La couverture de la crise du coronavirus par les journalistes de Franceinfo

Mohamed-Abd-El-Ghany- francienfo REUTERS

Comment Franceinfo s’organise pour couvrir le crise du coronavirus ? Comment les journalistes travaillent sur le terrain depuis que Radio France a enclenché il y a près de trois semaines son plan de continuité d’activité, une procédure « exceptionnelle dans l’histoire » des stations publiques…
Fanny Lechevestrier journaliste direction sport est au micro d’Emmanuelle Daviet , médiatrice de antennes de Radio France

Emmanuelle Daviet : Comme vous le savez, pour les antennes cette crise du coronavirus ça représente un défi particulièrement complexe.
Alors comment s’organisent-elles ? et en particulier France Info… Et bien pour assurer sa mission prioritaire de continuité de l’antenne et de l’information, Franceinfo a été transformée en radio d’urgence, une grande place est faite à la lutte contre la désinformation et à la mise en perspective puisque la parole est donnée à tous les acteurs du monde scientifique, médical, économique mobilisés autour de cette crise sanitaire.

Evidemment cette profonde réorganisation, les auditeurs de FranceInfo y sont extrêmement sensibles et depuis trois semaines ils adressent très régulièrement des courriers de remerciements à toute la rédaction, aussi bien aux journalistes qu’aux techniciens. Et c’est très important de le dire ici ces courriers sont très appréciés pour tous ceux qui sont mobilisés et qui accomplissent pleinement leur mission de service public.

Dans cette nouvelle configuration, les moyens de France Info ont été mutualisés avec ceux de France Inter, de France Culture, la direction de l’information internationale, et la direction des Sports de Radio France
Fanny Lechevestrier , journaliste, fait partie de cette direction des sports et dans le cadre de la mutualisation des rédactions Fanny vous ne fréquentez plus les mêmes terrains.…

Fanny Lechevestrier : Effectivement les terrains de rugby paraissent bien loin ces derniers temps. Les compétitions sportives sont à l’arrêt depuis un mois maintenant. On change totalement d’ambiance. De l’euphorie des stades, de celle autour des résultats du XV de France de rugby à des lieux rendus déserts par le confinement. Apres, avant d’être journaliste de sport, on est journaliste. Le but est toujours d’informer. Et il y a une certaine fierté finalement d’être là où on peut rendre service, en l’occurrence en ce moment au service reportages de France info.

Emmanuelle Daviet : Pour protéger les journalistes et les techniciens le nombre de personnes présentes en studio ou sur le terrain est limité au strict nécessaire. Il y a pour les journalistes sur le terrain un protocole assez strict mis en place pour réaliser leur reportage.
Quelles sont les précautions à prendre Fanny ?

Fanny Lechevestrier : Eh bien, c’est de toujours respecter les règles sanitaires pour ne mettre surtout personne en danger. Avant de partir en reportage, on nous a remis un kit de protection avec des masques, des gants, du gel hydroalcoolique. Je travaille en binôme avec Olivia Branger qui s’occupe de tout ce qui est technique et on a une perche pour faire les interviews. Cela permet de mettre le micro au bout de la perche et de toujours rester à bonne distance de nos interlocuteurs. Et nos reportages terminés, on doit par précaution désinfecter notre matériel. A notre retour à Paris, nous n’aurons pas le droit de repasser par la radio, là encore, mesure de précaution pour être sûr de ne contaminer personne et on devra respecter 14 jours de confinement strict, en sortant le moins possible.

Emmanuelle Daviet A quelles difficultés êtes vous confrontées ?

Fanny Lechevestrier : Cela peut paraître bête mais on n’y pense pas quand on est en confinement chez nous, c’est tout ce qui est logistique. Déjà trouver un lieu où dormir chaque soir, c’est un véritable casse-tète car on se rend compte que la plupart des hôtels sont fermés. Alors heureusement, à France Info, on a la chance d’avoir une personne comme Corinne Noël qui nous aide depuis Paris pour trouver souvent le seul hôtel ouvert sur plusieurs Kms à la ronde. Après, il faut s’organiser pour trouver à manger avec des hôteliers qui nous prêtent un micro-ondes pour faire réchauffer des plats. Des petites choses du quotidien qui paraissent simples en temps normal deviennent compliquées en période de confinement.

Emmanuelle Daviet : Un auditeur nous écrit : « L’information collectée par vos journalistes sur le terrain aurait pu l’être par téléphone. » Que lui répondez-vous?

Fanny Lechevestrier : Je peux tout à fait comprendre la remarque voire le reproche. On fait d’ailleurs beaucoup d’entretiens à distance sur Franceinfo. Apres, rien ne peut remplacer le contact humain quand on doit rendre compte du quotidien, pour comprendre les problématiques qui ne vont pas être les mêmes à Paris, en ville, que dans la campagne bretonne par exemple. Le terrain est vital pour cela. Je prendrai juste deux exemples. La semaine dernière, Valentin Dunate était en reportage dans le Grand Est et il a permis de faire prendre conscience de l’urgence de la situation, de la rendre tangible avec ces reportages de terrain, les témoignages des habitants qui l’a rencontrés. Par téléphone, ce travail n’aurait pas eu la même force du tout. De mon coté, cette semaine, sur le terrain, j’ai pu constater la solidarité qui se met en place sur de nombreux territoires, rendre compte de l’isolement de nombreuses personnes. Cela n’aurait pas été possible par téléphone car tout simplement, par téléphone, je n’aurai pas eu accès à ces personnes ni à leur sourire quand elles nous voyait.