Les journalistes sont-ils trop pessimistes ?

ARNAUD FINISTRE AFP

Dans la Lettre de la médiatrice #19, Emmanuelle Daviet répondait aux auditeurs qui reprochaient le pessimisme des informations données par les journalistes. Sa réponse à lire ici :

Au fil des semaines, la critique à l’égard des informations négatives délivrées sur les antennes s’amplifie. Outre le climat, déjà très installé, de défiance à l’égard de la presse, cette ère nouvelle d’incertitudes et d’anxiété générée par la situation sanitaire, attise un penchant bien ancré : faire endosser aux médias une part de responsabilité.  

Dans les courriels, la critique vise les choix éditoriaux et directement les journalistes, accusés de faire sombrer un peu plus le pays dans un pessimisme gluant : « Dans cette crise les journalistes auront une responsabilité énorme, jamais un regard positif sur ce qui est fait, la critique est facile !! » « Vous contribuez à infantiliser et à renforcer le pessimisme des Français déjà plus élevé que dans les autres pays, en mettant systématiquement l’accent sur les dangers, les inconvénients, les risques des mesures prises ». Pour les auditeurs, les angles retenus par les rédactions restent trop souvent anxiogènes : « Après le tableau effrayant brossé et entretenu heure par heure par ces journalistes en mal de copie, les voilà qui osent entonner une nouvelle antienne : les Français ont peur ! ». 

Choix de reportages, hiérarchisation de l’information, invités des émissions, manière de mener les interviews, tout passe au crible de la critique frontale et parfois outrageuse :  « Je souhaitais savoir pourquoi la parole n’est donnée depuis le début de la crise du covid qu’à des « pseudos spécialistes » allant tous dans le sens d’une exagération de la dramaturgie. ». De quels critères dispose-t-on pour mesurer le phénomène d’exagération face à une pandémie hors-normes ? Par ailleurs, les micros ne sont pas ouverts à des « pseudo-spécialistes » mais au contraire à des professionnels médecins, scientifiques, chercheurs, universitaires. Les rédactions veillent très scrupuleusement au profil des interlocuteurs choisis comme l’explique Richard Place, directeur adjoint de la rédaction de Franceinfo, dans le rendez-vous de la médiatrice du 2 mai 2020 

Cependant, indiscutablement, depuis le début du confinement les antennes ont pris une teinte particulière, trop sombre au goût de certains auditeurs – même les plus fidèles – comme ce couple qui écoute « son antenne » depuis 40 ans : « La matinale depuis le confinement nous « fatigue », nous déprime. Il n’y a plus d’espoir dans le futur, il n’y a que des infos désespérantes, des commentateurs tristes qui proposent des invités annonciateurs d’un futur catastrophique. Nous sommes persuadés que cela ne représente pas véritablement notre pays. La France ce n’est pas seulement un pays en faillite, c’est un pays encore créatif qui est plein de forces qui méritent un temps d’antenne équivalent.»

Cette perception d’une information monochrome traduit l’envie d’une autre vision de notre pays, le désir aussi d’entendre une pluralité de points de vue. Au regard de la richesse des programmes et journaux d’informations proposée par les antennes de Radio France, il est difficile de penser que chaque auditeur n’y trouve pas son compte en matière de diversité d’opinions. Cependant qu’il y ait une critique de la « couleur » des informations est concevable, mais ce qui pose davantage problème c’est d’attendre de la part des médias une sorte de réenchantement du monde. Or ce n’est pas leur mission. Les médias donnent les faits, racontent ce qui se passe à travers la planète, d’où la prépondérance des nouvelles négatives et le moindre écho donné à celles plus légères et positives. Chacun reconnaîtra que pour l’heure, et malgré le déconfinement prévu lundi 11 mai, l’actualité immédiate n’offre pas une grande latitude pour parler de faits réjouissants et de perspectives enthousiasmantes.  

Croyez-le, aucun journaliste ne se complait dans le quotidien sinistre que nous côtoyons tous. Derrière votre poste, devant nos micros, nous vivons tous cette crise sanitaire, cette pandémie, ce confinement. Dans ce contexte les journalistes s’efforcent de faire au mieux leur travail d’information. 

Néanmoins, comme le rappelle à juste titre ce couple d’auditeurs : « La France (…) est un pays encore créatif qui est plein de forces ». Un pays en effet porteur d’énergies, d’audace, fort de sa diversité et surtout d’une vitalité toujours à l’œuvre pour partager les valeurs qui nous animent, en particulier à Radio France. Des valeurs nécessaires pour engager les interactions et favoriser le débat démocratique afin de produire une conscience commune.  

Emmanuelle Daviet

Médiatrice des antennes

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