allocution présidentielle

15/10/2020 15:31 Radio France

Bonjour,
Auditrice de Radio France depuis de nombreuses années, notamment de France Inter et France Info, je suis de plus en plus souvent étonnée et déçue par le contenu des journaux d’information.
Dernière déception en date: depuis l’annonce de la prise de parole du président de la république prévue ce mercredi 14 octobre, les journaux sont composés de supputations ; supputations qui m’apparaissent stériles et dangereuses.
Trois remarques :
- Vous augmentez fortement le climat anxiogène : pendant 3 jours, on anticipe sur le mal à venir, les frustrations, les privations alors qu’elles ne sont qu’hypothèses. Pendant ces trois jours, nous gagnerions en sérénité si l’accent n’était pas mis sur des incertitudes.
- S’interroger sur l’acceptation future de la population, c’est prendre pour acquis qu’il y aura du refus et encourager (involontairement, je n’en doute pas) la non-acceptation des mesures supposées, idée dont les contestataires « de métier » vont s’emparer sans modération sur les ondes, plateaux et réseaux sociaux.
- Attendre 3 jours pour savoir ce qui sera dit n’est pas insurmontable ; vous participez au besoin d’immédiateté, à une forme d’impatience qui est une des marques de l’époque actuelle, d’ailleurs souvent regrettée par vos invités.
D’un point de vue journalistique, ce sujet masque les autres nouvelles, les autres FAITS. Un journal d’information devrait se focaliser sur les faits et non sur les possibles. Les journaux sont définis comme des rendez-vous d’information mais supputer n’est pas informer.
Autres questions :
- Pourquoi personne ne réagit-il jamais à la remarque selon laquelle « il est improbable qu’une personne de 80 ans se soit contaminée dans un bar après 22 h » ? Remarque ironique, méprisante, déplacée mais surtout stupide puisqu’on sait que les aînés sont en partie contaminés par les jeunes qui fréquentent les bars.
- Pourquoi parle-t-on si peu du nombre grandissant de moins de 40 ans qui sont à leur tour gravement contaminés ? Informer, n’est-ce pas tout dire, être le plus exact possible ?
Etre exact, et aussi proportionné. La place donnée à la parole contestataire est disproportionnée ; des sondages montrent que la majorité des Français est favorable à des mesures strictes, et les respecte. L’image donnée par ce focus sur les réfractaires leur donne un « pouvoir » (pensez à tous les moutons de Panurge) qui met en danger la protection contre la pandémie et abîme la cohésion sociale.
Pour moi auditrice, m’informer auprès de vous c’est être incitée à une réflexion mûrie, adulte, citoyenne et responsable.
Radio France cèderait-elle à la concurrence des médias populistes ? Ce serait dommage, elle devrait avoir plus confiance en elle et en nous, qui vous écoutons justement pour échapper aux dérives de vos concurrents.
Les journalistes d’information, en dépit de leur talent, de leur sérieux, se rendent-ils compte du mal qu’ils font?
Cordialement,
Cordelia