Traitement éditorial de l’édition 2020 de Roland Garros

STEPHANE-ALLAMAN et MARCO BERTORELLO AFP

Emmanuelle Daviet reçoit Vincent Rodriguez directeur des Sports de Radio France.

Emmanuelle Daviet : Des auditeurs estiment que la couverture médiatique de l’ouverture du tournoi de Roland-Garros, il y a quinze jours, a écrasé l’actualité et ils ne comprennent pas pourquoi tant d’importance a été accordée ce jour-là à ce tournoi.

Vincent Rodriguez : C’est vrai que nous avons largement couvert l’ouverture du tournoi de Roland-Garros, alors pourquoi ? Pas uniquement pour mettre en valeur les affiches sportives. Nous avons voulu montrer ce qu’était un tournoi du grand chelem, à Paris, en période de Covid au cœur de l’automne et quasiment sans public. La pluie, le vent, les allées vides, le son des échanges qui résonnent comme dans une cathédrale presque jusqu’à la Porte d’Auteuil, les boutiques désaffectées. Et puis il y a aussi toutes les questions financières, par exemple la billetterie de Roland-Garros est un poste essentiel pour la Fédération Française de Tennis. Pendant la période du tournoi cela génère 520 000 entrées qui génèrent des recettes très importantes. Cette année la jauge a été revue et réduite à 15000 personnes sur la quinzaine, pas besoin de calculatrice, le manque à gagner est énorme. Et c’est tout l’écosystème du tennis qui tremble aussi bien pour les organisateurs de Roland-Garros que pour les petits clubs de quartier qui bénéficient des subventions fédérales. Nous avons donc beaucoup de choses à raconter depuis le début du tournoi en plus des matchs de tennis que nous suivons en direct.

Emmanuelle Daviet : Remarque d’une auditrice : « J’ai cru remarquer une part d’antenne plus grande consacrée aux joueurs qu’aux joueuses dans les journaux. Par exemple il me semble qu’il y a eu une interview du joueur arrivé en 8ème de finale, j’ai même entendu parler de son jeu créatif. Pour la jeune fille j’ai juste entendu qu’elle avait été éliminée. Bref je me demandais si c’était une impression ou si votre radio favorisait, sans le vouloir, le sport masculin dans son traitement de l’information ? »

Vincent Rodriguez : Je confirme à notre auditrice que ce n’était qu’une impression, car nous traitons le sport sans distinction de genre. Nous avons couvert aussi bien le tournoi masculin que le tournoi féminin. Si notre auditrice a cette impression d’avoir entendu plus de commentaires de notre part sur le tennis masculin que sur les matchs féminins du tournoi c’est peut-être, parce qu’au cœur de cette compétition nous avons mis l’accent sur cet incroyable match dimanche dernier qui a opposé le jeune Hugo Gaston, le petit français au 3ème joueur mondial, Dominic Thiem, ce match a mobilisé nos reporters et a suscité de très nombreux commentaires et de très nombreuses réactions pendant quelques heures. Pas de distinction de genre vous pourrez le vérifier encore cet après-midi, où l’essentiel de l’information sportive sur franceinfo que nous allons traiter sera consacrée à la finale dame de Roland-Garros.

Emmanuelle Daviet : Vous dirigez la direction des Sports de Radio France, en ce week-end de finale de Roland-Garros, quel regard portez-vous sur le traitement éditorial de ce tournoi qui s’est tenu dans des conditions hors-normes et d’ailleurs dans ce contexte quelles ont été les difficultés rencontrées par vos journalistes ?

Vincent Rodriguez : Je suis presque convaincu que dans des décennies les ouvrages de tennis consacreront des chapitres entiers à ce Roland-Garros 2020. Trois tests PCR pour nos journalistes dans le tournoi, les reporters radios enfermés et isolés dans des cabines de commentateurs, sans contact possible avec les joueurs, reclus eux-mêmes dans une bulle sanitaire qui récupèrent leur panier repas dans un sac en papier devant leur hôtel. Une fois que je vous ai dit ça et il faut tout de même relativiser, nous les journalistes et les joueurs, pour qui c’est la même chose, nous étions présents sur place, grâce notamment aux efforts des organisateurs et de la Fédération Française de Tennis. C’était donc, pour nous journalistes, un peu particulier, mais nos avons quand même pu faire notre métier, ça il faut le souligner.

Emmanuelle Daviet : Lundi matin les journaux reviendront-ils sur la finale de Roland-Garros ?
Je vous pose la question car régulièrement des auditeurs s’étonnent de ne pas entendre parler le lundi matin d’une actualité forte qui a marqué l’univers sportif le dimanche. Dernier exemple en date le Français Julian Alaphilippe champion du monde de cyclisme, le dimanche 27 septembre, on en parle le jour même et pas ou très peu le lendemain. Pour quelles raisons vous demande les auditeurs

Vincent Rodriguez : C’est le temps de la radio. Pour reprendre cet exemple sur le cyclisme et Julian Alaphilippe, il y a quinze jours nous avions largement consacré nos informations du dimanche après-midi et du dimanche soir à cette victoire, à ce champion du monde français, cela faisait 23 ans que ce n’était pas arrivé. Mais le lendemain nous étions dans un autre temps, le temps de la matinale, la matinale où nous traitons de l’information sportive récente, l’information de la fin de soirée, l’information de la nuit. Nous orientons davantage notre regard vers l’information du jour.