Instant M : interview de Laurent Joffrin

02/01/2020 12:52 France Inter

Bonjour,
J'aime beaucoup France Inter que j'écoute plusieurs heures par jour et je n'ai pas l'habitude d'écrire ou de donner mon opinion mais là, on aurait dit un procès en bonne et due forme alors que c'est le seul journal qui a eu le courage de faire son autocritique.

C'était agressif et gratuit, absolument pas une attitude journalistique. Qui dit que dans 30 à 40 ans on ne trouvera pas insupportable certains propos de France Inter ? Aucune analyse sur les évidences d'une société passée et surtout beaucoup d'indulgence pour les autres journaux qui n'ont pas eux fait d'éditorial.

Cela m'a peiné que France Inter se positionne comme un média qui sait tout mieux que les autres, un peu d'humilité serait profitable et plus de nuance appréciable.

Bonjour,

Nous avons bien pris en compte votre message à propos de l’émission l’Instant M sur France Inter avec Laurent Joffrin.

 

Dorothée Barba, qui assure l’Instant M en ce moment, vous adresse sa réponse :

 

« Chères auditeurs, chères auditrices,

 

Vous avez été nombreux à nous écrire après « l’instant M » de mardi 31 décembre. Je recevais Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération, pour évoquer l’affaire Matzneff. Le journal a fait, depuis vingt ans, une autocritique sans équivoque sur la complaisance dont il a fait preuve à l’égard de la pédocriminalité. Laurent Joffrin a signé cette semaine un édito sans ambiguïté : « C’est un fait que Libération accueillait en son sein un certain nombre de militants qui revendiquaient leur goût pour les relations sexuelles avec des enfants et tenaient qu’il fallait dépénaliser ces comportements au nom de la libération sexuelle. »

 

Je l’ai invité au micro de France Inter pour revenir sur ce mea culpa et pour évoquer ce qui, dans l’histoire de son journal, pouvait expliquer cette apologie de la pédocriminalité. Cette émission était aussi l’occasion d’aborder un sujet que je crois important : quels mots employer aujourd’hui dans la presse pour parler de ce sujet sensible? Est-il pertinent, par exemple, d’utiliser le mot « ébats », comme le fait Libération, pour évoquer ce qu’un homme de 50 ans fait subir à une fille de 14 ans? L’emploi du mot « pédophile » plutôt que « pédocriminel » minimise-t-il la gravité des faits? Laurent Joffrin ne le pense pas, et il a eu l’occasion de le dire.

 

Quelle que soit votre opinion sur le sujet, j’espère que cette interview vous a donné à réfléchir, car telle était son ambition. Le ton était vif, certains d’entre vous en ont été heurtés. Mon rôle était, je crois, d’apporter de la contradiction pour un échange constructif et enrichissant. Vos réactions prouvent que la sémantique, le choix des mots, est très loin d’être un détail. Le vocabulaire employé par les journalistes est un révélateur du regard d’une société sur ses maux.

 

Un grand merci, chers auditeurs, chères auditrices, pour votre exigence, qui nous oblige, et pour votre fidélité à France Inter.

 

Je vous souhaite une année coruscante. En voilà un joli mot ! (Une définition ? Coruscant : qui brille intensément, qui scintille).

 

Bien à vous,

Dorothée Barba »

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