Grand débat national : échange avec des intellectuels sur France Culture

Retour sur les  les coulisses de la préparation de cette émission spéciale avec Guillaume Erner

 

On nous a proposé de retransmettre et d’animer ce grand débat entre l’Elysée et 65 intellectuels : Un certain nombre de règles ont été fixées avec Sandrine Treiner la directrice de France Culture notamment celle de prendre le dispositif tel qu’il était (sans négociation) et d’animer ce débat avec sobriété en surveillant la régulation de la parole. Résultat intéressant car Emmanuel Macron s’est exprimé sur de nombreux sujets (ISF, droits de succession, …). Ce n’était pas une opération de communication car on n’est pas obligé d’adhérer à ce qu’il dit sur l’Algérie par exemple.

Ecoutez l’intégralité de ce débat, en 4 parties

 

« Bien qu’il soit légitime de la part de France Culture de faire écho du grand débat avec des intellectuels, pourquoi y avoir consacré 3h30 d’émission spéciale ? »

Question de ce même auditeur : « Quelle légitimité Guillaume Erner avait-il à présenter ce débat? Pourquoi a-t-il accepté ? Notre Président lui a-t-il demandé ? Avait-il des consignes particulières ? » Un autre auditeur, Gérard se dit « consterné » je cite : « d’apprendre qu’un  « journaliste » de France Culture soit réduit à « servir la soupe » à un président de la République aux abois qui cherche à faire le buzz en convoquant quelques dizaines d’intellectuels à sa botte »
Et son message se poursuit de manière très critique : «   Quand la profession même de journaliste est  remise en cause par une part de plus en plus importante des citoyens, cela me semble déplorable et, au-delà de la personne même de Guillaume Erner, c’est la chaîne qui semble ainsi renouer avec la tradition de servilité par rapport au pouvoir politique. »
J’indique que la teneur de ce mail résume assez bien l’ensemble de ce que nous avons reçu .

Je n’ai pas « servi la soupe », mais nous avons fait entendre la parole du président, tout en respectant la parole des autres courants politiques (obligation du CSA).
Les auditeurs ont tous un libre arbitre, le fait de retransmettre cette parole ne conduit pas forcément à la victoire de la République en Marche.

 

La ligne éditoriale de France Culture

Pro Macron pour les uns, trop à gauche pour les autres. « La matinale de France Culture animée par Guillaume Erner ne pourrait elle pas adopter une ligne éditoriale plus neutre et moins marquée à gauche ? Une radio comme France Culture se doit d’être neutre et ne doit ressembler ni à Valeurs actuelles ni à Libération ou à l’Humanité. Les points de vue partisans devraient s’exprimer au travers de la diversité des invités , les commentaires de la rédaction étant assujettis à une stricte neutralité . » écrit Dominique

Le fait de me suspecter d’être trop à gauche, trop à droite, cela contribue à un effondrement du débat public car il y a de moins en moins de journaux partisans. Les auditeurs, aujourd’hui voudraient que leur radio soit conforme à leur opinion. Ils perdent de vue parfois ce qu’est le rôle d’un journaliste. Il est là pour être l’avocat du diable : face à un invité de gauche lui servir des arguments de droite et inversement. donc ce ne sont pas mes opinions qui sont professées mais les phrases que je juge nécessaires pour faire vivre le débat d’idées et de faire accoucher les idées de l’invité en intégrant les critiques. France Culture n’aime pas le clash et s’est donc le journaliste (animateur) qui joue ce rôle.

 

L’expression « une radio neutre » qu’est-ce que cela vous inspire ?

La neutralité je ne sais pas ce que c’est, en revanche l’honnêteté, je vois. C’est faire entendre les opinions, les plus larges possibles. Il y a sur France Culture un grand nombre de personnalités qui s’expriment, d’Alain Finkielkraut à Thomas Porcher, c’est le signe que nous ne sommes pas si partisans que cela.

Donner la parole aux combattants de l’Etat Islamique ?

Les reportages sur la Syrie ont fait réagir les auditeurs, plus précisément celui du journaliste Aurélien Colly qui a rencontré, dans le désert syrien,  les derniers combattants du groupe Etat islamique, sortis du siège de Baghouz et arrêtés par les forces kurdes.

C’est la premier fois que l’envoyé spécial de Radio France a pu parler aux hommes de  cette armée. Et cela a fait réagir des auditeurs qui, tout simplement,  ne comprennent pas que l’on fasse un tel reportage.

 

« Quel intérêt d’envoyer des reporters sur le terrain auprès de ces gens qui ont terrorisé le monde entier ? » questionne Paul
Jean-Marc Four, directeur de l’information internationale de Radio France, répond aux questions de la médiatrice des antennes de Radio France, Emmanuelle Daviet.

Comment expliquez-vous ce choix éditorial ?

C’est normal que les auditeurs puissent être choqués, on sait le mal qu’ils ont fait et l’ampleur du terrorisme. Mais le travail journalistique est de donner à voir le réel, vous le décrire à vous, les auditeurs. On est en présence d’un document exceptionnel, pour des raisons de hasard, Aurélien Colly est tombé sur ce convoi spécial Kurde qui ramenait des détenus hommes du groupe Etat Islamique vers un lieu de détention après l’évacuation de Baghouz. En réalité les journalistes n’ont pas accès à ces combattants. (juste aux femmes, aux enfants). Il faut donc le contextualiser.

Autre remarque d’auditeur, je cite son message : « Le journaliste rapportant son contact avec les derniers « combattants » s’apitoie sur deux blessés. Il oublie simplement que ces deux individus sont partie prenante d’une organisation, co-responsables ou directement responsables de décapitations, de prise en otages de populations civiles. Ils ont revendiqué les morts du Bataclan, de l’ hyper cacher de Vincennes. Si un reportage devait avoir lieu avec ces assassins il ne devait pas sombrer dans le syndrome de Stockholm. »

Aurélien Colly fait-il preuve de compassion à l’égard de ces hommes ?

Sans aucune manière, il leurs donne la parole pour essayer de comprendre ce qu’ils ont dans la tête. C’est purement factuel. Notre reporter est un professionnel confirmé.

En quoi le fait d’entendre ces hommes permet de combattre le terrorisme selon vous ?
Au sujet de ce reportage, dans une réponse à l’un des auditeurs, vous avez écrit:  « il semble nécessaire d’entendre ces témoignages pour mieux combattre le terrorisme ».

Si ce sont nos ennemis, pour les combattre il faut les comprendre. Il faut se forcer à écouter comment ils raisonnent à condition de contextualiser tout cela. Il faut savoir aussi comment les forces de la coalition traite ces terroristes pour ne pas basculer dans l’effet inverse, l’opacité.

Réécoutez le reportage d’Aurélien Colly : 

Secrets d’info : Gilets Jaunes et RN, et Implant Files : les réactions des auditeurs

Les critiques des auditeurs ce mois-ci portent principalement sur l’enquête : « Derrière les « gilets jaunes », l’extrême droite en embuscade » et sur l’enquête « Implant Files »

 

On commence avec les remarques de Quentin : « En écoutant ce reportage, écrit Quentin, je me demande dans quelle mesure les opinions politiques du journaliste influencent l’angle du reportage. En effet, je ne vois pas en quoi aller sur le terrain à la rencontre des Français et de leurs revendications est taxé de récupération. N’est-ce justement pas le rôle des élus que de prendre en compte les avis des citoyens et de s’appuyer dessus pour mener une politique en adéquation avec l’intérêt général ? »

Le rôle des politiques s’est effectivement d’aller sur le terrain et d’écouter ce que dit la population, mais le rôle du journaliste d’investigation, c’est de voir ce qu’il y a derrière les apparences. Il y a un discours qui consiste à dire que ce mouvement est apolitique. A la base, il l’est. C’est un mouvement qui rejette toute forme de représentation. Mais derrière ça il y a des politiques qui essaient de se positionner pour tirer profit ou pas de ce mouvement, certains le font mieux que d’autres. On l’a constaté, le Rassemblement National était présent sur le terrain, il avait même théorisé la manière dont il devait être présent sur le terrain pour accompagner ce mouvement sans se faire rejeter. (Etre présent, sans afficher ses opinions politiques). Il y a aussi un certain nombre de thématiques que les élus sur le terrain, mettent volontairement de côté. Par exemple, on ne parle pas d’immigration, thématique qui fait partie de la rhétorique du Front National), mais on le fait via d’autres canaux par exemple sur les réseaux sociaux. C’est notre rôle de décrypter la manière dont cela se passe.

Un autre auditeur se montre également critique et ironique : « Voilà une belle pub pour le Rassemblement Nationale !! Je ne comprends pas que vous n’ayez pas encore compris que plus vous matraquez le RN, plus il en sort renforcé, surtout venant de journalistes de France Inter qui soupirent en appuyant sur des reportages à charge… Bref, vous faites l’inverse de ce pourquoi vous pensiez faire ce reportage… »

Dans cette émission, on ne matraque pas, on expose les faits et la pluralité des points de vue.  Notre travail est d’informer pas de nous taire.

Sur le sujet on termine avec la réaction de cet auditeur qui s’interroge : « Est ce bien honnête d’avoir cité dans votre introduction l’extrême gauche et l’extrême droite » et de ne développer que l’extrême droite ou est ce simplement votre obsession de dézinguer encore Jean-Luc Mélenchon et les gens de son parti ? » « Sans arrêt on entend « les extrêmes » , comme si Marine LePen et Jean-Luc Mélenchon c’était même combat »

On n’a pas cité l’extrême droite et l’extrême gauche en les mettant sur un pied d’égalité. On a entendu un élu de terrain d’extrême droite qui a senti la montée des Gilets Jaunes. Alors qu’au départ les autres sont passés à côté. Le mouvement des Gilets Jaunes est un mouvement pluriel (cela a été dit dans le reportage). On enquête sur tout le monde, on n’a pas d’obsession particulière.

 

Nous avons reçu le témoignage d’une auditrice porteuse d’une prothèse texturée plusieurs fois changée depuis une reconstruction mammaire après une mammectomie pour soigner un cancer découvert à l’age de 35 ans. Voici ce qu’elle nous écrit : « Je suis en colère d’entendre sur France inter un témoignage certainement poignant mais tout particulier. Le problème des prothèses texturée dont on parle en ce moment n’a pas  à voir avec le risque d’une prothèse qui se rompt et qui diffuse du silicone dans le corps. Ce sont des problèmes différents. Avez vous conscience de la bombe que vous lancée pour les 500 000 porteuses d’implants mammaires ? Allez vous leur proposer après vous avoir entendu de se rendre immédiatement chez leur chirurgien pour se faire retirer leur prothèse ? L’information que vous avez diffusée à l’antenne est partielle et inutilement anxiogène »

La question de la rupture de la prothèse, est-elle la cause du lymphome, non.  Le lymphome de cette auditrice est dû à un choc qui a provoqué la rupture de sa prothèse, le silicone s’est répandu dans son corps ce qui a provoqué le cancer qui touche 59 personnes en France. Mais il y a une forte suspicion que ce soit dû à la texture de la prothèse mammaire. Fallait-il en parler ? cela fait 10 ans que l’on parle de ce lymphome anaplasique. Les autorités sanitaires n’ont pas pris la décision d’interdire ces implants pendant 10 ans, donc il fallait en parler. Il faut absolument se faire surveiller tous les ans.  Qui a tort ? Celui qui révèle ou celui qui n’a pas informé ?

Le traitement de l’actualité sur franceinfo : profanations, Gilets jaunes, rugby

Emmanuelle Daviet reçoit Jean-Philippe Baille, directeur de la rédaction de Franceinfo

Profanation des lieux de culte :

L’an dernier, le ministère de l’Intérieur a dénombré plus de 900 atteintes aux édifices religieux et aux sépultures, dont plus de 800 contre des lieux chrétiens. La semaine dernière, des dégradations ont visé cinq églises catholiques. L’actualité a largement relayé les actes antisémites commis le week-end dernier et en début de semaine et un auditeur nous écrit à ce sujet. Il y a beaucoup de réactions face aux vandalismes anti juifs en France c’est vrai et c’est à proscrire, mais pourquoi ne parlez-vous pas de la forte augmentation des attaques contre les catholiques ?

Avez-vous évoqué les profanations des lieux catholiques ?

Pour être précis, franceinfo y a fait référence lundi matin 11 février, dans les journaux de la matinale. Mardi matin dans la matinale, Laurent Nunez, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur a condamné ses profanations. Il n’y a pas volonté de privilégier telle ou telle religion, ou telle ou telle communauté religieuse.

Les Gilets jaunes

« 1% des Français occupe encore toute l’actualité. Jusqu’à quand les médias vont-ils continuer à leur faire cette publicité ? Jusqu’au 26 mai date des élections ? »

Il est normal de continuer à suivre les manifestations des Gilets Jaunes, notre couverture du mouvement n’est plus la même. Mais notre rôle est tout de même de couvrir l’événement lorsque des Gilets Jaunes veulent s’introduire par la force dans l’Assemblée Nationale.

« Le service public donne une information orientée à gauche : c’est scandaleux. Dernier exemple, sur France Info on nous dit « qu’un gilet jaune a eu 4 doigts arrachés par une grenade lancée par les forces de l’ordre  » et ceci est répété des dizaines de fois. Dit comme cela la responsabilité des forces de l’ordre est totale … Mais si on réfléchit on comprend que ce monsieur a ramassé la grenade …et voulait la relancer sur les forces de l’ordre. TF1 le dit, pas le service public ! C’est honteux et à l’image de toute l’info qui est déformée pour être une opposition claire au gouvernement en place »
Jean Philipe Baille, la critique est forte «  information orientée à gauche », « toute l’info est déformée », « opposition claire au gouvernement ».

Quelle éclairage pouvez-vous apporter sur la ligne éditoriale de votre antenne ?

Notre reporter était présent sur place lorsque la personne a eu les doigts arrachés : il a donné la version policière et celle des manifestants. On a confronté les points de vue à l’antenne avec son avocat d’une part et le ministère de l’Intérieur d’autre part. Quant on tente de s’introduire de force dans l’Assemblée Nationale comme s’attaquer à un ministère, une mairie, Il est de notre devoir  de couvrir ces événements, sans parti-pris, sans banalisation en étant factuel.

Rugby : traitement paritaire ?

« Pourquoi aucune info sur le résultat de l’équipe féminine de Rugby qui était également en compétition hier en Angleterre ? »

La parité fait partie des préoccupations de franceinfo dans le traitement de l’actualité sportive. Ainsi, le week-end du 10 février, nous avons diffusé des reportages sur le match Angleterre-France féminin un de nos reporters était présent sur place, tout comme le week-end précédent ou nous avons couvert le match France Pays de Galles féminin. Pour la première fois, nous proposons des retransmissions en direct des rencontres du tournoi des 6 nations des matchs du XV de France féminin tout comme du XV de France masculin. Nous essayons de répartir les sujets dans nos journaux.  Ces deux rencontres ont été retransmises sur nos antennes en direct sur Franceinfo. Franceinfo sera au côté de l’équipe de France de football l’été prochain pour la coupe du monde. Notre traitement sur l’antenne sera à la hauteur de l’événement.

Franceinfo plus proche de ses auditeurs

Radio France s’inscrit dans le cadre du Grand Débat National en allant à la rencontre de ses publics. Franceinfo Le 14 février  prochain franceinfo est à Toulouse. Rencontres organisées dans le cadre du projet porté par Radio France « Radio France Proche de Vous » Pour en parler, Vincent Giret est au micro de la médiatrice des antennes, Emmanuelle Daviet.

On commence avec la vaste consultation lancée par Radio France et France Télévision en octobre dernier.
Les résultats ont été présentées ce 6 février au studio 104, en présence notamment d’auditeurs de France culture qui vous ont exprimés Sandrine Treiner tout l’attachement qu’ils éprouvaient à l’égard de cette station. 

Via une plateforme web Chaque citoyen  a pu exprimer sa vision, ses attentes et ses idées pour les médias radios et télévision de demain.
Les résultats ont été présentées cette semaine et ce qui apparaît nettement c’est que les Français souhaitent que l’on donne la priorité à l’investigation, et à la lutte contre les fausses informations. Les attentes en matière de vérification de l’information représentent pour 85% d’entre eux une priorité.

Comment comptez-vous accroître ce travail de vérification de l’information ?

C’est une satisfaction et une inquiétude. Chacun sent bien qu’il y a une crise de défiance. Nous avons un rôle pionnier notamment grâce à la création de l’agence sur la certification des informations.  Nous avons des formats adaptés : l’émission le vrai du faux, les Idées Claires. Nous allons encore plus développer car il y a une attente de nos auditeurs. Travailler sur des sujets encore plus nombreux. Installer des rendez-vous précis à l’antenne. De nombreux projets éditoriaux à venir.

La diversité

Autre attente forte du public c’est de mettre plus de diversité à l’antenne : qu’il s’agisse de la diversité de culture, d’opinions, d’origine, sociale et géographique. Comment allez-vous répondre à cette demande ?

La question de la diversité est multiple dans les voix d’antenne, dans le recrutement de nos journalistes. Il faut que nos rédactions ressemblent à la France, aux Français. Les de journalistes aussi ont beaucoup changé. La composition de nos équipes a aussi changé, de nombreux journalistes viennent des locales de France Bleu. Des regards sur l’actualité qui changent. Nous sommes nourris de cette diversité-là.  La diversité se retrouve aussi à l’antenne, dans le choix des sujets. Nous avons beaucoup de sujets internationaux grâce à la nouvelle direction internationale de Radio France, beaucoup plus de sujets que dans certains médias privés. Franceinfo a toujours cultivé le reportage, il faut encore plus mettre l’accent sur cette dimension-là.

Les rencontres avec le public

Il y a également chez les auditeurs des envies de rencontres, de débats avec les professionnels des antennes.Le 14 février  prochain franceinfo est à Toulouse et vous organisez précisément lors de cette délocalisation, un rendez-vous, un débat avec le public.Vincent Giret pourquoi est-il nécessaire de créer cet espace de dialogue, de confrontation d’opinions avec le public ?


Nous devons dialoguer, ouvrir nos rédactions aux publics. Nous devons expliquer nos méthodes, avoir des échanges constructifs. Si on ne veut pas voir la défiance triompher, il faut nouer ce lien Comment ne pas donner au public le sentiment que l’on vient prêcher la bonne parole journalistique ?

il faut répondre aux questions, écouter les publics. Faire de la pédagogie en expliquant nos méthodes de travail. Nous bénéficions d’une indépendance extraordinaire à Radio France, valeur essentielle du service public.

En tant que journaliste qu’attendez-vous de ces rencontres ?

Ces rencontres doivent être inspirantes, prouver que le dialogue est possible, trouver plus d’armes ensemble contre ce flot de désinformation et contre cette défiance généralisée.

Gilets jaunes : les débordements et les violences

Cette semaine, les auditeurs ont été encore très nombreux à nous écrire à propos du mouvement des Gilets jaunes. Pour leur répondre, Emmanuelle Daviet reçoit Éric Valmir, Secrétaire Général de l’information, et Lucas Menget, directeur adjoint de la rédaction de franceinfo.

Les conditions de travail des journalistes qui couvrent les manifestations

Des journalistes sont victimes de violence lors de rassemblements en lien avec le mouvement de Gilets jaunes. Des auditeurs souhaitent savoir dans quelles conditions les journalistes de franceinfo et plus généralement de Radio France travaillent sur le terrain.

Éric Valmir : Ils travaillent comme ils peuvent. Il y a une situation inédite à Radio France : nous avons fait appel à une protection rapprochée ces dernières semaines parce qu’il y avait eu de nombreux incidents auparavant. Nous étions contre puisque les journalistes préfèrent avoir une certaine latitude et marge de manœuvre pour travailler. Ce sont des journalistes aguerris qui ont travaillé en zone de guerre. On aurait pu penser que pour une manifestation en France, ils n’auraient pas eu besoin de cette protection. Mais des incidents à répétition, surtout en régions auprès de nos journalistes de France Bleu, nous ont incité à mettre un protection rapprochée : un ancien militaire, ancien RG, des gens spécialisés qui vont être au plus près pour protéger et éviter les débordements et agressions.

Nous déplorons cette situation mais nos jeunes journalistes se sont fait interpellés, agressés verbalement voire physiquement, poussés, menacés… Il n’y avait pas d’autres solutions pour sécuriser les directs et rassurer ces journalistes qui évoluaient sur le terrain.

On est habitué à penser contre nous-mêmes : on accepte le débat, les critiques du traitement de l’info mais les violences ne sont pas acceptables.

Quelles sont les mesures pour samedi 19 janvier ?

Éric Valmir : Il y aura des protections de certaines locales de France Bleu puisqu’il y a eu des menaces que nous prenons au sérieux.

Pourquoi continuer à les envoyer ?

Certains auditeurs nous demandent pourquoi vous continuez à envoyer des journalistes sur le terrain pour couvrir les manifestations de Gilets jaunes alors qu’ils sont obligés d’exercer leur mission dans les conditions que l’on vient de décrire ? Un auditeur pose la question: Franceinfo ne devrait-elle pas cesser toutes ces émissions spéciales pour couvrir des événements rassemblant finalement assez peu de manifestants ?

Lucas Menget : Parce que c’est de l’information. On couvre toute l’information. Il se passe quelque chose en France qui est important. Les manifestations en sont un des aspects, on les couvre comme on couvre les autres aspects de cette crise des Gilets jaunes. Ce n’est pas parce que c’est dangereux que la rédaction de franceinfo ou de Radio France va s’arrêter. Franceinfo couvre des événements à l’étranger, en zones de guerre, c’est dangereux mais on continue à les couvrir.

La violence est inacceptable mais elle fait partie d’un certain nombre de conditions du métier de journaliste. On était plus habitué à cette violence dans des zones dangereuses loin de chez nous.

Le nombre de manifestants ne fait pas partie du choix éditorial, sinon il y a beaucoup de choses que l’on ne couvrirait pas, qui concernant peu de gens mais qui ont des conséquences politiques nationales importantes.

L’affaire Benalla : un « non-événement » ?

« Premier titre du journal de franceinfo ce 16 Janvier : l’utilisation abusive par M. Benalla d’un type de passeport dont l’usage est normalement restreint. Je suis surpris de constater qu’aux yeux de la rédaction en chef cette information semble plus importante que celle du Brexit ou que la progression du grand débat dans le contexte national que nous connaissons. »

Alors ce message n’est pas isolé, pour des auditeurs cette affaire relève du sensationnel, certains la qualifie même de « non-évènement ».

Lucas Menget : Ce n’est pas un « non-événement », c’est un événement important dans la vie politique de notre pays et qui peut avoir des conséquences. Sur la hiérarchie de l’information, cet auditeur a peut-être écouter qu’un journal. Sur franceinfo il y a des journaux et des titres toute la journée, l’affaire Benalla n’a pas fait l’ouverture de tous les journaux. La journée était riche en informations, et l’avantage d’une chaîne comme franceinfo c’est la hiérarchie et la variété de l’information.

Reportage dans une école de Joigny

« J’ai été choquée, qu’à l’occasion d’un reportage dans une école de Joigny, on puisse entendre des élèves de primaire crier « Macron démission ». Où va-t-on si des adultes responsables/ professeurs /journalistes/ laissent faire sans aucun commentaires ? Je suis atterrée  par un tel laisser aller. »

Une auditrice ajoute : « Comment peut-on ensuite demander aux enfants de respecter les adultes, les enseignants ? »

Lucas Menget :  Ce reportage de Benjamin Illy est absolument passionnant parce que justement on y voit ces enfants qui interviennent en criant « Macron démission ». Un reportage, c’est des faits et un contexte. Benjamin Illy est à ce moment en train d’interroger un retraité de l’éducation nationale qui lui aussi est un peu éberlué par cette scène, il lui demande ce qu’il en pense et il dit que ça le choque, que si on en est arrivé là, c’est qu’il y a eu des cassures. Ils se demandent alors pourquoi ils ont dit ça ? En voyant le reporteur de franceinfo par provocation ou amusement, il faut toujours remettre les choses dans leur contexte, or cet homme montre bien à quel point c’est une situation nouvelle. Est-ce qu’ils entendent ça à la maison ou dans des débats ? Il faut toujours aller jusqu’au bout du reportage, au bout des récits.

Est-ce que cela ne soulève pas un autre problématique, qui est que la population n’a pas forcément envie de voir la réalité des faits ?

Le rôle des journalistes n’est pas de cacher des choses. Le reporteur aurait pu se dire qu’il n’allait pas mettre cette scène qui pourrait choquer. Mais le but ce n’est pas de cacher, c’est de le montrer et de l’expliquer. L’éthique du journaliste c’est de montrer ce qu’il voit autour de lui.

Gilets jaunes : ligne éditoriale de France Culture

Retour sur le traitement médiatique du mouvement des Gilets jaunes sur France Culture. Les questions et réactions sont nombreuses. Pour répondre aux auditeurs, Emmanuelle Daviet reçoit Sandrine Treiner, directrice de France Culture.

Quelle ligne éditoriale a choisi France Culture pour traiter du mouvement des gilets jaunes ?

Vincent : « Toute perception est subjective mais il me semble que vous avez fait part jusqu’à ce jour d’une immense bienveillance pour nos chers (oui définitivement très chers) gilets jaunes… On est là, face à un mouvement effrayant, apolitique car tellement individualiste qu’il réfute la simple notion de représentation mais brassant joyeusement les thèses les plus extrémistes de droites et gauches. » Marie Odile une auditrice rejoint son point de vue : « Je suis très déçue de la façon dont France culture traite de l’actualité. Cette radio donne un avis favorable aux Gilets Jaunes de façon très nette. Dès le samedi 17 novembre, dans le choix du vocabulaire, et le choix des infos. Aucune proposition de donner la parole à ceux qui prônaient la taxe carbone: les écologistes. Aujourd’hui, un mois après , c’est encore le cas. Pourquoi ne pas au moins proposer un peu d’analyse sur ces nouveaux types de manifestations, qui montrent des passages à l’acte violent, avec des prises en otages de la population ? C’est un fait de société grave, et on dirait que les journalistes du matin cautionnent et adhèrent. je trouve cela écœurant qu’une radio comme la vôtre prenne si peu de recul intellectuel et clairement favorise le mouvement populiste. »

Nous avons fait ce que fait France Culture. Dès le début du mouvement, nous avons décidé de laisser l’essentiel des émissions telles qu’elles avaient prévu leur programmation. En revanche, nous avons décidé de consacrer les Matins, la deuxième partie de la Grande Table et du Grain à Moudre aux grands sujets qui étaient amenés par ce mouvement. Nous avons regardé quels fils nous semblaient intéressant de tirer et nous avons invité des historiens, chercheurs, géographes, philosophes ou spécialistes des réseaux sociaux pour analyser la situation.

Nous avons travaillé sur du temps long, avec du recul. Nous avons analysé la situation. J’espère que parmi les auditeurs qui écoutaient les analyses de nos chercheurs ou philosophes, il y avait des gens qui participaient au mouvement.

 

Le micro-trottoir… cette pratique journalistique a-t-elle sa place sur France Culture ?

Un auditeur écrit : « France Culture imite les média privés dans la dramatisation d’un malaise social réel en distinguant les « gentils » gilets des « méchants » du gouvernement. Le micro-trottoir permet de signaler les leaders auto-proclamés qui appellent à la révolte tandis que des journalistes de terrain multiplient les annonces de mobilisation de groupuscules aux revendications disparates.  Avez-vous eu l’impression de dramatiser la crise sociale traversée par notre pays ?

Le matin de la manifestation du 8 décembre, Caroline Broué recevait Cyril Dion pour parler de l’écologie et de la marche pour le climat. Il a fait le pont entre la question de l’environnement et la question sociale telle qu’elle se manifestait dans le mouvement. Les journalistes font du reportage, il faut entendre les différentes tendances.

N’y a-t-il pas le risque d’un glissement métonymique de la figure du djihadiste à celle du gilet jaune ?

Pierre : Je m’inquiète d’entendre  l’expression  » gilets jaunes radicalisés »  utilisée sans les guillemets de mise en distance  par des journalistes de France Culture. Le dictionnaire autorise l’emploi de cet adjectif, mais on ne peut ignorer  les implications politiques de la sémantique quand on produit le discours médiatique . Depuis l’émergence du terrorisme islamique ces dernières années, l’adjectif  » radicalisé » évoque automatiquement la figure du terroriste djihadiste. Je suggère d’utiliser la richesse de la langue française pour qualifier l’évolution des mouvements de masse  d’une manière moins connotée et moins stigmatisante.

Il faut utiliser la richesse de la langue française : le mot « radicalisé » ne veut pas dire « djihadiste ». On pourrait utiliser ce terme dans différentes circonstances.

 

Jean Pruvost, lexicologue et professeur d’université, explique le sens du mot « Radicalisé »

franceinfo « porte-parole » des Gilets jaunes ?

Les messages au sujet des gilets jaunes sont toujours aussi nombreux. Cette semaine, les questions et remarques des auditeurs ont un point commun : « de l’huile sur le feu »… Pour leur répondre, Emmanuelle Daviet, médiatrice, reçoit Erik Kervellec, directeur de la rédaction de franceinfo.

Franceinfo, relais d’opinion

Florence, une auditrice qui estime que Franceinfo, en tant que média très écouté, a un rôle fondamental à jouer pour véhiculer des messages favorables à la tempérance et au rejet de la violence. « J’ai malheureusement l’impression que vous mettez de l’huile sur le feu, à critiquer l’action du gouvernement, à mettre en avant des sondages qui donnent la majorité des Français favorables au mouvement des gilets jaunes. »
Le marqueur de franceinfo a été pendant très longtemps d’être une radio factuelle et le reproche adressé ici c’est que l’antenne serait devenue un relais d’opinion, une radio d’information orientée qui attiserait le désordre.

Franceinfo a toujours été un thermomètre de la société : il indique qu’il y a une surchauffe dans la société aujourd’hui. Notre vocation est de donner une photo d’un fait d’actualité majeur sans le déformer.

Trop de micros-trottoirs

Dans le contexte du mouvement des Gilets jaunes, nous entendons beaucoup d’avis, de points de vue sur l’antenne. Marc, un auditeur déplore les micros-trottoirs. Il écrit : « vos journalistes interrogent sur les ronds-points n’importe quelle personne et donc mettent de l’huile sur le brasier ce qui n’est pas déontologiquement le rôle du journalisme. Arrêtons sur les chaînes publiques de brosser la colère ou l’hystérie dans le sens du poil ! Arrêtons de tendre le micro à n’importe qui. »

J’indique à cet auditeur que le micro-trottoir, est un mode de consommation médiatique et une pratique journalistique qui, au sein même des rédactions, a ses partisans et ses détracteurs.

Quel est l’intérêt journalistique du micro-trottoir ?

C’est un enchaînement d’avis très courts sur une question, il est sensé représenter l’opinion. Souvent ça ne marche pas, c’est une construction intellectuelle du journaliste qui jette sa propre vision des choses. C’est pour cela qu’à franceinfo on ne fait pas de micros-trottoirs. En revanche, on donne à entendre l’expression de certains avis de gens qui sont représentatifs d’une colère et d’un état d’esprit.

Est-ce que toutes les paroles se valent ? Olivier écrit « Comment peut-on passer sur une radio publique une interview d’un gilet jaune qui veut faire connaitre à Monsieur Macron le même sort que Louis XVI…. Il serait de bon ton en ces temps difficiles que Franceinfo prenne du recul et ne cherche pas elle aussi le scoop de caniveau. »

Erik Kervellec, comment une antenne d’information continue donne-t-elle la parole sans trahir son éthique et la déontologie propre à un média de service public ?

Dans ce conflit, on se retrouve dans une situation inédite : il n’y a pas de porte-parole. Pour autant, est-ce qu’on ne devrait pas donner la parole aux gens ? Non, on doit donner l’expression de cette colère qui existe et occupe l’actualité. Sur cette question là en particulier, si c’était à refaire nous ne le referions pas, ce sont des propos outranciers.

Le choix de l’info sur France Culture

France Culture « Radio Pro-Macron » ?

pour y répondre Frédéric Barreyre, directeur de la rédaction au micro de la médiatrice des antennes

 

Sophie, une auditrice de Marseille. « Depuis un an mes oreilles sont trop régulièrement irritées par un certain son lorsque j’écoute quotidiennement vos journaux : 8 heures, 12h30,et  18h. Ce son qui irrite mes oreilles , à la longue, est le nom de l’actuel président de la république. Il ne se passe pas une journée et sans doute une édition parmi les journaux sans que le nom d’Emmanuel macron soit prononcé, ses paroles, ses prises de position sur tel ou tel sujet.

J’ai commencé à écouter France Culture sous le mandat de Nicolas Sarkozy puis sous celui de François Hollande. Je n’ai jamais autant entendu de relais des actions et paroles présidentielles sur vos antennes pour l’un comme pour l’autre. Il m’est alors très difficile de croire que votre maison ne subisse aucune pression de l’Elysées en ce sens. On connait le gout de l’actuel président pour le contrôle de la communication »

Je peux vous assurer que nous ne subissons, à la rédaction de France Culture, aucune pression de l’Elysée ou de quiconque.
Il y a une loi sur les temps de parole politique, le CSA s’attache à vérifier que nous respectons bien ces règles : Emmanuel Macron et ses 35 ministres et secrétaires d’Etat doivent bénéficier  d’1/3 du temps de parole politique sur les antennes. C’est à dire que sur 1 heure de parole politique sur France Culture comme sur toutes les antennes de l’Audiovisuel, 20 minutes sont consacrées au Gouvernement, 40 minutes pour tous les autres partis politiques. (66 % du temps de parole, 33 % pour l’Exécutif). Cette règle garantit le pluralisme politique qui est une des bases de notre Démocratie.

 

Le pluralisme sur France Culture

Jean-Louis : Sur l’Europe et les prochaines élections vous donnez la parole à LREM et au Rassemblement National (RN) comme s’il n’y avait aucune alternative autre que celles représentées par ces deux clans, toutes les deux mortifères pour les peuples européens. Je n’imagine pas que vous soyez aussi simpliste, je pense que vous êtes en service commandé pour une fois de plus installer en face du pouvoir en place l’extrême droite en espérant sauver le soldat Macron. Vous ne faites  pas votre travail d’information, en installant le RN comme seule alternative.

Nous ne sommes pas en « service commandé » mais en revanche, chaque vendredi dans le journal de 12h30, nous avons installé une case « Europe » avec un invité européen. Nous avons effectivement invité Nicolas Bay. Sur dix rendez-vous depuis la rentrée de la grille en août dernier, c’est le seul membre du RN que nous avons reçu. Je suis très inquiet de tous ces reproches, de cette violence contre les journalistes. Jean-Luc Mélenchon, notamment a appelé à « pourrir » les journalistes, et c’est un coup de couteau très sévère porté à la liberté de la presse. Ce n’est pas normal que des reporteurs se fassent agresser. C’est très grave, c’est insupportable que mon collègue de BFM TV se fasse lyncher par des Gilets Jaunes. Nous sommes là pour informer. Un journaliste digne de ce nom n’est ami avec personne, on ne milite pour personne. On informe, nous sommes libres….

 

 

Quelle est la ligne éditoriale de l’information sur France Culture ?

Message d’un autre auditeur : 100% d’internationale aujourd’hui au journal de midi. Vous avez des consignes de Jupiter »

Donc nous avons vérifié il s’agit du journal du 25 novembre, lendemain de la journée d’actions des gilets jaunes avec notamment les scènes de violence sur les Champs-Elysées et vérification faite, en effet des informations exclusivement internationale dans cette édition… Comment expliquez-vous ce choix ?

Je le répète nous n’avons de consigne de personne. On peut faire des erreurs d’appréciation. Ce 25 novembre est le jour où la crise commence entre la Russie et l’Ukraine. Quant aux Gilets Jaunes, un reporteur était sur place, en donnant la parole à tout le monde.

 

 

 

Gilets jaunes : Neutralité ou partialité des journalistes sur franceinfo ?

Le traitement des sujets d’actualité sur franceinfo pour y répondre Vincent Giret, directeur de franceinfo, au micro d’Emmanuelle Daviet, Médiatrice des antennes de Radio France

 

Neutralité et partialité des journalistes ?

Les messages reçus cette semaine sont encore une fois très largement consacrés aux Gilets jaunes.
Jacques écrit: « La surexposition par franceinfo du sujet « Gilets jaunes » crée une énorme caisse de résonance pour ces personnes et les survalorise de sorte qu’au lieu de transmettre de l’information, vos journalistes créent l’information. L’amplification donnée à tel ou tel événement fait de vous des acteurs, voire des manipulateurs. Où est votre soi disant neutralité? »

C’est très important de dialoguer avec nos auditeurs. Nous devons leur expliquer les choses. Cette impartialité que réclame cet auditeur, nous la défendons et la pratiquons au quotidien. Nous avons une éthique, une charte de déontologie, une pratique journaliste qui font que franceinfo n’est pas une radio partisane. Nous faisons du débat contradictoire et du factuel qui permet d’éclairer par exemple sur la fiscalité et sur bien d’autres sujets.

Valoriser certains angles de l’actualité ?

Dominique, fidèle auditeur de franceinfo s’interroge: « J’ai un peu de mal à comprendre pourquoi vous ne faites que la promotion des gilets jaunes. Vous feriez bien d’avoir une vraie analyse sur leurs revendications. Vous feriez bien aussi de mettre en évidence tous les dégâts causés par ce mouvement : casses massives / mise en péril de l’activité économique de nos territoires pour les commerçants et les PME ».

Nous avons le sentiment de le faire, c’est pour cela qu’il est important d’avoir le retour des auditeurs.
Un responsable de la police expliquait récemment sur franceinfo, quels ont été les dégâts, quels étaient les dispositifs de sécurité mis en place.

Parti pris, sensationnel …..retour sur le traitement journalistique

Sur un plan journalistique : est-il  plus facile d’interviewer ceux qui crient et moins intéressant de donner la parole à ceux qui subissent en silence ?

Bernard, lui, est plus nuancé et observe qu’avant-hier, jeudi donc, la parole a été donnée à des personnes non gilets jaunes et qu’il y a eu des infos sur les radars détruits. Il estime que « prolonger dans ce sens une information plus équilibrée honorerait une radio publique qui devrait être à l’écoute de tous ces citoyens et non être trop souvent le « tam-tam » de ceux qui défendent leurs intérêts particuliers. Si la fonction de journaliste est respectable et utile, elle ne peut rester aussi marquée qu’elle l’est actuellement. »

Je reprendrai la totalité des propos de cet auditeurs, nous ne sommes pas là pour faire du « tam-tam »; nous sommes là pour faire du factuel, de l’info contradictoire. Nous sommes là pour donner des éléments de compréhension. Quand une actualité comme celle des « Gilets jaunes » « feuilletonne » (jargon de journaliste), mouvement non achevé, qui essaie de s’organiser, et d’obtenir des moments de rencontres avec les politiques etc…cette actualité n’est pas finie.

Quand on fait du reportage, comme c’est le cas à franceinfo avec son grand service reportage, ça nous permet d’aller voir tout le monde, tous les protagonistes (le content et les mécontents). Nous prenons notre mission très au sérieux, ne pas faire de « tam-tam », et d’être vigilant pour faire s’exprimer tous les points de vue dans cette actualité.

Cette analyse est partagée par d’autres auditeurs, que leur répondez-vous ?…

« Je suis saturée: vous hystérisez tellement cette actualité  que vous empêchez à ses acteurs d’évoluer vers le dialogue et d’aller de l’avant et sans vous en rendre compte vous nous amenez doucement vers une gouvernance d’extrême droite où là il n’y aura plus de liberté d’expression. »

La critique des médias est fondamentale, c’est bien de les critiquer, mais je ne partage pas son point de vue. Il y a une responsabilité particulière dans l’information, une exigence. Nous avons une responsabilité dans l’organisation du débat public, qui est également celle des politiques.