions d’écoute par mois sur le numérique. Nous souhaitons rester la radio la plus écoutée et faire découvrir la richesse des émissions de France Inter .

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France Culture, média global

France Culture, ce n’est pas que de la radio « linéaire », c’est aussi 23 millions de podcasts téléchargés en mars. France Culture est vraiment entrée dans l’ère du média global. Une notion pas toujours comprise par les auditeurs… Profitons de cette période riche en nouvelles expériences pour vous fournir des explications avec Sandrine Treiner, la directrice de France Culture.

 

Des auditeurs comme Anne écrivent : « On entend de plus en plus parler de média global, mais c’est quoi et qu’est-ce que cela change pour nous auditeurs ? ».
Cette semaine, diffusion d’un podcast original de France Culture : L’incroyable expédition de Corentin Tréguier au Congo

D’une certaine façon, personne ne devrait entendre parler de « média global », l’auditeur qui continuera à écouter la radio, ne sera pas concerné. Nous sommes dans une période de mutation, qui n’implique pas la disparition de la radio, mais au contraire son élargissement. Le numérique permet aux programmes de circuler, de voyager autrement vers les auditeurs ou vers les internautes. Les nouvelles générations ont des manières différentes d’accéder aux contenus, aux programmes (smartphones, ordinateurs, tablettes). Ils se promènent sur les réseaux sociaux. France Culture est en train de diversifier son offre de programmes de sorte d’aller vers tous les citoyens. C’est une mission de service public.

De nombreux auditeurs ont pris l’habitude du podcast. Une autre manière d’avoir accès à la radio.
L’incroyable expédition de Corentin Tréguier au Congo
 fonctionne de la même manière qu’une série, c’est addictif. Une expérience extrêmement créative de raconter des histoires par le biais du son. On innove, on crée grâce à des auteurs et des réalisateurs qui se sont emparés des nouvelles manières de diffuser des programmes. C’est comme ça que nous irons vers de nouvelles générations d’auditeurs de France Culture.

À Radio France, on se complète et, à partir de lundi 30 avril, France Culture s’associe à franceinfo pour coproduire un programme audio et vidéo hebdomadaire qui sera vraiment très informatif et très pédagogique : « Les idées claires ». Quel est le sens de cette démarche ?
France Culture et franceinfo se sont associées pour lancer un programme de certification des savoirs et des connaissances. Nicolas Martin, le producteur de « La méthode scientifique », en est le maître d’œuvre. Il a expliqué ce nouveau concept au micro du Médiateur ce 29 mars dernier

 

En raison de la désinformation et des fausses informations qui circulent notamment sur les réseaux sociaux, France Culture produit beaucoup d’informations sur les savoirs scientifiques, historiques … Avec le directeur de Franceinfo, il a été décidé d’unir nos forces pour produire chaque semaine un podcast et  un module vidéo de 3, 4 minutes porté par Nicolas Martin (un des thèmes sera la théorie créationniste).

Autre exemple de média global, l’impressionnant week-end du 28-29 avril au Centre Pompidou.
Des débats, des interviews, des ateliers, des concerts sur le thème « Imagine 1968-2018 : l’esprit de mai ». C’est aussi l’esprit France Culture et son expertise pour un événement qui ne sera pas uniquement à la radio ?

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C’est la troisième année de partenariat entre France Culture et le centre Pompidou autour de ce festival. Master Class, rencontres, débats…

 

Enfin, une forme de média global innovante et originale : France Culture va proposer un documentaire géolocalisé à travers le Quartier latin de mai 68. De quoi s’agit-il ?

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Documentaire produit par l’équipe de la Fabrique de l’histoire d’Emmanuel Laurentin qui propose un documentaire-promenade dans tout le  quartier latin,  composé d’archives, d’entretiens, d’ambiances… Il suffira de télécharger l’application « izitravel » sur son smartphone.

 

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L’audience radio : intérêt ? fiabilité ? prospective ?

Jeudi était un jour très attendu par toutes les radios. Le jour où sont révélées par Médiamétrie les audiences du premier trimestre. Franceinfo sait ainsi qu’elle reste la 4ème radio la plus écoutée avec plus de 4 millions 500 mille auditeurs chaque jour. Mais pourquoi cette excitation tous les trimestres ? A quoi sert ce baromètre ? nous demandent des auditeurs.

Pour leur répondre, Emmanuelle Henry, directrice des études de Radio France, avec le médiateur.

 

 

Pourquoi est-il si important de connaitre l’audience ?

Lors des précédents résultats d’audiences, en janvier, Guillaume, un auditeur se demandait : « Pourquoi nous donnez-vous régulièrement votre audimat, comme si c’était une victoire ? Quelle importance cela peut-il bien avoir ? ».

Juste une précision : l’audimat, c’est à la télévision; en radio, on parle de la « 126 000 » (126 000 interviews par an). C’est surtout utile pour les radios privées: tout leur modèle économique repose sur ces audiences dont dépendent les tarifs de la publicité. C’est très important tout de même pour le service public, puisqu’une des missions de Radio France est de proposer des programmes de qualité au plus grand nombre. Pour les journalistes et producteurs, il est très important de connaître ces audiences et la popularité des émissions.

 

Concernant franceinfo, qu’apprend-on de particulier ?

Franceinfo, c’est plus de 4 millions 500 mille auditeurs chaque jour. Chaque auditeur écoute la chaîne en moyenne 1 heure par jour. Franceinfo se positionne 4ème radio nationale.

 

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En sait-on plus sur l’auditeur-type de franceinfo ?

Ce sont beaucoup d’auditeurs « actifs », beaucoup de personnes en activité professionnelle qui se lèvent tôt le matin: pour franceinfo, le pic d’écoute est à 7 h du matin (8h pour la plupart des radios), ce qui explique le succès de la matinale. L’auditeur de la chaîne a en moyenne 54 ans (plus jeune que la moyenne des radios généralistes qui comptent plus de retraités) et il y a 60 % d’hommes et 40 % de femmes. Ce n’est pas une radio de niche. Elle est proche de la sociologie de la population française.


Comment sont réalisées les études d’audience. Et sont-elles fiables ?

C’est très différent de l’audimat qui concerne la télévision. En  radio, ce sont 126 000 personnes (représentatives de la population de plus de 13 ans) interrogées chaque année par Médiamétrie, soit environ  500 par jour. On leur demande « quelle radio avez-vous écoutée quart d’heure par quart d’heure sur les 24 dernières heures?

 

Au fil des résultats Médiamétrie, se dessine une évolution de l’écoute radio. L’auditeur de franceinfo change-t-il ses habitudes ?

Il y a une stabilité sur l’écoute du matin et l’écoute en voiture. Mais internet bouscule tout. Les audiences des sites et applications sont en très forte progression : 20 millions de personnes vont chaque mois sur le site ou l’application. Franceinfo est ainsi la deuxième marque d’actualité sur le numérique. Il y a également les nouveaux modes d’écoute, avec notamment les enceintes connectées (par exemple Google home).  10 % de l’écoute se fait sur d’autres supports (smartphone par exemple) que la traditionnelle radio.

 

Pour aller plus loin: Comment calcule-t-on l’audience de Radio France ?

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ZAD, NDDL, landes, reportage

Travail difficile et dangereux pour les journalistes à Notre-Dame des Landes

Les journalistes ont dû affronter cette semaine les violences à Notre-Dame des Landes entre gendarmes et zadistes. Une situation parfois dangereuse et difficile pour réaliser des reportages. Plusieurs auditeurs ont réagi. Grégoire Lecalot, un des envoyés spéciaux de franceinfo, répond au médiateur.

 

 

Des auditeurs vous reprochent de n’avoir interrogé que des zadistes. Pour Jean-Pierre, « vous n’avez donné la parole qu’à des zadistes, présentés comme de pauvres victimes de méchants militaires ». Que dites-vous ?

C’est peut-être le ressenti de certains auditeurs, mais, non, nous n’avons jamais présenté les zadistes comme des victimes; nous avons décrit exactement la situation, précisant que les zadistes étaient équipés de cocktails Molotov, de pierres, etc. Nous avons également diffusé des interviews de la préfète et de la porte-parole de la Gendarmerie. Enfin, nous avons fait un reportage sur le travail agricole des zadistes. Notre rôle n’était pas de prendre parti.

Avec Farida Nouar, autre envoyée spéciale, vous avez travaillé dans des conditions difficiles. Pour beaucoup d’auditeurs, vous avez fait d’excellents reportages dans des conditions dangereuses. Comment avez-vous pu vous rendre sur la ZAD ? On disait que les gendarmes bloquaient tout accès…

C’est vrai que les gendarmes filtraient, mais  nous avons toujours pu passer sans difficultés particulières; parfois en arrivant très tôt sur le terrain.

Côté zadistes, il semblerait que plusieurs d’entre eux s’en prenaient aux journalistes.

« S’en prenaient », non, pas vraiment. Il est vrai que nous avons pu avoir des discussions parfois vives avec eux, mais pas de blocage dans notre travail. Les zadistes, vivant sur place, avaient plutôt une volonté de transparence, en nous montrant notamment leurs réalisations.

Finalement, vous vous êtes souvent retrouvés pris entre les deux lignes de front, donc au milieu des gaz, des cocktails molotov et des jets de pierres. Vous avez même reçu un objet sur le nez… Comment travaille-t-on dans ces conditions ?

Il faut être très vigilant, notamment par rapport aux objets envoyés de part et d’autre. Normalement, nous sommes identifiables par notre matériel, mais, parfois, il vaut mieux se retirer pour ne pas s’exposer inutilement.