#24 Langue française

Chance ou Risque ?

Qu’est-ce que cela m’agace de vous entendre dire « vous avez plus de « chances » de vous faire arrêter, contrôler, etc… Je crois, je suis même sûre, moi la grand-mère arabo-berbère qui a subi plus d’actes racistes que dans son enfance en Algérie, que le terme approprié serait « il y a plus de risques  » R.I.S.Q.U.E.S. » cela ne veut pas dire la même chose !

Anglicismes

Monsieur Jérôme Colombain, il me semble vous avoir entendu dire dans le rendez-vous de la Médiatrice sur Franceinfo le samedi 6 juin que vous préfériez « e-mail » à « courriel ». Je vous dis ce que j’explique à des Canadiens: mail vient du mot français « malle poste ». Vous voyez? Cette malle fixée à l’arrière des « diligences » fonctionnant sur des trajets définis. Les britanniques ont adopté ce couplage, transporter des gens sur des trajets définis et acheminer/distribuer des objets, dont le courrier. C’est donc avec fierté que j’utilise et dis mail ou e-mail. Beaucoup de mots anglais viennent du français ou du latin. Maladie peut se dire desease. Qui n’est rien d’autre que « dés-aise », opposé à « bon aise ». Une autre fois je vous parlerai de ce « pas tout le monde »… employé comme sujet et qui a remplacé « peu de »… gens… personne… etc.

Mercure

Lundi, un auditeur nous écrit : 

La ou le chroniqueur météo du 7/9 de France Inter utilise toujours le terme « le mercure » pour dire la température. Vous conviendrez avec moi que cette expression n’a plus aucun sens il n’y a plus de mercure dans les thermomètres c’est même interdit. Il serait souhaitable de bannir ce tic de langage qui ne fait pas honneur à la langue française. 

Mardi, un auditeur, fidèle du site de la médiatrice et des antennes, lui répond :

Je m’étonne de ce que certains de vos auditeurs s’offusquent de l’utilisation du mot « mercure » pour parler de la température. La langue ne reflète pas seulement l’état présent de la société, de la technique et des mœurs, elle se construit par strates, qu’il serait dommage d’effacer car ce serait effacer notre passé. C’est pourquoi on peut aujourd’hui être « désarçonné », qu’on est à mille « lieues » de penser ceci ou cela, qu’on parle des « bancs » de l’école, de « férule », de travailler pour le « roi de Prusse » et que tout amoureux a senti son cœur « battre la chamade », même si l’on n’utilise plus de tambour à la guerre. Alors de grâce, laissez-nous ce charmant mercure qui nous rappelle le temps passé. Nous aurons peut-être un jour le plaisir d’en expliquer la signification à nos petits-enfants. 

Avion vert

Dans son journal, votre présentateur a utilisé l’expression « avion vert » ! Je ne serais pas habitué à l’usage régulier de la novlangue sur les antennes et dans tous les médias dominants, je me représenterais un avion peint en vert (Mais pourquoi donc ? Quel intérêt d’en parler ?) En réalité, on veut nous dire « avion écologique », comme on nous parle de « voiture propre ». Faut-il rappeler qu’il s’agit d’oxymores ? Tout véhicule à moteur est par nature sale, que la pollution soit immédiate par un pot d’échappement en particulier ou antérieure et différée par la production de centrales d’énergies dites renouvelables. Sur ce dernier point, il suffit de lire Guillaume Pitron pour ne pas en douter. Comment alors se fait-il qu’un présentateur de journal utilise une telle expression ? Selon moi, deux réponses sont possibles : soit l’ignorance, ce qui est problématique en la situation, soit la défense d’une idéologie ou d’intérêts particuliers. L’usage d’expressions émanant des industriels et/ou du gouvernement peut laisser opter pour la seconde option. Existe une autre possibilité néanmoins, celle d’une imprégnation idéologique telle qu’il n’est plus possible d’avoir un langage objectif. Ce qui serait grave également. Il me semble indispensable d’utiliser un langage neutre. N’est-ce pas ce qu’un auditeur est en droit d’attendre ?

Anglicismes

A France Inter on est CASH, on a pas peur de se crasher, on est très « fake news », on s’anglicise sans vergogne on nous podcast du live en streaming. On nous parle newsletter, press people, leadership et autre challenge. On trust, on spoile en envoyant un hashtag pour faire du buzz sur le net. A présent c’est très « tendance » sur France Inter d’utiliser du charabia anglicisé tellement trendy pour être au top dans les charts. Aucune créativité pour contre balancer cet appauvrissement linguistique. Mais que vous arrive-t-il ? Ressaisissez vous pardi !

Maman

Reportage sur votre antenne, visite dans un Ehpad : « Victor, 67 ans, vient voir sa maman… ». Pourquoi ne pas dire « sa mère », et laisser le mot « maman » là où est sa place, à savoir la sphère privée ? L’utiliser ainsi dans le domaine public, c’est infantiliser l’auditeur. Que cette mièvrerie est déplaisante ! Monsieur le journaliste, retournez à votre dictionnaire pour savoir quel mot utiliser dans quel contexte. 

Gageure

Cher journaliste de la matinale, Vous êtes un homme cultivé, respectueux de la langue, habituellement, mais vous êtes tombé dans un travers fréquent de mauvaise prononciation : je vous rappelle que le mot « gageure » se prononce « gajure » . 

Merci de rappeler à votre journaliste que dans « gageure » (qui signifie « fait de gager », autrement dit de parier), on prononce le « u » comme dans « vergeure » (qui désigne chacune des fines lignes horizontales parallèles dans le filigrane du papier vergé) et comme dans tous les autres mots en « -ure » : « couture », « allure », « voilure », « carrure », « embouchure », « envergure »… Pour éviter que « gageure » soit prononcé comme « majeure », la réforme orthographique récente a d’ailleurs proposé la graphie « gageüre », avec un tréma sur le « u », qui reste cependant peu usitée. 

Oups! La gageure se prononce comme allure et non comme chaleur

Je vous aime bien, mais vous m’avez fait tressaillir ce matin, avec le mot gageure, qui se prononce « gajure », le « e » n’étant là que pour ne pas prononcer « gagure ». J’ai eu un prof de français extrêmement pointilleux, je vous en fais profiter !

Gageure se prononce « gajure » et non gage heure !! Sinon tous mes compliments vous êtes très bon continuez !

Cash

A-t-on encore le droit de parler d’argent liquide, ou d’espèces en lieu et place de « cash » ? (loi Toubon de 1994…)

Individus / Collectif

Des termes tels que « forces de l’ordre », « personnel » ne désignent pas des individus, mais des collectifs. Donc des expressions telles que « une force de l’ordre », pour désigner un policier, ou « un personnel soignant » pour un-e MEMBRE du personnel soignant, sont fautives, bien qu’utilisées sur vos antennes surtout sur Franceinfo

Bien nommer les gens

De façon générale j’écoute et aime beaucoup France Inter. Une remarque sur les mots, parce que comme disait l’autre, le monde va assez mal comme ça sans qu’en plus on nomme mal les choses.  
Un noir-américain, ou un homme noir-américain.  
Un handicapé, ou une personne handicapée.  
Une blonde, une fille blonde.  
Un arabe, un homme arabe. 
La différence n’est peut-être pas énorme, et pourtant. Quand on oublie le substantif, on réduit la personne à son qualificatif. On l’enferme dedans (sa couleur, son handicap) en lui niant son identité, son humanité, sa personnalité en dehors de ce trait de caractère. 
Désolée, ce sont de grands mots, mais je vous promets que quand c’est une personne handicapée qui vous explique ce détail, ça vous imprime profondément.

Race

Votre invité a utilisé le mot « race » pour dénoncer des actes racistes, or les « races » n’existent pas, c’est un FAIT scientifique incontesté depuis des décennies. Prononcer ce mot découvre un arrière plan d’un raisonnement désué qui décrédibilise totalement ses propos.

Je suis atterré d’entendre sans cesse les mots « race », « racisme » et « raciste ». Radio de service public, France Inter gagnerait en pédagogie à ne plus utiliser ces terminologies qui portent en elles même ce mal qui ronge nos sociétés. Il faut rappeler AVEC FORCE qu’il n’existe pas de notion de race chez l’homme. Tant que vous continuez à utiliser ces mots, vous serez complices d’entretenir ce que vous appelez le « racisme ». Ce mot qui porte lui même ce mal peut selon moi être remplacé par xénophobie, peur de l’autre, peur de la différence, etc… Merci de relayer ce message qui me semble capital. Les mots peuvent avoir une puissance incroyable…

Réchauffement climatique

Votre journaliste a employé les termes « réchauffement climatique ». Étant donné le temps qu’il fait depuis plusieurs jours, on ne peut pas parler de réchauffement, mais de dérèglement si. Je sais bien que ce message ne sert à rien puisqu’à France Inter, ceux qui causent dans le poste détiennent la Vérité et ce n’est surtout pas un auditeur qui fera changer quoique ce soit, et encore moins s’il s’agit d’aller dans le sens de l’amélioration.

Anglicisme

Vous avez abordé ce sujet ce samedi 6/6. Je voudrais compléter les remarques faites en soulignant l’usage que je trouve abusif du mot « bénéfice », transposé de l’anglais « benefit ». 
En français « bénéfice » est un mot de comptabilité, et un « bénéfice » peut s’exprimer en pourcentage de chiffre d’affaires. Il ne peut donc pas y avoir de « bénéfice » d’un traitement contre le Covid ! 
Le mot français qui convient est « avantage ». 
On pourrait faire la même remarque sur « challenge » au lieu de « défi », et bien d’autres. 
Pourrait-il être envisageable que les journalistes, notamment de Radio France, soient des jardiniers de notre langue, plutôt que ses fossoyeurs?