#42 L’édito de la médiatrice

Le visage des guerres

Comme l’hydre aux têtes multiples, qui repoussent à mesure qu’on les coupe, la guerre en 2020 a de multiples visages : guerre sanitaire, guerre de territoires, guerre contre les terroristes… La guerre est le fil rouge des messages de la semaine : du couvre-feu annoncé par le chef de l’Etat, au conflit dans le Haut-Karabagh en passant par la libération de l’otage Sophie Pétronin.

Contemporaine des combats menés sur tous ces fronts, la jeune génération se mobilise elle aussi, pour d’autres causes. Ils ont 20 ans et des propos qui claquent ! France Inter leur a donné la parole tout au long de la journée mercredi 14 octobre. Les auditeurs ont plébiscité cette offensive radiophonique.

Autre combat : celui des idées. C’est le thème du jour sur France Culture : « Que faisons-nous du débat public ? ». Réactions d’auditeurs dans cette Lettre.

Chef de guerre

21 millions de téléspectateurs ont regardé Emmanuel Macron annoncer l’instauration du couvre-feu. Mercredi soir, pendant 45 minutes sur France 2 et TF1, le président de la République a détaillé sa stratégie pour contrer la « deuxième vague » épidémique liée au nouveau coronavirus : un couvre-feu entre 21h00 et 06h00 à partir de samedi et pour au moins quatre semaines en l’Île-de-France et huit métropoles : Grenoble, Lille, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Saint-Etienne et Toulouse.
Le chef de l’Etat a justifié ces mesures par la nécessité d’enrayer l’épidémie qui a fait plus de 33 000 morts dans le pays. L’objectif présidentiel est de faire baisser le nombre de contaminations jusqu’à 3 000 à 5 000 par jour au lieu des 30 000 ce vendredi. Le couvre-feu vise notamment à limiter les moments de convivialité privés, considérés comme des « vecteurs d’accélération » du virus.
Au lendemain de cette annonce, les élus ont réagi sur les antennes de Radio France.

Mercredi soir sur Franceinfo, le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc s’est dit inquiet « des conséquences économiques et sociales de ces mesures ». En plus du confinement, « Toulouse a un facteur aggravant. Pendant 18 mois, on a eu des samedis perturbés très fortement par le mouvement des Gilets jaunes. Donc, il y a des professions qui ont considérablement souffert. » Le maire de Toulouse craint que le couvre-feu soit « le coup de grâce et que ces quatre semaines soient fatales à beaucoup d’entre elles ».

Sur France Bleu Normandie, le maire socialiste de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, invité ce jeudi, « prend acte » de ce « désastre pour le territoire ». Le maire de Rouen en appelle à la « responsabilité et au sens civique » de chacun. Il estime qu’il n’est pas temps de tirer un bilan critique de l’action du gouvernement. « Je ne serai pas le dernier à y contribuer quand il aura lieu », ajoute-t-il, « mais aujourd’hui c’est l’heure de l’action, de l’action républicaine et de la solidarité ».

Le maire Les Républicains de Saint-Etienne, Gaël Perdriau, se montre bien plus critique. « La décision qui a été prise par le président de la République est un aveu de faiblesse », a-t-il réagi sur France Inter ce jeudi matin. Pour Gaël Perdriau, « cela montre l’inefficacité des mesures prises depuis le mois d’août, qui sont venues se superposer les unes aux autres sans qu’on sache vraiment, finalement, si elles sont efficaces. »

Éric Piolle, maire EELV de Grenoble, a estimé ce jeudi sur franceinfo que le président de la République « naviguait à vue » depuis le début de la crise sanitaire. « Il y a une mesure qui vient cibler l’espace privé, là où manifestement se passent les contaminations. Il y aura peut-être moins d’effets pervers que dans les mesures précédentes », a-t-il réagi. Le maire écologiste a fait part de ses « inquiétudes pour tous les restaurateurs et tous les secteurs qui vont sombrer » après l’annonce de ce couvre-feu.

« Je suis en colère », a réagi sur France Bleu Provence ce jeudi Michèle Rubirola, la maire de Marseille. Elle estime que le couvre-feu n’est pas la bonne solution aujourd’hui pour lutter contre l’épidémie. Pour elle, ce « confinement nocturne » va peser trop lourd au niveau économique. « Les Marseillais vont payer, par la suppression de leur plaisir, par une précarisation économique », ajoute-t-elle. Pour Michèle Rubirola, il faut d’urgence investir dans les hôpitaux.

Un avis partagé par un auditeur : « Pourquoi l’Etat n’utiliserait pas les milliards qu’il compte injecter dans une économie (qui ne se relèvera pas) pour armer pour de bon le monde de la santé dignement par un vrai plan hospitalier, hôpitaux connectés, modernisés, équipés et agrandis pour faire face aux défis qui attende les générations futures (vieillissement des populations, bouleversement climatique, pandémies futures etc) ? »
A l’écoute des différentes antennes, les auditeurs ont unanimement réagi pour blâmer des « informations toujours évoquées sur le ton de la critique et pas dans le sens de la mobilisation ».
« Déprimant nos élus, nos politiques qui nous expliquent en permanence que nous manquons de moyens, (de personnels soignants, d’enseignants, de forces de l’ordre, de gardiens de prisons, de juges…) Ils pleurent, râlent à n’en plus finir, déprimant, nos journalistes qui donnent, à longueur de journaux, la parole à ceux qui pleurnichent, ceux qui râlent. Je vous en supplie donnez la parole, posez des questions à ceux qui ont quelque chose à dire, à proposer, à expliquer… »
« Je suis offusquée par les commentaires négatifs (tout le temps) des journalistes sur les dernières mesures prises par le gouvernement. C’est insupportable. Vos journalistes se plaignent du manque de confiance des Français vis à vis des politiques, mais eux-mêmes contribuent à propager la défiance. »
« Je ne suis pas pro-gouvernement, mais les politiques qui passent, critiquent mais ne proposent rien en échange. La critique non constructive ne fait qu’enflammer la polémique. Comment voulez-vous que les citoyens comprennent quelque chose ? »
« La période est très, très sérieuse et le temps est venu de décrire les difficultés sans tomber dans des procès sans fin et surtout trouver des solutions à une situation sanitaire et sociale d’une immense complexité. L’ennemi ce n’est pas le Président, c’est le virus. J’aurais préféré entendre des invités qui approfondissent et complètent la parole présidentielle en réfléchissant aux solutions face aux difficultés de mise en œuvre et encourageant chacun à la responsabilité individuelle et collective face au virus. »

Le couvre-feu entre donc en vigueur à minuit pour 20 millions de Français. Nous verrons si l’offensive lexicale présidentielle constitue une force de persuasion.
Cependant, alors que certains ont les yeux rivés sur leur portable à l’affût des nouvelles notifications relatives au couvre-feu, d’autres portent leur regard au-delà de nos frontières, vers le Haut-Karabagh.

Le théâtre des opérations

« À vos journalistes qui parlent des Arméniens du Haut Karabagh comme des « séparatistes », je rappelle qu’ils résistent pour leur indépendance. Ces « séparatistes » ont été séparés de leur patrie (Arménie) sur une décision de Staline lors de la soviétisation du Caucase. Je vous prie d’épargner vos approximations journalistiques à ce peuple du Haut-Karabagh qui se bat pour son indépendance », écrit un auditeur.

Un autre s’interroge : « Sur quelle information se base Radio France pour appeler l’Armée Nationale arménienne d’armée séparatiste ? »

« Le caractère binaire pour ne pas dire manichéen de la présentation de ce conflit est construit avec facilité. Je trouve le traitement déséquilibré et trop clairement favorable à la partie arménienne, voire outrancièrement favorable à l’Arménie. » estime un troisième

« Vous serait-il possible de parler davantage de ces événements ? » nous demande un quatrième.

Ces messages reflètent la teneur des courriels reçus au sujet du conflit dans le Haut-Karabagh.
Indiquons que Radio France a fait le choix d’une couverture éditoriale forte de ce conflit. Jean-Marc Four, directeur de la rédaction internationale, évoquera demain, dans le rendez-vous de la médiatrice sur Franceinfo à 11h51, le travail de Claude Bruillot notre correspondant permanent à Moscou, envoyé dans le Haut-Karabagh. Hier déjà, jeudi 15 octobre, Arnaud Bousquet, directeur de la rédaction de France Culture, a répondu aux questions des auditeurs au sujet de ce conflit. Il est notamment revenu sur la mission journalistique de Claude Bruillot et la couverture éditoriale :

« Radio France, et sa rédaction internationale ont dépêché sur place dès la fin septembre, notre correspondant permanent à Moscou, Claude Bruillot. Qui est un grand reporteur plus qu’expérimenté… c’était l’un des premiers à rejoindre Kaboul après les attentats du 11 septembre 2001…
Claude Bruillot est l’un des seuls journalistes français à avoir pu se rendre dans le Haut-Karabagh. Il a rendu compte depuis la capitale, Stepenakert, des bombardements et de la situation des civils.
Vous allez me dire, il fait juste son métier, mais je vous assure qu’il l’accomplit avec beaucoup de courage, dans des conditions effrayantes…Claude – nommons les choses – prend des risques depuis deux semaines pour nous informer, pour témoigner, au plus près de la population…Ses reportages ont été diffusés dans toutes les éditions de France Culture – matinales, journal de 12h30, 18h et 22h. Et pour les aspects plus diplomatiques de ce conflit, ils sont également traités par nos correspondants depuis Bruxelles, Istanbul ou Moscou… Alors évidemment il serait toujours possible de parler davantage du Haut-Karabagh, comme d’ailleurs des autres conflits en cours à travers le monde. »

Le directeur de la rédaction de France Culture a également décrypté l’emploi du mot « séparatiste », et « la vision manichéenne du conflit ». Son interview est à réécouter ici.

Défendre ses idées

À quelles tactiques a-t-on recours pour faire entendre sa voix, défendre son point de vue, exister dans le débat public ? Les émissions proposées aujourd’hui sur France Culture tentent de répondre à cette question complexe et essentielle : « Que faisons-nous du débat public ? ». Avec des chercheurs, philosophes, historiens, sociologues, les producteurs et journalistes de la chaîne abordent ces thèmes passionnants :
« Comment faire entendre un débat d’idées à l’heure du buzz et des diatribes expéditives? »
« L’opinion publique peut-elle se réguler d’elle-même ? »
« Salons, polémiques, espace public : est-ce qu’on débattait mieux au 18ème siècle ? »
« Médias, réseaux sociaux : le clash est-il un modèle économique ? »
« Peut-on débattre de la science ? »
« Les débats de l’espace médiatique rencontrent-ils les préoccupations des citoyens ? », « Qu’est-ce qu’un vrai problème ? ».

Depuis ce matin, les auditeurs réagissent :

« Bravo et Merci France Culture pour cette journée spéciale »

« Un grand merci à Guillaume Erner pour l’émission de ce matin qui nous montre combien est précieux le débat et la réaffirmation de l’importance de la démocratie et plus particulièrement de l’état de droit qui protège ce qui nous est si cher c’est-à-dire notre liberté d’expression. »

« Cher Guillaume Erner, j’apprécie beaucoup votre façon d’interviewer et votre souci de clarifier toujours ce qu’avance votre interlocuteur sans jamais d’arrogance et avec beaucoup de courtoisie. Débat houleux ce matin mais très enrichissant avec l’intervention ferme mais tempérée de votre invitée et celle tempétueuse mais néanmoins très intéressante de l’avocat. J’ai aimé la franchise, la liberté de ton et la vigueur de ce débat aux enjeux fondamentaux. J’étais moins en accord avec vous, si je puis me permettre, lorsque vous défendiez la violence exercée par les plus jeunes, actes imputables à leur jeunesse, certes. Mais vous vous faisiez aussi l’avocat du diable dans cet exercice pas facile qu’est le vôtre. Je suis une fidèle auditrice de vos émissions et de France Culture. Très belles émissions. Que cela dure. Très bonne journée. »

« Respect, recul, exigence se manifestent toujours. Les invités sont remarquables. Cette matinale me tire vers le haut tant pour l’info que pour la réflexion. Merci ! »

« Le grand public a surtout besoin d’une grille de lecture ou d’analyse pour se forger sa propre opinion dans la cacophonie des discours »

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Humanitaires ou militaires : l’engagement sur le terrain

On peut émettre un jugement critique sur « les conditions de libération » ou « les propos tenus » par l’ex-otage Sophie Pétronin à son retour de captivité, vendredi dernier, « sans appartenir à la fachosphère », « ni être islamophobe » estiment des auditeurs de France Inter. Leurs commentaires visent la chronique de Sophia Aram le 12 octobre dernier intitulée « Sophie Pétronin ».

« J’ai été fort en colère en attendant votre chroniqueuse ce matin à propos de la libération de Sophie Pétronin. J’apprends par sa voix que je fais partie de la fachosphère, car effectivement je désapprouve, contre toute responsabilité, l’engagement dans une zone dangereuse et l’attitude de Madame Pétronin suite à sa libération. (…) Le gouvernement français déconseille à ses ressortissants de rester dans la région où Mme Pétronin a été capturée. Apparemment elle n’en a que faire. (…) La libération de nos ressortissants est périlleuse, met nos soldats en danger de mort, ce qui s’est passé lors de l’opération de secours du printemps dernier où deux soldats des forces spéciales ont trouvé la mort. (…) Non, je ne suis pas un adepte du Rassemblement national, mais je connais un peu le Sahel et je me pose beaucoup de questions au sujet de cette libération et suis très choqué par la chronique de ce matin. »

Les faits : Sophie Pétronin, la dernière otage française dans le monde, libérée au Mali, est arrivée vendredi dernier à la mi-journée en France, accueillie par sa famille et Emmanuel Macron, épilogue de près de quatre années de détention aux mains de jihadistes présumés.
Sophie Pétronin a été libérée en même temps qu’un prêtre et un jeune Italien, ainsi que l’homme politique malien dirigeant de l’opposition, Soumaïla Cissé contre quelque 200 détenus réclamés par les groupes jihadistes.
Elle avait été enlevée le 24 décembre 2016 à Gao au nord du Mali, où elle vivait et dirigeait depuis des années une organisation d’aide à l’enfance.
« Pour le Mali, je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d’Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites Sophie, mais c’est Mariam que vous avez devant vous », a-t-elle dit à son arrivée.

La libération de ces otages, aux mains du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), une alliance de groupes jihadistes affiliée à Al-Qaïda, parachève une opération dont la genèse, le déroulement mais aussi les implications pour le gouvernement de transition au Mali, sont entourés de vastes zones d’ombre.

Selon certains responsables politiques français, le prix de cette libération, inconnu mais estimé à l’échange de plusieurs dizaines de jihadistes, est contestable. Pourtant, la France, acteur militaire majeur sur le terrain, affirme ne pas avoir participé aux négociations. « La décision de libérer des jihadistes en particulier appartient aux seules autorités maliennes », a déclaré mardi la ministre française des Armées, Florence Parly.

De son côté, lundi sur Franceinfo, le Premier ministre Jean Castex a déclaré à propos de la libération de Sophie Pétronin : « Non, la France n’a pas payé de rançon ».

Quoiqu’il en soit, cette séquence a suscité des commentaires des auditeurs :
« L’otage française a été libérée, heureusement. Mais cette brave dame semble être sérieusement affectée du syndrome de Stockholm. Elle dit s’être convertie à l’islam dont se réclame ses geôliers et souhaite retourner au Mali ! Incompréhensible si on met en regard les conséquences de cette libération. »

« Essayer de faire croire que les critiques sur les conditions de la libération de Sophie Pétronin ne viendraient que de l’extrême-droite relève du déni idéologique (…) Reste qu’il est certainement peu courant qu’un Président de la République décide de renoncer au discours qu’il était sur le point de prononcer. »

Invité vendredi dernier sur Franceinfo, le psychologue clinicien Cyril Cosar est revenu sur cette absence de prise de parole du chef de l’Etat et le fait que Sophie Pétronin n’ait pas souhaité s’exprimer à la mi-journée :

« Un certain nombre de choses qui ne sont peut-être pas entendables dans un moment comme celui-ci, du fait des liens qu’elle a pu tisser sur place avec ses geôliers, avec pourquoi pas un syndrome de Stockholm, quelque chose qui serait dissonant, qui ne serait pas recevable, ce qui fait qu’il y a eu peu d’expression publique, que ce soit de la part du chef de l’Etat ou d’elle-même. »

En temps de guerre sanitaire, de quoi rêve-t-on quand on a 20 ans ?

« C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 » a reconnu Emmanuel Macron mercredi soir, lors de son interview. C’est précisément à cette génération née entre 1990 et 2000 que France Inter a dédié toute son antenne quelques heures avant que ne s’exprime le chef de l’Etat.
Ces jeunes sont nés entre 1990 et 2000. Ils s’interrogent, se mobilisent et inventent dans tous les domaines : l’environnement, la politique, le travail, la famille, la santé, le genre.

Cette journée spéciale baptisée « Génération demain » a réellement enthousiasmé les auditeurs, du matin jusqu’à tard dans la soirée.

« Merci de nous faire connaître cette nouvelle génération. Bravo ! J’aimerais qu’ils soient mis plus en avant et que l’on parle d’eux davantage. Enfin de beaux projets, de belles histoires, il en manque tant. »

« J’ai 43 ans, j’écoute France inter depuis mon plus jeune âge et je n’ai jamais posté de réaction même si j’en ai eu souvent envie. Mais là j’ai arrêté de travailler pour dire combien votre émission et écouter ces jeunes investis, intelligents, forts, motivés, me réchauffe le cœur. Merci France inter de donner la parole à cette jeunesse qui je l’espère va embarquer tous ces gens et il y en a beaucoup, qui attendent que quelque chose s’organise. »

La sélection des messages élogieux adressés aux émissions sont à lire dans cette Lettre. Un bémol cependant : les avis sont très partagés sur Eva Sadoun, jeune entrepreneuse, et Camille Etienne, militante écologiste, les deux invitées du « Grand entretien » de la matinale :

« J’aimerais pouvoir comprendre tout ce que disent vos deux invitées. Ce vocabulaire d’un « entre soi » d’une élite intellectuelle dont l’idéal est, entre autres, de rendre ce combat accessible à tous me surprend : personne ne leur dit que pour être convaincantes, entendues par toutes les classes sociales, comprises quoi – et c’est fondamental ! – traduire ce jargon, et accessoirement parler à un rythme un peu moins rapide (certes il y a urgence, mais se faire comprendre a aussi des exigences de débit de parole) est indispensable. »

« Consternantes ces femmes censées parler au nom des jeunes. Tellement stéréotypées. Femmes. Instruites. Brillantes. Profil LFI. Elles ont une vision complètement irréaliste du monde, elles sont hors sol. Leur monde désiré est fait d’interdits, où l’on décrète ce qui est bon pour les autres. »

Critiqué également, l’emploi de l’expression « jeunesse sacrifiée » :
« Arrêtons de nourrir le misérabilisme de notre civilisation en parlant de jeunesse « génération sacrifiée ». Le poids des mots quand on est journaliste à son importance. Quand les jeunes Libanais ou Maliens entendent vos propos ils ont envie de vous montrer ce qu’est une génération sacrifiée ! »

« Est ce que vous avez conscience de l’impact qu’ont vos propos lorsque vous parlez de la « génération sacrifiée » en parlant des jeunes ? D’abord vous les opposez au reste de la population et vous créez des conditions pour que, non seulement ils finissent par y croire, mais qu’ils se mettent dans une position de victime avec tout ce que cela comporte comme dérive. »

Observons cependant que les compliments dominent largement dans les courriels reçus à l’occasion de cette journée spéciale avec, en point d’orgue, les messages adressés à Ali Rebeihi, producteur de « Grand bien vous fasse ». Dans son émission, la lecture d’un passage de l’œuvre de Victor Hugo « Les Misérables » par le jeune Mohamed-Iyad Smaine est le coup de cœur des auditeurs cette semaine. Le collégien, en classe de 3ème, avait choisi de lire la mort de Gavroche.
A l’issue de cette lecture, silence de plomb dans le studio. Et Ali Rebeihi submergé par l’émotion. Réaction d’auditeurs :

« Les mêmes larmes que les vôtres ont coulé lors de cette lecture de la mort de Gavroche ! Quel bonheur de partage ! Les mots ont encore du sens. Merci Inter et Mohamed-Iyad pour ce moment. »

« Moi aussi j’avais les larmes aux yeux en écoutant « La mort de Gavroche », comme toi Ali !!! Partager des émotions sincères, humaines, magnifiques. J’ai 72 ans, depuis ce matin, je ne suis plus inquiète de ce qui va advenir pour mes petits enfants ! Tous ces jeunes à qui vous donnez la parole, sont somptueux de vérité, d’authenticité, de beauté ! Merci ! »

Cher Ali Rebeihi, « les larmes d’un homme ne sont jamais ridicules » comme le dit très justement le personnage d’un film célèbre. Stimuler l’intelligence et nos émotions c’est aussi le propre de la radio, ce média magnifique qui nous réunit tous, d’un côté ou de l’autre du poste, pour former ensemble une communauté : celle des auditeurs de Radio France.

Emmanuelle Daviet
​​​​​​​Médiatrice des antennes