#45 L’édito de la médiatrice

Faire l’Histoire

Les attentats ultra-violents en France et en Autriche, le second confinement sur le territoire métropolitain et en Martinique et l’élection présidentielle américaine jalonnent ces trois dernières semaines et constituent l’essentiel des thématiques abordées par les auditeurs dans leurs messages envoyés depuis le vendredi 16 octobre 2020. Tous ces messages sont également publiés chaque jour sur le site de la médiatrice.

Au cours d’une vie, nous traversons le plus souvent les jours sans nous interroger sur leur dimension historique. Parfois des évènements majeurs viennent bousculer le fil d’une actualité qui s’égrène au fil des heures mais, globalement, nos « vies minuscules » – pour reprendre le si beau titre du livre de Pierre Michon – s’articulent entre activités professionnelles, liens sociaux et amicaux, vie de famille, engagement associatif, obligations administratives, affaires médicales… Et pour guider son action, étoiler sa pensée, chacun injecte du sens aux valeurs qui donnent à cette aventure humaine sa pleine justification : la vérité, la justice, la dignité, la fraternité, le travail, l’amitié, la considération, l’amour, la solidarité, le respect, etc.

La crise polydimensionnelle que nous traversons depuis le début de l’année 2020 redessine potentiellement les contours de ce que nous pensions être, sinon acquis, du moins intangibles, avec le risque d’un repli individuel plutôt que la perspective d’une projection collective pourtant souhaitable afin de créer les conditions favorables à ce qui fait société. Faire société ne se fait pas accidentellement, ou par la seule volonté de ceux qui nous gouvernent, il en va de la responsabilité individuelle de chacun de contribuer au devenir historique. Le mesure-t-on suffisamment ? Est-ce l’Histoire qui fait les hommes ou les hommes qui font l’Histoire ? Question philosophique lancinante en cette période d’actualité intense où chacun mesure bien les circonstances historiques que nous vivons.

Dire ce réel

Samuel Paty, assassiné le 16 octobre 2020 par un islamiste, est devenu en France un symbole de la liberté d’expression. Son assassinat s’inscrit dans un « contexte d’appels aux meurtres » lancés depuis la republication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo début septembre avant l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015 à Paris.
Enseignant d’histoire-géographie, Samuel Paty était « un collègue investi dans sa mission auprès des élèves », ont souligné les professeurs de son collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), dans un communiqué commun. « A travers lui, c’est toute l’école républicaine qui est visée » ont-ils insisté. Parce qu’il avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves les 5 et 6 octobre dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, ce professeur a été décapité par un réfugié d’origine russe tchétchène de 18 ans, qui a ensuite été abattu par la police.

L’emploi des termes « décapité » et « décapitation » ont choqué les auditeurs qui nous ont massivement écrit pour le signaler. Faudrait-il s’interdire de décrire le réel ?
L’emploi du mot « décapité » est pertinent et parfaitement justifié puisque la décapitation est en soi une « signature », l’expression d’un mode opératoire codifié d’exécution religieuse. Nous avons néanmoins soumis les remarques des auditeurs à Vincent Giret, directeur de Franceinfo lors du rendez-vous de la médiatrice samedi 31 octobre.
Son avis : « Je comprends tout à fait nos auditeurs, c’est une réalité tellement brutale, tellement violente, qui nous a tous tellement choqués que la première réaction est une réaction de distance, on se demande pourquoi on utilise ces mots-là. Je vais essayer quand même de les justifier, je crois que c’est important. Bien évidemment, il ne faut pas les répéter toutes les cinq minutes, il ne faut pas que ce soit en boucle. Nous faisons très attention à cela. En revanche, une personne qui est décapitée c’est une barbarie vraiment particulière, c’est une signature aussi, je crois que cela fait partie de la vérité factuelle, pour regarder la vérité en face. C’est un élément concret de la manière dont a été opéré cet assassinat, et nous devons le dire, nous devons le dire à nos auditeurs, s’accrocher à la vérité des faits. »

La question sur le choix du mot « décapité » a également été soumise à Jean-Philippe Deniau, chef du service police justice de la rédaction de France Inter lors du rendez-vous de la médiatrice vendredi 30 octobre. Voici sa réponse : « Ce n’est pas le terme « décapitation » qui est choquant. C’est la décapitation en elle-même. On pourrait évidemment parler d’une « terrible agression » pour parler d’un viol, ou « d’abominables conflits » pour parler d’une guerre. La décapitation, en fait, ça nous choque aujourd’hui parce que, heureusement, elle est très rarement pratiquée sur notre sol, mais c’est la mort violente qui est choquante. C’est le fait divers, c’est l’arme utilisée, c’est la nature du coup porté qui est choquant. Voilà, la décapitation c’est un fait. Je ne vois pas pourquoi nous ne le dirions pas. Nous sommes là pour donner des informations qui encore une fois, sont vérifiées et fiables. Mais nous ne sommes pas là pour nous auto-censurer au prétexte que ça pourrait choquer. C’est l’acte, c’est ce terrible attentat qui est choquant. »

Un autre reproche lexical a été adressé aux antennes lors du traitement de l’attentat de Conflans Sainte-Honorine, ainsi que l’attentat de Nice : l’expression « jeune homme » pour désigner un terroriste :
« France Inter et les autres médias présentent les auteurs d’attentats d’une manière qui peut choquer. Si l’auteur est un adulte, on parlera de lui comme de l’assaillant, l’assassin, etc… Si l’auteur est plus jeune, on parlera de jeune homme, même si c’est un assassin. Je perçois cela comme une forme de minoration de la gravité de l’acte commis. »

« Nous sommes plusieurs à être choqués qu’un islamiste ayant égorgé deux personnes soit appelé « jeune homme ». « Jeune homme » est un terme qui évoque et engendre plutôt la sympathie vis à vis de quelqu’un ! ».

Qualifier de « jeune homme » un assassin l’auréole du charme, de l’éclat et de la fraîcheur de la jeunesse et tendrait à le rendre presque aimable.
A Conflans Sainte-Honorine et à Nice, et c’est également avéré à Vienne en Autriche, les auteurs des attentats sont en effet, à chaque fois, des hommes jeunes.
Il est vrai que l’adjectif épithète « jeune » placé en antéposition confère une dimension familière, hypocoristique et bienveillante. Postposé cet adjectif « jeune » permettrait probablement d’objectiver plus froidement l’âge de l’individu.

La réflexion lexicale s’est prolongée au sujet du « petit frère » du terroriste de l’attentat de Conflans Sainte-Honorine :
« On nous annonce régulièrement que le « petit frère » du terroriste est lui aussi en garde à vue. Je trouve choquante cette façon de nous faire pénétrer dans l’intimité familiale du tueur. Il y a un mot en français : il s’agit de son frère cadet. Les journalistes réalisent-ils qu’ils infantilisent le langage ? Il y a des mots pour toutes les situations, en famille on dit « papa, maman et mon petit frère » ; employer ces mots inconsidérément dans un contexte d’informations radiophoniques c’est leur donner une charge affective, en l’occurrence comme si l’on se plaçait du point de vue du terroriste. Dans le cas présent à propos de ce terroriste, c’est à la fois puéril et choquant. ».

« Un cours sur les caricatures » ?

De nombreux auditeurs nous ont également écrit sur une « formulation de l’information » qu’ils jugeaient « désastreuse » :
« Comment pouvez-vous laisser votre journaliste dire que Samuel Paty a « fait un cours sur les caricatures » ? Il a utilisé l’exemple des caricatures (entre autres probablement) pour faire un cours sur la liberté d’expression, montrant que le recul, l’humour peuvent aider à réfléchir… C’est complètement différent ! »

« Je préférerai que tous les journalistes parlent d’un “cours sur la liberté d’expression”, les caricatures n’étant là que pour illustrer son application et les limites à celle-ci. Faire des caricatures de Charlie un élément central de l’enseignement moral et civique est faux et ne sert que la désinformation d’Erdogan. Les ramener à leur condition d’outils pour illustrer un concept qui nous est cher me semble plus « productif ». »

L’assassinat de Samuel Paty a tragiquement remis le thème des caricatures au centre du débat public. Quel est le but d’une caricature : faire rire, critiquer ou offenser ? Pourquoi certaines caricatures peuvent-elles être condamnées en justice et d’autres non ? Quel contrat de lecture existe-t-il entre le dessinateur et son lectorat ? En s’appuyant sur plusieurs caricatures datant de la Révolution française jusqu’à aujourd’hui, la philosophe et directrice de recherche au CNRS Monique Canto-Sperber a détaillé sur France Culture la tradition de la caricature, les ressorts qu’elle met en œuvre et son rapport au blasphème, revenant également sur le cours d’éducation civique, matière enseignée par les professeurs d’histoire-géographie. « On stipule qu’à propos de la liberté d’expression, on prendra des exemples de caricatures. L’enseignant est donc amené à parler des caricatures de Charlie Hebdo. Il fait ainsi comprendre pourquoi, aussi choquantes puissent-elles paraître, la justice a considéré qu’il devait y avoir relaxe. Si l’enseignant choisissait une caricature qui ne choque personne, les élèves auraient du mal à comprendre l’enjeu. La caricature n’est pas en tant que telle au programme des classes de 4e ou 3e, mais la liberté d’expression l’est ».

L’invitation d’un jeune collégien

« S’exprimer, pouvoir montrer des caricatures, c’est la France », a déclaré le jeune collégien de 12 ans, invité dans la matinale de France Inter le lundi 19 octobre. Le jeune homme, enfant de l’assistance publique, venu avec sa tutrice en studio, a ému par sa maturité après la diffusion d’une vidéo tournée devant le collège de Bois d’Aulne, l’établissement où enseignait Samuel Paty. Dans cette vidéo visionnée et partagée des milliers de fois tout le week-end, le collégien défend la liberté d’expression et partage sa tristesse et son incompréhension après l’assassinat du professeur.
Des auditeurs n’ont pas compris cette invitation, « la mise en lumière d’un enfant de 12 ans, qui s’est exprimé sans filtre, dans le contexte dramatique que l’on connaît ».

Laurence Bloch, la directrice de France Inter est revenue sur cette invitation lors de son intervention dans le rendez-vous de la médiatrice le 30 octobre : « La parole de cet adolescent c’est le plus bel hommage que l’on pouvait faire à ce professeur et au corps enseignant tout entier. Je voudrais préciser que sa tutrice était avec lui, qu’elle nous avait donné son accord, de même que la direction du foyer qui l’abrite. Je voudrais juste rappeler ce qu’a dit cet adolescent : « C’est mon collège et de voir à quel point c’est violent, je me suis imaginé sa souffrance et ça m’a fait mal au cœur. Je n’ai pas de religion, mais pour moi c’est un cours, c’est fait avec respect. Il n’a pas critiqué une religion, au contraire, il a proposé à certains élèves de sortir et rien ne l’obligeait à le faire. Si jamais il y a une chose qui est interdite, au fur et à mesure de plus en plus de choses vont être interdites et à un moment donné, on ne pourra plus rien faire. S’exprimer, montrer des caricatures : c’est la France. » Qu’un adolescent de 12 ans puisse dire ça aujourd’hui à voix haute, je crois que c’est le plus bel hommage effectivement au corps enseignant. » a conclu la directrice de la chaîne.

L’interview d’un enfant ou d’un adolescent est toujours réalisée en accord avec les parents, tuteurs, ou responsables éducatifs. Ils sont les meilleurs garants de la protection de l’enfant et font passer son intérêt avant tout. Nous respectons évidement leur avis et jugement quant à l’opportunité de faire une interview ou non. Un adolescent ne possède en effet ni l’expérience ni le recul pour évaluer les conséquences éventuelles de la diffusion de ses propos. En l’espèce, toutes les autorisations ont été données.
Ajoutons qu’un mineur, au même titre qu’un majeur, bénéficie de la liberté d’expression. Sa perception des faits, aussi dramatiques soient-ils, ne peut être portée à la connaissance du public que si ce jeune trouve un espace d’expression. Au regard du contexte, faire entendre aux auditeurs de la première matinale de France, le témoignage sensible et plein de maturité d’un collégien de l’établissement où exerçait Samuel Paty était, comme l’indique Laurence Bloch : « le plus bel hommage que l’on pouvait faire à ce professeur et au corps enseignant tout entier ».

L’hommage de la nation

Le mercredi 21 octobre, dans la cour de la prestigieuse université de la Sorbonne à Paris, Emmanuel Macron a rendu hommage à Samuel Paty, devenu « visage de la République » et de « la liberté ». Le chef de l’Etat a affirmé que la France ne renoncerait « pas aux caricatures, aux dessins, même si d’autres reculent ». Des propos relayés sur toutes les antennes mais d’une manière jugée « tronquée » par de nombreux auditeurs :
« Des journalistes ont dénaturé les propos tenus par le Président de la République à l’occasion de son hommage rendu à Samuel Paty. En effet, M. Macron aurait déclaré selon eux, vouloir continuer de caricaturer Mahomet. Or, cette information est mensongère. Il n’a absolument pas dit que nous continuerons de caricaturer le « Prophète » et les propos tenus sur vos chaînes dénaturent donc le sens du message adressé. »

« J’ai été choqué du traitement du sujet « poussée de fièvre dans le monde arabo-musulman » dans le journal quand la journaliste affirme « le chef de l’Etat refuse de renoncer aux caricatures de Mahomet ». Vous êtes assez intelligents pour comprendre la différence entre les deux versions, la nuance voulue par le président de la République, et les conséquences de la façon fausse dont ils sont rapportés ! Sur des sujets aussi sensibles, il serait bon de prendre le temps de se relire avant de risquer de prononcer à l’antenne ce type d’information »

« C’est important d’être précis sur ces sujets sensibles il me semble, cela nous choque beaucoup. »

« Je ne suis pas coutumier du fait mais c’est avec une grande colère que je m’adresse à vous. Des journalistes ont cru bon de résumer que le président de la République française ne renoncerait pas aux caricatures de Mahomet. Le passage de son discours d’hommage à Samuel Paty est très exactement « Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins, même si d’autres reculent. »

« Il est de la plus grande importance de ne pas ajouter « de Mahomet » qui induirait une obsession du prophète de l’Islam ou une hostilité particulière envers l’Islam, ce que veut faire croire le Président Erdogan comme tous ceux qui, en France même, tentent de mettre en scène une hostilité particulière des institutions de la République et de leurs représentants envers les adeptes d’une religion qui serait particulièrement visée parmi les différentes confessions pratiquées sur le sol français. »

L’assassinat de Samuel Paty et cet hommage de la nation dans la cour de la Sorbonne à Paris ont suscité beaucoup de réactions, de témoignages d’auditeurs sur le métier d’enseignant, sur le souvenir d’un professeur ayant marqué leur scolarité. Ils ont choisi de nous les adresser et nous les remercions de cette confiance. Nous vous en proposons une sélection dans cette lettre. Voici l’un de ces messages particulièrement vibrant :
« J’enseigne à la Sorbonne et pour trouver la juste inspiration je me suis installé dans la salle des professeurs au-dessus de la cour de La Sorbonne.
J’aime cette vue, elle plonge vers La Chapelle, guidée par les illustres statues, rebondit sur le pavé et tourne, comme un cercle infini de la pensée.
Ce soir en rentrant, je regarde les nouvelles et j’aperçois cette image familière de la Cour de La Sorbonne, transformée en salle de réception à ciel ouvert. Accompagné par une de mes musiques préférées, un cercueil la traverse.
La compassion pour ce camarade sans vie se mélange à l’effroi de retrouver ce cadre si familier, mon symbole, mon rêve.
L’endroit est juste, pour marquer ce moment irréel, cet abîme vertigineux sans fond.
Les pierres magiques qui l’entourent, ce paquebot de notre pensée semble vaciller devant l’absurde, le néant qui marque cette disparition de notre camarade.
L’espace, l’histoire, l’esprit semblent faire front, rendre digne, comme ces soldats courageux qui portent en rythme un homme, une vie, une lutte, un symbole.
Le courage de ceux qui prennent la parole impressionne. Les mots sont justes et l’émotion semble adoucir ou recouvrir ce précipice.
Mais notre cœur saigne, trop de douleur et trop de peine chez le marin qui pleure et qui saigne. »

La rentrée sur les ondes : solidarité avec les enseignants

Le 2 novembre 2020, jour de la reprise des cours pour 12 millions d’élèves, Radio France a programmé une journée spéciale consacrée à la liberté d’expression et la laïcité, en signe de solidarité avec les enseignants après l’assassinat de Samuel Paty.
Les sept antennes ont abordé les valeurs de la République, en particulier la laïcité, la liberté d’expression, le droit au blasphème, mais aussi la lutte contre le complotisme au travers d’émissions spéciales, de reportages et avec des invités.
« Je suis très contente que vous fassiez une journée de solidarité envers les enseignants et d’hommage à Samuel Paty. Je ne suis pas enseignante, mais j’ai été très choquée par ce crime et je n’arrivais pas à tourner la page et continuer en laissant cet événement derrière nous pour « passer à autre chose ». Je pense que cet hommage est nécessaire. »

« Merci à cette chaîne France Culture d’exister. Cette journée a été (encore) vraiment formidable. Beaucoup d’émotions à l’écoute de l’Imam ce matin. Merci à vous tous, continuez, c’est bon de vous écouter, d’apprendre de s’enrichir. Merci ! »

« Professeure et ensuite proviseure et principale, je remercie France Inter de son soutien par cette journée spéciale. J’ai toujours rencontré des équipes formidables, engagées auprès des jeunes. Ne les laissons pas seuls-es, pas plus que les personnels de services hospitaliers ».

Depuis les attentats de 2015, les antennes de Radio France sont engagées dans l’éducation aux médias et à l’information, certaines travaillent directement au sein des établissements avec les élèves et leurs enseignants. Il ne s’agit pas de se rendre en classe pour se donner bonne conscience. L’ambition est toute autre. Le décryptage de l’information est un enjeu démocratique majeur et une éducation à la liberté de penser. L’éducation aux médias permet aux élèves de développer leur esprit critique, leur capacité de jugement, les aide à trier les informations et les rend moins perméables aux théories conspirationnistes. Pour tous les journalistes engagés c’est une double mission : citoyenne et éducative. Avec l’appui des enseignants, il s’agit de donner à des jeunes, souvent confrontés à des difficultés socio-économiques, les clés d’un savoir citoyen et les repères de la société dans laquelle ils grandissent.
Depuis les attentats de janvier 2015, dans les locaux de « Charlie Hebdo », à Montrouge et à l’Hyper Cacher, s’engager dans l’éducation aux médias et à l’information est un acte politique, une résistance aux déterminismes, aux préjugés, à la stigmatisation, et à l’enfermement.

La rentrée dans les classes : désarroi des enseignants

En ce 2 novembre 2020, pendant que le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, s’exprimait dans le Grand Entretien de la matinale de France Inter, 12 millions d’élèves faisaient une rentrée des classes atypique, dans une France reconfinée, sous tensions sanitaire – avec un bond des décès liés au Covid-19 – et sécuritaire – avec des hommages dans tout le pays à Samuel Paty.
« À l’heure où Monsieur Blanquer est invité sur vos ondes, je ne pourrai malheureusement pas l’écouter : enseignant, je serai au collège, en train de me confronter au double-enjeu de cette rentrée, un hommage express et un protocole renforcé puis allégé puis renforcé. Monsieur le Ministre, pourquoi ne pas avoir choisi le scénario que vous aviez présenté sur Konbini qui consistait à n’accueillir que des demi-groupes d’élèves en alternance ? Tel que mis en place, le protocole de cette rentrée risque de nous amener à une fermeture généralisée très rapidement, ce que personne, ni les enseignants, ni les élèves, ne souhaite. »

Les interrogations et les crispations de la communauté éducative se multiplient. Et, là encore, les enseignants, directeurs d’école, chefs d’établissements, une surveillante et même un inspecteur de l’éducation nationale, écrivent à Radio France pour dire toutes les difficultés qu’ils rencontrent. C’est à leur radio qu’ils se confient.
Ils évoquent le caractère inapplicable du protocole sanitaire renforcé en cette rentrée, dans une majorité d’établissements. Les raisons sont diverses : le nettoyage systématique des classes difficile en raison du manque de moyens, l’aération des salles de classe quasi impossible du fait des fenêtres bloquées pour cause de normes de sécurité, les élèves agglutinés dans les couloirs et circulant toutes les heures puisque sans salles fixes, l’absence de dédoublement des classes, les files d’attente à la cantine, etc… La liste est longue dans leurs courriels et une enseignante nous écrit : « Les parents devraient refuser d’envoyer leurs enfants dans ces conditions. »
D’autres estiment que cette situation n’a pas été suffisamment évoquée sur les antennes jusqu’à ce jeudi 5 novembre :
« En tant qu’organe de presse, vous avez une responsabilité vis-à-vis de vos auditeurs ; je suis persuadée qu’une grande partie des parents d’élèves n’a aucune conscience de l’absence de protocole sanitaire renforcé, or je pense qu’ils doivent le savoir, à la fois pour être conscients de ce que risquent leurs enfants, mais également pour comprendre notre colère. Je termine en répétant mon incompréhension de ce traitement médiatique. »

« Je me permets de vous écrire car je suis surveillante dans un lycée et un internat et je m’alarme des conditions sanitaires dans lesquelles les élèves et les surveillants vivent ! Or personne n’en parle. Nous vivons avec les élèves au sens propre du terme. A la cantine, dans la cour, en étude, au foyer et en internat. Nous partageons couloirs, étages, sanitaires. Pas un mot sur nous qui sommes nombreux ! Le lycée dans lequel je travaille ne peut pas respecter les protocoles sanitaires car c’est tout bonnement impossible. »

Indiquons que sur France Inter, chaque jour depuis mardi des reportages et des papiers sur la colère des lycéens et le protocole sanitaire dans les établissements scolaires ont été diffusés. Sur Franceinfo, on a pu entendre dans la matinale de mardi les lycéens en colère et, le lendemain, les professeurs mobilisés. Hier, en tout début de soirée, toujours sur l’antenne de Franceinfo, Sophie Venetitay, secrétaire générale adjointe du syndicat enseignant Snes-FSU, a appelé, aux côtés d’autres organisations syndicales à la grève mardi 10 novembre, pour protester contre les mesures sanitaires insuffisantes selon eux dans les établissements scolaires.

Face à cette grogne naissante, le ministre de l’Education a indiqué, hier soir, un renforcement du protocole sanitaire au lycée et l’annulation des épreuves de contrôle continu prévues dans le cadre du bac nouvelle formule. Jean-Michel Blanquer a adressé une lettre aux chefs d’établissements pour mettre notamment en place les demi-groupes dans les lycées.
A la suite de cette annonce, dès ce vendredi matin, d’autres messages nous sont parvenus :
« J’ai écouté le journal ce matin dans la matinale du 7/9. Un des sujets concernait l’éducation nationale et les annonces de M. Blanquer. J’ai été surpris : aucun mot sur la mobilisation des équipes pédagogiques qui ont poussé le gouvernement à ces annonces. Il n’est pas tout à fait pareil de dire que le gouvernement prend des mesures pour répondre à des dysfonctionnements sanitaires, que de dire que le gouvernement répond à l’appel lancé par une mobilisation spontanée des personnels de l’éducation nationale, qui s’inquiètent de la santé de toutes et tous, des conditions d’accueil indignes imposées aux élèves et aux personnels, a fortiori aux familles, à nous tous donc, indignes au regard de la progression du virus, incohérentes vis à vis des mesures sanitaires liées à ce nouveau confinement. Les enseignants, remparts des principes républicains (et sanitaires aujourd’hui) et très touchés en ce moment particulier, ont besoin du soutien de toutes et tous, médias et journalistes compris. La mobilisation a poussé le ministre à prendre des mesures. »

Indiquons que dans le journal de 13h de Bruno Duvic, ces précisions ont été apportées aujourd’hui : « La deuxième vague de Covid est trop forte, la contestation du protocole sanitaire le devenait aussi, le ministre de l’Education a donc changé de pied hier à propos des lycées (…) malgré ce changement de pied l’appel à la grève mardi pour un protocole sanitaire plus strict dans les collèges et lycées est maintenu. »

Le reconfinement et les librairies

Autre incompréhension dans le traitement médiatique, la place accordée à la colère des libraires, notamment sur France Inter. Leurs magasins ne font pas partie de la liste des commerces dits « essentiels » autorisés par le gouvernement à rester ouverts durant le confinement. Conséquences : pétition adressée au président de la République, prix littéraires reportés, appels à boycotter Amazon ou la Fnac : les initiatives foisonnent pour les soutenir. Cette grogne a bénéficié d’un large relais médiatique, pas vraiment plébiscité du côté de l’opinion public. Des auditeurs de la station, pourtant fervents défenseurs du monde culturel et amateurs de littérature, estiment que donner autant d’espace sur l’antenne aux libraires revient en quelque sorte à prendre parti en faveur de l’ouverture des libraires. Rappelons que, pour une rédaction, relater la colère et des revendications, c’est faire un état des lieux d’une situation.
« Je trouve votre position irresponsable ! Hier 52 518 nouveaux cas ! Il y a quelques mois vous encouragiez les applaudissements en direction du personnel hospitalier aujourd’hui, pas un mot d’encouragement. Quant aux livres et aux libraires, votre position et émission ne s’adresse qu’aux bobos parisiens qui sont outrés de ne pas pouvoir « flâner dans les librairies » »

« Je suis une fidèle auditrice de France Inter depuis « belle lurette » et j’entends ces derniers jours avec tristesse mais aussi beaucoup de colère que ma radio préférée aborde de façon démesurée et très déséquilibrée la campagne tonitruante orchestrée par la Presse pour la réouverture des librairies et autres commerces durant le confinement. »

« Je suis outré d’entendre sans arrêt les chialeries des libraires. Arrêtez votre snobisme et élitisme citadin pseudo intello, qui érige au titre de produit de première nécessité des livres. Mais la culture, c’est aussi le cinéma, le théâtre, les musées les expos. Alors si on ouvre les librairies, au nom de quoi on n’ouvrirait pas les autres lieux de culture ? Il existe le « Clic Et Collecte » (en français d’ailleurs!). Ils ne songent pas que beaucoup d’autres commerçants n’ont pas ce service pour survivre ! Voit-on les libraires dans la rue défendre le personnel soignant éreintés à leur coté ? (…) Le confinement a pour but de limiter les déplacements et les contacts. Alors non à la réouverture des librairies, des lieux culturels, et pendant un mois, mais qu’ils la ferment ! Ils me donnent envie d’aller commander sur le net (et que les médias arrêtent de citer Amazon, je vous signale qu’existent les français C-discount, Fnac.com, Cultura, Furet Du Nord, Etc) ! Et vous, médias, arrêtez franchement d’être sans arrêt dans la polémique, la contestation non constructive… »

« J’ai un grand respect pour vous tous et je vous écoute quasi quotidiennement. J’étais infirmière et j’adore la lecture, le cinéma. Je ne pourrais vivre sans eux ! Mais vraiment, connaissant bien l’hôpital pour y avoir passé les 3/4 de ma vie, par pitié soyons solidaires avec les soignants et faisons le maximum pour éviter des morts. A situation exceptionnelle, comportement exceptionnel ! Nous réinvestirons les librairies, les théâtres, les cinémas pour notre grand bonheur, notre sens critique, mais par pitié faisons confiance aux politiques et aux scientifiques, médecins et prenons sur nous pour sauver des vies ! »

« On n’en peut plus de cette colère ! Si les médecins disent qu’il ne faut pas qu’on se réunisse et qu’on doit éviter les déplacements, cela ne signifie pas descendre à un commerce puis à un autre. Parfois, j’ai l’impression qu’il faut (malheureusement) plus de décès pour que les gens comprennent le danger. »

Laurence Bloch, la directrice de France Inter a tenu à leur répondre :
« Vos courriers et courriels sont très nombreux sur les nouvelles dispositions du plan de confinement annoncé par le Président de la République le 28 octobre dernier et sur la façon dont France Inter essaie de rendre compte de la réalité de ce plan sur le terrain, notamment des antagonismes entre détresse sanitaire et détresse économique. Ils montrent dans leur différence de points de vue à quel point la situation aujourd’hui est infiniment plus diversement appréciée et jugée par les uns et les autres que lors du premier confinement et nous essayons dans chacune de nos sessions d’information ou dans chacun de nos rendez-vous de programmes d’en donner la plus juste représentation possible.
Soyez sûrs en tout cas qu’en cette période troublée tous vos retours nous sont extrêmement précieux. Soyez sûrs aussi que votre demande, celle-ci assez bien partagée, de calme et de mesure est la mienne auprès des équipes. »

« Click and collect »

Comme l’indique un auditeur, le retrait de commandes à la porte du magasin est possible pour les librairies, autrement dit, en bon globish, le « click and collect ». Cet anglicisme irrite profondément des auditeurs, des différentes stations :

« J’écoute comme tous les jours France Inter. A l’instant, avec notamment une invitée libraire qui certainement vend principalement des bouquins écrits en français, l’emploi des anglicismes « fait rage ». Nous voilà maintenant sommés de se voir asséner un récent anglicisme répondant au doux nom français de « click and collect » dont tout le monde connaît bien évidemment la signification.
Vous devenez de plus en plus insupportables en dévoyant jour après jour l’emploi du français par l’emploi de tous ces anglicismes. Peu importe à vous-mêmes et à vos invités que les auditeurs comprennent ou non. Ce qui vous importe c’est de paraître moderne pour vous même et « conforme » aux codes des gens de votre milieu professionnel. Au cas où vous l’auriez oublié, vous vous adressez à des auditeurs français de tous horizons et non pas aux gens de votre microcosme dont les auditeurs n’ont, a priori, rien à faire. Si les journalistes et les invités veulent montrer leur soi-disant connaissance de l’anglais, qu’ils aillent donc exercer leur talent… à la BBC par exemple. Dans l’attente d’un changement improbable, je vous adresse mes salutations. »

« L’utilisation de termes français reste préférable sur une radio comme la vôtre. Le franglais (« globish ») outre un appauvrissement de notre langue, la colonisation culturelle de nos esprits, accroit aussi l’exclusion entre ceux qui connaissent et ceux qui sont dépassés par ce jargon. Votre journaliste de France Culture utilise sans nuance ou traduction le terme « click & collect ». Il serait judicieux d’utiliser un terme français et je propose « Commande Retrait » »

Notons que dans les messages adressés à ce sujet émerge un compliment. Un seul :
« Bravo Ali Baddou qui a réussi à obliger les personnalités politiques à utiliser dans ses émissions l’expression « retrait commande » au lieu de « click and collect ». On n’en peut plus de tous ces anglicismes, on ne supporte plus tous ces journalistes ou commentateurs qui nous donnent le terme anglais avant de traduire en français quand ils daignent le faire. C’est le devoir des journalistes de ne pas maltraiter la langue française et au contraire de la mettre à l’honneur. Merci Ali Baddou! »

L’élection présidentielle aux Etats-Unis

Madeleine Albright, secrétaire d’État aux affaires étrangères pendant le second mandat de Bill Clinton, déclarait : « Plus que des spectateurs, plus encore que des acteurs, nous devons être les auteurs de l’histoire de notre temps ». Un propos qui prend une acuité particulière en cette fin de semaine au cours de laquelle les antennes ont déployé les couleurs états-uniennes et des moyens conséquents pour couvrir l’élection présidentielle.

Mardi et mercredi, Franceinfo a fait vivre le scrutin en temps réel avec ses envoyés spéciaux et de nombreux invités en studio ou depuis les Etats-Unis pour commenter cette élection historique.
Dans la nuit du 3 au 4 novembre, les rédactions de Franceinfo et de France Inter se sont mobilisées pour donner en direct les premiers résultats de ce scrutin : reportages, décryptages, analyses des résultats, premières réactions de Washington à Paris en passant par New-York, tous ces regards croisés ont permis de multiples éclairages sur cette élection hors-normes dans le contexte d’une situation sanitaire catastrophique aux Etats-Unis.
L’entrée des journalistes dans le pays a d’ailleurs été réellement difficile, jusqu’à cet été, en raison des restrictions imposées par les Américains.
« On s’est efforcés d’être débrouillards, et on a été parmi les premiers à trouver le truc pour contourner le « travel ban » (ndlr : interdiction de voyager), en passant par des pays d’où l’on pouvait se rendre plus facilement aux Etats-Unis, témoigne Jean-Marc Four, directeur de la rédaction internationale de Radio France, « être sur le terrain d’abord et avant tout, c’est notre meilleur atout pour faire comprendre ce qu’est l’Amérique d’aujourd’hui », surtout après l’expérience de 2016, où les médias n’ont pas vu venir la victoire de Trump en raison « d’un excès de regard à la jumelle », dit-il. Toutefois, la situation s’est débloquée côté visas. Les demandes de Radio France ont été acceptées depuis septembre.

Dès mercredi, l’hypermédiatisation de l’élection américaine et l’importante couverture qui lui a été accordée sur les antennes ont fait réagir les auditeurs, nombreux à écrire sur le sujet :
« Pourquoi monopoliser l’antenne, avec les envoyés spéciaux et des commentaires à longueur de journée sur les états d’âme des postulants, avec en plus les sempiternelles explications sur le système électorale américain alors que seul le résultat de l’élection nous intéresse ? Nous avons en France bien d’autres soucis. »

« Je ne suis pas d’accord avec ce choix éditorial de consacrer 48h d’antenne aux élections américaines. Il se passe plein de choses en France, la situation est très préoccupante. C’est, à mon sens regrettable. En tant que service public, je pense que la priorité doit être sur des infos nationales. Ce qui se passe aux USA est certes à signaler mais trop c’est trop. »

« Vous rendez-vous compte que vous reléguez aux oubliettes toutes les informations autres que cette incertitude américaine ? On ne sait plus rien des choses réelles et avérées. Le Mali, le Haut-Karabagh, la Côte d’ivoire, le terrorisme en Autriche et ailleurs, le Covid (ah si, là vous avez donné 4 chiffres à la fin du journal de 7h30)… Rien ! »

Des internautes et des auditeurs notent également un traitement éditorial déséquilibré entre le parti démocrate et le parti républicain. Ils estiment que l’on a trop entendu de commentaires pro Biden lors des soirées spéciales :
« La soirée élection US est une succursale du parti démocrate » nous écrit une auditrice.
« Vos invités sont pro Biden, on voudrait plus d’équilibre de la part du service public » nous interpelle un internaute.

Enfin, une observation fréquente des auditeurs, l’emploi du mot américain :
« Vos journalistes n’ont que l’adjectif « américain » à la bouche : élections « américaines », président « américain », « minorités américaines ». Rappelons que l’Amérique est un continent composé de plusieurs états qui ne sont pas forcément concernés par ces élections. »

« Pourquoi appeler systématiquement américains les habitants des États-Unis d’Amérique au lieu de dire états-uniens ? Vous viendrait-il à l’idée d’appeler « européen » les habitants de l’Allemagne ? »

Demain, samedi 7 novembre, Jean-Marc Four, directeur de la rédaction internationale de Radio France, répondra précisément à toutes ces questions dans le rendez-vous de la médiatrice à 11h51 sur Franceinfo.

Un contexte historique exceptionnel

Comment définir le rôle d’une radio de service public dans une époque aussi troublée que la nôtre avec une pandémie, une crise sanitaire économique et sociale historique, avec un reconfinement, des tensions internationales, le terrorisme, les fragmentations de notre société ? La réponse des directrices et directeur de France Culture, Franceinfo et France Inter :

Sandrine Treiner, directrice de France Culture, dans le rendez-vous de la médiatrice le 29 octobre
« Nous avons une mission primordiale dans ces temps troublés c’est de faire vivre et de continuer à faire entendre de la culture, mais nous avons en tant que service public une mission d’informer, une mission qui consiste à faire vivre le débat sous toutes ses formes, en particulier dans cette période aussi troublée. Nous avons un rôle de vecteur de connaissances. Il faut tordre le cou aux idées fausses et travailler avec le doute. Il s’agit enfin de rassembler.”

Vincent Giret, directeur de Franceinfo, dans le rendez-vous de la médiatrice le 31 octobre.
« Je vais vous le dire d’un mot qui peut paraître banal, qui peut paraître tout simple, un mot auquel je tiens beaucoup, il nous faut être utiles. Vous l’avez rappelé, nous sommes un média de service public. Nous devons être utiles à nos auditeurs, à nos internautes, à nos téléspectateurs. Être utiles c’est bien évidemment, pratiquer une déontologie, une éthique du débat public, de l’information publique, là encore une fois une information vérifiée, certifiée. L’actualité vous avez raison est incroyablement anxiogène en ce moment. Se conjuguent cette pandémie qui n’en finit pas, d’une grande gravité et puis des actions terroristes qui nous secouent et nous mettent dans l’effroi général, à chaque fois que cela se produit. Donc nous devons bien évidemment faire ça avec tact, faire ça avec professionnalisme, faire ça avec rigueur. Donner les éléments de contextualisation et faire en sorte que l’écoute de l’antenne ne soit pas anxiogène.
Là, nos auditeurs vous disaient: “faites attention à ne pas jouer avec l’émotion”. Nous y sommes très attachés à cette dimension-là, oui nous ne voulons pas jouer de l’émotion. Nous sommes une chaîne d’information, nous ne sommes pas une chaîne d’opinion. On voit bien que certains médias, certaines chaînes d’information se sont déjà transformées en chaînes d’opinion, et bien nous nous sommes une chaîne d’information, c’est très différent. Nous avons un devoir d’impartialité, un devoir de fiabilité, un lien sensible avec nos auditeurs. Par exemple, en ce moment, nous ouvrons notre antenne à nos auditeurs en cette période très anxiogène. Nous croyons important de les entendre, d’entendre leur voix, d’entretenir un dialogue avec eux, sur les questions qui touchent la pandémie et sur les autres sujets que vous avez évoqués comme la crise sociale et la crise économique extrêmement sévères en ce moment. Cette couleur que nous donnons à l’antenne en ce moment, grâce à nos auditeurs, fabrique aussi une antenne moins anxiogène, plus humaine, plus sensible. Je crois que c’est très important de garder cette dimension-là dans cette période aussi grave. »

Laurence Bloch, directrice de France Inter, dans le rendez-vous de la médiatrice du 30 octobre :
« La première mission c’est de donner aux auditeurs une information fiable, rigoureuse, dans laquelle ils ont confiance.
La deuxième, c’est de favoriser et d’organiser sur son antenne le débat. Je dis bien le débat et pas la polémique pour la polémique. Un débat pluraliste, démocratique et qui dit démocratique dit sincère, ouvert aux auditeurs précisément pour leur offrir tous les outils dont ils ont besoin pour penser l’époque et pour se forger leur opinion.
Je dirais aussi toujours offrir de l’espace aux artistes.
Et enfin, cultiver l’humour. Je suis sûre, que l’humour nous aide à garder une saine distance par rapport au réel et que ça reste une valeur sûre pour le moral et pour le physique. »

Le coup de cœur des auditeurs

Ce point de vue sur l’humour est partagé par les auditeurs. Ils ont plébiscité la chronique de l’humoriste Sophia Aram sobrement intitulé « Samuel Paty » :
« Votre chronique m’a fait un bien fou, elle m’a redonné de la force pour continuer à lutter contre cet obscurantisme qui est en train de faire des dégâts très importants chez beaucoup de jeunes. Il faut que vous sachiez que pour nous, qui n’avons pas la portée médiatique que vous pouvez avoir, vos chroniques sont essentielles, réconfortantes, et puis, il faut que je vous le dise également, elles me font beaucoup rire, ce qui pour une humoriste sera je l’espère, réconfortant. »

« Merci pour votre force, votre courage, votre humour ravageur et tout. Ce matin je pleure encore en vous écoutant, mais je sais surtout comme j’accueillerai mes terminales le lundi de la rentrée, avec vos mots, avec votre voix, celle qui mieux que la mienne ce jour-là saura leur dire ce qu’est la laïcité, le vivre ensemble et la voie qu’il faut suivre pour ne pas devenir comme eux, des monstres. »

« Vous aussi, les humoristes, participer au premier plan à l’éveil des consciences et la vivacité des débats ! Vous êtes ces sentinelles indispensables qu’il convient aussi de protéger ! » ​​​​​​​

Emmanuelle Daviet
​​​​​​​Médiatrice des antennes