Formules toutes faites

02/09/2020 14:54 France Inter

Bonjour à la rédaction de France Inter,
Je suis assez effaré par l'usage que vous faites de formules toutes faites. En sus des erreurs chroniques liées à une mauvaise acquisition de la langue française —en vélo (en, c'est uniquement lorsqu'il y a un habitacle, autrement c'est "à"), les élections présidentielles, les municipales partielles de telle ou telle ville (un seul poste à pourvoir, donc singulier, l'élection), clôturer des débats (clore, car clôturer c'est uniquement pour du "matériel", comme un champ), employer le terme "chrétien" quand on parle des seuls catholiques (tous les catholiques font partie des chrétiens, mais tous les chrétiens ne sont pas forcément catholiques, comme les protestants, les orthodoxes, etc.)— et je ne vais pas faire toute la liste de vos faute quotidiennement répétées.
C'est un tout petit peu comme si vous vous contentiez (puisqu'on retrouve les mêmes approximations dans toute la presse) de répercuter le vocabulaire des communiqués des agences de presse, vos sources, sans vous poser de questions sur le sens des mots.
Depuis l'année dernière, à votre antenne, car il faut aussi dire ce qui fonctionne bien, on ne parle plus de "la journée des femmes", formule qui fait son lit à l'expression machiste "la journée des bonnes femmes", mais la journée "du droit des femmes". Enfin ! L'un de mes énervements cycliques à votre écoute (marronnier personnel) vient de tomber ;)

Pour en revenir à l'actualité, c'est sur votre propre site que j'ai trouvé la preuve de l'incongruité de l'usage fautif généralisé (donc pas seulement vous) du terme "blasphème". Voir ci-dessous la citation de Isabelle de Gaulmyn sur votre antenne. Il est hors de propos de prétendre que Charlie pratique le blasphème, au moins à titre collectif, car la rédaction de Charlie n'est pas musulmane. Seul le croyant pratique le blasphème. C'est un reproche qui ne peut être fait qu'en interne à une religion. C'est simple. Quelqu'un comme moi qui est totalement athée n'a même pas lieu (ni personne à sa place) de se poser la question du blasphème. Blasphémer suppose de croire.

"Donc, par définition, le blasphème est une affaire intrareligieuse : n’est blasphématoire un acte qu’aux yeux du croyant lui-même. Pour le non croyant, cela est indifférent. Donc au sens strict, on ne peut considérer un acte blasphématoire que s’il a été proféré par le croyant. C’est donc l’affaire de la religion elle-même." Isabelle de Gaulmyn, chroniqueuse sur France Inter le 10 juin 2017, "Le délit de blasphème existe-t-il encore en Europe ?" (voir votre site)

Le sens juste des mots, qui se perd dans notre société, c'est ça votre métier, non ?
De toute façon, malgré ça, et même malgré la pub, France Inter est ma radio de référence.