#47 Coronavirus : les jeunes prennent la parole sur Franceinfo

Justin Paget GETTY

« C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 », disait Emmanuel Macron il y a un mois. Dix mois après le début de l’épidémie de la Covid-19, franceinfo se mobilise vendredi 20 novembre pour donner la parole aux jeunes lors d’une journée spéciale. Privés de loisirs, de sorties, de sociabilisation, montrés du doigt pour leur non-respect des règles sanitaires, franceinfo met en place un dispositif exceptionnel pour échanger, écouter et faire témoigner cette jeune « génération Covid ».

Je crois que je suis en train de tomber en dépression…. Ou si ce n’est pas en dépression que je tombe c’est dans autre chose, dont je ne connais pas le nom et que je place sous la coupe du mot dépression parce qu’au fond je n’y connais rien moi à la dépression, je ne suis pas psy…. Mais ce qui est sûr c’est que je tombe, je tombe, encore et encore, et je crois toujours que j’ai touché le fond, le bout, la fin, ça fait déjà un bon moment que je tombe alors je vais finir par m’arrêter, mais non, jour après je tombe un peu plus bas, ou bien un peu plus loin de la personne que j’étais « avant ». Jour après jour, heure après heure, minute après minute, la jeune femme joyeuse, avide de croquer la vie et de goûter à tout s’efface, se fait flou, disparait, s’éloigne, me fuit et j’ai beau me sourire dans le miroir, me dire que c’est pas grave, que ça va aller que malgré tout j’apprends encore de belles choses, j’ai beau m’accrocher à mes lectures, comme je le faisais quand j’étais au collège, pour m’isoler au maximum du monde extérieur que je ne voulais pas voir, d’une réalité que je ne voulais pas vivre. Mais lire Simone De Beauvoir, raconter dans les mémoires d’une jeune fille rangée, comment à 20 ans elle décida de croquer la vie, ne fait que me rappeler que moi je ne le peut pas, j’aurais 20 ans en janvier et je ne peux pas passer des après-midi à errer dans les grandes bibliothèques de Paris, à débattre pendant des heures avec mes amis autour d’un café sur une terrasse bondée du quartier latin, non je ne peux pas aller au théâtre, au cinéma découvrir les grands et les petits artistes de ce monde… Je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas ! J’ai beau dévoré cette magnifique BD sur la grande Joséphine Baker qui n’était au départ qu’une pauvre petite rêveuse perdue dans les rues de Saint Louis… rien n’y fait, chaque jour je m’enfonce un peu plus. Rien ne contrecarre ce sentiment d’injustice, de tristesse non comprise, de temps volé, de temps perdu à m’enfoncer, moi qui avais la vie, enfin, que je voulais. La jeunesse, le grand coupable dans cette crise, qui n’a pas su se contrôler, ces jeunes qui se croient plus fort que tout et ne respectent rien, ont continué de faire la fête comme si de rien n’était, au fond ils ont osé s’amuser, trouver du rire au fond de cette crise !! Mais si seulement c’était vrai, si au moins on en avait profité un peu, mais qu’importe la vérité puisqu’il faut toujours un coupable : les chômeurs, les migrants ou les jeunes, cette fois ce fut les jeunes, la jeunesse… moi. Mais on n’est pas sorti, on faisait qu’aller en cours tant qu’on le pouvait, je mourrais d’envie de serrer mes amis dans mes bras, j’ai toujours eu besoin de câlin moi, et je ne me suis pas laisser le droit, moi la tactile je me suis retenue, je suis allée une fois au théâtre depuis le début de l’année, 3 fois au café, 2 fois chez une amie, pour travailler, jamais en soirée… Alors on me dira « mais d’accord toi t’es pas comme ça, t’es une jeune femme responsable et bien élevée, mais y en a… tu sais… ils ne respectent rien » … Mais ce n’est pas parce que 3 ou 4 imbéciles qui passent à la télé, relayer en boucle par les médias, ont dit qu’ils n’en avaient rien à faire que tous les jeunes sont comme ça ! Ce n’est pas parce qu’un jeune est idiot que tous les idiots sont jeunes ! Mais « qu’on ait 20 ans qu’on soit grand-père quand on est con, on est con » comme le chantait Brassens, et voilà plus personne n’écoute Brassens aujourd’hui ou quoi !? Et voilà, je suis jeune, femme, et j’écoute Brassens donc toutes les jeunes femmes écoutent Brassens !!! Mais non ! La bêtise n’a pas d’âge, pas de frontière, pas de langue, pas de couleur de peau, pas de classe sociale, pas d’époque, elle est la chose la mieux partagée du monde, alors non, la jeunesse française en tant de pandémie, n’en a pas le monopole !

Vous rendez compte aujourd’hui du sentiment de la jeunesse d’être les sacrifiés de la pandémie de Covid. Votre présentation me paraît complaisante et encourage à une paresseuse déploration. Pourtant, ce matin, vous avez donné la parole au tandem qui a mis au point Track Covid. Le plus jeune disait qu’il avait passé des dizaines d’heures sur son projet d’intérêt général plutôt que de regarder des séries… il y a donc différentes attitudes possibles. Laquelle voulez-vous promouvoir ? Remarques supplémentaires. Les jeunes subiront au pire deux ans de restrictions partielles sur leur mode de vie : c’est loin de couvrir la totalité de leur existence ! Ma mère qui a vécu quatre ans sous les bombes et mon père qui a rejoint la France libre comme marin sur les convois de l’Atlantique n’ont jamais évoqué qu’on leur a volé leur jeunesse. Cherchez l’erreur ! Ces jeunes ne peuvent-ils pas comprendre que la liberté c’est d’abord survivre et prendre soin de ses prochains ? Si l’on pense autrement on peut aussi prétendre qu’il faut autoriser l’alcool au volant, la cigarette dans les lieux publics, les règles de sécurité qui s’imposent à tous, etc.

Merci à Franceinfo pour la journée relative aux jeunes qui ont 20 ans pendant cette pandémie. Attention au sondage qui réduit l’image des jeunes. Pour exemple mon fils après 2 ans de prépa commerce dont 3 mois de plus du au confinement, puis intégration école parisienne (17000€/an) sans cours en présentiel, lui et ses amis ne regrette pas que les fêtes mais aussi les cours, les échanges avec leur prof, les oraux et travaux en groupe. Ne réduisons pas les jeunes seulement à la fête, ils souhaitent aussi travailler ensemble, en présentiel. Alors laissons-les vivre et surtout qu’ils reprennent de vraies études en présentiel. Arrêtons de les sacrifier.

En cette journée dédiée aux jeunes sur Franceinfo, je voulais vous informer de l’initiative de 2 jeunes de l’EM LYON qui font un tour du monde, en créant « L’Odyssée Managérial » dans le but d’explorer et de partager les nouveaux comportements ainsi que les nouvelles pratiques de management dans tous types d’organisations à travers le monde. En tant que CCEF, je soutiens cette initiative incroyable en plein période COVID, qui démontre aux autres jeunes de notre pays que tout est possible, même dans des périodes difficiles. Je vous laisse découvrir leur projet : https://odysseemanageriale.com/

Fidèle auditrice de Franceinfo en particulier de l’émission « les informés du matin », j’ai été particulièrement peinée par les propos entendus ce jour lorsque a été abordé le thème de la jeunesse dans la crise du Covid. Les jeunes ont été sacrifiés pour les vieux, lesquels ont saccagé la planète, vont laisser aux jeunes une dette abyssale etc, etc….et bien d’autres reproches encore… Les lendemains seront douloureux pour les vieux car la colère gronde et se prépare ; ce sont, à peu près, les propos tenus et leur tonalité. Il ne manquait plus que l’appel aux armes !!! J’ai été médusée par cette vision injuste, caricaturale, et même méprisante, pour ne pas dire haineuse, tenue par certains journalistes participants (une journaliste au Point, si je me souviens bien, était particulièrement en pointe…). Faisant partie des vieux, ayant beaucoup travaillé dans ma vie, ayant connu le dénuement de l’après-guerre, jeune enseignante payée avec un lance-pierre et devant faire cours devant des classes de plus de 40 élèves, logée dans une chambre sans salle de bain et avec toilettes sur le palier, J’avoue ne pas bien voir là-dedans une situation privilégiée. Bien des jeunes actuels n’endureraient pas un instant ce que nous, nous avons connu et supporté. Et je pourrais continuer longtemps dans cette description de conditions de vie particulièrement pénibles et frustrantes. Pour finir, il me plaît de rappeler une plate évidence historique (que l’un des participants a essayé d’évoquer d’ailleurs sans être bien entendu…). Mon grand-père maternel avait 20 ans en 1914, et mon père avait 20 ans en 1939 ; des générations comblées, non ??